House of the Dragon : Critique 1.06 La princesse et la reine

Date : 27 / 09 / 2022 à 15h00
Sources :

Unification


HOUSE OF THE DRAGON

- Date de diffusion : 27/09/2022
- Plateforme de diffusion : OCS
- Épisode :1.06 La princesse et la reine
- Réalisateur : Miguel Sapochnik
- Scénariste : Sara Hess
- Interprètes : Emma D’Arcy, Paddy Considine, Matt Smith, Milly Alcock, Rhys Ifans, Olivia Cooke, Steve Toussaint, Eve Best

LA CRITIQUE

A bien des égards, House of the Dragon a vocation à marquer les esprits. Parmi les grands traits marquants de la série, la chronologie est une véritable singularité dans la mesure où la première saison couvre une chronologie de 30 ans.

Si le premier acte de la saison, composé des 5 premiers épisodes, fait déjà la part belle aux ellipses temporelles, le « flash forward » du sixième épisode constitue un tournant majeur. En effet, ce dernier effectue un saut temporel d’une dizaine d’années, ce qui en termes de narration et de mise en scène, exige son lot de changements considérables – au point de donner l’impression de regarder l’ouverture d’une nouvelle saison.

Tempus fugit

Le premier changement remarquable s’effectue au niveau du casting. Pour marquer très fortement l’histoire et les esprits, la production a fait le pari risqué de ne faire apparaître les acteurs originellement castés qu’à la seconde moitié de la saison. L’effet est saisissant, déroutant, mais diablement efficace pour mettre en images l’écoulement du temps.

Ainsi, les deux jeunes actrices Milly Alcock (Rhaenyra) et Emily Carey (Alicent) laissent leur place, respectivement, à Emma d’Arcy et Olivia Cooke dans les rôles de la « princesse et de la Reine ». Si le besoin de coller fidèlement à l’histoire de Feu et Sang justifie le choix opportun d’un double casting, la performance très puissante et habitée des « versions adolescentes » est si engageante qu’il subsiste le risque de voir le public se désengager de l’histoire face à ce nouveau cast qui s’impose.

La série étant déjà exigeante avec ses intrigues politiques, ses ellipses, le changement d’acteurs demande un effort d’engagement supplémentaire, d’autant que le saut dans le temps vise surtout à introduire de nouveaux personnages nécessaires à l’intrigue principale.

Si le pari est osé, la composition des plans très pertinente et la qualité de l’écriture travaillent de concert pour que ce changement notable ne soit pas un artifice gratuit, mais apporte de l’épaisseur aux personnages et renforce leur aura magnétique. En témoigne le choix de réalisation d’un plan séquence de 10 minutes, à l’ouverture de l’épisode qui ancre les personnages et leur positionnement dans un contexte temporel et émotionnel singulier.

Le flash forward fonctionne efficacement car autant les personnages que les spectateurs subissent les affres du temps.

La Princesse et la Reine

Le second changement notable réside dans la concentration de nouveaux enjeux autour de deux personnages plus que jamais pivot et central – Rhaenyra (Noir) et Alicent (Vert).

A travers les enjeux autour de ces deux personnages, House of the Dragon va retrouver une dualité philosophique qui fait la puissance de l’écriture de Game of Thrones : la dualité entre la morale déontologique (Emmanuel Kant) et la morale conséquentialiste (Jeremy Bentham).

En synthèse, comme l’explique Marianne Chaillan (Game of thrones, une métaphysique des meurtres), d’un côté, la morale déontologique voudrait que la moralité d’une action soit jugée en fonction de son intention et non sur les conséquences. D’un autre côté, la morale conséquentialiste « évalue l’action morale en fonction de ses conséquences ». Autrement dit, toute fin justifie les moyens – même le meurtre, ou l’instrumentalisation des enfants sont acceptables si cela s’inscrit dans un but plus grand comme la sauvegarde de la paix dans le royaume.

Sigisbée

House of the Dragon présente l’avantage d’effectuer une plongée dans les institutions médiévales, dont la plus marquante, iconique et populaire reste l’ordre des « chevaliers ».

Epousant le sens que lui donne des auteurs comme Chrétiens de Troyes donne au « chevalier (Jean Flory, La notion de chevalerie chez Chrétien de Troyes), l’idée de « chevalier » dans House of the Dragon, désigne un statut social privilégié, une marque d’honneur, un signe de virilité et une institution nécessaire à la bonne organisation du royaume – en protégeant notamment les dirigeants. En tant qu’institution, l’ordre des chevaliers constitue à la fois la mesure de la force armée du royaume, l’ordre public et la représentation de la violence légitime.

A cette fonction martiale, sociétale et politique, G.R.R Martin y associe la figure italienne du Sigisbée ou chevalier servant pour déconstruire le mythe de la chevalerie. Le Sigisbée désigne le chevalier assigné à la garde rapprochée personnelle d’une dame de haute naissance. Entièrement consacrée aux besoins de cette dernière, la figure de Sigisbée est accompagnée des problématiques d’infidélité et de filiation naturelle.

En ce sens, la notion de « chevalier » constitue un important mécanisme dans les jeux d’alliances et d’intrigues qui s’accélèrent autour de Rhaenyra et Alicent.

Dracarys

Et en parallèle des intrigues politiques et interpersonnelles, la problématique des Dragons se fait de plus en plus prégnante.

Jusqu’à maintenant, l’essentiel de l’intrigue s’est focalisé sur les enjeux autour de la succession de Viserys sur le trône de fer, avec une préparation assez riche autour des protagonistes humains principaux.

De leur côté, apparaissant, ici et là, pour apporter une dimension épique à certaines scènes – avec plus ou moins de réussite au niveau des effets visuels FX – les dragons sont en apparence relativement en retrait. Toutefois, l’enjeu autour des dragons constitue bien une lame de fond qui émerge petit à petit – qu’il s’agisse de leur fonction d’arme de dissuasion massive ou de leur fonction de symbole de pouvoir divin.

Conclusion

Indéniablement, le pari radical des showrunners fonctionne, bien que cela exige un engagement supplémentaire de la part des spectateurs. Les changements apportés surprennent autant qu’ils bouleversent restent judicieux dans la mesure où ils sont au service de la narration.

A noter toutefois que les changements apportés, en particulier au casting laissent parfois l’impression de regarder, dans cette 6 ème heure, le lancement d’une saison de House of the Dragon – le premier acte faisant office de saison prologue.

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