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The Expanse : Review 5.07 Oyedeng

Date : 13 / 01 / 2021 à 14h30

Après avoir balayé dans chacun des épisodes précédents un large spectre géostratégique dans un monde en pleine mutation, The Expanse 05x07 Oyedeng propose un focus plus intimiste sur Naomi Nagata et ses tentatives désespérées pour arracher son fils aux influences radicales auxquelles il est exposé depuis son enfance.
Quoique ponctuellement entrecoupé de quelques scènes sur le Razorback (Alex et Bobby) et surtout sur le Rocinante (Jim, Monica, et Bull), l’essentiel de l’épisode se révèle être un inattendu huis clos à bord du Pella.

The Expanse 05x06 Tribes avait disséminé des indices de fêlure dans l’épaisse carapace de conditionnement de Filip, tant grâce aux propos tenus par sa mère que grâce à ceux lâchés incidemment par Drummer lors de sa visite d’allégeance forcée.
Dès lors, quoi de plus naturel que The Expanse 05x07 Oyedeng file cette ouverture avec une psychologie sans faille...
Sans faille oui, parce durant une moitié d’épisode, Naomi semblait inéluctablement gagner du terrain sur Marco dans l’âme de Filip. Toutes les pièces du puzzle se mettaient progressivement en place pour que ce dernier réussisse à voir clair et démystifier les procédés manipulatoires de son père... puis change d’obédience et rallie sa mère. Inutile de préciser que les spectateurs attendaient avec de plus en plus de fébrilité ce sevrage si cathartique...
Sauf que Naomi n’avait aucune chance. Parce que Marco veillait au grain, monitorant tel un voyeur les "progrès" de Nagata sur son fils. Et alors, par une combinaison sadomasochiste d’humiliations, de flatteries et de promesses (ayant déjà largement fait ses preuves sur son armée de fidèles), il réussira de nouveau à ravir Filip à l’influence modératrice de sa mère. Telle une tragédie qui se répète sur le théâtre absurde de la vie.
Effectivement, cela aurait été bien trop facile si Naomi, fraichement débarquée, avait réussi à vraiment reconquérir le cœur et l’esprit de son fils par la seule évocation de souvenirs primaux, assortis de mots doux et de tendres caresses. Le conditionnement était bien trop profond, les rapports de force bien trop inégaux.

Et donc, une fois de plus, la série The Expanse préfère le réalisme à la démagogie, quitte à prendre le contrepied de toutes les convenances hollywoodiennes...
Oyedeng, dont le titre signifie "au revoir" en créole belter, est un épisode qui débutait par de magnifiques promesses "feel good"... mais qui cueille finalement les spectateurs – en particulier les midinettes – en osant se terminer très mal.

La crédibilité d’un huis clos reposera toujours – à l’instar du théâtre – sur la qualité des dialogues et sur la justesse d’interprétation. Autant dire que Dominique Tipper porte l’épisode sur ses frêles épaules. Mais elle a l’heur de se révéler pleinement à la hauteur d’une composition épique, où il lui aura fallu tour à tour passer par toute la largeur du spectre émotionnel, entre le trauma, la culpabilité, le remord, la tristesse, le chagrin, le désespoir, la nostalgie, l’espérance, la désillusion, le choc, la trahison, l’impuissance, la fierté, la détermination, le sacrifice… et tout ça sans le moindre surjeu. Une prestation digne d’un Emmy Award.
Certes, Naomi versera bien quelques larmes face à la "trahison" de son fils et le choc de découvrir qu’elle l’a définitivement perdu. Mais dans la mesure où elle n’est pas coutumière des incontinences émotionnelles et qu’elle est tout de même confrontée dans la seconde partie de l’épisode à toute la palette possible de "deuils" (symboliques, moraux, affectifs, et physiques), elle continue plus que jamais à représenter la complète antithèse de Michael Burnham dans Discovery.

Plongée malgré elle dans les coulisses de la Free Navy sur le Pella, témoin désespérée du conditionnement implacable de son propre fils et de tous ses vieux amis Belters à l’idéologie révolutionnaire jusqu’auboutiste de Marco Inaros… Naomi Nagata porte sur ses traits cristallins toute la détresse du monde. Livide, méconnaissable, incarnant l’incorruptibilité plongée dans la lave de l’impuissance, elle est un stigmate vivant de l’inconciliabilité entre deux mondes que désormais tout oppose, échouée à un point de divergence d’entendements où les argumentations et les mots sont devenus vains…

Et si l’empathie altruiste de Nagata parait bien désarmée et fragile face à l’ivresse narcissique d’Inaros, le saut dans le vide (spatial) sans combinaison que cette première accomplira à la fin de l’épisode – quitte à y sacrifier le touchant Cyn – prouvera que la véritable force n’est pas forcément là où on le pense...
Quand bien même elle réussirait à survivre "nue" (l’être humain dispose de deux minutes dans le vide et elle reste une Belter) à cette traversée entre le Pella et le Chetzemoka (que Marco voulait transformer en piège pour détruire le Rocinante), il s’agit une nouvelle fois – comme dans chaque épisode précédent – du franchissement d’un Rubicon, donc en la circonstance pour Naomi d’une mort puis d’une renaissance métaphorique. Le cordon ombilical a été coupé, au propre comme au figuré, pour le pire comme pour le meilleur.
Palingenèse, toujours. Le véritable harmonique de la série.

Elle aura vraiment tenté tout ce qui était humainement possible pour tenter de réparer ce qui ne pouvait plus l’être... sauf à se trahir indignement elle-même par "amour" maternel (comme l’auraient fait tant de mères "atrides" telle Cersei Lannister dans GoT). Mais Nagata préférait encore se suicider plutôt que d’endurer un perpétuel viol éthique (à défaut d’être physique mais ce n’est pas moins grave). Et ce faisant, jusqu’à traverser s’il le faut la vallée de l’ombre de la mort, elle renoncera à une famille dysfonctionnelle imposée au profit d’une famille choisie. Dans les quatre premières saisons, elle avait beau se tenir aux côtés de Jim Holden, ses yeux fixaient un autre horizon. Désormais, si elle survit, ses deux pieds seront sur le Rocinante. À sa façon, il s’agit de l’accomplissement d’un rite initiatique de passage, mais non-campbellien pour le coup, The Expanse ne confondant jamais SF et fantasy.

Paradoxalement, cette démonstration de courage face à la mort et de fidélité à un idéal par Naomi sera susceptible de rencontrer un écho imprévu dans le système de pensée "guerrier" par lequel prétend dorénavant jurer Filip. Il n’est donc pas impossible que le corpus intellectuel du père qui protégeait le fils de l’influence de la mère s’avère à double-tranchant...
En outre, si des semences ont bel et bien été déposées dans la psyché de Filip (durant l’épisode précédent et celui-ci), seul le temps, l’introspection, et peut-être même l’absence pourront les faire croître et éclore. Mais tout ça est maintenant une autre histoire...

En parallèle, le Razorback reprend contact à la fois avec Chrisjen Avasarala (sur Terre ou Luna)... et avec le Rocinante (toujours sur la trace du Zmeya), livrant une moisson vitale d’intel stratégique... mais sans jamais négliger tous ces petits détails contextuels et scientifiques (par exemple les décalages temporels dans les communications) qui font le départ entre l’approximation et la perfection.
À cette occasion, la journaliste Monica Stuart fera montre de son immense intelligence (en décryptant et en recomposant de manière fulgurante toutes les pièces du grand échiquier) mais aussi de sa redoutable force de caractère (ne jamais dévier de la priorité impérieuse de détruire la protomolécule). Celle qui fut une exaspérante antagoniste dans la troisième saison est aujourd’hui en passe de devenir une nouvelle "boussole morale" et même la personnalité dominante à bord du Rocinante, la série ne cessant décidément d’ajouter à son mandala cosmique de nouvelles nuances de couleurs (et pas seulement de gris).
Oui, Monica, qu’Inaros dispose de neuf lourds vaisseaux de guerre (frégates, torpilleurs, et cuirassés) provenant de Mars, cela dépasse largement les circuits de compétence logistiques du marché noir, postulant donc des complicités au plus haut niveau martien. Et oui, cela implique soit des convergences idéologiques avec le Bosmang des bosmangs, soit le "téléguidage" de ce dernier à la faveur de son égo démesur (faisant de lui un "idiot utile"), soit une monnaie d’échange sans équivalent – c’est-à-dire très logiquement la protomolécule elle-même (et peut-être aussi Paolo Cortázar mystérieusement disparu). L’ombre de l’amiral Duarte – autrement plus redoutable que Marco – se profile déjà en filigrane...

The Expanse 05x07 Oyedeng éblouira par un combat spatial d’un réalisme proprement estomaquant, faisant littéralement vivre au spectateur dans ses tripes l’expérience de cet équipage soumis aux forces d’inerties écrasantes du "high G burn" de l’Epstein Drive.
L’équipage jouera d’abord sa survie contre une vingtaine de torpilles tirés par le Zmeya. Puis ce dernier explosera quelques instants avant que le Rocinante ne l’arraisonne. Tout laisserait penser que la protomolécule a été emportée dans un brasier de plasma... mais ce serait sous-estimer le talent échiquéen d’Inaros qui n’ignorait rien de la traque conduite par Jim.

Alors qu’il était tentant de voir en Holden le "preux chevalier" de The Expanse, cette cinquième saison possède l’audace de le reléguer au second voire au troisième plan. Discret, presque effacé, il réussit ainsi à irradier davantage par l’idéalité qu’il véhicule (et suscite) que par sa présence effective à l’écran.
Mais qu’il s’agisse d’Amos et de Clarissa (en amont), d’Alex et de Bobby (via le Razorback), et possiblement de Naomi (via le Chetzemoka)... on sent bien que les attracteurs étranges de ce nouvel équilibre stellaire poussent progressivement la "famille" du Roci à se reconstituer envers et contre tout, mais désormais consolidée et élargie (Bobby, Clarissa, Monica, Bull...), en dépit de pertes indicibles (Ashfrod, Miller, Johnson... et des morts par millions).

Réduisant à l’évidence la voilure de son ambition diégétique pour la porter sur le terrain de l’intime, l’épisode The Expanse 05x07 Oyedeng présente fatalement des caractéristiques qui pourraient lui valoir d’être rangé dans le règne botanique du soap.
Mais ne nous y trompons pas, le cas de Filip n’en demeure pas moins un terrain d’affrontement stratégique entre deux paradigmes d’existence, celui de Naomi versus celui de Marco, emblématiques des défis auxquels l’humanité du 24ème siècle est confrontée durant cette cinquième saison. La série prouvant ainsi qu’aucun champ sémantique – pas même celui des relations interpersonnelles – n’échappe à son implacable dialectique fractale, évitant tous les pièges narratifs usuels.
En lieu et place d’un quelconque soap, Oyedeng offre en vérité une vraie pièce de dramaturgie antique, dont le degré de prégnance est exceptionnel pour un programme de télévision. Et en même temps, à aucun moment The Expanse n’oublie qu’elle est devenue en 2021 l’ultime parangon de la Hard-SF spatiale... avec tout le "devoir de réalité" qui en résulte.

C’en est presque embarrassant pour la crédibilité de l’exercice critique, mais ce septième épisode mérite à nouveau un kudos appuyé et la note maximale. 5/5

ÉPISODE

- Episode : 5.07
- Titres : Oyedeng
- Date de première diffusion : 13 janvier 2021 (Prime Video)
- Réalisateur : Marisol Adler
- Scénariste : Dan Nowak

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