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Le Prisonnier : La critique de la nouvelle série

Date : 27 / 11 / 2009 à 00h20


Mieux que Les Mystères de l’Ouest - version Will Smith ... Aussi bien que Chapeau Melon & Bottes de Cuir – version Fienes / Thurman ... Euh... Désolé...

Faut-il qu’il y ait pénurie de scénarii intêressants à la télé aux USA pour qu’on soit forçé d’essayer de refaire un classique du petit écran ? C’est la question qu’on est en droit de se poser à la vision de la ’ré-interprétation’ de la série mythique Le Prisonnier par AMC, producteur US sans âme ...

Depuis la fin de la série d’origine, et à la manière du mouvement Star Trek, les fans du Prisonnier ont continué à faire vivre l’univers dijoncté du N°6 à travers conventions, zines et sorties remastérisées sur nouveaux supports des épisodes d’origines.


La rumeur prétend que McGoohan himself s’était impliqué dans plusieurs projets de ’reboot’, ’remaking’ ou autre nouvelle adaptation de son univers déjanté ( on eut même droit dans les années 80s à la perspective terrifiante d’un Prisonnier starring...Mel Gibson himself. Argl). Et rien de concret ne sortait de tous ces soits-disant bruits de couloirs ... A une exception notable près, une superbe graphic novel publiée en 1990 et signée Dean Motter & Mark Askwith. Intitulée sobrement Shattered Visage, elle eut pû constituer une formidable continuation des thèmes abordés par la série. Il y eut aussi le très réussi Truman Show en 1998, hommage à peine déguisé à l’univers paranoïaque du numéro Six...

Et à peine quelques mois après le décès de McGoohan himself (les mauvaises langues y verront une curieuse relation de cause à effet ...) voilà -t-y pas que la société AMC annonce à grand fracas la mise en chantier d’une ’nouvelle interprétation’ du Prisonnier. Les fans frémissent.


Déjà, le fait que la prod’ se fasse de l’autre côté de l’Atlantique peut provoquer quelques sueurs froides (surtout si l’on se rappele de la superbe version Cinéma de Chapeau Melon & Bottes de Cuir concoctée au-delà de l’Atlantique ...). Niveau casting, tous les espoirs sont permis avec l’arrivée de Ian Mc Kellen (Magneto himself) en nouveau « 2 » (oui, ce ne sont plus des numéros aujourd’hui ... Mais juste des chiffres !). Pour incarner le rebelle « 6 » , on fait appel au beau gosse Jim Cazaviel. Bof ...Pourquoi pas ?

Entourée de mystères (Nouveau Village, nouvelle approche, etc.), la série fait son bouche-à-oreille en distillant ses infos au compte-goutte. A la Convention Comic-Con de Los Angeles en début d’année, c’est l’effervescence : le stand du Prisonnier – version AMC est pris d’assaut par les Fans déchaînés. Un mini-comic y est distribué gracieusement, mettant en image le tout début du premier épisode de la nouvelle saga... Au Mipcom, contaminé par le bouche à oreille américain, Canal + arrache les droits de diffusion France. On attend donc de pied ferme la diff’ des premiers segments.


Et on n’a pas été déçu !!!!

Annonçé en grande pompe – et sans grande finesse – comme « l’Evènement Télèvisuel de l’Année », pas moins , le premier épisode diffusé donc aux USA le 15 novembre dernier, laisse quasiment tout le monde de marbre. Patatras !

Les indices d’écoute sont plutôt catastrophiques ... Mes collègues journalistes américains tentent charitablement de m’avertir (et un écrivain de thriller fan pur et dur m’avoue même qu’il est passé sur une autre chaîne au milieu du premier épisode ... « tellement c’est mal fichu .. »). Plein d’appréhension, je visionne donc (en toute légalité , je précise !) les quatre premiers volets du Prisonnier version AMC .

Attention, ce qui suit va forçèment contenir moult spoilers. A tout ceux qui veulent encore conserver une part de mystère, je conseille donc d’arrêter la lecture ici. Maintenant. Tout de suite.


Histoire de faire court , je vais me contenter de lister les points positifs découverts jusqu’à présent dans cette nouvelle version (pour les négatifs , ça serait trop long !)

- Une séquence d’ouverture sympa, où notre héros se réveille groggy dans le désert et assiste à la chasse d’un homme, le n° 93 , par une troupe armée . Surprise, en voulant lui porter secours, il découvre que l’individu porte une veste sombre à feston blanc qui rappelle curieusement celle de ... La victime est un vieil homme qui, dans un dernier souffle, parvient à murmurer « Dites aux autres que je me suis échappé. Bonjour chez Vous ! ». Un début intêressant donc ... La suite l’est moins .

- Découverte du nouveau Village. Beaucoup plus grand que Portmeirion. Type Club Med (pourquoi pas ?) . Séquence-hommage hilarante de la carte routière dans le magasin d’alimentation.


- Le nouveau 2 . Superbe Ian McKellen (très differend de Leo McKern et consort). Marié, avec un fils jeune adulte (homo). A contrario de la ribambelle de N°2 ’ vintage ’, ce 2-ci ne fait rien de prime abord pour extorquer des informations spécifiques au nouveau 6. Il lui fait juste remarquer que « si il est ici, c’est pour une raison ».

- Les Villageois . Normaux . Pas de canotiers ,ni de Grands Bi en vue ( dommage ) ...Mais en apparence seulement . Se méfient tous les uns des autres ( paranoïa complète : qui sont les Gardiens et qui sont les Prisonniers ? ) . Ne portent plus de badges mais une simple carte d’identité . Six retrouve très vite ( trop vite ) quelqu’un qu’il connaissait à New-York ...

- Une atmosphère un peu à la Twin Peaks dans ce nouveau Village. Tout semble être normal , mais , individuellement , tout le monde est un « cas ».

- Même si c’est un peu lourd, j’aime bien le fait de donner des titres à chaque parties : Arrival, Anvil , etc...


- Des répliques classiques : « Be seeing you » , « I am a Free Man »... Et un clin d’oeil dès le second épisode, à la question de 6 à des enfants ’ Qui est le N°1 ? ’, une petite fille lui répond sagement : ’ Il n’y a pas de N°1 dans notre société. Ce serait considéré comme un abus de Pouvoir ’ ...

- ROVER !!!!!!! Apparaît dès la fin de la première partie. Enorme. Quasiment de la taille de Godzilla ... Et avec son bruit caractéristique (si,si). A se demander comment on peut survivre quand, comme 6, on se fait écraser par le bidule ... Dommage par contre de ne voir ni Superviseur, ni centre de Contrôle, ni clone d’Angelo Muscat.


Voilà , j’arrête là pour ne pas déflorer le suspens .

Les défauts sont hélas bien plus nombreux , et plombent véritablement toute l’entreprise. Je ne voudrais pas apparaître comme le gardien du temple, mais en tant que Fan de la création de McGoohan depuis mon plus jeune âge, il me semble légitime de prévenir charitablement mes semblables ...

Commençons par l’absence de véritable générique (en lieu et place on trouve un montage rapide de séquences d’actu en images videos surlignées . Un gimmick usé jusqu’à la corde) et d’un thème musical (impossible de surpasser Ron Grainer , de toute façon !) . Je sais bien que c’est un phénomène de mode (qui contribuera aussi à dater très rapidement cette nouvelle version) , mais j’ai du mal à m’y faire ...


Le montage, lui aussi , souffre d’un parti-pris ultra moderne type Lost (des allers-retours passé/ présent qui donnent le tournis !), l’incrustation multiples de séquences flash back montées ’cut’ (censées nous faire découvrir la vie de Six avant) ne fait que diluer l’intêret – flageolant – du téléspectateur pour le héros de l’histoire. Et rend surtout difficile l’idée même de se focaliser sur 6 !

En essayant pitoyablement de rendre plus humain le personnage campé par Cazaviel (histoire de créer une empathie avec 6 ?) et surtout celui de Ian McKellen (dont la femme et le fils ne servent manifestement à rien au niveau de l’intrigue principale . Si ce n’est d’essayer d’attraper un public féminin et de ’ djeuns ’ américains !), les scénaristes dynamitent sans le savoir ce qui faisait l’intêret principal de la série d’origine. A savoir : Qui diable était vraiment le N°6 ! Ici, signe des temps, notre homme n’est d’ailleurs plus agent secret mais ... Petit génie en Informatique au service d’une méga-holding privée (bof).

Je passe charitablement sur le developpement même de l’histoire, avec laquelle on perd pied dès le second épisode. Des personnages annexes (le chauffeur de taxi black ) auraient gagnés à être mieux utilisés. Quant aux motivations de certains autres, elles restent carrèment obscures tout au long du récit (pourquoi 2 drogue-t-il sa femme en permanence ? Quel rapport a-t-elle donc avec 6, qu’elle semble bien connaître ? Comment se fait-il que 6 avait déjà croisé à New York la jeune Docteur qui accepte de l’aider dans le Village ?).


Pourquoi diable des familles entières ont-elles été enlevées et plaçées dans le Village ? Et l’amnésie généralisée dont souffre tous les nouveaux arrivants ne risque-t-elle pas de corrompre les précieux ’renseignements’ que l’on cherche à leurs soutirer ?

A côté de la sensibilité de McGoohan et de la paranoïa latente qui enveloppe toute la série d’origine, cette version ’Post Moderne’ provoque même le sourire lorsqu’elle tente de dénoncer les nouvelles technologies. Plusieurs séquences insistent lourdement sur l’intrusion de la vie privée via micro caméras sur fibre optique, comme s’il s’agissait du summum actuel en matière d’espionnage technologique.

Lorsque 6 accepte de faire équipe avec un Gardien (histoire d’en apprendre plus sur le fonctionnement de la société du Village) leurs maléfiques missions nocturnes consistent principalement à poser des câbles optiques chez l’habitant (une filiale de Canal Sat , peut-être ?) ...


Bref , on l’aura vite compris, les producteurs comme les scénaristes de cette nouvelle mouture ont aplani au maximum tout ce qui faisait la force du chef d’oeuvre d’origine, en essayant maladroitement en contre-partie de développer le caractère des principaux protagonistes et en surfant pitoyablement sur la vague des Lost et cie ( J.J. Abrahms doit être mort de rire). La conclusion du récit fera s’effondrer de rire tout télespectateur normalement constitué.

Enfin, ultime perversion de l’original : un symbolisme énaurme ( les deux structures en périphérie du Village, et gardées jalousement par Rover, rappellent bien sûr avec finesse le World Trade Center) et une tendance générale à vouloir se montrer beaucoup plus fin et intelligent que son modèle d’origine ...

Ce que la nouvelle série n’est décidemment pas !!!!!!

Pour conclure et finalement, histoire de rigoler un brin, voici une publicité vintage :

Remerciements : Gary . J. Firuta ( U.S.A )

Media Bis - KBC - [email protected]


Le Prisonnier (The Prisoner) est Copyright © AMC, Granada International et ITV Productions Tous droits réservés. Le Prisonnier (The Prisoner), ses personnages et photos de production sont la propriété de AMC, Granada International et ITV Productions.



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