The Orville - New Horizons : Critique 3.08 Midnight Blue

Date : 26 / 07 / 2022 à 16h30
Sources :

Unification


THE ORVILLE NEW HORIZONS

- Date de diffusion : 21/07/2022
- Plateforme de diffusion : Hulu
- Épisode : 3.08 Midnight Blue
- Réalisateur : Jon Cassar
- Scénaristes : Brannon Braga & Andre Bormanis
- Interprètes : Seth MacFarlane, Adrianne Palicki, Penny Johnson Jerald, Scott Grimes, Peter Macon, J. Lee, Mark Jackson, Chad L. Coleman, Jessica Szohr et Anne Winters

LA CRITIQUE FM

Une heure et vingt-neuf minutes ! Les séries télé, de nos jours, louchent de plus en plus vers les longs-métrages. Et cela implique une gestion particulière du temps de part des scénaristes et du réalisateur, un écueil que The Orville a eu un peu de mal à éviter cette semaine. Citons pour l’exemple, l’interminable parcours dans les montagnes de Kelly et Bortus alors que Topa se fait torturer. Et tout ça pour évoquer une possible romance entre les 2 officiers dont on demande bien ce que cela vient faire dans ce moment tragique...

Quant à évoquer les passages problématiques de cet épisode, on peut se demander à quoi cela sert encore d’essayer d’inclure des moments comiques alors que la série semble s’en affranchir de plus en plus. Le plaidoyer de Gordon à la réunion au sommet en est un bon exemple. On se demande d’abord pourquoi le personnage est autorisé à y assister et ensuite, on se demande à quel moment, c’est censé être drôle.

Et puis, il y a le cas Dolly Parton. Si sa participation est éminemment sympathique, l’icône de la Country y prouve qu’elle est bien meilleure chanteuse qu’actrice. Quant au fait que sa démonstration soit assez convaincante pour faire changer d’avis Heveena, cela me laisse assez sans voix.

Et que dire de la décision finale de l’Union d’organiser un Moclanxit en pleine guerre avec les Kaylons. Elle pose juste question. Les événements de cette semaine montrent certes une action des Moclans en contradiction avec les valeurs de l’Union. Mais de là à provoquer une exclusion définitive de cette civilisation, ce qui va désorganiser l’Union et réduire les chances de survie de l’ensemble de ses composantes, cela me laisse perplexe.

Pour autant, l’épisode propose également de très bonnes choses. La définition du personnage d’Heveena en est un bon exemple. The Orville a une capacité à produire des personnages complexes. Même si on comprend son combat, Ed déconstruit admirablement bien sa manipulation de Topa.

Quant à Imani Pullum, dont on avait déjà admiré la prestation dans A Tale of Two Topas, la jeune actrice prouve à nouveau la qualité de son jeu. Je suis assez épaté de la façon dont The Orville explose certains tabous audiovisuels US. Je ne suis pas sûr que beaucoup de séries américaines arrivent à montrer de cette façon la torture d’un enfant.

Visuellement, la série est toujours au top. Je retiendrais la sortie du Orville de la nébuleuse qui est un des plus beaux plans que j’ai pu voir cette année tout média confondu.

Un épisode qui n’est donc pas parfait, mais qui reste dans le haut du panier.

LA CRITIQUE YR

Tout en offrant, comme chaque opus de New Horizons, un sequel ou un épilogue à un ou plusieurs épisode(s) des deux premières saisons — en l’occurrence ici The Orville 02x12 Sanctuary et indirectement The Orville 01x03 About A GirlThe Orville 03x08 Midnight Blue se veut aussi la suite directe de The Orville 03x05 A Tale Of Two Topas.
Et exactement comme dans ce dernier, on retrouve la même proportion de finesse d’écriture, de wokisme… et d’irréalisme, dans la mesure où l’intérêt de milliards d’individus est sacrifié à l’intérêt d’un seul et/ou à une posture idéologique.
À la différence près que cette fois les objectifs externalistes — c’est-à-dire les intentions des auteurs — se détectent davantage à travers la construction narrative, ce qui est (au mieux) le signe d’une écriture insuffisante… ne prenant pas la peine de "bétonner" en internaliste la logique des choix individuels et le naturel des enchaînements, laissant transparaître (comme The Orville 03x02 Shadow Realms) du forcing et plusieurs incohérences jalonnées...

Si vous ne souhaitez pas vous plonger dans une analyse exhaustive du contenu (fatalement riche en spoilers), veuillez cliquer ici pour accéder directement à la conclusion.

Et il faut dire que lesdites incohérences et inconséquences se rencontrent à toutes les étapes du process
#1 En premier lieu, alors que l’amirale Howland avait adressé à Grayson et Mercer une réprimande officielle suite à leur mise en danger de la relation entre la Planetary Union et les Moclans à la fin de The Orville 03x05 A Tale Of Two Topas, comment se peut-il que l’amirauté (représentée par l’amiral Halsey) prenne le risque de confier justement au même USS Orville — qui n’a cessé de s’illustrer par ses irresponsables incontinences idéologiques — la délicate mission d’inspection opposable de la colonie féminine The Sanctuary (i.e. en confrontation au groupe de Moclans misogynes conduits par le commander Kodon) ?
#2 Ensuite, comment se fait-il que Bortus et Kelly prennent le risque d’emmener en navette dans une zone potentiellement conflictuelle la jeune Topa, celle-là même qui fut au cœur de toutes les polémiques géopolitiques il y encore trois épisodes. La colonie The Sanctuary n’est aucunement le Club Med ! On ne s’y serait pas mieux pris si on avait délibérément voulu exposer à des risques inconsidérés aussi bien Topa que la relation Union-Moclan…
#3 Par-delà l’opportunisme amoral de la doyenne Heveena (que l’épisode ne manquera pas d’épingler), était-il en réalité un tant soit peu tactique de "débaucher" dès son arrivée une gamine sans aucune expérience ni formation, encore un bébé (littéralement) deux ans avant, et cible de toutes les attentions de la part du gouvernement Moclan... pour lui confier un rôle d’agent double dans le cadre de la filière d’exfiltration illégale des Moclanes nées avec un sexe féminin ?!
#4 Si les "inspecteurs" moclans de Kodon ont réussi à capter à distance (on ne sait comment d’ailleurs !) les échanges privés à voix basse entre Heveena et Topa, ils étaient alors supposés en savoir autant que cette dernière à l’endroit du contact clandestin sur la planète Moclus et des fréquences cryptées. Dès lors, quel était le sens de kidnapper l’enfant pour lui soutirer ces informations par la torture... alors que la connaissance même de sa "mise au parfum" récente impliquait de connaître aussi les informations recherchées ? Et si d’aventure les Moclans n’avaient pas vraiment capté la teneur de la conversation entre Heveena et Topa, quelle était alors la probabilité qu’une gamine fraichement débarquée soit au courant des secrets les plus inavouables de la doyenne de The Sanctuary ? Faut-il que les illogismes stratégiques de la leader féminine soient partagés par les bourreaux masculins...
#5 Après avoir réussi à décoller (malgré le sabotage de leurs propulseurs), autant il était légitime que Kelly et Bortus aient fait un choix de priorité (poursuivre les kidnappeurs de Topa plutôt que rejoindre l’USS Orville qui n’était pas contactable en temps réel à travers la nébuleuse bleue), autant il est invraisemblable qu’ils n’aient laissé aucun message sur leurs intentions et la direction prise sous une forme ou une autre à l’attention de l’Union (par exemple via Heveena, ou par un enregistrement laissé dans une capsule ou une balise en orbite, ou encore en semant divers indices dans l’espace pour permettre au vaisseau-mère de les suivre… sans compter l’envoi d’une transmission radio quand bien même non interactive). Visiblement, il fallait absolument que le duo héroïque se retrouve seul face aux ennemis... et que l’USS Orville lance de son côté un processus fatal pour la relation entre l’Union et les Moclans…
#6 Même si Kelly et Bortus ne lui ont pas facilité la vie, il reste bien peu conforme à la personnalité audacieuse du capitaine Mercer — du moins celui des deux premières saisons de The Orville — de n’avoir rien entrepris par lui-même (avec les nombreux moyens dont dispose son vaisseau) pour suivre le Moclan Kodon et la filature de ses subordonnés en navette… alors que la vie et la sécurité de Topa étaient de toute évidence soumis à un impératif d’urgence. Au lieu de ça, Ed va jouer la bien inefficace carte bureaucratique de la dénonciation auprès du Conseil de l’Union, impliquant que la doyenne Heveena confesse publiquement avoir violé les accords de sa colonie avec Moclus (pour soustraire les bébés féminins à des chirurgies de transition forcées)… au risque de compromettre (par sanction ou par représailles) l’existence même de The Sanctuary (et de ses habitantes)… et ce dans l’unique but de donner un cadre légal à l’Union pour mener des investigations sur le terrain… mais avec la contrainte de devoir affronter la mauvaise foi (voire les éventuels sabotages) des autorités moclanes (niant en bloc toute implication)... et de toute façon bien trop tard pour sauver la vie de Topa !!! Alors que les moyens d’investigation, l’USS Orville les avait déjà étant sur place, moyennant une situation de flagrant délit et d’urgence vitale qui lui offrait un alibi légal raisonnable, sans avoir à rameuter le ban et l’arrière-ban politique avec de possibles conséquences tragiques sur la vie des femmes moclanes libres et/ou sur la relation entre l’Union et les Moclans (dont la préservation était l’objectif premier de la mission selon l’incipit même de l’épisode). Bref, une procédure au minimum hautement contreproductive, au maximum carrément kafkaïenne étant donné le contexte...
#7 Bien que la procédure légaliste et procédurière engagée par Mercer ne s’accorde guère à l’urgence de l’aide opérationnelle dont a besoin Topa pour survivre, le capitaine exercera une lourde pression psychologique et une culpabilisation morale sur Heveena pour la faire plier durant toute sa présence à bord de l’USS Orville… sans considération aucune pour la balance démographique. C’est-à-dire qu’une fois de plus, comme dans The Orville 03x05 A Tale Of Two Topas, l’intérêt individuel d’une personne proche (Topa) sera spontanément considéré comme forcément prioritaire sur l’intérêt d’un grand nombre d’anonymes (les réfugiées de The Sanctuary). Et Mercer ne reculera devant aucune manipulation émotionnelle ni aucun pathos pour parvenir à ses fins, y compris un holoprogramme customisé sur mesure pour mettre en scène la simulation de la plus célèbre icône country étatsunienne auquel la dissidente moclane voue (assez curieusement d’ailleurs) un véritable culte... à savoir Dolly Parton qui, depuis sa cabane natale des Smoky Mountains du Tennessee, lui citera en exemple sa mère (« Ma mère savait qu’il fallait agir sans attendre. Si on fait ce qu’il faut sans attendre, le reste a tendance à rentrer dans l’ordre tout seul. Du moins, c’est ce que ma mère m’a appris. »). Et hop, grâce à cette simple leçon de patronage en guise de parabole du pauvre, Heveena s’amendera et fera son autocritique stalinienne devant le Conseil de l’Union… à la grande satisfaction d’Ed et sous la ballade triomphante Try de Dolly ! C’est à croire que la détermination "sacerdotale" de la doyenne ne pesait pas lourd finalement... Difficile de ne pas avoir l’impression de se retrouver — mais de l’autre côté de la barrière — face au procédé manipulatoire employé par les Krills dans The Orville 03x04 Gently Falling Rain pour culpabiliser les couples ayant pratiqué un avortement (en leur faisant "rencontrer" les simulations holographiques de leurs enfants non nés). Et bien sûr, zéro impact sur le sauvetage de Topa, en revanche un envenimement irréversible des relations avec les Moclans jusqu’à la rupture...
#8 De leur côté, Bortus et Kelly poursuivent leur opération commando en atterrissant nuitamment sur la seule planète (officiellement inhabitée) du système Zonari (à six années-lumière de The Sanctuary) et où les Moclans ont manifestement établi une base secrète. Durant l’approche, inexplicablement, la XO saute par-dessus une étroite crevasse sans prendre d’élan (ou presque) et y sombre. Elle s’en sort néanmoins très bien (vu la chute) avec seulement un ligament déchiré, juste de quoi appliquer sur la blessure un régénérateur de tissus. Un prétexte de quelques minutes pour échanger sur la place progressivement prise par Kelly dans la famille de Bortus… et pour esquisser un patin langoureux (interrompu par l’achèvement du processus de la guérison). Autant un flirt entre les deux protagonistes faisait sens au motif que Kelly a en quelque sorte remplacé Klyden dans la vie de Bortus, autant le timing de cette romance potentielle est par trop HS et nombriliste étant donné l’urgence du sauvetage et en vis-à-vis des affreuses tortures endurées par Topa à seulement quelques encablures de là.
#9 Dans un local de la base secrète, la courageuse petite Topa aura vaillamment résisté — niant être au courant de quoi que ce soit — à toutes les premières phases de tortures pratiquées par un implacable bourreau borgne moclan. Mais elle finira par lâcher le morceau à l’approche des derniers niveaux du bâton de douleur krill finalement employé par "l’interrogateur" et susceptible de générer des dommages neurologiques permanents. Mais alors que les Moclans s’apprêteront à assassiner sans vergogne l’enfant (ne respectant aucunement — tels de vulgaires mafieux — leur "promesse" de lui laisser la vie sauve si elle parlait), les deux héros leur tomberont dessus, guidés par leur "tricordeur". Poussé par une haine paternelle compréhensible, Bortus défoncera l’inquisiteur bourreau de sa fille, et c’est seulement aux ordres impérieux de sa supérieure Kelly qu’il devra de ne pas l’achever à main nues. Mais cette démonstration de moralité sera particulièrement déplacée — et stratégiquement irresponsable — sachant que les héros laisseront la vie sauve seulement aux deux Moclans ayant soutiré les informations confidentielles à Topa (leur livrant ainsi tout le réseau clandestin de Heveena), alors qu’ils n’auront par contre aucun scrupule à massacrer les autres (notamment durant l’interminable dogfight en rase-mottes à la Star Wars contre les vaisseaux de combat de classe O’kta).
#10 In fine, les dénégations mensongères et la comédie victimaire de l’ambassadeur moclan devant le Conseil de l’Union se verront confondues par l’entrée en scène tonitruante des deux héros revenus de l’enfer de Zonari (façon Missing In Action de Joseph Zito) avec l’enfant martyr érigé en pièce à conviction vivante — sa chair portant encore les stigmates des supplices endurés. Les victimes demanderont alors publiquement à ce que les menteurs, bouchers, et tueurs d’enfants moclans répondent de leurs crimes… devant une standing ovation de l’assemblée. Mais en guise de bouquet final, l’amiral Halsey viendra finalement révéler aux protagonistes que le Conseil a voté à l’unanimité l’exclusion des Moclans de l’Union (assorti d’un divorce opérationnel) mais l’autonomisation souveraine et l’intégration de la colonie The Sanctuary dans la PU ! C’est-à-dire une posture autosatisfaite totalement hors sol. D’aucuns auront beau jeu de reprocher au lieutenant Gordon Malloy d’être sorti de ses fonctions et de son grade en insultant l’ambassadeur moclan et en lui balançant ses quatre vérités en petit comité, mais cela reste en fait dérisoire au regard de ce qu’assèneront ensuite Kelly et Bortus en grand comité, puis a fortiori du couperet définitif que fera tomber la collectivité sur Moclus. Jusque-là, l’Union était fondée à appréhender que ses exigences éthiques et ses ingérences répétées (en particulier celles de l’équipage militant de l’USS Orville) conduisent tôt ou tard les Moclans à claquer la porte. Mais que cette initiative ait été carrément prise par la PU elle-même, sans même chercher un arrangement qui concilie justice et pragmatisme, qui plus est sans hésitation aucune et à l’unanimité de ses membres… alors que les génocidaires Kaylons sont au seuil, c’est quelque peu ubuesque, Bisounours, disons arrogant de naïveté dans un univers supposément réaliste et au sein d’une société aussi évoluée.

Autant dire que l’épisode The Orville 03x08 Midnight Blue est dans sa quasi-intégralité un gigantesque passage scripté de jeu de rôle, avec un enchaînement imposé au forceps pour aller d’autorité d’un point A à un point B dans l’algorithme de la saison. Les personnages deviennent les pantins d’un marionnettiste affolé (probablement à l’approche d’une fin de saison qui pourrait bien être la dernière) : on envoie chez les Moclans l’équipage de la flotte qui traine le plus de passifs possibles tel un pousse-au-crime, on opte pour la stratégie la plus légaliste afin de ne laisser aucune chance aux arrangements officieux, on manipule au moyen de pathos chirurgical les quelques personnages (quand bien même fautifs) osant encore prioriser l’intérêt général, on expose les félonies (Heveena) et les crimes (Moclans) sur la place publique pour exacerber les divisions… Et tout ça dans le but de parachever ce que The Orville 03x05 A Tale Of Two Topas avait laissé en suspens : la subordination du collectif à l’individuel, et par extension la soumission du pragmatisme à la moraline.
De toute évidence, il fallait absolument que la Planetary Union expurge tous les éléments non-conformes et non-orthodoxes pour favoriser un parfait entre-soi utopique (c’est tellement plus confort)… quitte à évoluer vers l’exclusion (et non vers l’inclusion), quitte à renoncer à son moteur empathique et évolutionniste (au bénéfice des autres)… et quitte à y perdre ses capacités immunitaires (face aux périls cosmiques menaçant son existence).
Avec en bonus une petite obole symbolique au conformisme woke : on pardonnera bien volontiers aux passionarias féminines de The Sanctuary leurs outrances (tout comme aux matriarches Janisis de The Orville 03x07 From Unknown Graves), tandis que la société moclane est visiblement au-delà toute rédemption tant sa masculinité est toxique et nauséabonde. La série aurait-elle franchi un Rubicon d’intolérance depuis The Orville 01x03 About A Girl ?

Pourtant, seule une action souterraine "préservant la face" des Moclans aurait permis une résolution profitable à tous. Par exemple sauver Topa... mais faire du crime (hélas enduré par elle) un vrai moyen de pression (sous la menace de le rendre public) sur le gouvernement moclan pour obtenir un assouplissement de sa politique répressive envers le sexe féminin et la poursuite d’une coopération militaire de survie face aux Kaylons. En revanche, tout exposer en public par boyscoutisme, c’était l’assurance d’une rupture au pire moment stratégique possible… voire de la genèse d’un antagonisme proactif. Une réalité que comprenaient magistralement des séries aussi trekkiennes que ST DS9 et ST ENT des même auteurs...
La troisième saison de The Orville aura décidément été un manuel d’idéologisation au mépris de toute realpolitik, à l’exception notoire de l’exceptionnel The Orville 03x06 Twice in A Lifetime. Ou comment se brouiller avec tous ceux qui ne partagent pas strictement les valeurs et les idéaux de l’Union, et même si possible s’en faire consciencieusement des ennemis. Mais paradoxalement, ne serait-ce pas là une curieuse allégorie — involontaire ou prophétique — de la politique occidentale actuelle ?
Fi des rapports de force, fi des lois naturelles… on se fait plaisir et tant pis pour les conséquences. Mais comme nous ne sommes plus vraiment dans un univers de SF mais dans une fable (enfantine et pédagogique ?), il est à parier que l’un des deux épisodes suivants de The Orville sorte de derrière les fagots une solution miracle qui permettra à l’Union de survivre… et même de l’emporter face à des puissances très supérieures. Allez, suivez vot’ (bon) cœur et vos (nobles) idéaux m’sieudames, et l’univers (c’est-à-dire les showrunners) se chargera du reste.
On ne pourra certes pas reprocher à l’épisode de n’être pas trekkien. Mais à la façon d’un vœu pieux (et impuissant), lorsque la praxis a été sacrifiée sur l’autel de la propitiation (et de l’hagiographie).
Dès lors, The Orville 03x08 Midnight Blue n’est aucunement un #FakeTrek, mais c’est en quelque sorte un demi-Trek, comme s’il manquait la moitié de l’équation... "lost in translation" quelque part entre 2005 et 2022, et peut-être davantage depuis la rachat par Disney.

Comme dans les autres productions imaginaires du moment (Strangers Things, Westworld…), le "syndrome SVOD" continue à autoriser — et favoriser — toutes les incontinences. Chaque épisode voit donc sa durée se rallonger… Le précédent faisait déjà 1h13, celui-ci atteint 1h26 ! Il n’y a visiblement plus de limite…
Mais cette "générosité" n’est pas forcément une bonne chose, car ce que la série y gagne en confort et en hédonisme, elle le perd en efficience et en pertinence. Et autant The Orville 03x07 From Unknown Graves débordait de richesses (cet épisode avait eu les yeux plus gros que le ventre en concaténant pas moins de six histoires qui auraient gagné à être déclinées en plusieurs épisodes distincts), autant The Orville 03x08 Midnight Blue n’est pas assez dense pour justifier sa durée. D’où une sensation de délayage et de remplissage, quand bien même jamais désagréable ni ennuyeuse...

Mais quand bien même incomplet (épistémologiquement) et étiré (narrativement), l’épisode possède malgré tout de (très) beaux restes, et pas seulement visuellement. Ah la beauté de la nébuleuse bleutée qui nimbe la planète The Sanctuary, ou encore l’envoûtement des luminites multicolores qui fascinent Topa tel un écho de 火垂るの墓 (Le tombeau des lucioles) de Isao Takahata (1988)...
Midnight Blue aura eu le courage d’affronter les yeux (grands) ouverts des thématiques hautement dérangeantes (et démystificatrices) : la torture à mort d’un enfant (la touchante Topa), de valeureux résistants (Heveena) qui s’abaissent (comme les pires terroristes) à exploiter l’innocence pour servir leur grande cause, des héros modèles (Ed) qui n’hésitent pas à composer des manipulations holographiques éhontées comme les affreux réacs Krills, une société utopique (la Planetary Union) continuellement poussée vers des sociétés obscurantistes sur le fond (Moclans, Krills, Kaylons...) quoique suffisamment avancées sur la forme (et pas juste technologiquement) pour le dissimuler. Après tout, l’Union avait intégré les Moclans en premier lieu car elle avait cru de bonne foi qu’ils formaient une espèce unisexuée comme les J’naiis de ST TNG 05x17 The Outcast. De là à invoquer un cas académique de dol...
The Orville 03x08 Midnight Blue a également eu le mérite de laisser des ouvertures à la remise en question et aux évolutions personnelles, avec notamment le crush de la jeune (mais cependant mature) Topa pour l’adulte (mais assez immature) Gordon qui, tout en déclinant (après avoir mis bien du temps à comprendre durant une scène hilarante) se sentira ensuite moralement "obligé" envers elle, au point de risquer la cour martiale "pour Topa" en invectivant l’ambassadeur devant toute l’élite de l’Union (adhérant en réalité sans l’avouer à son coup de gueule bien peu protocolaire). Ou encore le retour de Klyden à la fin de l’épisode assorti de son examen de conscience poignant suite à son reniement indigne dans The Orville 03x05 A Tale Of Two Topas, comme pour rappeler qu’il n’est pas possible d’amalgamer doctrines et individus, et que certains réussiront (heureusement) toujours à s’affranchir des prisons mentales que les sociétés bâtissent autour d’eux...
Il n’est donc guère surprenant que le focus familial ait parfois conduit à flirter avec Little House On The Prairie de Laura Ingalls Wilder, comme si les bons sentiments et les larmes — plus masculines que féminines d’ailleurs (un point anti-Discovery appréciable) — pouvaient exorciser les violences et les cruautés mises précédemment en scène.
Et pourtant, aussi bien dans ses moments apolliniens que dionysiaques, Midnight Blue a curieusement su conserver une élégance de retenue et de pudeur, si ce n’est dans la forme, du moins dans le fond. Par exemple lorsque Bortus est saisi d’une rage légitime (la "sainte colère"), la séquence est filmée et jouée sans ostentation, saisissante mais non grandiloquente, et in fine au service d’un propos moral. Ou encore dans la scène finale de la famille élargie de Topa, reconstituée dans le nomadisme spatial autour d’un simple repas (épicé), transcendant les rancunes (et les triangles amoureux de vaudeville).
À l’instar de Stephen Hawking jouant son propre rôle dans le holodeck de ST TNG 06x26 Descent, c’est Dolly Parton herself qui apparaîtra dans la simulation dédiée à sa "groupie" Heveena. Étant donné l’importance de ce monument indépassable de la scène country, c’est là un signe de reconnaissance et d’opulence assez flatteur pour la série. Sans chercher à composer un quelconque rôle, elle sera juste elle-même, toujours séduisante du haut de ses 75 ans (et plusieurs décennies de chirurgie esthétique). Outre Try qu’elle interprétera à la guitare acoustique, l’épisode lui fera également honneur avec les classiques 9 To 5 et Jolene...
Enfin, "the last but not the least", aussi inconséquents que soient les choix tactiques et stratégiques automatisées par la carte perforée de l’épisode (cf. ci-avant les dix instructions # de l’algo), ils n’ont néanmoins pas été structurés au détriment ni sur le dos de l’internalisme général de The Orville. Bien au contraire, le procédé est maladroit et artificiel, mais la finalité ne s’inscrit pas moins dans l’intradiégétique, c’est-à-dire le worldbuilding solide de la série...

Conclusion

La construction de The Orville 03x08 Midnight Blue est un orgue de barbarie jouant mécaniquement la liturgie de la doxa... avec son lot de facticités, d’inconséquences, de simplismes. Et pourtant, derrière une disneyisation savonneuse potentiellement castratrice pour la créativité, une moitié du cœur trekkien aura réussi (tant bien que mal) à survivre...

Signe des temps, tout en ayant parfoisparfois seulement — en partage une allégeance à la bienpensance hollywoodienne et une inclination pour le pathos, le #FakeTrek de Secret Hideout aura pris le parti de ravilir au maximum la société de l’UFP dans son ensemble pour glorifier par contraste ses quelques héros d’exception (y compris dans son dernier épisode en date)... tandis que The Orville aura fait le choix inverse en poussant son paradigme utopique — et ses héros certes représentatifs — jusqu’à la niaiserie voire au suicide.

Mais entre le cynisme dystopisant (à la sauce Kurtzman) et l’idéalisme angélique (à la sauce Disney), le choix n’est pas trop difficile à faire pour un trekker...
Cependant, il est tout de même permis de regretter un Star Trek authentique qui avait réussi jusqu’en 2005 — et très souvent sous la plume du même excellent Brannon Braga — le parfait équilibre entre utopie et réalisme.
Seulement, avec une "laisse Disney" au cou, Braga est-il encore vraiment Braga ?

NOTE ÉPISODE

NOTE STAR TREK

BANDE ANNONCE



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