Star Trek Picard : Critique 2.10 Farewell

Date : 11 / 05 / 2022 à 14h30
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Unification


STAR TREK PICARD

- Date de diffusion : 06/05/2022
- Plateforme de diffusion : Prime Video
- Épisode : 2.10 Farewell
- Réalisateur : Michael Weaver
- Scénaristes : Christopher Monfette & Akiva Goldsman
- Interprètes : Patrick Stewart, Alison Pill, Isa Briones, Evan Evagora, Michelle Hurd, Santiago Cabrera, Jeri Ryan

LA CRITIQUE FM

Bon... Voilà... C’est enfin fini... Que c’est dur d’accoucher de cette critique quand l’envie n’est vraiment, vraiment plus là... de plus, les chiens ne faisant pas des chats, une mauvaise série ne pouvait pas s’améliorer avec sa conclusion.

En fait, cette seconde saison de Star Trek Picard a reproduit le mode opératoire de la première, mais en dix fois pire. Une bonne introduction, du remplissage à gogo au milieu, et une fin précipitée comme un dégueuli. Et le tout sans quasiment aucune surprise dans ce présent épisode. Jurati est bien la reine du premier épisode ce qui permet de marquer un renouveau dans les relations Fédération / Borgs. Q embrasse sa destinée, de même pour Rios qui est resté dans le passé. WHAT A SURPRISE...

Et cerise sur le gâteau, pour terminer d’achever cette saison. Et hop, on invente une nouvelle menace intergalactique d’origine inconnue dont on se demande bien si cela sera utilisé dans le futur, puisqu’Alison Pill a confirmé qu’elle ne serait pas présente en saison 3.

C’est quand même incroyable que la production n’ait jamais trouvé une idée pour développer les rôles d’Isa Briones et d’Evan Evagora. Elnor a été, de fait, inexistant sur toute la saison et son retour dans les dernières minutes de l’épisode ne sert qu’à redonner le sourire à Tati Raffi. Quant à Kore, il fallait trouver un bidule pour la faire disparaître. En terme d’invisibilité, rien de mieux que de réutiliser ce qui a permis de faire disparaître un certain Wesley Crusher en invitant un Wil Wheaton qui a perdu toute capacité à interpréter un personnage. Soupirs...

Je vous passe les circonvolutions autour de la destinée de Renée Picard et de celle d’Adam Soong. Et que dire de l’embrassade surjouée de Picard avec Q alors que celui-ci n’est même pas capable de bisouiller Laris lors de leurs retrouvailles. Re-soupirs.

Le demi-point de ma notation est juste relatif au dialogue final entre Picard et Q, sinon cela aurait été un zéro pointé. Bref, pas mécontent de ne plus entendre parler pendant quelque temps de la plus mauvaise série Star Trek Ever. End of transmission...

LA CRITIQUE YR

Chroniquer Picard 02x10 Farewell revient à composer la radioscopie d’une implacable descente aux enfers narrative, l’autodafé consciencieux et rituel d’une des plus éminentes œuvres de SF. Et que les spectateur le veuille ou non, le calice d’arsenic sera bel et bien bu jusqu’à la lie.

Si vous ne souhaitez pas vous plonger dans une analyse exhaustive du contenu (fatalement riche en spoilers), veuillez cliquer ici pour accéder directement à la conclusion.

Pour planter le décors de la sinistre farce, et à l’aimable attention des nombreux spectateurs ayant arrêté les frais (du masochisme), commençons par un rappel des faits…

Résumé

La reine Borg convertie par Jurati est partie avec La Sirena, et désormais seule la Supervisor Tallinn dispose de la téléportation.
Mais qu’à cela ne tienne, alors que les héros (Picard, Tallinn, Rios, Seven, Musiker) se tapent tranquillement la causette au château, Adam Soong est déjà aux States ! Il est même à pied d’œuvre à la NASA pour mettre à profit qualité de mécène (et membre du conseil d’administration) pour approcher René Picard en dépit de la quarantaine et l’assassiner avant le décollage du Shango X-1. Mais en bon puppet master, il a aussi prévu un plan B à son domicile (des drones de sa conception programmés pour détruire la fusée en plein vol) assorti d’un piège (des explosifs dédiés aux voyageurs du futur dans le cas où ils chercherait à empêcher le lancement).
L’équipe de divise alors en deux, selon les affinités de couples : Picard et Tallinn à la NASA pour intercepter Soong, Seven et Raffi (et Rios) pour intercepter les drones. Sur le premier théâtre d’opération, Picard ne sert comme d’habitude à rien (il se cache derrière les murs pour observer Soong méfaire), et Tallinn pique l’uniforme et le badge d’une astronaute (Maya) pour rencontrer enfin Renée dans ses quartiers avant le décollage et... tout lui déballer (elle est son "ange gardien" depuis sa petite enfance et Soong veut la tuer). Pour transgresser ainsi la règle fondamentale des Supervisors, il ne pouvait que s’agir d’un adieu consenti. Tout en cherchant à mystifier le spectateur (sur qui est qui), Tallinn emploie son espèce d’écran holographique (qui cache ses oreilles romuliennes) pour prendre l’apparence de Renée, approcher Soong, et… se laisser gentiment tuer par lui (à la place de l’astronaute) au moyen d’une neurotoxine sur une pellicule dans la paume de sa main. Une diversion qui permet au Shango X-1 de décoller avec Renée, tandis que Tallin meurt dans les bras de Jean-Luc, avec le soulagement du devoir accompli en voyant décoller l’astronef.
Au domicile de Soong, le piège des explosifs est tant bien que mal évité, mais les quatre drones décollent successivement. Le talent de hackeuse de Musiker permet d’en reprendre partiellement le contrôle à distance et le talent de pilotage de Rios lui permet de les diriger les uns contre les autres. Ils explosent ainsi à quelques encablures de la fusée.
Ainsi, en dépit des innombrables bouleversements causaux infligés par Q, la reine Borg, et les héros eux-mêmes (une vingtaine d’assassinats perpétrés au sabre ou au poignard), la timeline est sauvée et le démoniaque Soong Ier est vaincu. Faut d’ailleurs dire que c’était pas son jour, car sa "fille"-clone-de-laboratoire en rajoute une couche de son côté en effaçant implacablement à distance (depuis son ordinateur portable dans la bibliothèque municipale du coin) tous les fichiers de recherche génétique d’Adam, le travail de toute une vie, "au nom de toutes ses sœurs décédées" dira Kore. Devant son désespoir, on en viendrait presque à plaindre Soong pour le coup... Mais comme tous les vilains de comics, il ne manque pas d’avoir un tour de plus dans son sac : il sort ainsi d’un tiroir le dossier top secret de... Khan ! Carrément HS, mais il faut probablement y voir une jonction — au son d’une grande musique opératique — avec le lointain descendant Arik Soong (de ST ENT 04x04 Borderland)...
Est ainsi résolu en 23 minutes on screen le défi principal de la saison, c’est-à-dire "l’arc 2024".

Passons maintenant aux récompenses du jeu et aux épilogues…
Kore qui a quitté le domicile familial reçoit un mystérieux message sur son laptop lui fixant rendez-vous dans un parc. Surprise, le billet doux… venait de Wesley Crusher. Celui qu’on n’attendait pas. Il est devenu voyageur spatio-temporel, et officie comme protecteur de l’intégrité du temps au sein de l’organisation des Travellers qui s’avèrent être les employeurs des énigmatiques Supervisors !!! Il propose d’embaucher Kore dans cette organisation. Entre une vie normale et l’aventure périlleuse donnant un sens à sa vie, elle choisit la pilule rouge. Aussitôt dit, Wesley tend fraternellement la main à sa nouvelle catéchumène et ils se téléportent vers l’inconnu. Rarement une œuvre audiovisuelle aura proposé une scène aussi incongrue et WTF… mais nous y reviendrons…
Picard, Seven, Musiker, Rios, Teresa, et Ricardo se retrouvent au château insalubre (la téléportation reste possible malgré la mort de Tallinn ?), tous résignés à terminer leurs jours au 21ème siècle (et même à devoir y travailler). Mais voilà que Q rend visite à Jean-Luc au château — mais attention, le Q apaisé des beaux jours, non le Q evil du reste de la seconde saison. C’est l’heure du dernier sacrement, donc de la confession avant la mort : confronté à la solitude de sa soudaine mortalité (que Jean-Luc avait apprise via Guinan 2.0), Q voulait épargner à son humain préféré — qu’il aime d’un amour divin tendre — de connaître son sort, et pour l’aider à convoler (avec Laris), il fallait qu’il guérisse de sa psychose et vainquant ses démons d’enfance ! Tel était donc le véritable objectif de tout ce cauchemar.
Cette mission essentielle étant dûment remplie, Q va utiliser ses ultime forces — et expirer dans le processus — en ramenant Jean-Luc et ses compagnons à leur époque. Et les morts ? Eh bien quoi ? Pour Tallinn, elle devait mourir dans toutes les timelines. Et pour Elnor, il y aura bien une surprise (plus tard). Mais Rios décide de rester au 21ème siècle pour les beaux yeux de Teresa et parce qu’il est convaincu que là est sa place depuis toujours.
Parce que ce retour dans le futur signera le trépas de Q, Jean-Luc prend l’initiative d’étreindre tendrement son meilleur ennemi pour qu’il ne soit pas seul en trépassant. Un ultime « Farewell, mon capitan » qui parlera au cœur de tous les trekkers. Puis dans une dernier claquement de doigt du Continuum… Picard, Seven, Musiker sont renvoyés sur le pont de l’USS Stargazer… juste quelques secondes avant leur départ par la sortie transdimensionnelle à la fin de Picard 02x01 The Star Gazer.
Et là, un autre défi attend Picard : comprendre la situation en quelque secondes pour éviter de disparaître dans l’autodestruction (car cette fois il n’y aura pas de Q pour le sauver). Eureka : Jean-Luc comprend que la nouvelle reine borg invulnérable, tentaculaire, et au visage masqué n’est autre que Jurati ! Alors à la dernière seconde, Picard ordonne l’annulation de l’autodestruction. Mise en confiance, elle dévoile son visage : la face de Jurati (quelque 377 ans après) avec un occiput cybernétique de Borg. On la nommera Borgati.
Son entrée fracassante en début de saison et sa prise de possession de la flotte était une façon bien à elle de solliciter l’amitié de la Fédération afin de faire front contre un ennemi commun : un gigantesque wormhole en formation dont la radiation tri-quantique unidirectionnelle risque d’anéantir tout le quadrant. Seule façon de contrer cette manace : composer un bouclier commun avec le gigantesque vaisseau borg et les 33 vaisseaux de Starfleet. Pour l’occasion, Picard promeut Seven capitaine de l’USS Stargazer (une "field commission") et ordonne à la flotte de laisser Borgati en prendre le contrôle. Avec tous les vaisseaux déployés en éventail face à l’anomalie spatiale, le rayon de la mort est endigué durant une scène spectaculaire. Puis le wormhole change de couleur (d’orange à bleu) et d’aspect. Il s’agissait de la formation d’un gigantesque "transworp conduit", mais d’une origine inconnue. Borgati, qui a ainsi sauvé des milliards de vie, demande à rejoindre provisoirement la Fédération pour devenir "guardian at the gate", fonction noble s’il en est, notamment depuis Game Of Thrones. Avec ce "Mur" à garder, la série Picard s’est trouvé un nouveau péril galactique pour la troisième saison.
En parallèle, Raffi découvre qu’Elnor est en vie et intègre sur l’USS Excelsior (où il était supposé être affecté à la fin de Picard 02x01 The Star Gazer), ses derniers souvenirs remontant à sa mort sur le CSS La Sirena. Ultime "cadeau" de Q.
De retour sur Terre dans le bar "10", Guinan révèle qu’elle savait tout depuis le début, mais qu’elle ne devient rien dire à Jean-Luc pour ne pas compromettre son grand voyage initiatique et thérapeutique. Il y a même une vieille photo jaunie de Cristóbal et de Teresa qui trône dans une alcôve, car Guinan les as bien connu à l’époque. Un couple formidable : ils ont créé un mouvement médical, les Mariposas (les papillons du célèbre effet en espagnol), pour aider les gens dans le besoin partout. Quant à "leur" fils Ricardo, il a réuni les esprits les plus brillants de son temps afin de dépolluer les océans, la terre et le ciel grâce à un organisme extraterrestre découvert par Renée durant la mission Europa.
Un vrai conte de fées.. qui arrache un grand sourire sur le visage fatigué de Jean-Luc : tout devient clair, la boucle est bouclée.
Il est grand temps pour lui de revenir au Château Picard, pour retenir la fidèle Laris (qui s’apprêtait à plier bagage suite à sa dérobade dans Picard 02x01 The Star Gazer), se réconcilier avec elle, et… convoler. Hourra.
Voilà, tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes possibles.
Ou pas.

Analyse

L’invraisemblance et l’empressement avec lequel Picard 02x10 Farewell solutionne les problématiques comminatoires de la seconde saison démontre — s’il le fallait encore — que les péripéties SF de la seconde saison n’étaient que les rideaux de fumée et les cache-misères d’un remplissage stérile (relater en dix épisodes ce qui tenait largement en deux) et in fine d’un objectif foncièrement anti-SF. Consistant par démagogie à peopliser et trivialiser à l’extrême ces géants sur les épaules desquels le Star Trek historique s’était hissé. L’impatience incontinente à conclure par le plus microscopique dénominateur commun possible est telle que le script ne prend même plus la peine de préserver une apparence de vraisemblance, la rupture entre le développement et la conclusion confinant dès lors au schisme, voire à une schizophrénie…

Ainsi donc la seconde saison de Picard n’a cessé de pourvoir le "génial" Adam Soong des attributs les plus anachroniques : clonages d’êtres humains des décennies avant qu’ils ne soient envisageables dans le monde réel, champs de forces quelques 130 ans avant leur invention dans la chronologie trekkienne, ressources pour alimenter ou amplifier énergétiquement des technologies du 25ème siècle (la téléportation massive des ex-soldats en Bourgogne), assujettissement de toutes les élites gouvernements à son bon vouloir (en dépit de sa prétendue infréquentabilité), omniscience de deus ex machina qui anticipe tous les coups de l’adversaire…
Et pourtant, dans le même temps, ce cador n’a pas été fichu de faire ne fût-ce qu’une seule sauvegarde hors ligne de décennies de travaux uniques (un b.a.ba que s’impose pourtant n’importe quel clampin équipé d’un ordinateur pour ses photos de famille ne fût-ce pour prévenir les impondérables mécaniques), ce qui permet à Kore – transformée comme par magie pour les circonstances en hackeuse hors pair – d’anéantir d’un claquement de doigts à distance le travail d’une vie entière.
De même pour des promesses de gloire aussi illusoires que celles de Madame Irma, Adam se laisse embobiner par la première bonimenteuse venue qui le téléguide tel un pantin (ou un idiot utile à travers Picard 02x08 Mercy et Picard 02x09 Hide And Seek.
Puis alors que la reine Borg a débarrassé le plancher, Soong conserve inexplicablement dans Picard 02x10 Farewell la capacité de voyager instantanément depuis la France vers les USA, il devance ainsi sans effort les héros — disposant pourtant de la téléportation de Tallinn — aussi bien dans les coulisses de la NASA (moyennant un invraisemblable « je file du fric à la NASA donc je me moque du confinement des astronautes ») qu’à son domicile (transformé à la fois en rampe de lancement de drones létaux pour Shango X-1 et en piège pour les voyageurs du futur). Mais la main invisible du script a beau donner les avantages techniques et tactiques les plus inconsidérés au bad guy, sa défaite est actée par contrat. Donc le généticien échoue car la supervisor romulienne possède la technologie de changer d’apparence et de mourir à la place de Renée Picard telle une authentique ange gardienne talmudique, tandis que l’équipe de soutien se joue finalement sans grand-peine du piège explosif et du plan B.

Soit un dénouement construit au détriment de l’échafaudage — pourtant déjà plus que chancelant — du corps de la seconde saison.
En effet, si Adam Soong comptait au nombre de ses inventions géniales un neurotoxique fatal et indétectable par simple contact avec la peau, comment se fait-il qu’il ne s’en soit pas servi contre Renée Picard durant la soirée de gala dans Picard 02x06 Two Of One à laquelle il avait été lui aussi convié (en tant que nouveau membre du conseil d’administration de la NASA) pour exécuter le funeste contrat imposé par Q ? Face à un moyen d’action aussi redoutable et impuni, tenter de renverser l’astronaute avec sa Tesla Model X dans un parking où elle n’était même pas supposée se trouver tient rétrospectivement du complet WTF (application imprévisible, efficacité bien moindre et exposition accrue à des poursuites légales).
Symétriquement, il en est exactement de même lorsque Tallinn fut vendue tout au long de la saison comme bardée de tech futuriste et alien (que ne possèdent même par les officiers de Starfleet du 32ème siècle de Discovery). Sauf que, par-delà le show off, il n’y a plus rien ni personne lorsqu’il s’agit de faire utilement la différence sur le terrain. Ainsi, sans pour autant recourir à des mesures irréversibles (dangereuses pour la timeline), il aurait suffi à Tallinn de téléporter Adam Soong dans n’importe quel recoin désert (mais vivable) de la planète Terre le temps que Renée Picard décolle, ou encore — comme à la fin de Picard 02x04 Watcher — de prendre le contrôle du corps du généticien le temps nécessaire afin qu’il ne perpètre aucun meurtre. Mais ces solutions logiques et de bon sens n’auraient probablement pas généré suffisamment de pathos et de larmes pour la manipulation émotionnelle tant recherchée par le série. Alors pour le seul bénéfice du show, au mépris de tout logos (et même de tout éthos), Tallinn traversera son propre jardin de Gethsémani en rencontrant sa protégée avant de se sacrifier avec béatitude et consentement pour elle, s’offrant littéralement à Soong telle la brebis au boucher. Une mort vaine, une mort absurde, un suicide qui ne dit pas son nom, exactement comme le décès d’Airiam dans Picard 02x09 Project Daedalus, mais composé ici uniquement pour se payer une agonie violoneuse dans les bras de Picard et le pousser ensuite dans ceux de Laris. Décidément, à l’instar du Burnham-show dans Discovery, l’univers lui-même est réduit à un accessoire modelable et foutraque au seul service des VIPs.

Mais c’est bien Q qui remporte la palme d’or de la dissociation diégétique et de la nombrilisation du Trekverse.
Il aura suffi que Jean-Luc range la clef-squelette (ou passe-partout) dans la cache secrète murale derrière la brique amovible — acceptant ainsi pleinement que son alter égo enfant s’en empare dans le futur au 24ème siècle et ouvre involontairement la porte à la pendaison de sa mère malade —, pour que soudain Q apparaisse, tel un Sphinx misthophore, sous la véranda du jardin d’hiver du château. Les masques tombent, la vérité se fait jour : il fallait donc que Picard accepte la tragédie de son enfance dont son parcours exceptionnel résulterait, puis qu’il s’auto-absolve de la culpabilité et se pardonne la honte du décès de sa mère... pour se laisser aimer par quelqu’un et s’accorder ainsi une relation intime à l’âge de presque 100 ans ! La leçon de choses étant désormais achevée, l’impétrant transfiguré peut regagner son époque et retrouver sa vie.
Mais Q a beau se donner des airs de Visiteur façon Éric-Emmanuel Schmitt (1993), tenter de rejouer les Dialogues avec l’ange de Gitta Mallasz (1976), et même susciter la compassion d’un Nephelim déchu, il ne peut faire oublier la masse critique d’inconséquences exhibés tout au long de la saison envers les objectifs désormais avoués...
Du côté de Jean-Luc d’abord, car rien, absolument rien durant les quinze années et les 182 opus allant de ST TNG 01x01+01x02 Encounter At Farpoint à ST Nemesis ne suggéraient un trauma d’enfance en prise avec la mort de sa mère et encore moins une quelconque psychose. Bien au contraire, l’exceptionnelle maturité et stabilité du personnage (lui ayant valu une réputation crypto-vulcaine) et sa carrière aux fonctions les plus impactantes de Starfleet (commandement du vaisseau amiral de la flotte capable d’anéantir toute vie planétaire) n’étaient en aucune manière compatible avec les lourds handicaps mentaux révélés par cette seconde saison… (Sauf peut-être dans une complète idiocratie où les institutions seraient incapable de sélectionner leur personnel le plus critique et les chroniques audiovisuelles incapables d’être représentatives de leur sujets d’études.) Du coup, toute la timeline trekkienne a été effacée de l’existence au profit d’une dystopie cosmique où les morts supplémentaires se comptent par milliards dans le seul et unique but que Jean-Luc s’auto-absolve d’une culpabilité qu’il n’a jamais endurée afin d’être mis aux normes de la conjugalité la plus conformiste. Les showrunners sont tellement obnubilés par le trivialité du réseautage et du coupling qu’il leur est impensable d’admettre qu’un gars puisse rester célibataire par choix de carrière ou par personnalité, et il leur faut bouleverser les lignes temporelles, aligner les massacres gratuits, et inventer au héros un handicap mental — pourtant incompatible avec son parcours — pour le faire entrer au forceps dans la plus médiocre des normativités. Pour un univers de SF dont la proposition sociale était d’accepter sans jugement toutes les différences et pour une série dont le wokisme militant prétendait honorer religieusement chaque initiale du sigle LGBTTQQIAAPO+, elle témoigne ici d’un obscurantisme procuste proprement sidérant. Mais aussi d’une criante amnésie (ou ignardise) de la part des auteurs étant donné que Picard avait montré tout au long de ST TNG qu’il n’était pas moins capable que les autres d’avoir des relations intimes suivies avec le beau sexe (Vash, Nella Daren, mais aussi Beverly Crusher et Eline dans d’autres timelines).
Du côté de Q ensuite, tant ses agissements durant la seconde saison n’ont cessé de manifester une véritable volonté de nuire à Jean-Luc, mais non à la façon d’un trickster ou d’un maïeuticien, mais bien à la manière d’un ennemi ou d’un Nemesis. Ainsi, il n’a eu de cesse de forcer obsessionnellement l’avènement de la timeline dystopique de la Confederation, d’abord en se faisant passer pour le psy de Renée afin de la pousser à se retirer de la mission Europa (point de bascule entre les deux timelines), puis en embauchant le génial mais abject Adam Soong (comme s’il n’était qu’un vulgaire sicaire de la mafia) pour assassiner la pluri-aïeule de Jean-Luc (avant même qu’elle n’ait eu la moindre descendance), plus généralement en déclenchant une série d’événements conduisant la reine Borg a lancer une assimilation de l’humanité dès 2024 (interrompue par les héros au prix d’une vingtaine de meurtres brisant en eux-mêmes l’intégrité de la timeline). Autant dire que Q s’est acharné tout au long de la seconde saison à faire purement et simplement disparaître Jean-Luc Picard de l’existence (la conséquence directe de l’assassinat programmé de Renée), tout comme ses proches et la société utopique pour laquelle il s’est battu toute sa vie (les implications de la victoire du savant fou et/ou de la reine borg alliée à lui). Dès lors, quel sens cela a-t-il de voir Q faire benoîtement son coming out à la fin de Picard 02x10 Farewell en déclarant sa flamme "divine" à Jean-Luc et son ardent désir d’embellir le grand-âge de son protégé ?! Et le pire peut-être est que ce dernier "achète" ces boniments et témoigne soudain à Q une reconnaissance et une affection jamais manifestées dans ST TNG (alors que le Continuum ne cessait en ce temps-là d’aider l’humanité — et pas seulement Picard — derrière un verni de provocations). Non, on ne peut raisonnablement prétendre vouloir le bonheur de Jean-Luc après avoir cherché à assassiner son aïeule (sans qui il n’existerait pas). Il faut vraiment prendre les spectateurs pour des poissons rouges en s’imaginant balayer ainsi une saison entière d’inconséquences, de manipulations et de malveillance crasses par un échange conclusif pseudo-profond et pseudo-sapiential de cinq minutes avec un pseudo-passeur omniscient…

Mais même en faisant abstraction de toutes ces incompatibilités majeures avec ST TNG le temps d’un exercice apagogique, si le seul objectif de Q était d’exhumer un pan entier de l’enfance de Jean-Luc pour qu’il puisse tirer son coup avec Laris, eh bien il "suffisait" de composer un simulacre autour de sa personne (à la manière de l’exceptionnel ST TNG 06x15 Tapestry) voire lui faire simplement revivre son enfance à travers ses yeux de senior dans un "redemption episode" comme les aime tant Hollywood. Pour la métanoïa intime de Picard, quelle était l’utilité, l’efficacité, le "rentabilité", et la fiabilité d’en passer par une saison entière de circonvolutions hallucinantes et improbables, impliquant de réécrire en profondeur pour le pire la ligne temporelle à l’échelle de toute la galaxie, puis se noyer dans un contemporain bancal pour restaurer une timeline prétendument utopique au moyen d’hécatombes aporétiques et à l’aide de ses pires antithèses (une reine Borg vivant un crush de midinette, un savant fou fondant une lignée à son image…), le tout émaillé d’incertitudes décisionnelles chez tous les "participants" impliqués (Picard, Jurati, Seven, Musiker, Rios, Elnor) tandis que les heures de Q sont désormais comptées et son omnipotence de plus en défaillante (ne contrôlant donc plus grand-chose).
Les "pouvoirs de Q" sont d’ailleurs tellement à géométrie variable dans cette saison qu’ils redéfinissent le concept même de joker narratif. Depuis la fin de Picard 02x04 Watcher, le "grand agonisant" du Continuum est supposé n’avoir plus aucune aptitude suprahumaine, et pourtant il collectionne comme jamais les exploits (formules scientifiques et sérums venus du futur résolvant chirurgicalement des problèmes du présent, bilocation à travers des avatars informatiques, infiltration au sein du FBI, interception de l’invocation au Continuum par la "bouteille d’Aladin" de Guinan…). Et dans Picard 02x10 Farewell, il monitore à distance les moindre faits et gestes et pensées de Jean-Luc, pour se matérialiser à point nommé au Château Picard. Et alors qu’il prétend ne plus avoir les moyens d’empêcher Raffi de le massacrer à main nue (par vengeance), aucun problème en revanche pour ramener sans technologie tous les voyageurs du temps à leur époque… et même "ressusciter" au passage Elnor. Picard est devenu un monde magique, obéissant au seul bon vouloir de showrunners, dorénavant ouvertement puppet masters
Toujours est-il que l’écart entre la finalité prétendument visée (aussi ridicule et égocentrée qu’elle soit), les moyens employés (génocidaires et nonsensiques), et le comportement du marionnettiste coiffe au poteau les propres records imbattables du n’importe nawak kurtzmanien. Le paradigme même du #FakeTrek nouveau consiste à immoler, non plus seulement la collectivité ou la société, mais carrément l’univers entier sur l’autel du culte égocentrée d’un seul individu, VIP comme il se droit, et sur le dos de ST TNG s’il vous plait.
"Toujours plus loin dans l’imbécilité" est décidément la devise inusable de Secret Hideout.

(...) -> Développement à venir <- (...)

Le fait que Guinan dévoile à Picard en 2401 qu’elle était au courant depuis l’origine de toute son "épopée" mais qu’elle s’était imposé de ne rien en dire pour ne pas risquer d’en changer le déroulement, voilà qui confirme sans ambages que toute la seconde saison de Picard constitue un paradoxe de prédestination, ce que le Starfleet spatiotemporel du 29ème siècle qualifiait dans ST VOY 05x24 Relativity de Pogo Paradox. L’effectivité de ce même paradoxe avait déjà été suggérée par la venue de Borgati à la fin de Picard 02x01 The Star Gazer, c’est-à-dire avant même que Q ne provoque le déplacement des consciences de Picard, Rios, Seven, Musiker, Jurati et Elnor dans la timeline de la Confederation… dont l’existence même de ladite Borgati résulte.
Dès lors, Picard et son équipe n’ont rien changé par leur voyage temporel en 2024, ils n’ont fait qu’accomplir quelque chose qui existait déjà dans la continuité causale dont ils étaient collectivement issus. Cela signifie donc que l’intervention de Q faisait partie de la timeline de la série Picard depuis sa première saison... et même bien avant.
Néanmoins, et c’est là que ça se complique, cela signifie alors que Q — du fait de son omniscience — n’ignorait pas son rôle dans la préservation de la timeline. Or la seconde saison a bien montré que le moteur de son agissement résultait de la découverte imprévue et brutale de sa mortalité, et son désir d’épargner à Picard sa propre solitude terminale (donc lui trouver une compagne avant sa mort et faire un gros câlin à son humain préféré). Ce qui induit alors une possible contradiction : Q ne pouvait à la fois connaître son rôle rétroactif comme conséquence de sa mortalité et ignorer sa mortalité, du moins dans un contexte d’omniscience.
De plus, Picard 02x10 Farewell fait reposer son paradoxe de prédestination sur l’effacement de la timeline qu’il permet. C’est-à-dire que pour que la timeline de la première saison de Picard puisse continuer à exister, il fallait qu’elle cesse d’exister (au profit de celle de Confederation) pour engendrer la causalité qui lui permettrait de continuer d’exister à l’identique. Réduisant alors la timeline dystopique de la Confederation à une rustine, à un variable cachée en termes de mécanique quantique, ce qui est la paroxysme du nihilisme pour ceux qui y ont existé et vécu. Cette configuration s’était en partie rencontrée dans l’épisode ST TAS 01x02 Yesterear… où il avait fallu que la timeline originelle (celle Spock était devenu adulte) cesse d’exister pour qu’il puisse se rencontrer enfant afin de permettre à ce dernier de ne pas mourir et donc à la timeline originelle d’être restaurée et de continuer à exister (en lieu et place de celle où l’Andorien Thelin devint le second de l’USS Enterprise de Kirk). Soit l’existence qui procède de l’inexistence.
Sauf que dans la seconde saison de Picard, pour que ce mécanisme puisse fonctionner, il est impératif que Jean-Luc n’ait jamais rencontré Guinan en août 1893 (comme en avait attesté Guinan 2.0 en cours de saison par sa non-reconnaissance de Picard) puisque selon le postulat même du paradoxe de prédestination, il n’y a aucune modification de timeline (la timeline restaurée est identique à celle "momentanément" perdue). Du fait de cette identité, ni la Guinan 2.0 de 2024 ni la Guinan de 2401 n’ont rencontré Picard avant 2024, aussi bien dans la première saison de Picard que dans l’épilogue de Picard 02x10 Farewell. Par conséquent, ST TNG 05x26+06x01 Time’s Arrow ne s’est jamais produit dans la timeline de la série Picard. En complément, l’improbabilité de cohabitation de la reine Borg de ST First Contact et ST VOY avec celle de Borgati – ou pire encore le remplacement de la première par la seconde – a pour corrolaire des séries ST TNG et ST VOY très différentes dans la ligne temporelle de Picard.
Donc, du fait de sa médiocre maîtrise temporelle, les showrunners de l’écurie Kurtzman viennent de démontrer de façon formelle que la timeline de Picard est bien distincte la timeline roddenberro-bermanienne, outre déjà une kirielle d’incompatibilités (à l’instar du frère Robert Picard au centre de ST TNG 04x02 Family mais inexistant dans la série Picard, ou encore de la mère Yvette Picard morte jeune selon Picard 02x09 Hide And Seek mais ayant pourtant vécu âgée dans ST TNG comme en témoigne sans ambiguïté ST TNG 01x06 Where No One Has Gone Before).
Et si l’on estime que Discovery et Picard appartiennent à une trame temporelle commune (du fait de leur communauté de showrunners et de nombreux éléments partagés mais absents des autres séries, comme le Qowat Milat, le Zhat Vash, la Fédération faussement utopique, l’extermination de Romulus…), cela signifie que ni Picard ni Discovery n’appartienne à la timeline de ST ENT-TOS-TAS-TNG-DS9-VOY. CQFD
Mais bien sûr, tout ça ne serait pas sans une incohérence de taille, à savoir la disparition physique de Rios au retour au 24ème siècle alors que — pour mémoire — Q s’était contenté de déplacer les esprits et non les corps vers la nouvelle timeline de la Confederation. De même pour Jurati dont la version non fusionnée avec la reine borg a elle aussi "inexplicablement" disparu de 2401 (alors que Q n’est pas supposé avoir touché à son existence physique)… Dans tous les cas, le retour quelques secondes avant l’autodestruction de la flotte aura impliqué le remplacement des consciences initiales des héros par celles venant du passé, soit une forme de voyage dans le temps encore jamais rencontré dans la franchise (non sans évoquer la série Quantum Leap)…
Lorsque Q vient faire grief à Picard d’imputer toute la geste transdimensionnelle et temporelle de la saison à un événement cosmique à venir en lui opposant la valorisation d’une seule vie, qui plus est importante pour lui (« Faut-il que ce soir sans cesse à l’échelle de la galaxie ? De l’univers ? Avec un enjeu cosmique ? Une seule vie ne suffit-elle pas ? Vous vous demandez en quoi c’est important. C’est important pour moi. Vous êtes important pour moi. Même les dieux ont leurs préférés. Vous avez toujours fait partie des miens. »), cette déclaration d’amour directement sortie d’une production The CW (à grand renfort de musique sirupeuse) est en réalité une nouvelle lantern envers les incontinences kurtzmaniennes. Parce que pour faire avaler la finalité mélo-autocentrée de la saison, les showrunners se sont quand même trouvés une vague couverture SF pour les ultimes minutes du show, à savoir la nécessité d’une reine borg non plus prédatrice mais coopérative afin de s’allier au tout dernier moment à la Fédération pour endiguer in extremis — par une action commune avec Starfleet — un giga-péril sorti de nulle part ! La triste ironie est que ce retour-de-la-mort-qui-tue est bien le seul thème non-soapy de la saison, mais il aura été asséné en mode encore davantage speedrun que la victoire bâclée contre Adam Soong dans la première moitié de Picard 02x10 Farewell ; et comme il repose sur une série de disruptions amenées à la truelle (une reine Borg midinette qui fusionne avec une hôte au lieu de l’assimiler, la coexistence manichéenne entre une "reine négative" et une "reine positive" durant quatre siècles incompatibles, le forage d’un gigantesque conduit de transdistortion d’une origine inconnue et qui aurait tout détruit dans l’espace exactement comme la DMA de la quatrième saison de Discovery...), il ne subsiste pour toute SF que de vagues prétextes dont l’artificialité et la facticité font exploser toute les jauges de l’indécence.
Bref, ce paradoxe de prédestination a beau être causalement astucieux, il sert surtout de passeport d’impunité (pour "couvrir" bien commodément les incohérences temporelles à la pelle alignées par la seconde saison de Picard) et d’alibi SF par-delà l’absolution romantico-centrée de Jean-Luc (pour intégrer causalement Rios et sa nouvelle famille à la timeline, pour engendrer un retcon Walt Disney des Borgs, et pour sauver le quadrant d’une nouvelle menace sortie du chapeau). Mais ledit paradoxe ne rédime cependant aucunement les incohérences comportementales (discréditantes) des protagonistes au fil du 21ème siècle (dans la mesure où ils ignoraient être sous le régime Pogo). Et celui-ci n’est de toute façon pas en lui-même exempt de contradictions (notamment quant à la soudaine mortalité d’un ressortissant du Continuum) ni de ruptures de continuité par — disons — le fait du prince Q... devenant pour la toute première fois dans la franchise une rustine TGCM chargée de combler les trous du scénario (une facilité et un écueil qu’avait toujours su éviter le Star Trek bermanien).

Pour finir, les facilités, les inconséquences, et les absurdités à gogo ont aussi leur écume :
- Quant Kore file au rencard qui lui a été fixé par voie de hacking au 360 Lowry Avenue à LA, elle s’imagine qu’il s’agit de Q. Et avant que n’apparaisse Wesley tout sourire, elle peste contre son bienfaiteur en sortant « je vous jure, si c’est encore un de vos petits jeux, Q… » ! Sauf qu’il s’agit là d’une réplique typique de Jean-Luc après 37 ans de confrontation avec Q ! Alors que Kore n’a aucune raison d’avoir de rancœur personnelle ni de préjugé négatif contre Q… étant donné qu’elle ne l’a "rencontré" qu’une seule fois (seulement à travers un simulacre numérique ou "programme informatique vivant" dans Picard 02x08 Mercy) et de façon paroxystiquement positive… puisqu’il lui a offert (sans contrepartie aucune) le remède définitif à ses "défauts génétiques" (que n’avait pas réussi à lui fournir son génie de "père"). Même si le comportement de Q était moche envers Adam Soong, ce n’est pas du tout ce qui a préoccupé Kore, puisqu’elle n’a eu aucun scrupule (au mépris de toute psychologie réaliste d’ailleurs) à claquer la porte du domicile familial et ne point y revenir. Que Kore s’avère une petite peste pourrie-gâtée profondément ingrate envers Q (à qui elle doit sa "renaissance" et sa liberté), cela s’accorde bien mal au jugement élogieux que "l’omniscient" Wesley formule à son endroit. Mais en exprimant ladite ingratitude exactement dans les mêmes termes — à la fois traumatiques et ultra-clichés — de Picard, cela accuse une écriture totalement bancale (où les personnages seraient interchangeables).
- La réceptivité immédiate de Kore envers le beau "discours de recrutement" de Wesley Crusher est totalement invraisemblable. Imaginez : un inconnu vous aborde dans la rue et vous annonce sans preuve aucune qu’il est un voyageur temporel chargé de préserver l’intégrité de la ligne temporelle et même de l’univers, et il vous demande de rejoindre illico son organisation (en coupant qui plus est tout lien avec votre existence d’avant). Bien des réponses sont possibles, de l’incrédulité complète à la réflexion (nourrie d’infos concrètes et probantes). Mais la réponse instantanée de Kore est d’une niaiserie limitless : « youpi, je vous suis » ! Et elle ne lui demande même pas en quoi consiste le job et en quoi elle serait qualifiée (c’est-à-dire "pourquoi elle ?"). Un vrai nawak de compétition. Alors certes, à l’abri des murs de son domicile paternel durant toute sa vie (telle une Siddhārtha Gautama), "l’immunité sociale" de Kore est à la base probablement embryonnaire (faute d’expérience), mais celle-ci a été brutalement aguerrie en découvrant (dans les épisodes précédents de la saison) que toute sa vie ne fut qu’un mensonge et une manipulation ! De quoi rendre pathologiquement hyper-paranoïaque… et pourtant l’attitude de Kore en présence de Wesley compose une pure séquence des Télétubbies. C’est à croire que le personnage est une trekkeuse trop excitée de rencontrer en live un personnage de sa série TV favorite ! Fameux pour la suspension d’incrédulité. Mais c’est hélas bien loin d’être la première fois que les séries produites par Alex Kurtzman (aussi bien Discovery, Picard, que Strange New Worlds font se comporter ses personnages principaux comme des trekkies/groupies… Probablement une forme d’inclusivité.
- Ironiquement, en déclarant « Si le garçon ne trouve pas cette clé, grandit-il avec sa mère ? La honte disparaît-elle aussitôt ? Mais vous avez accepté votre destin. vous vous êtes accepté. Vous avez choisi de devenir ce Jean-Luc. Et de vous absoudre. Parce que c’est lui que vous avez choisi, peut-être méritera-t-il d’être choisi par un autre. Et peut-être que cette fois vous lui permettrez d’être aimé. Je vous avais dit qu’il était question de pardon, Jean Luc. », Q fait écho dans la dernière phrase à ses premières lignes de dialogue au début de Picard 02x02 Penance... quand Jean-Luc n’avait rien voulu écouter par haine de principe envers Q. Cette apparente marque de continuité intra-saison (fait exceptionnel dans le #FakeTrek !) est en réalité une belle hypocrisie, parce que dans le fatras d’illogismes et de navigations à vue qui forment les briques de la seconde saison de Picard, les scénaristes auraient été bien incapables d’expliquer ce qui se serait passé si Jean-Luc avait eu l’humilité d’écouter ce que Q avait à lui dire lorsqu’il l’a amené dans la timeline de la Confederation et dans la peau d’un général génocidaire. Mais mieux valait effectivement évacuer ce challenge narratif, en poussant un comportement incohérent de la part d’un capitaine intègre et intellectuellement honnête qui fut redoutablement initié par Q durant sept saisons de ST TNG, qui avait fini par porter sur lui un regard positif à la fin de ST TNG 07x25+07x26 All Good Things, et qui aurait pu au minimum considérer que sa vie avait été sauvée de l’autodestruction de l’USS Stargazer. Décidément, le Jean-Luc Picard de la série Picard n’est aucunement celui de ST TNG...
- Exprimer en des termes poétiques un jugement de compassion (comme le fait Q au Château Picard) sur la condition humaine (« Les humains. Votre chagrin, votre douleur vous retiennent dans un passe révolus. Vous êtes comme des papillons, avec des ailes figées. Mon vieil ami, vous restez à jamais le garçon qui a par un malheureux tour de passe partout, brisa l’univers et son propre cœur. Cela suffit. Vous voilà à présent affranchi du passé. ») aurait pu être pertinent dans un Star Trek historique avec des personnages à l’identité authentique. Mais comme le parti pris de la seconde saison de Picard est de trivialiser irrévocablement Q en le faisant passer à la même casserole que le plus quelconque des humains (peur de la mort et de la solitude, vieillissement avec son lot de mesquineries et de bassesses, espérance en un au-delà de transcendance, émotivité gorgée de pathos…), ces belles lignes de dialogues s’appliquent autant à celui qui les exprime ex cathedra, devenant au mieux sans objet, au pire ridicules.
- Q a vraiment beau jeu de balancer doctement à Jean-Luc « Une seule vie ne suffit-elle pas ?  »... lorsque dans le même temps la multitude qui n’a pas le privilège clubiste héréditaire de figurer au nombre des VIPs ne compte pour rien, ni dans la timeline, ni dans l’esprit des protagonistes de la série. Ainsi, quand Picard vient questionner Q sur ses méthodes, celui-ci se couvre en rappelant que l’amiral a "réparé" la timeline. Puis lorsque les échanges s’attardent sur les honorables disparus, Q a le culot d’affirmer que Tallinn était appelée à mourir dans toutes les timelines ! Mais ça veut dire quoi au juste ? Que dans toutes les timelines, la reine Borg suborne Adam Soong, obligeant alors la Supervisor romulienne à s’offrir (au demeurant bien inutilement) en autodafé au généticien criminel ? Or faut-il rappeler que c’est Q (et lui seul) qui a conduit les protagonistes à emporter dans leurs bagages la reine Borg de la timeline de la Confederation (certes au mépris de tous les autres modi operandi connus depuis le 24ème siècle pour voyager dans le temps) ? Faut-il également rappeler que c’est Q (et lui seul) qui a au départ lancé le bouledogue Adam Soong contre Renée Picard ? Est-ce à dire que Q interfère ainsi dans toutes les trames temporelles possibles ou existentes ? Évidemment, les dialogues sont tellement complaisants et Jean-Luc tellement apathique qu’il se garde bien de répliquer. Le paradoxe de prédestination a beau dos pour introniser les (non-)justifications circulaires. En outre, hors de toute considération de timeline, l’argument de Q s’apparente à celui des serial-killers psychopathes (« tout le monde est appelé à mourir, alors plus tôt ou plus tard »), voire à une version premier degré de l’humour noir du Père Noël est une ordure ! (1982) de Jean-Marie Poiré (à la façon dont Josette "légitimait" l’homicide accidentel du réparateur d’ascenseur par Félix).
- En ce qui concerne le décès d’Elnor, avant de promettre un "miracle" (suite à la décision de Rios de rester au 21ème siècle), Q a carrément le culot de s’en laver les mains en imputant la mort de l’elfe au mari de la présidente Annika Hansen, le premier magistrat de la Confederation ! Un positionnement immature et gamin (si loin de celui qu’il eut à la fin de ST TNG 02x16 Q Who) comme si les actes des criminels de cette timeline hyper-dystopique (où furent transportés les héros contre leur gré) étaient exonérateurs de responsabilité causale.
- Mais le plus choquant est qu’avant même de prendre conscience d’un paradoxe de prédestination, les protagonistes (y compris Raffi) entérinent un solde de tout compte avec Q dès la "résurrection" d’Elnor. Mais aucun d’entre eux (pas même Jean-Luc lors de ses échanges prétendument "métaphysiques" avec Q) n’a songé un seul instant au sort de la vingtaine d’ex-militaires plus ou moins borguisés mais tous passés au fil de l’épée dans Picard 02x09 Hide And Seek. Même si cela serait bien trop leur demander d’avoir une considération morale (et encore moins d’éprouver une quelconque culpabilité) pour le massacre d’anonymes non-VIP, le pragmatisme élémentaire (au minimum l’opportunisme) aurait tout de même dû les conduire à interroger Q sur l’impact d’une aussi lourde perturbation dans la timeline... Idem au sujet du voyage de noces de Jurati et de la reine Borg dans la galaxie à bord du CSS La Sirena...
- Et justement, à ce propos, n’est-il pas totalement invraisemblable (et incohérent comportementalement) que pas un seul des protagonistes (Picard, Seven, Musiker) en partance pour l’année 2401 ne se soit inquiété de la situation dans laquelle ils seraient replongés. Pourtant, ils sont tous bien placés pour savoir qu’au moment où Q a déplacé leur conscience dans la timeline de la Confederation, ils s’apprêtaient à crever dans l’autodestruction de l’USS Stargazer. Les renvoyer dans le futur sans rupture de continuité, c’est-à-dire précisément au moment où ils en sont "partis" à la fin de Picard 02x01 The Star Gazer, soit un dixième de seconde avant l’explosion de la flotte, cela revenait à les envoyer directement à la mort... et cette fois sans Q pour leur sauver la mise. Or rien, aucune réaction, aucun doute, aucun questionnement, aucune préparation de nos vaillant héros. Autant dire que Picard 02x10 Farewell n’en est même plus au stade de l’idiocratie, mais de la zombiecratie, celui des moutons envoyés à l’abattoir. Et c’est supposé être l’élite de Starfleet ? On se surprend alors à imaginer comment un Brannon Braga et/ou un Joe Menosky aurai(en)t traité cette séquence : les protagonistes auraient assurément d’abord puisé dans leur connaissance de la mécanique temporelle pour s’étonner que la restauration de la timeline ne les aient pas automatiquement conduit à reprendre leur place dans le futur en oubliant tout leur vécu dans le passé (annulation de causalité) ; ils auraient ensuite bombardé Q de questions sur cette curieuse reine Borg 2.0 ayant pris le contrôle de la flotte, mais aussi sur la raison pour laquelle leur conscience fut déplacée avant cette autodestruction, déduisant de cette initiative une volonté de Q de prévenir cette catastrophe en cas de retour sur le front du futur... Auquel cas, la question stratégique corollaire aurait été : "que faire et comment s’y préparer ?" Eh oui, parce que les enjeux principaux sont d’abord collectifs (la survie de la flotte et de son personnel, l’exposition de la Fédération), et c’est bien ce que priorisait toujours le Star Trek bermanien. Vraiment un autre monde (et pas seulement une autre timeline).
- Mais le #FakeTrek kurtzmanien ne s’intéresse qu’aux nombrils langoureux et aux états d’âmes gluants des protagonistes. Faut-il alors s’étonner que les héros retournent dans leur futur totalement impréparés, sans même se soucier de ce qu’ils y trouveront et de la marge de manœuvre dont ils disposeront (ou pas) ? Faut-il également s’étonner que Picard (et lui seul) se préoccupe du devenir de la flotte au tout dernier moment, c’est-à-dire au cours d’une impro sans concertation dans les trois dernières secondes précédant l’autodestruction (qu’il annulera in extremis et sans même devoir énoncer de code contrairement aux protocoles usuelle de Starfleet). Et encore, cette improbable issue heureuse aura seulement été possible parce que Q a eu la "générosité" dans son dernier souffle de renvoyer la conscience des protagonistes dans le futur une dizaine de secondes (et non un dixième de seconde) avant l’autodestruction fatale.
- L’annulation de l’autodestruction dans un moment "d’inspiration" était néanmoins une décision sans filet où Picard a joué aux dés l’avenir de Starfleet et de la Fédération. Aussitôt après, il a supposé que la reine borg 2.0 était en fait Borgati, accusant donc un retard significatif sur le plupart des spectateurs (jamais un bon signe en matière de crédibilité). Il n’en fallut alors pas davantage pour que cette dernière dévoile ouvertement son visage sous sa combinaison inviolable. Mais le pathos le plus ruisselant sera bien le seul guide et moteur des échanges qui s’ensuivront, réduisant la raison et la stratégie à des décorums esthétiques. On apprendra ainsi que si la reine s’était emparée de force de la flotte sans se justifier ni s’identifier, prenant le risque d’une destruction générale (ruinant ainsi son objectif de faire obstacle au rayonnement tri-quantique ravageur contre lequel elle voulait s’unir à Starfleet), c’était parce qu’elle "avait besoin d’un ami" (sic) !!! Non mais allo quoi ?! Même l’alibi de la boucle de prédestination ne peut expliquer un comportement aussi contreproductif et finalement suicidaire. Certes, initialement dans Picard 02x01 The Star Gazer, Jurati était sur la passerelle de l’USS Stargazer et fut témoin de l’assaut opaque et silencieux de la reine borg 2.0. Mais même en devenant cette dernière par la "suite" et en déduisant l’existence d’un Pogo Paradox (forte des souvenirs humains de Jurati et des capacités de "transtemporal awareness" de la reine), il lui était impossible d’anticiper la portée de l’intervention de Q, et notamment de tabler sur un retour des consciences des voyageurs temporels suffisamment tôt pour que l’ordre d’autodestruction soit annulé à temps dans une nouvelle itération de la boucle temporelle. Dès lors, les souvenirs humains de Jurati auraient dû conduire Borgati à ne pas "réitérer" un comportement conduisant à son anéantissement. Le scrupule de respecter le paradoxe de prédestination (pour ne pas en compromettre la cause) ne fait sens que si son issue est viable (cas de Guinan), mais pas si son issue est apocalyptique (cas de Borgati). Mais qu’importe, dans le Kurtzverse, la seule loi qui prime est celle du mélo qui s’imagine que rester muet, faire main basse sur la flotte, et diffuser des vieilles scies françaises d’Edith Piaf constituent une bien meilleure façon de mettre en confiance et nouer des relations d’amitié que dévoiler son visage et discuter rationnellement. Surtout que d’avoir préalablement réclamé la présence de l’amiral Picard (dans le message "légion" envoyé par la reine 2.0 au début de Picard 02x01 The Star Gazer) n’avait de sens qu’en lui présentant d’emblée un visage qu’il aurait pu reconnaitre (aussi bien la version de Jean-Luc ayant voyagé en 2024 que celle ne connaissant que l’humaine Jurati), et non un masque aussi opaque et indéchiffrable que pour n’importe quel autre officier de Starfleet. On se demande à quoi ont socialement et anthropologiquement servi (procédures de premiers contacts, prosélytisme pour recruter sans contrainte des drones….) les presque 400 ans de vécu de Borgati ?
- Mais dans la mesure où Terry Matalas a participé au script de ce final (d’après les crédits officiels du moins), pour qui connaît sa série très capillotractée 12 Monkeys (2015-2018), il est probable que son objectif était de faire reposer l’issue heureuse sur la prescience et l’acte de foi du héros-en-titre de la série Picard, seul en mesure d’éviter l’anéantissement de la flotte (par l’annulation de l’autodestruction) sans pour autant briser la causalité du voyage temporel en 2024 (sans lequel Borgati n’existerait pas) impliquant d’aller paradoxalement jusqu’au bout de l’autodestruction (moment où Q a transféré les six consciences). Or aussi bien l’autodestruction que l’inexistence de Borgati aurait eu pour conséquence l’anéantissement d’une partie du quadrant sous l’effet du rayon direction tri-quantique. Et dans la doxa hollywoodienne, rien n’est plus boulversifiant que l’acte de foi.
- En dévoilant que jamais Seven ne fut acceptée dans Starfleet en dépit de ses démonstrations de loyauté sans bornes dans ST VOY et de ses compétences hors-catégorie, Picard 02x09 Hide And See avait encore davantage "dystopisé" Starfleet… tout en contredisant directement Picard 01x05 Stardust City Rag selon lequel feu Icheb n’avait eu aucune difficulté à intégrer Starfleet. Alors en guise de happy end bâclé, Picard corrige cette injustice en promouvant Seven Of Nine directement capitaine de l’USS Stargazer (dans le cadre d’une "field promotion"). Mais si c’était si simple dans la fausse utopie de Picard (et si c’est bien ce que Seven désirait tant au contraire de qui avait été montré dans ST VOY), pourquoi Janeway n’avait-elle pas réussi (ni même tenté) une telle manœuvre de terrain auparavant ? Elle n’était pourtant pas moins amirale que Picard. Cette astuce s’apparente beaucoup – quoique à petite échelle – à la façon dont Picard 01x10 Et in Arcadia Ego, Part 2 avait résolu par un tour de passe-passe (en l’occurrence l’intervention deus ex machina de Riker) toutes les iniquités structurelles accumulées par la première saison. À savoir changer les hypothèses de départ et les règles du jeu en fin de saison...
- Par une de ces occultations émotionnelles dont les productions Secret Hideout ont le secret, que ce soit dans le choix mélo de Cristóbal de rester au 21ème siècle avec Teresa (au lieu de faire venir Teresa au 25ème siècle ce qui n’est pas un geste moins irresponsable en situation d’ignorance des relations de causes à effets) ou dans la façon avec laquelle Guinan relatera depuis 2401 leur belle dream storyPicard 02x10 Farewell se débrouille pour totalement occulter l’enfer atomique de la WW3 (débutant pourtant seulement deux ans après 2024), faussant donc totalement les logiques décisionnelles et leurs narrations à l’écran. Une lune de miel durant la pire des trois guerres mondiales aurait tout de même mérité un feedback dans le script, a fortiori durant la semaine de diffusion de Strange New Worlds 01x01 Strange New Worlds...

Conclusion

Après au moins sept épisodes consécutifs qui souffrent presque exactement des mêmes travers, les verdicts s’apparentent de plus en plus à du psittacisme. Faut-il asséner une nouvelle fois les mêmes anathèmes (ou cris d’orfraie) — et qui finissent par perdre leur prégnance à force d’être répétés chaque semaine : incohérence, contradictions, non-sens, illogismes, WTF, TGCM, bullshit, n’importe nawak, trahison, viol, profanation, et tutti quanti… Mais comment échapper à cette boucle temporelle puisque les mêmes causes dans les même conditions engendrent les mêmes effets ?
Malheureusement, comme si ce bilan circulaire ne suffisait pas à l’édification, le final Picard 02x10 Farewell réussit à encore damer le pion. Car non content de concentrer et compacter en barre tous les principes actifs dégénératifs de la seconde saison, il s’en décharge avec dédain, comme s’il avait lui-même marre de tous ces fils narratifs ne menant nulle part, désormais impatient de tourner la page. Du coup, on bâcle vite fait et en cascade toutes les questions en suspens, en espérant que la saturation de clôtures masquera leur facticité.
Inutile alors d’expliciter quelle sensation d’arnaque cela inflige au spectateur sincère qui s’imaginait être in fine récompensé de sa fidélité et de ses pieuses attentes...

Picard 02x10 Farewell aura saboté un thème pourtant d’une immense potentialité, i.e la mort d’un "dieu" au sens science-fictionnel (i.e. selon la troisième loi de Clarke) et la dernière apparition d’un personnage ultra-culte (Q).
Les showrunners de Secret Hideout ont surtout tenté de faire ici la version longue du chef d’œuvre ST TNG 07x25+07x26 All Good Things… mais sans en avoir les moyens ni créatifs ni intellectuels. Lorsqu’un des opus les plus hauts perchés de toute l’Histoire de la SF, écrit par Brannon Braga & Ronald D Moore (deux génies scénaristiques qui jamais ne furent aussi grands qu’en travaillant ensemble)... s’abîme soudain dans une piètre contrefaçon maquillée par des faiseurs incompétents et cuistres, eh bien ça donne... la seconde saison de Picard ! Un cas d’école qui mériterait d’être enseigné dans les cursus de cinéma. Ou la somme de tout ce qu’il ne faut pas faire.
Picard 02x10 Farewell est épouvantablement mauvais même selon les nouvelles normes du #FakeTrek, entre le pathos ruisselant qui remplace le sens, les impuissances d’écriture qui narrent à contresens de la dramaturgie, les comportements des protagonistes plus irresponsables et inconséquents les uns que les autres, les conclusions qui contredisent frontalement les prémisses et les développements, les incohérences systémiques qui constituent désormais le tissus même de la réalité...
Mais paradoxalement, la mécanique temporelle est un peu moins nawak qu’elle n’en avait l’air "grâce" à l’alibi pratique du Pogo Paradox (cf. ST VOY 05x24 Relativity), et elle aura finalement eu le "mérite" de démontrer de façon cette fois mathématique que la série Picard n’a jamais pris place dans la timeline historique roddenberro-bermanienne. Ce qui pourrait être valorisé par un ½ point à la note épisode...

Alors en supposant qu’il y a eu une part de sincérité (?) au sein de l’équipe de production, il serait possible de voir dans cette seconde saison le pèlerinage fétichiste des cancres au scénario et des bras cassés à l’interprétation...
Mais les auteurs n’ont-ils pas compris que de s’enfermer dans des invariances (Guinan, Q), des filiations (une dynastie de savant fous identiques pendant quatre siècle vs. une dynastie de héros...) et des sosismes (Laris/Tallinn) plus cheatés les uns que les autres réduit à néant les opportunités de dialectique et de distanciation qu’offrent pourtant les voyages temporels et les changements d’époque.
Les acteurs vétérans de la franchise n’ont-ils pas quant à eux confondu par orgueil les personnages exceptionnels qu’ils avaient un jour incarné... avec les vedettes sur le retour qu’ils sont dorénavant devenus dans leur quête maladive d’un dernier coup de projecteur ? Avec pour effet indésirable de projeter leurs propres angoisses conformismes dans une exécrable imitation de Star Trek, quitte pour cela à sacrifier toute l’ambition de la SF aux pires trivialités suivistes.
Ainsi, être une crypto-divinité, voyager dans le temps et dans l’univers en FTL... eh bien tout ça ne vaut pas un bon mariage, fût-il de dépit et à 96 balais s’il le faut, histoire de ne pas finir sa vie tout seul.
C’était déjà ce type de prosaïsme qui se dégageait en puissance de ST 2009 : Léonard Nimoy se moquait royalement des composantes SF ou philosophiques, mais il était convaincu que le reboot de JJ Abrams était un bon Star Trek car le film célébrait l’amitié entre sept gusses... C’était bien tout ce qui comptait à ses yeux, car voilà à quoi il résumait la finalité et la vocation de la création de Gene Roddenberry, entre le plus petit bout de la lorgnette et le dénominateur le plus commun possible. Aller si loin dans l’espace et le temps pour se contempler juste le nombril, prendre un tel élan pour faire finalement du surplace...

Mais plus douloureux encore que le naufrage de ce qui a été si mal traité et montré, il y a l’avalanche des opportunités manquées et de ce qui aurait pu voire le jour sous d’autres plumes. Car pour mémoire, dans la chronologie trekkienne, 2024 correspondait aux Émeutes de Bell (ST DS9 03x11+03x12 Past Tense) et à l’union de l’Irlande (ST TNG 03x12 The High Ground), puis 2026 voyait les prémices de la Troisième Guerre mondiale qui allait causer (jusqu’en 2053) rien de moins que 600 millions de morts, adossés à l’écoterrorisme, à l’horreur post-atomique, au contrôle des militaires par des narcotiques... tout en dévoilant de profondes intrications avec les séquelles des Guerres eugéniques (jusqu’à engendrer parfois des erreurs de datation interne). C’était aussi la période où avait émergé le despotique colonel Philip Green de sinistre mémoire mais ayant laissé une empreinte sur la postérité trekkienne aussi traumatisante qu’un Adolf Hitler…
Soit un terrain internaliste tout en potentialité et d’une exceptionnelle fertilité, qu’ambitionnait justement de traiter (par différents biais indirects) la série ST Enterprise dans ses saisons 5 à 7 voire 10 (si elle n’avait pas été annulée).
Songer à la passion et à l’ambition que le worldbuilder exceptionnel Manny Coto (et Brannon Braga en amont) avait investi pour explorer toutes ces racines trekkiennes (et bien d’autres), puis comparer à ce que Picard aura été incapable de faire (se contentant de manipulations éhontées, de remplissages stériles, et de diversions intellectuelles) alors que sa seconde saison avait un boulevard télique et intradiégétique de problématiques SF devant elle, cela a vraiment de quoi laisser les connaisseurs à la fois furieux et inconsolables.
D’autant plus que se plonger ouvertement dans la dystopique WW3 aurait permis de satisfaire la démagogie décliniste à la mode sans trahir pour autant l’idéal trekkien. Ajouté à cela les dégradations (anthropiques ou pas) de l’écosystème, les recherches sur le clonage de généticiens sans conscience, les mouchards de surveillance invasifs... il y avait vraiment de quoi offrir une radioscopie des peurs et des angoisses de ce début de siècle mais sans perdre de vue les horizons idéalistes d’une société meilleure...
Mais évidemment, encore eût-il fallu pour cela de véritables auteurs capables de dépasser le stade anal du VIPisme forcené, du soap autocentré, du wokisme suiviste, et de la moraline diabétique...

Il existe des productions qui cherchent à être drôles, mais qui réussissent juste à faire rire d’elle.
Et il existe des productions qui cherchent à être touchantes, mais qui réussissent juste à susciter la pitié.
La vieillesse est un naufrage, tel est probablement le seul "message" de cette seconde saison, mais un message à ses dépens.
Il subsiste juste l’ombre de personnages que les trekkers ont jadis passionnément aimé. Mais à aucun moment, ils ne sont apparus dans la série Picard. Seuls leur interprètes étaient présents. Et finalement ces derniers auront démontré par l’absurde qu’à un certain niveau d’excellence et de démiurgie, les personnages finissent par s’affranchir de leurs véhicules et y gagnent leur propre existence. Mais la contrepartie est que leurs interprètes originels ne seront plus forcément capables de les incarner, passé un certain niveau de désynchronisation. Et ce qui est valable pour Wil Wheaton l’est hélas tout autant pour Patrick Stewart, voire dans une moindre mesure pour Brent Spiner et John de Lancie...
Picard aurait ainsi prouvé une chose, c’est que l’aventure de ST TNG et de Jean-Luc Picard est définitivement sortie de l’écran à la fin de Star Trek Nemesis, un film hélas très sous-évalué mais qui monte généralement dans l’estime des spectateurs à chaque revisionnage. Et davantage encore par opposition à son "anti-suite" Picard.
Farewell en effet, mais c’était il y a déjà vingt ans.

NOTE ÉPISODE

NOTE STAR TREK

NOTE SAISON

BANDE ANNONCE





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