Foundation : Review 1.07 Mysteries And Martyrs

Date : 02 / 11 / 2021 à 17h30
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Avec une régularité de métronome, chaque épisode vient incrémenter le nombre de théâtres scéniques. Le cinquième en comportait deux, le sixième… trois, et Foundation 01x07 Mysteries And Martyrs… quatre :
- (A) Prolongeant l’arc terminusien des quatre épisodes précédents, mais cette fois dans le voisinage spatial au sein de la Ceinture d’Anthor où les Anacreoniens ont découvert le plus mythique vaisseau militaire impérial disparu il y a 700 ans. Phara embarque de force sur le Beggar l’élite scientifique de la Fondation (ainsi que Salvor Hardin, son amant Hugo, et le commandant Dorwin) afin de les obliger à prendre possession et réactiver l’Invictus pour son compte (et sa soif vengeresse contre l’Empire). Mais l’opération se révélera être un voyage sans retour à divers titres…
- (B) Dans le Salt Palace de la lune vierge Surah, la mystico-populiste Zephyr Halima s’est désormais imposée comme favorite au détriment de Zephyr Gilat. Mais le langage diplomatique et les promesses clientélistes de l’empereur Cleon XIII se révèlent impuissants face au radicalisme (il)luministe et anti-clonal de la future Proxima. Un affrontement verbal violent conduira l’empereur à se soumettre comme un simple mortel à l’épreuve de la Grande Spirale pour tenter de prouver que lui aussi possède une âme.
- (C) Dans le palais impérial de Trantor, Brother Dawn Cleon XIV s’aventure plus loin dans sa romance avec la botaniste Odili, et il finit par lui révéler l’étendue de ses différences avec ses deux autres clones empereurs, mais également les risques pour sa vie si elles venaient à être découvertes. En petite-amie désintéressée, Azura lui fait virtuellement découvrir la vie de Trantor derrière les épaisses murailles du palais pour faire naître en lui l’idée de s’enfuir et échapper ainsi à son destin impérial. Mais le terrible Brother Dusk Cleon XII veille et surveille…
- (D) Aux abords de la planète Helicon en orbite d’une étoile noire, dans le vaisseau inconnu vide nommé en fait Cassandre, Hari Seldon s’est matérialisé sous forme d’hologramme. Mais pas n’importe lequel : ni plus ni moins une copie quantique de sa conscience humaine avant sa mort, possédant ainsi tout son savoir, ses souvenirs, et offrant la même interaction que l’humain originel. Dans un dialogue tendu n’épargnant personne, le duplicata virtuel de Seldon révélera à Gaal (et donc aux spectateurs) son vrai projet et les raisons de son "auto-meurtre" par Raych, tandis que sa disciple prendra soudain conscience de son "pouvoir"…

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Tout vient à point à qui sait attendre. Pour asseoir son millefeuille scénaristique et exacerber la largeur de scope de la série, les six premiers épisodes de Fondation avaient cultivé une dynamique de frustration intentionnelle, multipliant les cliffhangers sans pour autant toujours les assouvir dans les opus immédiatement consécutifs, les questions en suspens venant s’empiler les unes sur les autres. Mais signe d’un scrupule de worldbuilding global (en dépit des nombreuses incohérences et licences envers Asimov), Foundation 01x07 Mysteries And Martyrs vient éclairer bien des énigmes restées in suspenso, tout en confirmant les diverses suppositions qui furent envisagées dans les précédentes critiques...

Moyennant moins d’allées et venues (un progrès), les quatre arcs restent cependant une nouvelle fois très inégaux en rigueur de construction et de narration, allant du pire au meilleur. Mais ils ont néanmoins en commun une forme toujours référentielle, qu’il s’agisse des effets spéciaux, de la photographie, de la direction artistique, et de la mise en scène (quoique sans réel point de vue)... pour faire vivre à nouveau au spectateur une expérience de dépaysement SF et alien.

(A) Au large spatial de Terminus mais sans le moindre progrès narratif

Telle une boucle temporelle infernale infligée au spectateur, l’histoire A ne cesse d’enchaîner les fautes de logique et de vraisemblance, comme si, une fois de plus, seul l’objectif narratif importait, mais aucunement les moyens intra-diégétiques d’y parvenir. Les nawaks et bullshits sont aussi cardinaux que dans le cinquième épisode et aussi nombreux que dans le sixième, soit le pire des deux mondes :
- Phara oblige l’équipage embarqué sous la contrainte sur le Mendiant à entrer dans la Ceinture d’Anthor (où travaillait jadis Hugo comme mineur avant que l’abandon de l’Empire ne le conduise à se recycler comme astro-commerçant). Et au détour d’une masse d’astéroïdes, la Grande Chasseresse dévoile son "butin" : l’Invictus, le plus puissant cuirassé jamais construit par l’Empire galactique, disparu sans laisser de traces il y a sept siècles… quoique des témoins auraient déclaré l’avoir vu aux quatre coins de la galaxie mais sans jamais répondre aux appels (d’où une réputation de vaisseau fantôme). C’est alors que l’Anacreonienne révèle que deux de ses vaisseaux de guerre ont été détruits en tentant simplement d’approcher. Comment se fait-il alors que le Beggar de Hugo (qui lui n’est même pas armé) ne subisse pas le même sort ?
- Kaean impose alors à l’équipage une approche de l’Invictus par spacedving en combinaison spatiale (en somme comme Baby-Kirk et Khan 2.0 dans Star Trek Into Darkness). Mais comment a-t-elle eu connaissance de l’innocuité de cette procédure d’accès ? Et comment sait-elle désormais que les auto-canons électromagnétiques protégeant la coque du l’Invictus ne détectent pas les objets de moins de deux mètres ?
- De son côté, le commandant Dorwin annonce discrètement à Salvor que s’il réussissait à se connecter à une capsule de communication de l’Invictus, il pourrait appeler à l’aide l’Empire. Sauf que cette possibilité est contredite par le fait que l’unique balise de communication hyperspatiale du secteur d’Arcturus n’a pas été réparée. Ce qui souligne une nouvelle fois l’incompétence professionnelle du commandant impérial (alors que c’est par ça qu’il aurait dû commencer en sortant du jump), mais aussi l’absurdité contextuelle en amont de n’avoir qu’une seule balise (et sans aucune redondance) pour tout le secteur de l’espace couvrant Terminus, Anacreon, et Thespis. En outre, la suite de l’épisode confirmera que l’Invictus ne disposait pas de moyen en propre pour contacter l’Empire à travers l’hyperspace (d’où la tragédie endurée par son équipage).
- Même à portée visuelle de l’Invictus, ni les membres de la Fondation ni Dorwin n’ont compris d’eux-mêmes pourquoi ce dernier a été embarqué par Phara… alors que sans même connaître l’existence de nano-robots impériaux dans le sang du commandant, les spectateurs avaient quant à eux parfaitement deviné depuis l’épisode précédent que son statut en faisait une clef vivante d’accès aux bâtiments militaires de l’Empire. Cette lenteur générale de la comprenette suggère à nouveau une belle idiocratie...
- Phara oblige Salvor à sauter en spacediving la première en direction de l’anneau inférieur de l’Invictus, alors qu’elle n’a non seulement jamais fait ça, mais c’est en outre son baptême de l’espace. Un tel exercice nécessiterait une préparation, avec l’apprentissage de divers gestes, comme pour un saut contrôlé en parachutisme sportif. Mais tandis qu’elle s’apprête courageusement à sauter au "3" du traditionnel décompte, la Chasseresse la pousse violemment hors du Beggar avant même d’atteindre le "2". Cherche-t-elle à faire échouer son vol, alors que Salvor lui est indispensable (notamment pour piloter le Mendiant) ? Or rater le point atterrissage (dans cet environnement d’apesanteur, sans système d’attache, et dans un monde sans téléportation) revient à mourir dans l’espace (ce qui va malheureusement arriver à Hugo, équipé d’une combinaison défectueuse).
- Les astronautes en combinaison réussiront à progresser grâce à leurs semelles magnétiques à la surface de l’Invictus en direction du sas... jusqu’à ce qu’une négligence de Lewis (marchant trop près d’un autre) ne réveille le canon. Bien entendu, seule Salvor aura vu venir le coup, notamment en détectant les vibrations provoquées par les mouvements de la tourelle... ce qui est possiblement un peu capillotracté dans le vide spatial à cette distance. Mais c’est surtout cette technologie qui est peu vraisemblable : du fait de son positionnement, l’auto-canon électromagnétique protège l’entrée de l’Invictus contre les intrus humains (il n’y a pas vraiment d’extraterrestres dans l’univers d’Asimov). Or les humains font justement en moyenne moins de 2 m de haut. Les paramètres contredisent donc la fonctionnalité.
- Dorwin sauvera la vie de tous en mettant un terme au feu nourri du canon par l’ouverture du sas grâce aux nano-robots de son sang. Mais cette "formalité" accomplie, avec un naturel déconcertant, Phara l’abattra d’une balle dans la tête à travers sa combinaison, au motif qu’il a rempli sa fonction et qu’il n’a plus d’utilité ! Par-delà ce mépris crasse pour la vie humaine, il y a deux failles stratégiques dans cet acte inconsidéré : d’une part, la Chasseresse ne peut avoir une connaissance suffisamment fiable de ce vaisseau mythique vieux de 700 ans pour être certaine qu’un commandant impérial n’aura plus d’utilité (elle a toute même provoqué le crash d’un vaisseau militaire et massacré un équipage entier "grâce" à une configuration non reproductible pour mettre la main sur lui) ; d’autre part, en traitant de cette façon un prisonnier, elle ne peut aucunement espérer gagner la soumission et la loyauté de ses autres otages... qui comprendront aussitôt qu’ils n’ont plus rien à perdre à se rebeller étant donné le sort qui les attend.
- En amont, poser que les nano-robots impériaux seront reconnus par un système de verrouillage vieux de 700 ans suggère une totale stagnation technologique durant une aussi longue période, ce qui assez peu crédible au regard de la durée de vie des normes dans une société pourtant bien davantage technologique et vaste que la nôtre.
- À l’intérieur de l’Invictus, après en avoir réactivé les systèmes, il suffit que Lewis interprète le couple de pulsations lumineuses et sonores à intervalles décroissants comme un compte à rebours pour que Phara l’associe au Jumpdrive... et révèle alors que depuis sept siècles, ce vaisseau saute en FTL périodiquement et aléatoirement vers n’importe où dans l’univers (peut-être même vers d’autres galaxies) sans que nul ne puisse arrêter ce mécanisme... Et c’est ce qui a provoqué la mort de son équipage originel (dont les cadavres encombrent les coursives du vaisseau), faute d’avoir pu contacter qui que ce soit ou s’échouer dans une zone habitée ! Puis, c’est ce qui a fait naître la légende du vaisseau fantôme aperçu partout dans la Voie Lactée ! Ok, intéressant et original ! Mais euh... comment Phara sait-elle tout ça ?! Surtout qu’elle avoue peu après que ses hommes ont découvert l’Invictus par hasard dans la Ceinture d’Anthor seulement deux semaines avant ! Assez gratiné dans le registre de la science infuse qu’affectionne la série pour ses deux Mary Sue... mais visiblement aussi pour leurs archnemesis.
- Même si cette adaptation TV est encore trop récente pour avoir défini à l’écran le fonctionnement de toutes les technologies impliquées, il y a de quoi questionner la crédibilité scientifique d’un vaisseau qui sauterait par lui-même en FTL durant sept siècles (voire éternellement). Un voyage en FTL, impliquant de devoir courber l’espace, nécessite une consommation d’énergie phénoménale. Ce qui impliquerait de disposer d’une source à l’avenant, perpétuellement renouvelable. Or faut-il rappeler que l’un des catégorèmes qui distingue conceptuellement la (Hard-)SF (notamment chez Asimov) de la fantasy, c’est justement la gestion de l’énergie (finie dans le premier cas car respectant la Loi de Lavoisier étendue à la relativité générale, infinie dans le second cas car magique) ? Dans Stargate Universe (une des séries les plus authentiquement Hard-SF jamais produites), le vaisseau Destiny voguait en FTL depuis des millions d’années car il "s’abreuvait" directement à l’énergie nucléaire forte des étoiles. Mais qu’en est-il dans le cas de l’Invictus ?
- Que l’Invictus se soit matérialisé en sortie de Jump dans un champ d’astéroïdes aussi dense (la Ceinture d’Anthor) aurait dû conduire les protagonistes à envisager qu’il soit profondément endommagé. Tout antique, puissant, et mystérieux qu’il soit, ce vaisseau n’est pas invulnérable. Phara affirme elle-même qu’il ne survivait pas s’il se matérialisait dans une étoile ou une planète...
- À bord de l’Invictus, alors que les autres otages de la Fondation sont supposés représenter l’élite scientifique, au contraire de Hardin, c’est pourtant cette dernière qui repérera dans une coursive un ancêtre de champ de force (qui désintègre et non expulse contrairement à celui qui protégeait la colonie de Terminus), et bien sûr le désactivera (et sera présenté comme la seule à pouvoir le faire). Une fois de plus, seule Mary Sue #2 tire son épingle du jeu, ce qui lui donnera d’autant plus de valeur aux yeux de Phara, au point que cette dernière se retiendra au moment où, de colère, elle voudra la descendre. Au point même que les dialogues finissent par suggérer que c’est sur Salvor que repose implicitement la responsabilité de la "retape" du Jumpdrive !
- Salvor parvient à convaincre le scientifique Akiva de saisir la moindre occasion (par exemple le moment où Phara détache les menottes de la Gardienne) pour se rebeller contre les "geôliers". Akiva finit par passer à l’acte, mais il reste étonnant qu’un laborantin non-violent fuyant tout affrontement combatte soudain avec la violence d’un freefighter deux soldats anacreoniens simultanément. Hardin lui emboîte le pas, mais celle-ci est davantage crédible mano a mano, et il ne lui faudra pas plus de cinq secondes pour envoyer au tapis Kaean. Mais ce qui suit tient de la facilité la plus crasse dans tous les blockbusters se moquant des spectateurs : alors que l’ennemie a des rivières de sang sur les mains, que ses intentions sont ouvertement génocidaires, et qu’il s’agit de la dernière chance pour l’héroïne de sauver la situation, elle se devait d’éliminer une fois pour toutes la menace. Eh bien, non, elle ne profite pas de cet avantage agonistique : alors que Phara était à sa merci, Salvor la laisse indemne pour rejoindre les autres mêlées ! À partir de ce point, il était prévisible que la Chasseresse reviendrait en force et plus motivée que jamais pour vaincre et assujettir la Gardienne. Ce qui n’a évidemment pas loupé. Soit l’exemple d’un script et d’un enchaînement lamentable, qui n’épargne aux spectateurs aucune facilité et dont l’objectif est de maintenir en vie l’antagoniste pour une conflictualité manichéenne maximale. Et ainsi, il faut s’attendre à plusieurs autres combats chorégraphiés stériles entre elles, comme si les grandes opérations terroristes des victimes passées de l’Empire se bornaient à des catfights rituels. De l’anti-asimov pour sûr.
- Maintenant que la durée du compte à rebours a été estimée par Lewis Pirenne (4 h environ), l’objectif imposé aux otages par Phara est de réparer le Jumpdrive dans ce bref délai afin de stopper le bug (ou la malédiction) des sauts en FTL chroniques et aléatoires. Mais n’est-ce pas inconsidéré (et donc invraisemblable en cas de réussite) sachant que l’équipage originel de l’Invictus (des professionnels formés pour une parfaite connaissance et maîtrise de ce vaisseau) en fut incapable durant des années (jusqu’à se laisser mourir ou s’entretuer). En revanche, des "bleus" (scientifiques certes mais sans connaissance particulière de ce vaisseau d’une autre ère) devraient tout naturellement y parvenir en une paire d’heures ? Sérieux ?
- Phara et Rowan, à tour de rôle, n’ont aucune hésitation à clamer devant leurs otages leurs vrais objectifs, à savoir prendre le contrôle du Jumpdrive pour sauter en FTL directement "dans" Trantor afin d’exterminer les empereurs Cleon et toute la population de l’œcuménopole capitale, donc mettre à genou l’Empire galactique, et ainsi se venger du génocide d’Anacreon il y a 35 ans ! Ces "vilains" sont-ils totalement idiots ? Que croient-ils que leurs otages vont faire en sachant cela ? Si Salvor Hardin est vraiment l’héroïne que la série prétend, et si les scientifiques de la Fondation sont vraiment les pacifistes qu’ils disent être, mais surtout si les auteurs ont un minimum de cohérence, les otages n’auront d’autre choix que de se sacrifier, de se suicider s’il le faut pour que leurs connaissances ne soient pas utilisées pour exterminer des milliards d’innocents, d’autant plus qu’ils n’ont plus rien à espérer personnellement étant donné que le plan de Phara implique de toute façon la destruction de l’Invictus et la mort de son équipage.
- Enfin, le moyen avec lequel les Anacreoniens comptent atteindre leurs objectifs laisse lui-même à désirer. En l’occurrence, l’Invictus lui-même... que Phara semble convoiter (et réciproquement) tel l’Anneau Unique de Sauron dans le Monde d’Arda de JRR Tolkien ! Comme pour les nano-robots de Dorwin capable d’ouvrir le sas, faut-il vraiment croire que l’Empire galactique a tellement stagné durant sept siècles qu’un vaisseau de guerre – même surpuissant pour son époque – représenterait une menace pour une Trantor ayant 700 ans de plus au compteur ? Il serait bien sûr tentant de dénoncer cet anachronisme grossier en convoquant le ban et l’arrière-ban des analogies faciles comme les chances qu’aurait un trébuchet médiéval face à THAAD-ER américain ou à S-500 Prometeï russe...
Malgré tout, les progressions technologiques ne sont pas linéaires comme l’Histoire humaine l’a amplement montré, certaines menaces demeurent en outre des invariances intemporelles (par exemple une bombe atomique et une étoile représenteront toujours un considérable potentiel de destruction), et il n’est pas non plus impossible que l’Empire galactique ait atteint un plafond technologique depuis quelques millénaires. Les séries Babylon 5, Farscape, et Stargate furent d’ailleurs les championnes de la dissociation entre le temps long et l’inéluctabilité du progrès, mais c’était davantage du réalisme que de l’incohérence. Et si la série de Goyer avait vraiment place dans l’univers littéraire d’Asimov, la cause de la chute ne résiderait pas dans la seule nature clonale de la dynastie impériale, elle serait multifactorielle, et une pareille stagnation (si tel est le cas) voire régression en creux sur sept siècles ferait partie des prémices (assumées en internaliste).
Par ailleurs, lorsque Rowan annonce à Salvor « And then we’ll guide it right into the beating heart of Trantor », il y a une ambiguïté sur le modus operandi. L’objectif de Phara est-il simplement de sortir du Jump FTL en orbite de la planète pour attaquer le palais impérial avec les armes historiques de l’Invictus en mettant à profit l’effet de surprise et une prétendue puissance de feu archéo-supérieure ? Ou bien le plan serait-il plus disruptif, par exemple en sortant du Jump FTL dans quelque épicentre ravageur à l’intérieur de la planète Trantor afin d’engendrer des dégâts apocalyptiques ? La seconde hypothèse pourrait présenter une certaine tenue stratégique en mode "politique de la terre brûlée terroriste" ; en revanche, la première n’aurait pas forcément davantage de crédibilité tactique que le Sarcophagus klingon de la saison 1 de Discovery (i.e. un vaisseau antique et anachronique mettant la Fédération à genoux)…

Cependant, comme dans les deux épisodes précédents, l’histoire terminusienne (ici étendue à l’espace) n’est pas dépourvue de quelques qualités, essentiellement de forme, méritant de s’apprécier pour ce qu’elles sont, même si elles ne réussiront hélas pas à racheter la masse désormais critique d’incohérences :
- La forme de l’Invictus est inédite et impressionnante. Il ressemble à une sphère armillaire à trois niveaux, comme une version gigantesque du vaisseau extraterrestre mis en scène par le chef d’œuvre Contact de Carl Sagan et Robert Zemeckis (1997). Sa contextualisation dans le champ d’astéroïdes possède quelque chose de cyclopéen, tel un objet vraiment venu d’ailleurs... tout en renforçant l’idée d’un Hollandais volant spatial.
- Le séance de spacediving (saut dans l’espace) est d’un réalisme rare, tout en restant visuellement très immersive. Une séquence qui renvoie au bac-à-sable du tape-à-l’œil les pseudo-spacediving de Star Trek 2009, Star Trek Into Darkness et Discovery 01x01 The Vulcan Hello, montrant ici qu’il n’est pas nécessaire de pousser à des vitesses humainement ingérables (et à laquelle les obstacles sont impossibles à éviter) pour en mettre plein la vue.
- Toute la progression à l’extérieure de l’Invictus puis à l’intérieur, dans des couloirs fantomatiques, débordant de cadavres centenaires, à moitié décomposés à moitié momifiés, sont autant de moments mémorables d’angoisse et de claustrophobie face à la froideur du cosmos. Quel dommage que le scénario n’ait pas été à la hauteur de ce visuel et de cette mise en scène exemplaires...
- Par-delà les justifications internalistes douteuses (dans le second cas surtout), les morts successives de Hugo Crast (perdu dans l’espace faute d’avoir pu atterrir sur l’Invictus) puis du commandant Dorwin (de façon gore avec des projections de sang partout) constituent en soi des audaces narratives. Parce qu’elles sont inattendues et qu’elles font basculer la série dans un survival violent. Même des années après les impacts populaires de The Walkind Dead et Games Of Thrones, il demeure réaliste de montrer que la mort peut frapper n’importe qui, y compris des personnages apparemment intouchables. Et c’est aussi là une façon de s’affranchir de la prédictivité intrinsèque des prequels et des adaptations (où la survie de certains personnages serait contractuellement garantie par leur existence ultérieure ou par le parcours de leurs inspirateurs littéraires). Ce procédé assez déstabilisant fait d’ailleurs un peu penser – toute proportion gardée, s’entend – à la mort de Shed Garvey dans la première saison de The Expanse.
- Mais d’un autre côté, comme Dorwin avait été dramatiquement sous-employé jusqu’à maintenant (n’ayant même pas l’honneur d’être un personnage-fonction) alors que son homonyme littéraire dans le cycle d’Asimov avait de l’importance et de l’intérêt, on aurait pu imaginer – ou du moins espérer – que la série lui donne progressivement de plus en plus de place... au lieu de l’éliminer aussi brutalement qu’il était apparu.
- Il n’est pas non plus impossible que Hugo survive et vienne providentiellement sauver Salvor dans les épisodes suivants par la grâce de scenarii capillotractés (vu que l’astronaute dans sa combinaison ne peut que très marginalement contrôler sa trajectoire dans l’espace, et son autonomie en oxygène est limitée).
- Toujours est-il que ce fut l’occasion pour l’actrice Leah Harvey de faire une nouvelle fois montre de toute sa pudeur d’interprétation, intériorisant de façon très touchante ses émotions. Son personnage Salvor Hardin ayant été frappé en plein cœur, elle a pourtant réussi stoïquement à se relever presque aussitôt...
- Enfin un·e asiatique dans le cast, en la personne de Jacenta (une des otages de la Fondation prélevée par Phara) interprétée par Nikol Kollars. Malheureusement, son rôle reste mineur, ce qui ne rattrape donc guère cette carence au chapitre du "all inclusive".

In fine, toute l’opération de Phara depuis Fondation 01x04 Barbarians At The Gate jusqu’à la fin de Foundation 01x07 Mysteries And Martyrs relève du coup de billard à quinze bandes, totalement improbable pour ne pas dire impossible, mais qui s’est réalisé du seul fait que les héros ont systématiquement fait les pires choix possibles, tels des pantins entre les mains de marionnettistes qui tenaient absolument à parvenir au résultat actuel.
Mais si l’on retire de l’équation un univers se courbant pour servir les projets de Kaean et de sa bande, ces derniers apparaissent sous leur vrai visage : de vulgaires Pieds Nickelés pas drôles, impréparés et dépourvus du moindre plan, animés par leur seule haine et ne sachant pas où ils vont, agissant avant de penser.
Dès lors, les voir remporter systématiquement chaque bataille est une expérience qui met à très rude épreuve la suspension d’incrédulité, au risque désormais critique de faire basculer aussi bien l’Empire galactique que la Fondation dans une pure idiocratie.
Et c’est d’autant plus douloureux lorsqu’on sait que l’arc terminusien est factuellement le moins éloigné des premières nouvelles d’Isaac Asimov. On chercherait à discréditer le plus éminent Big Three du Golden Age que l’on ne s’y prendrait pas autrement...

NOTE HISTOIRE A

(B) Surah ou la qualité des dialogues... pour le meilleur et pour le pire

Pendant qu’une sourde menace se fomente dans les dans les Spires galactiques (ou Outer Reach en VO), dans le désert de Surah, Zephyr Halima, désormais quasi-assurée d’être élue Proxima, se destine à devenir la principale rivale (ou contrepoint) de la figure impériale, allant jusqu’à défier sur une base mystique et théologique les fondements de la dynastie génétique.
S’imaginant presque naïvement qu’il pourrait assujettir ou inféoder Halima comme les autres par des carottes matérialistes (usine de désalinisation et satellites de défense), il se voit humilié et rabaissé verbalement plus bas que terre comme probablement aucun empereur Cleon ne l’avait été auparavant.

Ce tête-à-tête témoigne d’une écriture au cordeau, en essence très rhétorique, opposant deux orateurs qui ne se situant définitivement pas sur le même plan. Il serait même possible d’y voir un lointain écho des oppositions homériques entre le pouvoir politique de la Fédération ou militaire de Starfleet versus le pouvoir religieux de Bajor dans Star Trek Deep Space 9. Avec cette idée que le militant radical d’une cause (qu’elle soit religieuse, politique, et/ou résistante) est tellement entier et intègre qu’il ne concèdera jamais rien à celui qui incarne le système (forcément corrompu et hypocrite), la souveraineté, la domination, ou l’extranéité, hormis une totale capitulation et soumission à la doctrine promue. Le réel est généralement moins binaire et absolutiste que ça, mais beaucoup d’œuvres hollywoodiennes grossissent ce trait, surtout si cela peut contribuer à l’éternelle culpabilisation… des classes ou des groupes réputés détenir le pouvoir depuis trop longtemps.
L’écriture est brillante parce que Zephyr Halima n’épargne pas l’empereur, en se refusant de le nommer au vocatif par ses titres, et en exprimant avec une insolence stupéfiante en des termes très crus ce que la plupart des spectateurs pensent eux-mêmes de ce mode kafkaïen de succession, sans même avoir besoin de convoquer le déisme ou le vitalisme pour cela. La future "papesse" dira ainsi : « [Ma requête est] la fin de la dynastie génétique. (…) Il y a un malentendu entre nous, Cleon. Ma requête n’a rien d’une tactique. Je ne fais que prêcher ce que je crois. Et je crois que votre dynastie génétique porte en elle notre ruine. (…) Je ne prétends pas que je peux voir l’avenir. Je sais juste que j’ai ancré profondément en moi le sens ce qui est juste ou de ce qui est néfaste. (…) Vos frères ? Mais vous n’êtes pas des frères. Vous êtes les réverbérations de l’égo d’un mort, et vous êtes par nature aveugles à toutes vos faiblesses. Une créature sans âme ne saurait se reconnaître comme telle. Je pense que feu le Dr Seldon a fait une observation similaire. (…) La seule raison pour laquelle vous vous êtes aventurés ici, c’est parce que vous savez qu’énormément de fidèles m’écoutent. Je sais qu’en préparant votre visite, vos habiles conseillers vous ont avisé du grand nombre d’adeptes du luminisme. Chacun d’eux fera ce qu’il fait pour que la lumière de la vérité jaillisse. Rappelez-moi, combien de personnes ont abattu l’Ascenseur orbital ? (…) [Je ne vous menace pas] Je réponds juste à votre question, je cherche à articuler ma requête. Je ne suis pas étonnée qu’elle vous semble si incompréhensible. Je vous parle de concepts bien plus universels que vous. [et avec un air hautement méprisant] Mais je suis sûre que votre conseillère vous aidera à comprendre. Veuillez m’excuser, il y a des âmes qui ont besoin que je les guide. »
Autant dire, une véritable dialectisation digne des meilleures séries juridiques, et à ce titre, riche en paradoxes. Car si Halima est incontestablement sincère et porte une voix exutoire voire une lantern pour les scénaristes, dans le même temps, elle incarne le fanatisme le plus inflexible mais aussi une forme de racisme ultime, puisqu’elle ne rejette pas l’empereur pour ses actes, ni pour ses avoirs, ni pour son pouvoir, ni pour ses fonctions, ni pour ses prérogatives, ni pour son rang… mais uniquement pour son être ou sa nature ! En d’autres termes, elle lui conteste son humanité. Soit une configuration très politiquement incorrecte lorsque bien comprise…

Alors certes, de prime abord, il y aurait de quoi s’étonner que la tête du puissant Empire galactique encaisse sans broncher de telles avanies à son endroit, sachant que son clone Cleon XII assassinait pour de simples non-dits ses plus loyaux serviteurs et exterminait des peuples entiers pour les crimes d’un seul.
Dès lors faut-il en déduire que les auteurs ont poussé trop vite et trop loin les divergences entre Cleon XII et Cleon XIII ?
Probablement pas. Et ce pour deux raisons...
D’une part, en dépit de la parfaite mécanique de succession génétique, le mouvement perpétuel n’existe pas. Et tout aura beau avoir été fait par Cleon Ier pour éradiquer les rapports familiaux traditionnels, la tragédie définissante de la chute du Star Bridge suivie des représailles sur Anacreon et Thespis, aura séparé Cleon XIII alors Brother Dusk de Cleon XII alors Brother Day de part et d’autre de l’axe paternité/filiation. C’est-à-dire que Cleon XII aura été psychologiquement le père dont les actes auront été viscéralement désapprouvés par le fils Cleon XIII du fait de son âge et donc d’une sensibilité très différente. Clones mais pas moins humains dans toutes les étapes du développement diachroniques. De quoi initier une série de divergences jusqu’à définir un acquis unique qu’aucun patrimoine génétique ne saurait prédire, contenir ou endiguer, à l’image de toutes ces gémellités divergentes du monde réel (les jumeaux monozygotes étant de vrais clones) qui rappellent qu’in fine, l’acquis l’emporte toujours sur l’inné. Et l’aphorisme "à père avare, fils prodigue" demeure bien la sanction de l’acquis et non de l’inné.
D’autre part, s’il était lui-même venu sur Surah comme prévu au départ, Cleon XII n’aurait pas forcément pu agir différemment de son cadet, si ce n’est laisser transparaître moins de compréhension et de flexibilité – qualités qui de toute façon auront laissé la future Proxima totalement indifférente tant elle est dans l’extrémisme du tout ou rien. Quant à d’éventuelles représailles, il faut garder à l’esprit que quel que soient leur moralité et empathie personnelle, les Empereurs obéissent avant tout à des impératifs stratégiques. Or deux peuples périphériques (issus des Outer Reach) demeurent bien plus aisément sacrifiables pour l’exemple qu’un monde central et tenant sous son influence des billions de sujets de l’Empire à travers toute la Voie Lactée. Le rapport de force n’est tout simplement pas du tout le même ici et dans le pilote de la série. Et ce sont toujours les rapports de force qui décideront de la politique menée, que l’Empereur soit un criminel ou un faible. Un principe fondamental en realpolitik.
Dans cette logique, il est très heureux que l’épisode n’ait pas profité du camouflet essuyé par l’empereur pour tomber dans le plus évident et racoleur des écueils. À savoir mettre immédiatement en scène une conspiration entre Cleon XIII et Demerzel pour éliminer physiquement Zephyr Halima (quand bien même subtilement en exploitant par exemple la superstition envers les trois déesses – la Vierge (Maiden), la Mère (Mother) et l’Ancienne (Crone) – pour simuler un châtiment divin). Non seulement cela ne correspondrait guère aux personnalités de l’actuel Brother Day (à la fois orgueilleux et désireux de prouver qu’il est l’antithèse de son prédécesseur) ni de sa première ministre (largement inféodée au luminisme). Mais surtout, une telle extrémité ne se déciderait pas sur un coup de colère et dans les murs même de la "cible" en territoire "ennemi" (de telles options de neutralisation ne seraient crédibles qui si elles étaient envisagées en aval, par la suite, dans les coulisses interlopes du palais impérial). Enfin, une barbouzerie grossière pourrait être très contreproductive en raison de la masse galactique de disciples de Halima (au risque de la transformer en martyr – comme Seldon finalement – et promouvoir à grande échelle son interprétation radicale du luminisme).
Cette cohérence contextuelle ne dispense pas de certains effets inattendus, forgés dans le chaudron du réel. En effet, l’Histoire a montré que, bien souvent, c’est lorsque le pouvoir de tradition absolutiste lâche du lest (Louis XVI en France, Nicolas II en Russie…) que les révolutions déferlent. Et dans cette perspective, il n’est pas impossible que Cleon XIII devienne le Louis XVI de l’Empire galactique lorsque Cleon XII était plutôt Louis XIV, le François Ier, ou le Louis IX…
Quitte à s’abaisser à la démagogie de la transposition, autant que celle-ci fasse sens...

Ironiquement, il serait possible de considérer Halima comme une émule indirecte de Hari Seldon, du moins sur la question précise de la dynastie génétique. La façon dont elle n’hésite pas à l’invoquer et la similitude de son anathème (le mysticisme religieux en sus) avec celui de Seldon durant son procès (rapportées durant le quatrième épisode) suggère que la psychohistoire a désormais métastasé sous une forme démotique, y compris dans les sphères les plus inattendues et éloignées, donnant à la fois raison à la manipulation proto-christique façon Nikos Kazantzakis (devenir sciemment un martyr) et aux anathèmes adressées par Phara à l’endroit de la Fondation à la fin du cinquième épisode.
Même si tout cela n’a probablement pas grand-chose à voir avec Asimov, cet arc politique possède malgré tout l’atout d’une vraie logique propre.

Néanmoins, sa véritable pertinence civilisationnelle se décidera en fonction du tour que prendra l’épreuve de la Grande Spirale à laquelle Cleon XIII prend l’initiative de se soumettre pour défier les anathèmes innéistes et racistes de Zephyr Halima. Une épreuve non dépourvue de danger, car on n’en revient pas forcément indemne, ni même vivant. Ce challenge lancé par l’empereur pourrait évidemment s’apparenter à une forfanterie inconséquente ou une tartarinade irresponsable tant il est impréparé pour le relever ; mais le contexte tendu (désignation imminente de la nouvelle Proxima, perte de signifiance en cas d’entrainement préalable...) ne lui laissait aucune latitude. L’exemple même d’un "jugement de Dieu" qui impose une absence de "triche" et une prise de risques réels.
Ainsi, comme certains monarques de l’Histoire européenne, l’empereur Brother Day accepte de devenir pour l’occasion un simple pèlerin, c’est-à-dire un manant, un humain comme les autres. Ce qui est finalement logique, car c’est ici sa pleine humanité et non son imperium qui est mis(e) à l’épreuve – quand bien même d’une perspective spirituelle et vitaliste. A-t-il autant une âme – si une telle entité existe – que les autres humains non clonés ?
Somme toute, Cleon XIII va à Canossa... mais sans repentir.
La série sera attendue au tournant selon l’issue de cette expérience…

Mais à cette épochê près, où donc le bât blesse vraiment dans cette histoire B qui, à lire cette analyse, friserait la perfection ?
Eh bien du côté de la première ministre robotique Demerzel !
Cleon XIII la questionne sur les implications professionnelles de sa foi en lui réclamant légitimement des comptes pour son allégeance publique à Zephyr Halima à la fin de Foundation 01x06 Death And The Maiden, vécue par l’empereur comme une trahison.
Malheureusement, sur ce front-là, les dialogues sont bien moins heureux. Toute l’argumentation de Demerzel est tellement illogique au regard de sa nature robotique que cela devient embarrassant ! La naïveté de sa foi plus païenne et superstitieuse que métaphysique et transcendante fait même franchement pitié ! C’est à se demander si les scénaristes ne se prennent pas les pieds dans le tapis, ou s’ils ne cherchent pas à délibérément narguer les vieux lecteurs d’Asimov...
Même en considérant qu’Eto Demerzel n’est pas R Daneel Olivaw (cf. la déclaration de Goyer citée dans la critique précédente), la vie artificielle est supposée conserver un minimum de spécificité, en particulier la logique de ne pas adhérer irrationnellement à une doctrine qui exclut de son paradigme la vie robotique (cas du luminisme qui est très raciste envers la vie artificielle).
En outre, pour plaider non-coupable à l’accusation de "trahison", l’argument principal sur lequel s’appuie Demerzel est un pur sophisme ou paralogisme (selon l’intention), puisqu’il est circulaire et ex cathedra au point d’en devenir involontairement comique : « Si m’agenouiller était une violation de ma programmation, je n’aurais pas pu le faire. Physiquement. Les signaux envoyés à mes jambes pour les faire plier auraient été bloqués. Je ne viole pas mon programme puisque mon programme me laisse agir ainsi ».
En somme, "A parce que B" et "B parce que A". Un pur diallèle, souvent associé au trilemme d’Agrippa...
Du coup, exit les trois (cinq) lois de la robotique, puisque sises hors des droits d’adaptation négociés par Apple. Mais cela autorisait-il pour autant à les remplacer par la foi et le mysticisme au prix des pires contresens et apories possibles ?!
Alors, certes, la contre-argumentation logique et sans faille de Cleon XIII prouve qu’il s’agit-là d’une volonté assumée des auteurs, et la dialectique est en quelque sorte respectée.
Mais la caractérisation de Demerzel n’en est pas moins une erreur, peut-être même une faute.
C’est d’autant plus émétique pour qui connait trop Asimov pour pouvoir dissocier Demerzel d’Olivaw...

NOTE HISTOIRE B

(C) Une bluette qui pourrait bien sonner le glas du "meilleur des mondes"

Quoique s’inscrivant dans le prolongement direct de l’arc trantorien de Foundation 01x06 Death And The Maiden, cette histoire C est en réalité le contrepoint de l’exceptionnelle histoire A de Foundation 01x03 The Mathematician’s Ghost qui avait célébré, à la façon d’une liturgie, le cycle kafkaïen du sacr(ific)e impérial.
Lorsque le troisième épisode exposait une idéalité, poussée jusqu’à l’abstraction la plus déshumanisante, celui-ci constitue un retour au réel. Du coup, rien de plus logique que la perfection le plus inhumaine ait pour antisymétrique l’imperfection la plus humaine.
Il y avait à l’origine un rêve, celui d’un empereur – Cleon Ier le Principium – qui se prenait pour une telle perfection incarnée qu’il avait eu la vanité de s’ériger en matrice pour un imperium éternel, l’alpha et l’oméga de toutes les générations à venir. Tel l’aboutissement de l’hubris de tous ces antiques divinisés de leur vivant…

Mais memento mori. Et ce qui est valable pour un individu, l’est pour un système aussi, aussi verrouillé, aussi protégé soit-il. Que les causes soiennt endogènes (un glitch ou une imperfection dans le codage, qu’il soit informatique ou génétique), ou exogènes (une volonté préméditée émanant de l’intérieur ou de l’extérieur du palais pour relancer l’impermanence de l’évolution), il était inéluctable que cela se produise un jour. Soit imperceptiblement (comme cela l’aurait probablement été dans les romans d’Asimov s’il avait développé ce concept), soit brutalement (comme l’audiovisuel le préfère en général pour des raisons de spectacle).
Et après que la série a mis à l’honneur ce système tel qu’il fut durant 400 ans et qu’il prétendait être ad vitam, elle était parfaitement fondée à mettre en scène son dysfonctionnement et finalement son effondrement, moyennant une accélération qui peut s’avérer géométrique comme chaque fois que des facteurs résultants viennent se renforcer mutuellement.

Dès lors qu’une anomalie génétique est possible, il peut également en exister plusieurs. La cascade de déviations génétiques sur un même sujet est susceptible de résulter d’une causalité unique. Et il n’y a rien d’absurde à ce qu’elle(s) n’ai(en)t pas été mécaniquement détectée(s) par des tiers en amont. À partir du moment où la suffisance et la confiance dans le système est absolue, des batteries de tests objectifs ne sont pas mis en place par défaut. Toutefois, et c’est une marque de réalisme, cela n’a pas empêché Cleon XII de soupçonner quelque chose et de mener une surveillance et des inquisitions…
Mais en faisant l’hypothèse qu’il n’existe en fait chez Cleon XIV qu’une variation génétique unique et infinitésimale, à savoir juste de daltonisme (et plus précisément de deutéranopie), ce seul élément a pu engendrer une chaîne de conséquences tout au long de son existence expliquant la pelote qu’il craint tant de voir déroulée par ses "frères".
La propre découverte de son petit handicap durant son enfance dans un écosystème aussi Procuste l’aurait poussé à ne rien en dire à personne et à faire semblant. Mais ce comportement "méta" envers son cadre d’existence tout tracé l’a forcément amené à le relativiser et à le remettre en question, telle une surcouche intellectuelle empêchant d’adhérer sincèrement à un embrigadement et ainsi ne jamais avoir foi dans le système, impliquant donc de chercher d’autres voies, d’avoir d’autres centres d’intérêt, de réévaluer ses priorités. Dès lors que le germe est dans le fruit, l’édifice finit par s’écrouler tôt ou tard, tel un jeu de dominos : on ne marche plus vraiment dans les pas de ses prédécesseurs, on développe une autre sensibilité, des goûts et des habitudes différentes... De quoi parfaitement expliquer la liste des différences que Cleon XIV garde par-devers lui mais qui finalement relèvent essentiellement de l’acquis : entrecroiser différemment ses mains, pointer du doigt autrement, moins aimer le chou, manger les légumes et la viande ou enfiler ses chaussures dans des ordres dioférents, être un meilleur chasseur, tomber amoureux plutôt que réifier des prostituées…
Tout ça n’est au fond que le proverbial effet papillon, en vertu duquel un battement d’aile local pourra finir par engendrer un ouragan global. Soit la quintessence même des relations de causalités… qu’Asimov savait justement étudier comme nul autre dans son œuvre littéraire. Et donc, par cette voie inattendue, l’épisode réussit à se reconnecter en force à Isaac…

Or justement, Azura Odili compte au nombre des conséquences, devenant à son tour une causalité concourante ou motrice. Et à l’instar des multivers de Hugh Everett, la divergence ne fait que croître avec le temps, comme l’avait très bien illustré l’excellente série Counterpart.
C’est ainsi que même dans le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, l’impensable peut arriver. Qu’il y ait une main invisible derrière ou non.
L’histoire de Cleon XIV fait donc assurément parti des apports originaux de cette adaptation. La complexité de l’univers littéraire d’Asimov ne le nécessitait aucunement, mais cela n’interdit cependant pas à la série de tirer un développement intéressant de ses propres initiatives sur un mode asimovien.

La pierre essentielle que Foundation 01x07 Mysteries And Martyrs vient apporter à l’édifice de Foundation 01x03 The Mathematician’s Ghost, c’est ce que l’hagiographie liturgique initiale ne souffrait pas que l’on dévoile. À savoir le grand actuaire et la gestion des risques, qui pour mieux prévenir l’intrusion du chaos, a ajouté une prison dans la prison. Et donc une dimension de cauchemar supplémentaire au Pandémonium déjà dévoilée.
C’est peut-être cette démesure qui paradoxalement précipitera la chute...
La peinture qu’en dresse l’histoire C est aussi larger than life et déstabilisante au sens de la vraie SF que l’histoire A de l’inoubliable troisième épisode. Mais cette fois la manière diffère, car le spectateur s’identifie ici au regard extérieur de la botaniste qui entre intimidée dans le sanctum sanctorum génétique du palais, posant pour la première fois ses yeux sur le Principium, embaumé tel Lénine dans son mausolée à Moscou, avant de découvrir l’épée de Damoclès qui pèse à chaque instant sur les empereurs. À savoir leurs clones remplaçants, vieillissant en cuve au même rythme qu’eux, flanqués du même salut impérial, et nourris des mêmes informations… pour pouvoir les remplacer au pied levé s’ils venaient à être tués… ou s’ils venaient diverger de leur programmation génétique. La vie de Cleon XIV se joue donc sur la moindre imperfection, sur la moindre divergence, sur le moindre écart qui pourraient être détectés par ses "frères", à la fois juges et bourreaux. Existe-t-il pire paranoïa, tant elle résulte ici de l’essence et non pas de l’existence ?
Poussant encore plus loin le sacrifice imposé par la fonction régalienne, l’empereur n’est individuellement plus rien, pas même une persona, juste une maillon, une pièce de rechange, un composant, éliminable aussi aisément qu’un objet au moindre défaut de manufacture !
Et voir Cleon XIV, faisant face à son corps inerte, révélant à Azura que son plus grand ennemi est cet autre soi-même, et dont le réveil signerait immédiatement son arrêt de mort, c’est une scène très forte, kafkaïenne, un vrai moment de SF. Ouvrant sur des champs de réflexion inédits sur l’identité et l’altérité…

Mais ce qui sera probablement accepté sans difficulté par un clone parfaitement conditionné depuis sa naissance (tel l’esclave ignorant une autre condition que la sienne comme l’écrivait Alexis de Tocqueville)... apparaîtra fatalement intenable pour un clone qui sortirait des rails, même "infimement".
Autant dire que l’ensemble du comportement de Cleon XIV s’éclaire soudain d’un jour nouveau : ses actes manqués, ses appels à l’aide silencieux, ses doutes et ses hésitations, son abandon à Odili, la dissimulation de la moitié de son gibier pour que des aptitudes supérieures ne se dévoilent pas à travers le déclassement du record de Cleon XII, son refus de porter les chroma-correcteurs transcrâniens ou en VO "color-correction ’hesives" (offerts par la botaniste) pour ne surtout pas attirer l’attention de sa "fratrie" (et des employés du palais) sur sa différence et donc son "imperfection"…
Désormais, les conditions sont réunies pour un grand bond en avant. Car à l’attitude de plus en plus inquiétante de Cleon XII, Cleon XIV a probablement compris que ses jours dans le palais sont désormais comptés. Et Azura pourrait bien être l’étincelle dont il avait besoin pour franchir le pas, que ce soit par réflexe de survie via une fuite et une anonymisation dans les tréfonds de Trantor, ou par altruisme via une forme de révolution dont la nature reste à définir. Il se murmure même dans certains cercles spéculatifs que Cleon XIV pourrait devenir le mythique Mulet (The Mule en VO)...

Avec Azura Odili, le spectateur plongera pour la première fois dans la foisonnante Trantor des romans d’Asimov, celle qui fut le modèle de Coruscant dans Star Wars, avec ses transports en commun spectaculaires, sa population bigarrée, ses édifices cyclopéens à perte de vue...
Et en toile de fond, se dévoile l’étonnante contre-culture qui s’est développée dans les ruines (nommées la Cicatrice ou en VO The Scar) de l’ascenseur orbital (ou Star Bridge), avec une touche inattendue de cyberpunk...
Derrière sa lisseur apparente de jeune fille pure et sage, Azura s’avère une Cicérone redoutable des interdits et de l’underground, qui n’ignore aucun secret de ce monde vertigineux et si vivant dont ne laissaient rien deviner les Cités obscures où sont physiquement et mentalement enfermés les empereurs-zombis...
« Il y a des gens qui peuvent filtrer ces nano-robots. Tu crois être le premier à vouloir t’en débarrasser ? Tu avais une bonne raison de me montrer cette pièce. C’est aussi pour cette raison que tu as sauté de ton balcon. Tu ne peux pas vivre comme ça. Tu as vécu toute ton existence sous le regard des autres. Dans la Cicatrice, c’est différent. Tu peux t’y perdre et y disparaître. Aux yeux de l’Empire, la Cicatrice représente un échec. Pour le reste de Trantor, elle représente une chance. Pour la première fois depuis des siècles, on peut lever les yeux et voir de vrais nuages, de vraies étoiles, non des simulations de serveurs conçues pour nous garder bien dociles. »
Il y avait de quoi craindre une dérive à la Little Buddha de Bernardo Bertolucci (1993)… Or la bonne surprise est que cet arc flirte avec Christopher Priest, entre The Inverted World (Le monde inverti) (1974) et The Affirmation (La fontaine pétrifiante) (1981).

Alors certes, la botaniste est sans doute uniquement un personnage-fonction, dont l’existence se limite à être un catalyseur pour Cleon XIV et les bouleversements à venir... Et cela a pour effet préjudiciable de frapper d’une certaine artificialité l’éclosion de l’histoire C, pourtant aussi créative que déterminante pour la suite de la série. L’induction émotionnelle est un peu survolée, tout va en quelque sorte trop vite, mais à la façon d’un "time lapse".
Malgré tout, ce procédé demeure bien moins critiquable que les cascades d’incohérences pour forcer un agenda narratif. D’autant plus que des personnes-fonctions, il en existe pas mal IRL, alors que des incohérences, a priori non.
Du coup, il ne faut pas espérer que la relation entre Brother Dawn et Azura compte au nombre des références du romantisme audiovisuel, surtout dans la catégorie ado, déjà surreprésentée à l’écran. Mais du coup, le bon côté, c’est que la part de soap n’en sera que moindre. Déjà que même à l’état de traces, il est automatiquement considéré comme intempestif dans une adaptation supposée véhiculer toute la froideur asimovienne.
Il n’est pas non plus à exclure qu’Azura, tombée presque trop à pic, joue double et mène Cleon XIV droit dans un piège...

Quitte à enjamber prématurément cet arc et même ce septième épisode, il faut peut-être déjà questionner la compatibilité de l’accélération/accentuation des divergences entre chaque empereur avec les mises en accusation de la trinité impériale génétique par Seldon dans l’articulation de la chute civilisationnelle annoncée.
Dans le pilote mais aussi indirectement dans le quatrième épisode, le fondateur de la psychohistoire avait notamment asséné à Cleon XII : « Parce vous, vous n’offrez rien de neuf. Simplement un fruit plus jeune du même arbre et qui est destiné à finir dans le même vieux moule ». Ce qui revenait implicitement à imputer la chute à la seule fixité de l’imperium en raison de sa nature clonale. Mais en réalité, dans la série, jamais Seldon n’en a explicitement fait l’unique causalité, sans quoi ladite chute aurait été facile à prévenir (du moins en théorie) et n’aurait donc pas pu être présentée au tribunal comme inéluctable (genre "éliminons le triumvirat de clones et exit la chute"). Toutefois, les épisodes suivants se sont employés à faire subliminalement porter l’essentiel (mais pas forcément l’intégralité) de la charge causale sur le clonage et ses conséquences immobilistes, y compris récemment par la voix du luminisme... prenant de facto le contrepied des causalités multiples voire infinies si chères à Asimov.
Toujours est-il que même si l’on part du postulat que "Hari Seldon a toujours raison" (ce qui au passage n’est pas contractuellement établi dans les romans et donc peut-être pas davantage dans la série), il ne faut jamais perdre de vue que les anticipations de la psychohistoire sont d’ordre probabilistes (exactement comme l’amplitude de probabilité en mécanique quantique que pourtant nul scientifique ne conteste aujourd’hui et qui trouve déjà des champs d’applications concrètes).
Or lorsque Seldon établit un lien (quoique pas forcément exclusif) entre l’invariance de la dynastie génétique et la chute, celui-ci est causal et non modal. Cela signifie que ce n’est pas forcément le seul état d’invariance qui provoquera ladite chute, mais tout ce qui préside à l’existence de cet état. En d’autres termes, le système qui s’est construit autour de la dynastie génétique, les moyens mis en œuvre pour le maintenir en place et réaliser le clonage, mais aussi les aléas techniques et impondérables qui peuvent en résulter, et les nombreuses réactions psychosociologiques notamment de rejet (endogènes et exogènes à l’imperium) contribuent pleinement à la probabilité de chute. Et ce, parce que toutes les conditions et les limites de viabilité d’un état participent aussi de sa cause d’existence. Sans quoi aucun système ne pourrait jamais être tenu comptable de ses effets indésirés et indésirables.
Dès lors, les tropismes qui poussent les luministes à dénier l’humanité du triumvirat génétique, les Anacreoniens à décapiter l’Empire galactique et semer le chaos, Cleon XIII à prendre le contrepied politique de tous ses prédécesseurs au risque de se suicider ou de fragiliser l’imperium, ou encore Cleon XIV à s’évader de sa prison impériale voire à insuffler une révolution... sont tous de parfaites matérialisations probabilistes de l’analyse et des "prédictions" de Hari Seldon. C’est ainsi que l’ordre immobiliste, pour avoir voulu se maintenir au mépris du réel et des lois naturelles, finit par accoucher tôt ou tard de son antithèse la plus extrême et donc la plus destructrice, par une voie ou par une autre, voire par plusieurs en même temps. Trop de contrôle, c’est à dire trop de constructivisme prométhéen, conduit inéluctablement à une perte totale et définitive du contrôle. C’est ça, la chute.
Mais n’anticipons pas...

NOTE HISTOIRE C

(D) Le temps de l’épiphanie ou des doutes dans un huis clos poignant

Avec l’histoire D, l’épisode entre peut-être dans le segment le plus attendu depuis la fin de Foundation 01x02 Preparing To Live (une paie déjà !), à savoir le retour de Hari Seldon, sous une forme ou une autre, pour l’un des pendants majeurs des premiers volumes du cycle littéraire…
Ce serait donc un euphémisme de dire que la charge portée par cet arc est immense, tout comme les craintes… eu égard aux licences, trahisons (apparentes ou réelles) et incohérences nombreuses que les épisodes précédents ont tristement accumulées…
Or contre toute attente, le résultat est bien moins mauvais que tout le laissait craindre. À dire vrai, il est même assez audacieux, quoique imparfait. Et pourtant, le moins que l’on puisse dire est que le scénario danse au bord du précipice… mais sans forcément y tomber (à vérifier néanmoins en fonction de la suite).

Nous retrouvons Gaal Dornick dans son vaisseau de solitude, le Cassandre, exactement au moment où Foundation 01x05 Upon Awakening l’avait laissée. Et c’est bien l’hologramme de Hari Seldon qui était alors apparu. Un super-hologramme en réalité puisqu’il réplique de façon quantique l’entièreté de la conscience ("quantum consciousness protocol" en VO) de Hari, enregistré jusqu’au moment de sa mort. Mais s’il semblait blessé, souffrant et étendu sur le sol, c’est en raison d’un problème de téléchargement neural depuis la dague de Raych (qui l’avait discrètement convoyé dans le caisson emprunté par Gaal durant plus de 30 ans).
Il faudra toute la détermination et la psychologie de Gaal pour que ledit hologramme réussisse tant bien que mal à se stabiliser (comme le problème était davantage cyber-mental que technique). Dornick révélera ensuite à Hari la date, sa présence à bord du vaisseau Cassandre, et le sort de Raych (exécuté par la Fondation), soit autant de chocs pour lui (puisque rien ne s’est passé comme prévu), et provoquant alors une nouvelle crise de souffrance et la disparition de l’hologramme. Finalement, alors que le vaisseau avait soudain désactivé le support de vie, l’hologramme de Hari reviendra dans son corps glorieux, plus vigoureux et en forme que jamais, afin qu’advienne une épique confrontation intellectuelle et morale avec Gaal...

Alors ne faisons pas davantage durer le suspens, ce qui a été envisagé dans ce cycle de critiques depuis le début se confirme une fois pour toute et sans ambiguïté de la bouche du cheval : Hari Seldon a bien planifié son propre assassinat par la main complice de Raych. Mais au contraire de ce que suggérait la vision de Salvor dans Foundation 01x06 Death And The Maiden, ce n’est (heureusement) pas juste pour pouvoir quitter le vaisseau Deliverance en caisson de cryo-sommeil que cet "auto-meurtre" a été commis. Non pas qu’il y ait de contradiction avec le "flaskback" du sixième épisode (l’ultime conversation entre Seldon et Foss), mais simplement ce passage était alors insuffisant pour pleinement saisir les causalités, comme le suggérait d’ailleurs l’impression de nébulosité in media res qui s’en dégageait.
Hari Seldon considérait sa propre mort comme un élément essentiel au succès du Plan, la Fondation ayant selon lui besoin d’une source d’inspiration plus grande qu’un homme, d’un mythe qui perdure le long des siècles. Soit en apparence le worst case scenario possible en comparaison de la source littéraire, puisque la série semble faire du fondateur de la psychohistoire un illuminé, qui pour faire triompher sa cause, n’hésite pas s’approprier les méthodes manipulatoires des pires gourous de sectes, fanatiques religieux, voire djihadistes terroristes.
Sauf que le scénario a l’astuce de largement relativiser, voire renverser cette perspective. Parce qu’en réalité, Hari souffrait de la maladie du Léthé, une pathologie neurodégénérative héritée de son père et qui l’aurait frappé de sénilité à court terme, au risque de totalement discréditer la psychohistoire. Auquel cas, ce choix stratégique peut en effet se défendre et il devient courageux voire sacrificiel : mieux vaut en effet quitter la scène dans la gloire que dans la honte, surtout si l’on a créé une œuvre supposée vous survivre et au sein de laquelle le facteur foi/confiance/espérance rationnelle est déterminant.
Admettons donc que le scénario évite à la fois l’incohérence et la trahison d’Asimov sur ce point précis.
Malgré tout, rien n’obligeait les auteurs à traficoter ainsi la bio littéraire de Seldon, et l’objectif probable était de ménager des effets de manches, de twists, de polémiques, et de buzz que le respect de la source ne permettait pas.
Mais il faut être équitable, c’est là un problème qui dépasse largement cette série de David S Goyer. Ce syndrome est malheureusement récurrent dans presque tous les portages de la littérature vers l’audiovisuel : la nécessité de faire du racolage étant donné les enjeux financiers…

La grande audace de cette histoire D par laquelle se conclut l’épisode est d’avoir composé une véritable joute verbale entre Hari et Gaal. Mais pas à la façon d’un jeu rhétorique. Non, à la manière d’une confrontation maïeutique très violente sur le fond, où aucun contradicteur ne se ménage ni ne s’épargne, à la fois pour régler des ardoises vieilles de 35 ans (par la voie du relativisme spatiotemporel), pour se dire ses quatre vérités, pour attaquer l’autre dans toutes ses failles, pour pousser à l’examen de conscience et à l’auto-critique, pour déstabiliser et finalement pour faire accoucher les esprits de vérités insoupçonnées.
Telle une ordalie, sans pitié, l’un et l’autre vont se déconstruire et s’humilier mutuellement. Une séance jouissive car la plupart des reproches que les spectateurs ont adressé depuis le début de la série aux deux personnages seront exprimés on screen en internaliste. Peut-être s’agit-il à nouveau d’une "lantern", mais auquel cas l’une des plus élaborées du genre, car les "qualités" respectives de deus ex machina et de Mary Sue de Hari et de Gaal seront pas mal égratignées, l’un et l’autre en ressortant moins infaillibles.
De plus, ce duel d’esprits où tous les coups déconstructifs sont permis est une autre façon (et non des moindres !) de renouer avec Asimov qui affectionnait tant l’art éristique dans ses nouvelles et romans.
Ainsi, Dornick va ainsi attaquer toutes les prétentions de Seldon, l’accusant d’arrogance, de mythomanie, de mégalomanie, de complexe de Dieu, de gouroutisation, de fanatisme religieux, de manipulation, d’hypocrisie, d’incompétence, de manipulation (en ayant imposé à Raych un choix impossible l’ayant conduit à la mort), et de lâcheté (en ayant manœuvré dans le pilote de la série pour que Cleon XII l’exile au lieu de le condamner à mort... car Hari avait encore la "faiblesse" de vouloir vivre un peu).
Puis c’est au tout de Seldon de totalement déstabiliser Dornick, la mettre à nu, et faire accoucher dans la douleur son esprit des vérités qu’elle se cache à elle-même. Ce qui va conduire à une épiphanie. En l’obligeant à revisiter mentalement des éléments déterminants de son passé et en lui imposant un douloureux martellement circulaire (telle la prescience de la chute du Star Bridge de Trantor, son réveil durant le Jump en FTL, les exhortation de Jerryl à se découvrir elle-même avant qu’un autre le fasse...), Dornick va soudain prendre conscience qu’elle possède un pouvoir de précognition à court terme, consistant à pressentir les catastrophes à quelques secondes d’avance !
Pas de quoi concurrencer la psychohistoire en matière de largeur de scope. Et du fait des indices que Gaal convoque, il serait également possible de conclure comme chez Salvor à une forme de télépathie (et non de précog)...
La mise en scène sera au sommet durant toute cette séquence. Il y aura quelque chose d’ineffable à assister à ce bras de fer cérébral en huis clos et pourtant sous les auspices cosmiques d’une étoile noire auréolée de son disque d’accrétion. Et les flashbacks de Gaal se déploieront telle une porte béante vers le subconscient, un autre trou noir.

Les explications fournies par Seldon sous le feu nourri des contre-arguments de Gaal sont globalement satisfaisantes en internaliste, à l’exception notoire du choix de Raych qui demeure toujours aussi absurde, et qui curieusement est le seul point qui n’a pas été explicitement questionné par les deux contradicteurs durant leur longue séance maïeutique (ce qui suggère qu’il s’agit bien d’une incohérence du script que les auteurs tentent d’escamoter).
Pour mémoire, le comportement du fils adoptif de Hari fut totalement incohérent. Pourquoi faire partir Gaal à sa place dans le caisson, alors qu’icelle n’était pas à l’origine suspecte du meurtre de Seldon (et ne l’aurait jamais été si Foss s’était enfui comme prévu), ni consentante pour quitter l’univers durant trente ans, ni briefée sur la mission qui l’attendait sur le vaisseau Cassandre ?! Du coup, en restant à bord du Deliverance, Raych a été stérilement condamné à mort sans pouvoir accomplir la mission que Hari lui a confié (et visiblement pour laquelle il est mort). Et si l’objectif de Foss consistait à ne surtout pas être séparé de sa bien-aimée Gaal (puisque c’est la principale raison qui risquait de compromettre sa motivation à accomplir la mission prévue d’après le dialogue), alors il aura doublement raté son coup. Car en envoyant inexplicablement Dornick à sa place dans le caisson, il a de toute façon été séparé d’elle, pour l’être ensuite encore davantage par voix d’exécution pour meurtre. Si sa priorité avait vraiment été de ne pas être séparée de Gaal, Foss n’aurait jamais dû accepter d’assassiner Seldon en premier lieu. Mais à partir du moment où il est passé à l’acte, il l’aura tragiquement aggravé (voire frappé d’inanité) en faisant le choix le plus contreproductif et le plus absurde possible pour tout le monde (les objectifs supérieurs, Hari, Gaal, et lui-même).
Et pourtant, il aurait été si simple pour les scénaristes de résoudre cette l’incohérence... en assumant simplement en internaliste l’absurdité du comportement de Raych ! À savoir qu’il aurait tout foiré car l’erreur est humaine, mais surtout qu’il aurait perdu ponctuellement la tête après le meurtre que Seldon l’a obligé à perpétrer et devant le regard d’une témoin imprévue, et non la moindre : sa bien-aimée Gaal ! Cette assomption aurait permis d’incriminer Seldon pour avoir entrainé Foss dans une action moralement intenable pour lui, induisant un comportement irrationnel lourd de conséquences (tout le monde n’étant pas capable d’assassiner et d’en ressortir mentalement indemne). Somme toute, Hari aurait sacrifié "l’âme" de son fils à ses projets, mais ce cynisme se serait retourné contre lui. Avec pour bénéfice narratif de mieux souligner la faillibilité de Hari Seldon, afin de réaffirmer sa qualité de personnage réaliste de SF et non de "puppet master" de fantasy.
Malheureusement, la série n’a rien assumé de tel on screen, du moins pas ouvertement (quoique certains "anathèmes" de Gaal commençaient à prendre cette direction...), alors que justement ce brainstorming introspectif au cœur de l’histoire D s’y serait prêter mieux que jamais. Une grande occasion ratée donc, à fortiori pour un segment prétendument résolutif. Très dommage et valant à l’histoire D de perdre au moins une étoile (dans un barème sur cinq).
Précisons cependant qu’il ne serait pas équitable de faire porter sur cette seule histoire D du septième épisode (ou d’éventuels suivants) la charge du comportement inexplicable de Raych à la fin du second (et ayant déjà fait l’objet de griefs exprimés dans les critiques précédentes). En fait, Foundation 01x07 Mysteries And Martyrs se contente simplement de confirmer une incohérence de Foundation 01x02 Preparing To Live.
Est-ce à dire que l’objectif était juste de se payer un gros cliffhanger à la fin du dernier épisode qui fut accessible à la presse en avant-première (via les screeners), et conditionnant à ce titre les appréciations des médias recensés sur les agrégateurs étatsuniens (vu que la plupart des journalistes ne regardent pas les séries TV au-delà) ?
Malgré tout, ce "rattrapage scénaristique" demeure encore possible dans les épisodes suivants...
D’autant plus qu’une autre explication reste encore envisageable, à savoir que Raych aurait secrètement détecté le mentalisme émergent de Gaal (être amants permet de mieux se dévoiler), et il aurait jugé – dans une impulsion sacrificielle – que sa petite amie aurait finalement davantage sa place que lui-même au sein de la Seconde Fondation à bâtir... Si l’on file cette hypothèse, longtemps avant l’exil sur Terminus, Seldon aurait programmé le Cassandre pour n’obéir qu’à son futur hologramme et à Foss, mais il n’était plus possible de modifier ce paramétrage à distance à travers l’hyperespace depuis le Deliverance (les deux vaisseaux étant très loin l’un de l’autre puisqu’il a fallu plus de 30 ans à la capsule de cryo-sommeil pour faire la liaison). Mais aussi risquée et non-préméditée que fût cette décision, elle n’aurait pas été totalement irresponsable, puisque Raych a tout de même veillé à envoyer avec Gaal l’hologramme de Seldon, appelé à prendre le contrôle du Cassandre et éclairer Dornick sur la mission...

L’histoire D possède en outre quelques faiblesses potentielles :
- Alors que Gaal en a bavé de ne pas disposer des codes de sécurité du Cassandre, pourquoi ne les a-t-elle pas de demandés à l’hologramme de Hari dès qu’elle a établi un vrai dialogue avec lui durant les premières minutes de leur rencontre ?
- Pourquoi la disparition de l’hologramme de Seldon s’est-elle soldée par la désactivation soudaine des systèmes de survie du vaisseau Cassandre (au point que Gaal a failli suffoquer et trépasser) ? Alors que cet hologramme n’était qu’une pièce rapportée et le vaisseau parfaitement habitable avant son activation.
- Dans cet examen de conscience collectif, il est un angle mort qui n’a pas été évoqué : l’irresponsabilité ou la vanité d’avoir fait reposer la psychohistoire sur seulement trois VIP (Seldon, Foss, et Dornick)... Pour chacune des deux Fondations, les postes auraient dû être doublés ou triplés. Certes, il existe peut-être une attrition des compétences au regard de la complexité de la discipline scientifique, mais il aurait été alors heureux que cet élitisme rationnel ne puisse jamais être amalgamé dans les dialogues à une électivité messianique, tant ce tropisme est dominant aujourd’hui en imaginaire. Faut-il rappeler que chez Asimov, le Plan Seldon reposait sur l’hypothèse selon laquelle aucun individu ne pourrait avoir un effet mesurable sur les tendances historiques et sociales de la galaxie ?
- Il est en soi appréciable que chacun reconnaisse ses torts, mais ce serait encore mieux si cela induisait une métanoïa et une réelle évolution... Or à ce stade, rien n’est moins sûr...
- Le système de copie de conscience quantique dont a bénéficié Hari Seldon est une forme d’immortalité, soit le rêve même du transhumanisme. Du coup, il est curieux qu’une pareille révolution copernicienne n’apparaisse dans la série qu’incidemment, presque par la bande, et ne soit pas rétroactivement devenu un élément central et cyberpunk de l’Empire galactique, y compris peut-être au sein de la dynastie impériale.
- À l’inverse, si ce procédé de "copie de conscience" est une invention ou une propriété exclusive de Seldon, il y aurait une parenté de démarche avec l’empereur Cleon Ier dans la volonté d’exister éternellement, quoique par un autre moyen (holographie vs. clonage). Auquel cas, cela frapperait d’une relative mauvaise foi les reproches que Hari avait adressés il y a 35 ans à la dynastie génétique...

"By the way", Seldon confirme que le vaisseau Cassandre dispose naturellement de boucliers (notamment pour le protéger du champ d’astéroïdes durant l’approche vers Helicon). Cela signifie que le cuirassé impérial commandé par Dorwin, plus récent de 35 ans, disposait a fortiori lui aussi de boucliers, et il aurait donc dû préventivement les activer lors du survol de Terminus assiégée dans Foundation 01x05 Upon Awakening (ce qui aurait probablement évité une destruction infamante et aux conséquences potentiellement apocalyptiques).

En fin de compte, voici la principale question qui hante tous les esprits : en venant assumer explicitement (au demeurant avec un vrai sens de la continuité) ce que la série avait suggéré à plusieurs reprises depuis son pilote, à savoir que Gaal avait des aptitudes psy voire des "super-pouvoirs", est-ce que Foundation 01x07 Mysteries And Martyrs trahit vraiment Isaac Asimov ?
Eh bien, contrairement à ce que l’on pourrait intuitivement penser, ce n’est pas forcément le cas. L’initiative pourrait même être relativement asimovienne. Car tout dépend de la nature desdits "pouvoirs", selon qu’ils reposent sur des principes scientifiques compatibles avec la SF ou... sur un électivité magique de fantasy influencée par des décennies de productions Marvel et DC.
Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est qu’il existe dans l’univers d’Isaac Asimov diverses aptitudes paranormales issues de mutations, à l’exemple du Mulet ou du Premier Orateur... Le mentalisme occupe en réalité une place déterminante dans le cycle littéraire de Foundation, et c’est sur des capacités psychiques comme la télépathie que fut justement bâtie la Seconde Fondation. Or c’est très probablement cette dernière que Raych devait partir fonder dans la série (avant que Gaal ne le remplace malgré elle) aux côtés de l’hologramme de Seldon sur le vaisseau Cassandre.
Alors certes, "l’éveil" parapsychique de Gaal a de quoi laisser un peu perplexe, a fortiori s’il s’agit de précognition et non de télépathie... mais comme la série redistribue les rôles et les causalités, why not ?

NOTE HISTOIRE D

Conclusion

Le manque crasse de rigueur de l’histoire A qui s’abime dans le Jackass, épisode après épisode, finit par éclabousser durement l’ensemble de la série, du moins si on la réduit à son maillon invariablement le plus faible. Mais que l’on réussisse ou non, par une gymnastique mentale, à faire fi de la masse critique d’incohérences et de facilités de l’arc terminusien, les trois autres arcs de cet épisode offrent dans tous les cas un contenu SF honorable voire conséquent, parfois lié à Asimov à un niveau quantique, mais cependant affligé de divers défauts qu’il est impossible d’ignorer.
Les histoires B et D sont porteuses d’audaces par leur force éristique bien écrite, mais elles restent plombées par des failles que le "work in progress" des épisodes suivants viendra peut-être confirmer ou atténuer...
Quant à l’histoire C, c’est presque un sans-faute sur le fond, mais quelques facilités de narration gâchent un peu la fresque.
Entre l’attaque dévastatrice que prépare Phara dans les confins (A), le choc des Titans entre Cleon XIII et Zephyr Halima (B), et Cleon XIV prêt à tout plaquer ou tout casser (C)… la respiration de Brahmā n’est plus très loin de se faire sentir…

Outre les fâcheuses dérives anti-asimoviennes (religieuses, messianiques, électives, super-héroïques, et fantasy) qu’il n’est pas nécessaire de marteler une nouvelle fois dans cette conclusion, il apparait finalement que les showrunners ont pris le parti de dramatiser la chute de l’Empire dans le temps polynomial restreint de la série en organisant le procès de la seule succession génétique. Procès du mécanisme même de succession génétique avec son corollaire d’immobilisme (par Hari Seldon) ; procès du clonage en soi comme privatif d’âme (selon le luminisme) ; procès de la prison rituelle dans laquelle le triumvirat impérial est enfermé ; procès des crimes inexpiables de Cleon XII (pour se maintenir par la terreur mais en exposant Trantor à un boomerang génocidaire) ; procès des gages désespérés de Cleon XIII (pour tenter de faire mentir les prédictions de Hari Seldon et les anathèmes vitalistes de la nouvelle "papesse" Halima) ; procès par la souffrance solitaire de Cleon XIV dont la conscience individualiste croissante conduit à remettre en question le sacrifice de l’homme à la fonction.
En lui-même, ce parti pris est audacieux au titre de version SF du Rameau d’or de James George Frazer (1890) et de La Violence et le sacré de René Girard (1972).
Mais rapporté à l’œuvre littéraire inspiratrice, cela consiste en fait à introduire un élément qui n’existait pas afin d’en faire la seule cause de la chute. Soit un bouc émissaire passe-partout et un alibi factice de substitution pour escamoter le vaste champ de causalités asimovien, quant à lui non porté à l’écran.
En somme, la série complique artificiellement les choses pour escamoter la complexité réelle du matériau originel, qui du coup est paupérisé voire ignoré en profondeur, à défaut d’être ouvertement trahi. Le fil rouge fait alors l’effet d’être un homme de paille ou un changeling du cycle littéraire.
En d’autres termes, même si ce n’est jamais verbalisé on screen, on substitue implicitement à des causalités infinies une causalité unique, ou du moins une causalité principale, pour simplifier et rendre accessible... comme le font la plupart des blockbusters...
Nul doute que s’il y avait bel et bien une grande difficulté à penser et préserver Asimov en migrant d’un paradigme d’expression à un autre, il y avait certainement aussi une incompatibilité avec la doxa hollywoodienne contemporaine, parasitée tant pas divers enjeux idéologiques que par les dialectiques du MCU et de DC qui, décidément, subornent tout l’imaginaire, y compris les monstres les plus sacrés de la Hard SF.
À croire que pour les normes audiovisuelles contemporaines, Asimov réussit "l’exploit" à la fois de ne pas suffire et d’être trop encombrant.
Et pour un lecteur/connaisseur du grand Isaac, la série Foundation est une perpétuelle douche écossaise à effet cumulatif...

Autant dire que certains spectateurs stopperont le visionnage à la fin de cet épisode, s’ils ne l’ont pas déjà fait à la fin du précédent, plus démotivant encore.
Pourtant, comparativement à nombre de séries de SF produites aujourd’hui, la série Fondation n’est pas une coquille totalement vide dont la forme somptueuse tenterait de se faire passer pour un fond 2.0…
Foundation 01x07 Mysteries And Martyrs livre même des réponses témoignant d’un sens de la continuité... Et aussi imparfaites ou prévisibles qu’icelles soient, elles ont tout de même le mérite d’offrir des explications et d’inviter à la réflexion, souvent en mode "méta". Moyennant une relation un peu toxique à Asimov, apparemment foulé aux pieds, mais ne demandant qu’à renaître de ses cendres tel un phénix.
Il en résultera un schisme... selon le degré de tolérance, de résistance, ou de confiance de chacun.

Il serait alors légitime d’accuser David S Goyer de prendre les spectateurs pour des imbéciles : #1 en multipliant les passages scriptés de RPG afin d’imposer en force aux intrigues des check points au mépris de toute vraisemblance causale internaliste ; #2 en ne captant rien à Asimov par un amalgame injurieux du Plan Seldon (l’insignifiance des individus devant l’Histoire) et de la psychohistoire (l’étude scientifique des systèmes et des structures sur le temps long)... avec une "justice league" de "chosen ones" prédestinés à sauver la galaxie ; #3 voire en se livrant à un "concours de b...." sur le terrain du wokisme avec Alex Kurtzman (ce dernier ayant placé dans presque chacune de ses séries #FakeTrek une Mary Sue black et cheatée, du coup son "rival" répliquerait avec deux Mary Sue simultanées dans la sienne) ! Ce qui donnerait une petite idée du "niveau" et de l’horizon des "ambitions" de cette série Fondation, réduite à un porte-nom prestigieux, et simple vitrine des opulents moyens de la Côte Ouest.

Mais à l’inverse, il ne serait pas moins légitime de garder encore espoir (ou du moins l’esprit ouvert), car par des voies détournées, l’ombre d’Asimov continue à se manifester par la lenteur narrative, par les nombreux huis clos, par le souffle éristique (tous les débats discursifs et les confrontations d’idées efficacement écrites), par son sens dialectique (thèses/antithèses), par les perpétuels questionnements existentiels, par la qualité générale d’interprétation (où même les deux Mary Sue conservent une belle sobriété peu affligée de larmes et de pathos), peut-être enfin par une Big Picture – potentiellement asimovienne en esprit – qui commence à s’esquisser autour des possibles dernières heures de l’Empire, et des affleurements du mentalisme, du Mulet, de la Seconde Fondation (quand bien même tous trois en partie redéfinis).

En définitive, malgré les sabotages en règle, malgré la médiocrité des auteurs, c’est un peu comme si le fantôme d’Asimov s’obstinait à venir hanter la série...
Troublant.

NOTE ÉPISODE

NOTE ADAPTATION

YR

ÉPISODE

- Episodes : 1.07
- Titre : Mysteries And Martyrs
- Date de première diffusion : 29 octobre 2021 (Apple TV+)
- Réalisateur : Jennifer Phang
- Scénariste : Caitlin Saunders

BANDE ANNONCE



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