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The Expanse : Review 5.10 Nemesis Games

Date : 05 / 02 / 2021 à 14h30
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Unification


Lorsqu’une saison s’est hissée à un pareil niveau d’homogénéité tant narrative que qualitative, son ultime épisode embrasse fatalement le plus large spectre polysémique possible. Ainsi tout à la fois, The Expanse 05x10 Nemesis Game est le bouquet final et le point d’orgue d’une épopée sociale et spatiale chorale ; il culmine par l’apex d’une tension méthodiquement capitalisée dans chaque épisode précédent ; il vient ponctuer avec force harmonie un passionnant film de neuf heures pour lui donner du sens (c’est-à-dire encore davantage...) ; il annonce – sialogène – la saison suivante et plante une révolution copernicienne de nouveaux enjeux ; et il emphatise les rhèmes des neufs épisodes précédents, se perchant sur les frontières de l’impermanence pour devenir une ligne de fracture et un point de bascule, donc à la fois une fin et un commencement.

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Depuis The Expanse 05x06 Tribes, deux fils rouges scotchaient proprement le spectateur devant son écran à chaque épisode. D’une part Naomi, martyre de Charybde en Scylla, préférant le suicide au viol, mais capable de soulever des montagnes pour sauver la vie d’autrui jusqu’à son dernier souffle. D’autre part, Camina, condamnée à un pacte avec le diable pour sauver ses équipages, mais mourant davantage intérieurement à chaque épisode. La tension existentielle montait inéluctablement dans chaque épisode, à tel point que The Expanse 05x09 Winnipesaukee était paroxystiquement suffoquant (au propre comme au figuré), presque intenable. Il allait de soi que l’éclosion, ou plus exactement la "réaction matière-antimatière" allait échoir à The Expanse 05x10 Nemesis Games. Et le moins que l’on puisse dire est que l’assouvissement tant expecté ne déçoit pas, le spectacle flirtant même avec un combat chtonien de Titans (mais heureusement sans superpouvoirs) qui décidera de l’avenir...

Tandis que la toujours fulgurante Monica finit par prouver que le Zmeya avait discrètement réussi à évacuer la protomocélule avant d’exploser (chargé dans une torpille ayant fait mine de louper le Roci), Holden et Bull comprenant relativement vite qu’à vouloir se porter à la rescousse du Chetzemoka, ils sont tombés dans la nasse tendue par Marco au moyen d’une frégate lourde (Serrio Mal), d’un contre-torpilleur (Koto), et de trois remorqueurs armés (la flottille de Drummer). Ayant épuisé leur carburant pour faire demi-tour, parfaitement conscients du complet déséquilibre de forces, devinant par association que le Chetzemoka est également un piège… l’équipage du Rocinante décide sans trop d’hésitation à se sacrifier pour faire un maximum de dégâts, soit une diversion destinée à laisser au Razorback suffisamment de latitude pour tenter de sauver Naomi.
À partir de ce point, il devient évident que Camina va "retourner sa veste", ou plus exactement s’émanciper de la trahison dans laquelle elle s’était enferrée par "devoir familial". La seule question qui subsiste : comment et quand ? Ses liens avec Noami et même Holden, noués dans le front d’infortune des précédentes saisons, étaient trop forts pour couvrir d’une passive criminalité cet assassinat décomplexé. Mais aussi redoutable qu’à son habitude, nul ne l’a vue venir (pas même les spectateurs aux aguets) lorsqu’elle mit en joue en une fraction de seconde la "commissaire politique" Karal avec la propre arme de cette dernière (Drummer ayant été antérieurement "désarmée" par sa propre XO)... avant que Michio ne lui inflige le coup de grâce ! Hormis quelques velléité d’opposition (Josep), la loyauté de son équipage historique sera suffisante pour qu’elle reprenne pleinement le contrôle de ses trois vaisseaux (Mowteng, Dewalt, et Tynan) et fasse feu sur les deux croiseurs "transfuges" (Koto et Serrio Mal) de la MCRN.
Comme nombre d’épisodes précédents, mais à présent dans une version XXXL, The Expanse 05x10 Nemesis Games éblouira par des combats spatiaux d’un réalisme proprement estomaquant, sur plusieurs fronts à la fois, faisant littéralement vivre au spectateur dans ses tripes l’expérience de ces équipage soumis aux forces d’inerties écrasantes du "high G burn" de l’Epstein Drive.
Autant dire que le rapport de forces a été inversé. Holden et son équipage survivent grâce à Drummer… qui aurait cessé d’être une "guerrière crypto-klingonne" s’il en avait été autrement. Le sacrifice et la résignation du Roci devant la mort furent l’électrochoc et la catharsis nécessaire pour "réveiller" et "dégriser" Camina, la sortir de son atonie ou aboulie face à l’insoluble dilemme qui opposait son intégrité morale à la survie des siens.
Mais dans les univers réalistes, aucun Rubicon ne se franchit gratuitement. Le prix à payer sera : l’assassinat sadique de Serge par Inaros en représailles (un vrai moment d’effroi), la mise en danger extrême de toute la flottille Drummer (on connait le sort des factions de l’OPA qui ne suivent pas Marco), et finalement la pesante désapprobation et le schisme d’une partie significative de sa famille (Bertold, Josep...) y compris son ankawala Oksana qui décident de partir sur le Mowteng…
Gageons que dans la sixième saison, Camina et ses fidèles les plus loyaux n’auront d’autre choix que de s’allier au Rocinante dans sa lutte contre Inaros...

En parallèle, devant l’arrivée inéluctable du Screaming Firehawk (Alex ayant poussé à fond son Epstein Drive pour atteindre au plus vite le Chetzemoka) et l’issue funeste qui en résultera, jamais à cours de créativité aux confins de sa résilience, repoussant toujours davantage ses limites, Nagata trouve le moyen de faire fuiter toute l’oxygène de l’habitacle pour altérer (principe d’action-réaction) la trajectoire du vaisseau-piège (lui faisant ainsi accomplir des cercles dans l’espace), compliquant ainsi beaucoup l’approche et l’amarrage du Razorback. Puis, se condamnant elle-même à très brève échéance, elle s’éjecte une nouvelle fois dans le vide, avec une combinaison cette fois mais non alimentée en oxygène (celle-là même dont elle se servait dans les épisodes précédents pour accéder au compartiment non pressurisé du Chetzemoka afin de corriger le faux message de détresse).
Et alors, tout en perdant progressivement conscience, elle répétera désespérément en boucle des gestes Belter (une sorte de code sémaphore) pour avertir de l’explosion en cas d’approche… Soit une démonstration de plus de sa volonté chevillée au corps de protéger la vie, coûte que coûte jusqu’au bout du possible, symbolisant toute l’abnégation de Naomi... au travers d’une mise en scène relativiste où la championne du "survival" est comme "avalée" par un cosmos animiste.
Via les détecteurs du Razorback, Bobbie repérera non sans mal ce point infime dans l’espace et Alex réussira à déchiffrer les gestes… in extremis.
Pour Nagata, résignée à expirer, le sauvetage inespéré tiendra du rêve éveillé. Toujours auréolée d’une réalisation virtuose et d’une interprétation bluffante de Dominique Tipper, adoptant la perspective d’une caméra fixe (comme l’avait parfois fait BSG 2003 ou façon GoPro) qui ne lâchera jamais le visage de Naomi dans sa combinaison, le spectateur vivra par la seule entremise de ses expressions faciales une expérience à la frontière de la NDE (expérience de mort imminente) ! Nagata ressentira d’abord – mais sans pouvoir la discerner – comme une présence bienveillante se penchant sur elle, puis une voix brisera sa solitude spatiale et lui apportera le souffle de la vie... telle une apparition angélique. En réalité, Roberta connectera son réservoir d’oxygène à la combinaison de Naomi. Mais par un puissant effet de subjectivation, jamais un sauvetage aura pris une dimension aussi métaphysique et organique à la fois.

S’ensuivra un grand moment allégorique lorsque le Rocinante et le Razorback établiront une passerelle pour voguer dorénavant de conserve... tandis que se rejoignent enfin Holden et Naomi. Et à la demande de cette dernière, Bull lancera une torpille pour détruire par prophylaxie le Chetzemoka miné, dont l’autodafé sera symboliquement aussi celui de la vie passée de Nagata.
Rarement un destin personnel aura aussi bien emblématisé la grande Histoire dans le timeframe d’une saison entière.

Le trépas brutal d’Alex Kamal – peut-être le personnage le plus attachant et touchant de la série – fait l’effet d’un scud… ayant littéralement cueilli les spectateurs !
Pourtant, il ne pourrait pas exister de plus intrépide parti pris, anti-épique et anti-grandiloquent, mais si réaliste au regard du contexte Hard-SF. Ainsi, l’épisode final vient une nouvelle fois rappeler, exactement comme The Expanse 05x04 Gaugamela auparavant, qu’aucun personnage ne dispose d’un character shield (ou plot armor). Nul n’est immunisé, la mort est partout, surtout dans l’espace... qui reste le plus inhospitalier des environnements, aussi fascinant que létal.
Or dès lors que le voyage spatial n’a pas réussi à éliminer l’inertie (au contraire de la plupart des hypothèses FTL de la SF moins hard), une exposition chronique à des accélérations culminant à 15 G (Epstein Drive) fait encourir aux pilotes de tragiques AVC... dont la mort ne représente d’ailleurs pas forcément la pire des issues.
Mais plutôt que d’offrir à ce personnage "fan favorite" un grand sacrifice pompeux et héroïque, l’épisode a osé briser les codes à l’instar du Sgt John M Stryker (une balle perdue) dans Sands Of Iwo Jima d’Allan Dwan (1949)... et même de James T Kirk dans ST Generations.
La mise en scène elle-même aura renforcé cette audace par une articulation dark and gritty, brute et rough, sans filet ni amortisseurs, caractérisée par une absence complète de "liant". Le spectateur est ainsi confronté sans le moindre ménagement à l’horreur d’une scène à laquelle rien ne l’avait préparé : Alex gît immobile sur le fauteuil de pilotage du Razorback, quelques fines gouttes de sang en suspension autour de lui. Pas un mot, pas une musique, par une larme. C’est fini. Wow !
Puis s’ensuit une ellipse qui épargne les réactions immédiates des autres protagonistes (en particulier Bobbie) pour directement se projeter dans le jour d’après...
Ainsi, exit tout pathos, fi du mélo. Le choc pour le spectateur n’en est que plus violent, la fin que plus poignante. Car celui-ci se retrouve pour ainsi dire complètement seul pour accuser le coup et/ou "pleurer". Cela renforce en outre le relativisme contextuel : un drame banal au sein de cette réalité futuriste et à l’échelle de la froideur du cosmos.
Pareille disruption scénique avait déjà été employée dans The Expanse 01x04 CQB lors de la mort très gore de l’inoubliable Shed Garvey (la tête arrachée pas un projectile ayant transpercé le croiseur martien Donnager)... et plus généralement lors de tous les autres décès (Klaes Ashford, Fred Johnson, Cyn, Karal, Serge…). Un exercice de style naturaliste inscrit dans l’ADN même de la série. Chaque fois, The Expanse a su figurer "l’office" de la grande faucheuse avec une telle soudaineté et une telle implacabilité que c’est à peine si le spectateur comprenait ce qu’il advenait (au fond comme la victime elle-même). Tout en obviant ensuite aux exhibitions émotionnelles à vocation anxiolytique (ou manipulatoire). Renforçant l’isolement de chacun face à sa propre mortalité. L’horreur se mesure surtout par les impacts et les répercussions introspectives dans la durée (injustice, douleur, colère, mémoire, choix…), à l’exemple de Naomi qui émerge à peine de l’enfer pour se culpabiliser d’avoir indirectement causé la mort d’Alex (il est en effet possible qu’il n’eût pas été frappé d’un AVC si elle n’était pas partie à la recherche de Filip en début de cinquième saison).
Soit un procédé anti-intuitif et provocateur quelque peu comparable à la chanson enjouée Singin’ In The Rain qui "accompagne" le viol collectif dans A Clockwork Orange de Stanley Kubrick.
Il en ressort que l’absence d’Alex durant la fin de l’épisode n’en est que plus palpable et plus traumatique, par les non-dits, par les regards, par l’impuissance. À l’instar de cette fin de ST Nemesis (la mort de Data) ayant tellement frustré les trekkers mais si courageuse par sa capacité à faire ressentir viscéralement le poids du deuil. Il faudra du temps aux personnages (y compris Amos et Roberta qui exhibent si peu leurs émotions) pour entériner les conséquences de la disparition d’Alex, tâche qui incombera sans nul doute (mais par petites touches) à la saison suivante...
Trop d’œuvres audiovisuelles galvaudent les sujets tragiques par un excès d’exposition opératique et d’encadrements émotionnels. Mais à l’inverse, tout ce qu’un opus ne traduit pas en opéra sur fond de sanglots longs violoneux, c’est le spectateur qui l’endure au centuple tant il l’éprouve alors dans l’intime (comme IRL).

Bien entendu, ce sont les accusations de harcèlement sexuel formulées par des fans féminines à l’encontre de l’interprète Cas Anvar qui sont à l’origine de son éviction du show. Il ne pouvait donc qu’être viré par les studios à l’ère post-#MeToo où – malgré l’alibi d’une "enquête interne" – la présomption de culpabilité règne en maître...
Mais il n’en demeure pas moins que cet imprévu externaliste aura conduit Shankar à un ajustement narratif qui s’est traduit en internaliste – contre toute attente – par une bonification de la source littéraire !
En effet, dans le cinquième bouquin, le sauvetage de Naomi connaissait une fin de heureuse. Tandis qu’ici, il aura eu un véritable coût. Il sera payé par l’impôt du sang, faisant gagner la conclusion en vérité et en pesanteur : une vie ... contre une autre vie (du main cast). C’est d’ailleurs une volonté totalement assumée par Naren Shankar selon une interview récente. Tellement plus fort et plus cohérent que si Alex n’était pas mort et si la saison s’était achevée par un happy end hollywoodien.
De surcroît, Alex meurt dans cet épisode exactement de la façon dont Fred décèdera dans le sixième opus romanesque. Or dans la mesure où ce dernier avait déjà été tué au début de la cinquième saison de la série, mais différemment (quoique de façon non moins brutale), faire connaître le même sort (un AVC pour cause d’excès de G) à un des autres protagonistes est une façon de mieux respecter le cycle littéraire en ne privant pas son adaptation audiovisuelle de l’exposition de la principale cause de mortalité attachée aux voyages spatiaux dans la société de The Expanse.
Enfin, il appert une ironie antisymétrique et un contraste stupéfiant entre d’une part la "mort lente" de Naomi qui s’est étendue sur la moitié de la saison (mais dont elle a fini par triompher), et d’autre part la "mort éclair" d’Alex (qui ne lui a laissé aucune chance). Soit le creuset des meilleures tragédies forgées dans l’iniquité de la vie.
Dès lors, pour qui ne s’intéresse guère aux coulisses "people", l’initiative fait vraiment l’effet d’avoir été pensée par les auteurs dès l’origine du développement de la saison 5 et pour le seul bénéfice de sa construction diégétique, ne réduisant en rien son unité et son degré d’intrication.
Congratulations donc à Naren Shankar pour avoir réussi à intégrer dans l’in-universe cet imprévu avec grâce et cohérence rétrospective. Transformer les contraintes en force, les imprévus en partis pris, c’est bien la marque des grands showrunners. Tout l’art est de cacher l’art.

Par-delà le vide béant et la profonde douleur intériorisée dans le sillage de la disparition d’Alex (et en dépit des honneurs militaires qu’il recevra hors-champ), les retrouvailles sur Luna entre les protagonistes (Jim, Naomi, Amos, Bobbie, Chrisjen…) sont un épitomé de la sobriété et de la pudeur émotionnelles – proprement bermaniennes – que cultive The Expanse. Naren Shankar est décidément allé à bonne école...
Ce moment est supposé être la puissante gratification pour une saison entière de quête entre les ruines et les cadavres d’un monde en perdition, où tout a cessé d’être simple, où tout est devenu insurmontable. C’est également, après toutes ses épreuves insondables, un acte de baptême pour Nagata, la prise de conscience de sa pleine appartenance à la famille du Roci (ce qui jamais ne fut le cas auparavant)…
Et pourtant, à aucun moment, la série se s’abandonne à l’onanisme – et encore moins à la pornographie – émotionnel(le)… Tout est juste, fin, et contenu.
Par exemple, l’écoute tardive du message d’adieu à Holden que Naomi avait enregistré lors de son départ à la recherche de Filip se révèle une sublimation du commun, à la fois un message de polyamour collectif (non loin du "mariage de groupe" à huit parents dont est issu Jim) et l’apprentissage du détachement, de l’altruisme, de la non-exclusivité.
De même, la vaillante Hutch a survécu, et Erich décide de se séparer d’Amos pour poursuivre en solitaire son nouveau chemin dans l’espace. Ni trahison, ni vénalité ne viennent assombrir ses retrouvailles d’entraides, même la mafia terrienne semble plus civilisée au 24ème siècle.
Amos installe en loucedé la clandestine Clarissa Mao sur le Rocinante… devant Jim sidéré. Mais ce dernier n’objecte pas, alors qu’elle est légalement une meurtrière, et que dans la saison 3, elle n’avait de cesse de vouloir le compromettre et l’assassiner avec tout son équipage. Oui, mais les ennemis d’hier peuvent devenir les amis d’aujourd’hui…
Imperceptiblement, la vie reprend petit à petit ses droits, puisque Bull est visiblement appelé à "remplacer" Alex... occupant déjà son fauteuil sur le Roci et utilisant sa tasse fétiche. La future confrontation entre ce très rigide et légaliste Inner (raciste envers les Belters comme en ont témoigné ses pittoresques "skinny hunting party" en VO ou "chasser le squelette" en VF) avec Peaches (meurtrière condamnée à perpétuité et désormais fugitive) s’annonce d’ores et déjà piquante (voire homérique)...
Quant à la secrétaire générale Avasarala, elle réplique au massacre de millions de ses compatriotes par l’équanimité et l’équité (« nous ne sommes pas en guerre avec les Belters mais uniquement avec Inaros » déclarera-t-elle dans les médias), et elle célèbre le brassage et la mixité de l’équipage du Rocinante comme emblème d’une commune humanité en partage. Vainquant un siècle de préjugés, après avoir gratifié Bobbie de son titre de sergent (que pour une fois elle ne dénie pas au regard des affronts endurés dans les saisons précédentes), et en dépit de sa qualité de martienne, Chrisjen la fait même participer aux réunions opérationnelles de son état-major terrien... qui pourrait presque passer – le temps d’une scène – pour le QG de Starfleet (du moins dans les productions antérieures à 2009).
C’est une fragrance toute trekkienne qui s’invite donc par la grande porte. Une sensation de profonde maturité irrigue tous ces scènes conclusives sur Luna, celle d’une humanité qui a dépassé les revendications, les névroses, les complexes et les blocages contemporains. Mais qui, pourtant, n’a pas accouché d’un monde structurellement meilleur tant l’évolution a été assortie de nouveaux défis et de nouveaux préjudices, quand bien même différents. Progrès et circularité, marchant la main dans la main.

Mais dans The Expanse, ce qui prend l’apparence d’un happy end ne l’est jamais vraiment...
Car après la péroraison teintée d’idéalisme, vient l’épilogue désenchanté qui remet en perspective tout ce que la saison 5 a montré (une fin) tout en énonçant déjà les enjeux radicalement nouveaux de la saison 6 (un commencement)...

Une importante flotte de la MCRN trahit Mars et déserte. Puis, aux côtés de la Free Navy, elle prend d’assaut le Sol Ring en détruisant sans difficulté et sans scrupules (notamment par le bombardement d’une pluie de micrométéorites furtives) tous les systèmes de défense Inners, en particulier les puissants vaisseaux UNN Tripoli et UNN Montenegro ! Inaros s’empare alors de la station Medina (l’ex-navire générationnel Nauvoo des Mormons) au cœur de la slow zone. Ce basculement historique sera nommé le "Battle For The Sol Gate".
Un échange depuis le Barkeith avec l’amiral Sauveterre (qui était encore capitaine lorsqu’il avait dirigé un inoubliable cours magistral de sciences, de droit et d’Histoire sur Mars dans The Expanse 05x02 Churn) met en lumière une collusion – vivement suggérée en réalité depuis The Expanse 04x04 Retrograde – de Marco avec une faction séditieuse de la MCRN conduite par l’amiral Winston Duarte (un patronyme ayant sévèrement marqué les lecteurs du cycle de James SA Corey) et donc l’objectif était de passer en force le Ring network pour s’exiler sur une lointaine exoplanète au fin fond de la galaxie.
En contrepartie de la protomolécule et du savant Paolo Cortázar livrés à Duarte, Inaros hérite d’une partie significative de la puissance de frappe martienne et s’empare ni plus ni moins du Sol Ring (concrétisant ainsi son discours politique de The Expanse 05x04 Gaugamela) !
Tandis que ces Martiens dissidents quittent le système solaire pour exporter et reconstruire le "rêve martien" – celui du conséquentialisme totalitaire davantage encore que celui du terraforming – sur l’exoplanète Laconia avant de verrouiller derrière eux l’Anneau afférent par un champ de mine. Cette destination n’a manifestement pas été choisie par hasard car le site abrite un ou plusieurs vaisseau(x) extraterrestre(s) laissé(s) à l’abandon par les Ring Builders (en VO ou Constructeurs en VF) et dont les secrets ne demandent qu’à être percés par Cortázar...
Via quelques brillantes lignes de dialogue, l’amiral Sauveterre réaffirmera à la lieutenante Babbage (qui avait dragué sur commande Alex au début de la saison 5) les fondements de la doctrine néo-spartiate présidant au projet de société martien – et a fortiori laconien – s’exprimant par une optimisation chirurgicale des ressources aussi bien matérielles qu’humaines, telle une fourmilière synergique au service d’un vaste constructivisme – dont le principe actif n’aurait été reniée ni par le Troisième Reich hier... ni par la République populaire de Chine aujourd’hui.

Mais cette fois, surprise, le transit annulaire en masse à travers le réseau des Anneaux semble engendrer des conséquences... en l’occurence une "perturbation". Et tandis que le Barkeith franchit en dernier le "dioptre" (ou l’horizon des événements) du Laconia Ring, durant l’univers d’un instant (l’image se fige), d’impénétrables "ombres rouges" s’animent soudain et s’agitent ! Serait-ce cette "présence" dans le "space between things" décrite avec effroi par la Dr Elvi Okoye dans The Expanse 04x10 Cibola Burn ? Serait-ce là les entités ayant jadis exterminé tous les Ring Builders comme l’apprit, le sentit mentalement, et l’appréhendait tant Holden durant les saisons 3 et 4 de The Expanse ?
L’angoissante ambiguïté de cette dernière scène pourrait même suggérer que le Barkeith ne réussit pas à traverser indemne l’Anneau de Laconia. Est-il alors moléculairement désintégré (ou absorbé) – avec tout son équipage martien – par les hôtes du Ring network ?
Réponse dans un an.
La cinquième saison s’achève donc par un retour en fanfare du vecteur mythologique de The Expanse – les mystères cosmologiques y occupant une place aussi cardinale que dans Babylon 5.

Conclusion

The Expanse 05x10 Nemesis Games est la brillantissime apothéose d’une saison en tout point exceptionnelle. Il n’y a pas une seule scène axée sur les histoires personnelles du main cast qui ne relate pas homothétiquement et fractalement la grande Histoire. Toutes et tous sont les visages tragiques de la société plurielle qui se désagrège et qui mute, des plus hautes sphères aux survivants de l’ombre, de l’exhibition à l’intimité, par-delà le bien et le mal tel que l’entendait Friedrich Nietzsche. À l’écran, rien n’est gratuit, rien n’est vain, rien n’est putassier, même les apparentes longueurs, même les moments de silence et de méditation.

Le plus impressionnant peut-être, c’est la capacité de Nemesis Games à flirter en quelque sorte avec la dimension quantique qui précède la décohérence. Parce que ce dixième épisode de la cinquième saison réussit à être à la fois la conclusion la plus surprenante (étant donné la tournure que prennent certaines intrigues globales ou individuelles) et en même temps la plus prévisible (donc la plus logique et crédible sur le terrain causal). Se traduisant sur le coup par des surprises, mais qui après réflexion s’avèrent être les seuls aboutissements vraiment naturels. Somme toute, l’antithèse de ces twists artificiels devenus leur propre finalité, et dont use et abuse la concurrence.

Être et ne pas être à la fois, c’est d’ailleurs l’ineffable sensation que distille l’épisode, et par extension la saison entière qu’il met en abyme…
Bien loin de l’Alexandre messianique du futur dont il usurpait la symbolique depuis le début de la saison, Inaros se révèle n’être en fait qu’un instrument jetable, un pion sur le grand échiquier stratégique, et in fine l’idiot utile de l’amiral martien Winston Duarte. Privé du levier tactique de la protomolécule (puisque bel et bien fournie en paiement à Duarte) et auxiliaire inconscient de l’asservissement futur des Belters (si l’on se réfère aux volumes 7 et 8 de la saga littéraire), il aura en outre échoué sur d’importants terrains emblématiques : la Drummer Fleet a fait sécession, le Rocinante n’a pas été détruit, Naomi a survécu et apporte désormais son précieux intel aux Inners.
Mais en même temps, fort de son contrôle du Sol Ring, de la slow zone, et de la station Medina, à la tête d’une flotte de la MCRN livrée clef en main par Duarte, le mythomane Inaros s’imagine "roi" des Belters et s’érige même en leader autoproclamé du système solaire… promettant encore des heures sombres à l’humanité… avant que ne viennent des heures plus sinistres encore (le retour en force impérial de Winston) voire même apocalyptiques (les entités du ring network qui commencent à poindre à travers d’inquiétantes effluves rouges).
Et si le terrible Duarte semble avoir réussi sa vaste opération d’expatriation sur Laconia, il n’est pas impossible que l’un de ses vaisseaux (celui qui fermait le cortège) ait été anéanti au passage...
La situation ne saurait donc être plus sombre et pessimiste sur le temps long. Et pourtant, ce sont quasiment des "lumières trekkiennes" qui sont convoquées par Avasarala depuis qu’elle a recouvré sa fonction de secrétaire générale de l’UN. En dépit de l’inconsolable perte de son mari Arjun, elle multiplie ainsi les appels de paix et d’amitié à l’attention des Belters pour toujours les distinguer d’Inaros (isolement du terroriste, disqualification de tout amalgame, et antidote à la tactique de radicalisation sur laquelle ce dernier table tant), démontrant ainsi la considérable évolution humaniste (et stratégique) de Chrisjen depuis la première saison de la série. En sus, dans le cadre d’un moment d’harmonie et de communion, elle aura érigé publiquement en exemple l’équipage autonome du Rocinante, un symbole unitaire et inclusif composé à la fois de Terriens, de Martiens et de Ceinturiens… que Marco n’a cessé de vouloir anéantir des plus sournoises façons... mais en ratant chaque fois sa cible, tel un tireur ivre (de haine).
Finalement, de la mécanique quantique au clair-obscur, il n’y a qu’un pas...
Le soulagement de voir la vie de Naomi enfin sauvée n’a d’égal que la douleur de la mort totalement inutile d’Alex.
L’apparent détachement émotionnel de Filip que son père sanctifie comme un signe de maturité à sa propre image peut aussi bien attester d’un niveau de conditionnement davantage imitatif donc plus profond... que d’un soudain accès de lucidité à l’endroit de Marco.
L’état de grâce des retrouvailles et de l’union utopique se voit transpercée par la foudre de plusieurs nouvelles couches de complexité : derrière l’illusoire terroriste Inaros, se dévoile le redoutable sécessionniste Duarte, tandis que se profilent au coin de l’œil des entités indéchiffrables....
En somme, une rencontre sur les lignes de crêtes – ou sur les frontières – entre l’idéalisme qui préside aux grands projets de société... et le pessimisme corollaire du réalisme véritable... dans une perpétuelle palingenèse.

Quitte à frustrer et agacer une partie des spectateurs, cette cinquième saison de The Expanse a eu l’audace de porter à l’écran l’essence de la Hard-SF qui préside au plus ambitieux des worldbuildings.
Oui, cette Hard-SF qui prend la mesure de la respiration de Brahma si violente à l’échelle de l’individu, si dérisoire à l’échelle de l’univers.
Cette Hard-SF qui se permet de composer des huis clos psychologiques intenses (des débats pour le seul bénéfice discursif) voire unitaires (e.g. Naomi face à la solitude cosmique).
Cette Hard-SF qui capture l’abyssale mélancolie des temps post-apo’, telle une ode à la chute, à la déshérence, à la désillusion, au désespoir.
Cette Hard-SF qui ose s’embourber dans la contemplation, l’(a)pesanteur, la mezza voce, l’étirement temporel, le poids primal.
Cette Hard-SF qui a l’impudence de transformer les héros en témoins impuissants, ballotés par les vents solaires tels des fétus cosmiques, subissant l’Histoire au lieu de la faire...
Cette Hard-SF où survivre est déjà un exploit, le seul héroïsme des protagonistes consistant désormais à vivre un jour de plus (avec parfois un courage fou) et chercher à se rejoindre les uns les autres par-delà le chaos.
Cette Hard-SF qui s’affranchit de toutes les oblations conventionnelles à la tension dramatique du storytelling.
Cette Hard-SF qui a le culot de refuser cette facilité typiquement RPG/JdR des "propositions d’action" empressées.
Cette Hard-SF qui s’écrit dans le dépassement et la viscéralité du Zarathoustra de Richard Strauss.
Cette Hard-SF qui s’approprie tout le fatum frappé du sceau de la tragédie antique...

Nul doute, c’est à la lenteur du slow burn et à l’hypnose subjuguante du tome de James SA Corey le plus difficile à adapter – Nemesis Games – que la cinquième saison est parvenue à donner vie. The Expanse aura ainsi ouvert le temps d’une saison complète une vraie fenêtre documentaire sur le 24ème siècle, davantage pour faire vivre l’univers et ses personnages... que pour modéliser des intrigues (au demeurant saisissantes aussi).
Chapeau bas à cette performance digne d’une Nouvelle Vague de la SF.

Cependant, The Expanse est maintenant confrontée à un défi peut-être plus grand encore : relater dans le temps polynomial d’une seule saison – l’ultime qu’Amazon Prime Video consent à financer – l’équivalent de quatre ouvrages (i.e. du sixième au neuvième) dont le dernier n’est même pas encore sorti ! Rompant dès lors une tradition bien établie (et qui ne connut qu’une seule petite entorse à ce jour), à savoir une saison pour un livre – icelui étant (presque) toujours l’éponyme de l’épisode final.
Les spéculations vont donc pouvoir aller bon train, d’autant plus irrésistiblement qu’immense est l’envie de découvrir la suite…
Au nombre des hypothèses envisageables (mutuellement exclusives) :
- The Expanse serait en fait renouvelée pour une septième saison voire davantage (rien n’est impossible en la matière surtout à l’ère de la SVOD), auquel cas la série pourrait conserver le même schéma d’adaptation (un livre pour une saison).
- La série s’achèverait bien à la fin de la sixième saison, celle-ci se contenterait d’adapter Babylon’s Ashes (moyennant quelques tweaks à la fin), les studios (comme peut-être les auteurs) ne souhaitant pas exposer la série à la rupture paradigmatique des tomes suivants (qui auraient impliqué un bond en avant de trente ans, avec pour conséquences un vieillissement des personnages et une redistribution des rôles dans le main cast).
- La fin de la sixième saison conduirait à un spin-off (qui serait déjà dans les cartons chez Amazon) déployé autour du Laconian Empire au bénéfice d’une palette de nouveaux personnages.
- La prochaine saison serait suivie de plusieurs téléfilms pour relater les tomes 7 à 9 sous un autre format comme l’a suggéré un jour Naren Shankar, moyennant un possible financement par d’autres Majors voire en crowdfunding (sachant que les droits sont détenus par Alcon et non Amazon).
- La saison 6 serait vraiment la toute dernière, mais diverses astuces narratives pourraient être trouvées pour compresser à un rythme naturel (et non de façon forcée) – quitte à recourir à diverses ellipses – les lignes de forces des quatre ouvrages suivants.
Certes, il parait bien difficile d’en faire tenir autant – sans y sacrifier les nuances – en seulement une dizaine d’épisodes, quoique pas forcément impossible pour autant. L’ombre traumatique de la huitième saison de Game Of Thrones hante encore les mémoires, mais Naren Shankar n’est pas David Benioff et DB Weiss. D’autant plus que l’implication directe des romanciers Tyler Corey Franck et Daniel Abraham – qui comptent justement sortir le neuvième et dernier ouvrage de leur cycle littéraire en parallèle de la sixième saison de la série – n’exclurait pas un "scénario de couplage" à la façon d’Arthur C Clarke et Stanley Kubrick en 1968 sur 2001 : A Space Odyssey.
Par exemple, Inaros pourrait être vaincu en une paire d’épisodes. Puis l’amiral Winston Duarte reviendrait (par la suite) en conquérant – fort de la supériorité technologique que pourrait lui conférer la protomolécule et le(s) vaisseau(x) alien(s) découvert(s) en orbite de Laconia (et entrevu(s) dans ce final ainsi que dans la première partie du générique de clôture). Mais en définitive, les cartes géostratégiques seraient profondément rebattues avec l’entrée en scène des entités "rouges" alias Unknown Aggressors (également entraperçus dans les dernières secondes du dernier épisode) ayant anéanti il y a des éons les Ring Builders... et aujourd’hui peut-être le Barkeith de Sauveterre. Or à supposer que les ennemis d’hier cessent d’être ceux de demain, de grand adversaire idéologique, Duarte pourrait se métamorphoser en protecteur de l’humanité ! Et ainsi, Sparte sauverait Athènes...

Mais laissons l’infinie richesse des potentialités à un avenir qui n’est pas encore écrit... pour savourer sans réserve en ce jour la maestria d’un épisode conclusif venant accomplir et magnifier une saison ayant collectionné toutes les coupes et les médailles.
La cinquième année de The Expanse est une grosse claque sur le fond comme sur la forme, et le plus difficile maintenant est d’en sortir pour s’accommoder de l’ombre qu’elle aura fait à toute la concurrence actuelle. Après dix épisodes de cette trempe, comment réussir à supporter "le reste" durant un an ?

NOTE DE L’EPISODE

The Expanse puise ses influences au carrefour de toutes les cultures imaginaires.
Le cycle littéraire fut développé à partir d’un jeu de rôle (et un projet avorté de MMORPG destiné au marché chinois) développé par Ty Franck.
La rigueur de l’écriture (aussi bien des romans que de la série TV) s’abreuve aux sources des meilleurs worldbuilders depuis le Golden Age (Isaac Asimov, Arthur C Clarke, Robert A Heinlein, Donald Kingsbury, James Blish, Kim Stanley Robinson, Stephen Baxter...).
La solidité culturelle et l’épaisseur psychologique sans faille des personnages convie Battlestar Galactica 2003.
La philosophie sous-jacente et les rapports de forces civilisationnels ont en partage ceux de Babylon 5.
Le Ring Network (les Rings étant d’ailleurs parfois nommées Gates) évoque puissamment le réseau construit par d’autres Grands Anciens dans Stargate.
Et moyennant une touche de schizophrénie (contrôlée), en imaginant des chronologies de datations différentes de chaque côté, les deux premières saisons de The Expanse (avant la découverte de l’Anneau) auraient pu constituer un formidable prequel du prequel Star Trek Enterprise... à la façon d’une peinture de l’état de l’humanité cantonnée à son système solaire avant l’invention de la distorsion par Zefram Cochrane et le First Contact avec les Vulcains !

Or justement, Enterprise avait en son temps réussi à être tellement plurielle qu’elle faisait honneur à la SF en tant que métagenre, c’est-à-dire englobant potentiellement tous les autres genres : sa première saison fut une immersion dans l’astronautique Right Stuff, sa seconde un apprentissage exo-sociologique par "trial & error", sa troisième un serial dystopique, sa quatrième une construction internaliste (et une revisitation de ST TOS).
Eh bien, The Expanse s’avère tout aussi multiple...
Sa première saison a été un polar noir trempé dans la suie du futur.
La seconde et les six premiers épisodes de la troisième furent de l’espionnage et de la haute géopolitique SF.
Les sept derniers épisodes de la troisième saison ont été un transcendant premier contact à la Arthur C Clarke ou Stanislas Lem.
La quatrième était un western spatial au voisinage de Firefly.
Et finalement, la cinquième aura été une errance post-apocalyptique en version SF hardcore.
Kudos5

NOTE DE LA SAISON

YR

ÉPISODE

- Episode : 5.10
- Titres : Nemesis Games
- Date de première diffusion : 3 février 2021 (Prime Video)
- Réalisateur : Breck Eisner
- Scénaristes : Daniel Abraham, Ty Franck, et Naren Shankar

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