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Star Trek Picard : Review 1.10 Et in Arcadia Ego, Part 2

Date : 31 / 03 / 2020 à 14h30
Sources :

Unification


ATTENTION : Deux critiques comme pour chaque review d’un Star Trek. Une première par Frank et une seconde par Yves avec une analyse très fine des événements de l’épisode.

La messe est dite. Amen...

Les producteurs avaient annoncé Star Trek Picard comme une grande histoire de dix heures et effectivement ce dernier épisode est une conclusion pour l’ensemble des différents arcs scénaristiques de la série. J’aurais même tendance à dire que l’épisode fonctionne comme une agrégation de deux conclusions séparées.

La première est sensée mettre un terme à un ensemble hétéroclite d’histoires et problématiques qui ont été mis en œuvre pendant les neufs premiers épisodes. En vrac :

- L’honneur de la Fédération mis à mal par l’attaque de Mars
- La mission anti-synthétiques de l’antenne Zhat Vash du Tal Shiar Romulien
- La menace d’éradication de toute vie organique
- La destinée de Soji
- La rédemption du docteur Jurati
- Le rapport trouble familial entre Narek et Narissa
- Les dépressions latentes de Rios et Raffi
- L’utilité d’Elnor (non là, je plaisante...)
Etc etc.

Le problème quand on a qu’une heure pour clore toutes ces histoires, c’est qu’à part survoler leur résolution, trouver une pirouette en 30 secondes pour les terminer, tout laisse un sentiment d’un travail bâclé. Même visuellement ça ne tient pas la route. Si la démultiplication des Sirena et la bataille avec les fleurs étaient fort joliment mises en scène, que dire de l’arrivée des vaisseaux Romuliens et de la Fédération, des tentacules toutes droites sorties de Discovery. Visuellement, cela faisait "fake".

Et il y a la seconde conclusion, celle qui touche LE personnage principal de la série : Picard. À partir du moment où, au début de la série, son médecin lui a indiqué qu’il était condamné, là aussi la messe était dite. Ce qui me marque, c’est qu’à part le fait de se retrouver sur la planète d’Altan Inigo Soong, l’ensemble des résolutions des histoires de la série n’ont aucune influence sur la destinée de Picard. On aurait pu nous montrer n’importe quelle autre histoire avant les 10 dernières minutes de l’épisode, cela n’aurait pas perturbé d’un poil la destinée de Jean-Luc Picard.

Si globalement, je n’ai pas beaucoup aimé l’ensemble des réponses apportées par cet épisode, la partie purement Picard m’a beaucoup plus intéressé. Prise séparément du reste de l’épisode, on voit que cette fin a été réfléchie bien en amont. Elle est bien écrite et superbement interprétée par Patrick Stewart et Brent Spiner.

Mais quelle déception, en bout de course, d’avoir vu une série si bien commencée se déliter au fur et à mesure. Si la problématique première de la série était vie synthétique et libre arbitre, les scénaristes n’ont pas su la développer correctement, préférant enrober leur histoire d’une multitude d’éléments divers et variés qui n’ont eu qu’un résultat, affadir le propos, éliminer toute réflexion intelligente et envoyer le tout vers des développements de série Z. Une autre œuvre traite actuellement du sujet : Westworld. Et la comparaison fait très, très mal à Star Trek Picard...

FM

Depuis 2017, les séries Star Trek se sont alignées sur la concurrence pour adopter une structure exclusivement feuilletonnante. Il en ressort que plus aucun épisode produit ne se suffit à lui-même. Chaque opus n’est que le maillon d’un incessant flux narratif qui frappe de carence le présent pour capitaliser uniquement sur la promesse d’un futur assouvissant. Ainsi, chaque épisode n’est que le (long) teaser du suivant. Et selon un système de récurrence aussi propitiatoire que frustrant, c’est sur l’éventuelle conclusion (vers la fin de la saison ou de la série) que pèsera toute la charge de légitimer la validité de ce qui précède, le perpétuel jeu attente-récompense, et les couleuvres avalées... au risque sinon de ruiner rétrospectivement toute l’expérience de visionnage (si elle fut positive) ou du moins ne pas la rédimer (si elle fut négative).
Cet état de dépendance envers la surenchère du mouvement s’apparente à l’économie du crédit... substituant progressivement toute réalité tangible à la virtualité d’une promesse en devenir. Sauf que le crédit renvoie étymologiquement à la croyance et à l’acte de foi... dans les auteurs et showrunners actuels. Autant dire une gageure au regard du passif particulièrement arnaqueur d’Alex Kurtzman et au regard aussi de l’inexpérience télévisuelle doublée de sophistique de Michael Chabon.
Et bien voici venu le temps à la fois du showdown et du pay-offaprès six épisodes ayant étiré l’intrigue en longueur sur le mode du serial, une pause nostalgie et fan-service dans le septième (sur Nepenthe), et finalement deux épisodes ayant commencé à lever le voile sur le comment du pourquoi. Picard 01x08 Broken Pieces puis Picard 01x09 Et in Arcadia Ego, Part 1 avait ainsi entamé le cycle justificatif, hélas d’une façon très insatisfaisante , mais c’est sur le final Picard 01x10 Et in Arcadia Ego, Part 2 que repose finalement tout le poids de l’édifice narratif de la saison.
Alors est-ce que la confiance placée par les trekkers dans les showrunners pour suspendre leur jugement et leur suspension d‘incrédulité durant neuf épisodes était finalement justifiée, ou est-ce que la construction de la saison s’apparente une pyramide de Ponzi ?
Si ça passe, grand est le sentiment d’assouvissement du spectateur, enfin récompensé de l’incessant jeu de pistes, des mystery boxes gigognes, et des conjectures ludiques qui en résultaient.
Mais si ça casse, c’est toute la structure de la série qui subira un effondrement rétroactif en cascade…

Analysons donc les scènes une à une...
Veuillez cliquer pour aller directement à la conclusion.

Un travelling extérieur nous montre Narek entrer dans le cube Borg échoué sur la surface de Coppelius. Il se faufile dans les couloirs étroits et se cache quand un couloir débouche sur une grande salle pleine de xBs. Seven et Elnor sont assis à même le sol et discutent pendant que les xBs s’affairent pour réparer le cube. Elnor semble les écouter.
- [Elnor] Vaudrait-il mieux que les xBs soient morts ? Tout le monde les déteste. Ils n’ont pas de patrie. Ils n’ont leur place nulle part.
- [Seven] Vaudrait-il mieux que je sois morte ? Je suis une xB. Je n’ai pas de patrie. Je n’ai de place nulle part. Pourquoi je ne braque pas un phaseur sur ma tête ?
- Parce que... vous me manqueriez.

Seven sourit. Narek continue son infiltration dans le cube et est surpris par… sa sœur Narissa, qui place son couteau sous sa gorge puis l’enlace, heureuse de le retrouver.
- [Narissa] Eh bien... Tu les as trouvés ?
- [Narek] Oui, ils sont tous là.
- Tu en as baisé ?
- Pas encore.
- Tu en as tué ?
- Une.
- C’est un progrès.
- Viens voir ma cachette. Face à l’océan, des vagues déferlantes. Tu vas adorer.

Picard se trouve dans les anciens quartiers de Maddox. Il renvoie par la fenêtre un papillon.
- [Picard avec ironie en parlant au papillon] Quelle chance tu as.
Soji monte des escaliers et ouvre la porte des quartiers de Picard grâce à un système de reconnaissance oculaire. Jurati la suit et l’observe discrètement. Quand Soji rentre, Jurati repart.
- Je voulais voir si vous alliez bien.
- J’irai bien quand je serai libre.
- Essayez de voir ça de notre point de vue. Vous choisissez de nous laisser vivre ou de nous faire mourir. Vous choisissez. Nous n’avons pas le choix. Vous les organiques ne nous l’avez jamais donné.
- Dire que vous n’avez pas le choix est un manque d’imagination. De grâce, ne laissez pas les Romuliens faire de vous les monstres qu’ils redoutent. Arrêtez-les, Soji. Arrêtez de construire ce signal. Fermez-le. ! Ceux que vous tentez de convoquer seront peut-être votre salut... mais ils seront notre anéantissement.

Jurati en repartant, observe une drôle de construction métallique s’édifier seule et atteindre une dizaine de mètres.
Générique.

Dans le cube Borg, Narek rassemble des grenades assemblées dans la cachette de sa sœur. Il les met dans son sac.
- [Narissa] Tu veux utiliser ces grenades pour détruire des fleurs ?
- [Narek] Des fleurs volantes qui neutralisent les vaisseaux. Non, pas cette fois. J’ai tracé ma route hors du nid. Je peux y retourner. Tu dois rester ici et mettre le système d’armes en ligne.
- Nos parents sont morts pour ça, Narek. Une multitude ont donné leurs vies.
- Je l’ai trouvée, Narissa ! Moi. La honte de la famille. Le fiasco du Zhat Vash. J’ai trouvé Seb-Cheneb !
- Eh bien... vas-y... J’ai mon travail à faire.

Narek et sa sœur échange un regard empreint de tristesse et de mélancolie puis il part. Et quand il sort du cube, Elnor le suit discrètement.

À l’intérieur de la Sirena, Rios et Raffi sont dans la salle des machines.
- [Rios tenant l’outil donné par les synthétiques] Honnêtement, j’en ai un peu peur. Si je l’utilise trop, ça va... dévorer mon âme.
- [Raffi, dans un sourire taquin] Mais heureusement, vous n’avez pas d’âme, alors...
- Mais comment ça marche ? Comment je...
- Quand Saga me l’a donné, elle a dit : "Faites appel à votre imagination."
- Elle a dit ça, hein ? Je n’ai pas de ça non plus.
- Bien, Chris, c’est votre vaisseau. Vous savez où est le problème.
- Ce n’est pas trop compliqué. Le réacteur intermix est fusionné. Je dois le défusionner, c’est impossible. Je dois le remplacer, mais le réplicateur d’entretien est hors service parce que le réacteur intermix est fusionné.
- Eh bien, essayez donc.
[Rios lui jette un regard noir] D’accord, je vais le faire. J’ai beaucoup d’imagination.
- [Rios reprenant l’outil puis s’asseyant devant la chambre inter mix] Pour vous, il faut tout marteler, ou... Non. Je vais le faire. [Plaçant ses doigts dans les trous de l’outil] Il n’y a pas de déclencheur ou de bouton.
- Elle a peut-être voulu dire qu’il faut imaginer la réparation.
- Vous avez encore fumé dernièrement ?
- Visualisez que ce n’est plus fusionné.
- Imaginez le trou en train de se réparer.
[Rios ferme les yeux et place l’outil contre les cristaux. Des éclairs bleutés sortent de l’outil et touchent les cristaux.]
- [Raffi] Que se passe-t-il ? [L’énergie revient dans toute la Sirena.]
- [Rios, incrédule]Rien qui ait un sens. [Lui et Raffi sautent de joie sur le pont de La Sirena]
- [Raffi] Dites-les.
- Que je dise quoi ?
- Ces trois mots magnifiques.
- Vous aviez raison.
- Encore une fois.
- Fichez-moi la paix.
[Un bruit de coups sur la coque se fait entendre] Ce bruit m’est familier. [Rios se dirige vers l’avant du vaisseau]

Dans la ville des synthétiques, la mystérieuse construction automatique continue de s’édifier. Elle atteint plus de 20 mètres de haut. Jurati et Soong sont dans le labo de ce dernier.
- [Soong] Le travail de Bruce sur le téléchargement de la conscience dans un corps synthétique devrait être sur cette machine.
- Espérons-le. On n’a pas beaucoup de temps.
- Vous savez... c’est un sacrifice remarquable de votre part. Mais je suppose que c’est ce que font les mères, n’est-ce pas ?
[Soong quitte la pièce]
- [Jurati, se parlant à elle-même, et semblant très nerveuse] Ça va. Tout ira bien. Tu peux le faire. Tu dois le faire. [En un instant la nervosité disparaît et la colère la remplace] Je ne suis pas leur mère, connard.

De retour sur La Sirena. Narek jette des pierres sur le vaisseau. Rios et Soji sont surpris.
- [Rios] Quelqu’un lance des pierres sur mon vaisseau.
- Le petit ami harceleur romulien.
- Communications.
[Narek brandi une grenade]
- [Rios] Allez-y, lancez-la.
- Je veux voir ce qu’une torpille à photon peut faire à cette portée.
- J’ai des grenades à large dispersion au solvant moléculaire.
[Raffi et Rios échangent un regard inquiet]
- [Narek] Je lance des pierres.
- [Rios] Qu’est-ce que tu veux ?
- [Raffi] Et ne crois pas qu’on te bottera pas le cul, sale fumier, car on le fera.
- [Rios d’une vois suppliante] Raff... [Puis plus fermement en parlant à Narek] Que fais-tu là, Tête de serpent ?
- J’essaie de sauver l’univers. On peut continuer à lutter ou on peut unir nos forces. Arrêter ce qui nous guette. À vous de décider.

Rios, Narek et Raffi sont dans La Sirena, assis autour d’une table.
- [Raffi] JL. JL, répondez....Nom de Dieu.!
- [Narek] Ils construisent un type d’émetteur. Ils donnent le signal à quelque chose de venir ici.
- [Rios] Pour faire quoi ?
- [Narek] On pense que les synthétiques ont pour destin de détruire toute la vie organique. On appelle ça Ganmadan. Ce lieu est en confinement. Quelle que soit la nature de cet émetteur, ils ne veulent pas qu’on interfère.
- [Rios] Le problème chez Picard...
- [Raffi] Oui. Interférer, c’est certainement son truc.
- [Narek] Recontactez-le.
- [Raffi]] JL, répondez. Amiral Jean-Luc Picard, à la retraite.
- [Narek] Bon sang. Je vous l’ai dit. Ils ne répondront pas. Les Synthétiques ont brouillé toutes communications.

Elnor rentre dans la pièce, sabre à la main et menace Narek. Les autres s’interposent.
- [Narek] Feldor stam torret [Narek, levant les mains en l’air, fixant Elnor dans les yeux] Absolument. Je choisis absolument de vivre.
- [Rios] Attends, petit. On l’a désarmé, on l’a fouillé. On a peut-être un ennemi commun qui approche. Tu voudras sûrement apprendre ce qu’il est venu dire.

Soong, dans son laboratoire, s’affaire à une console. Manifestement, il effectue une opération sur le corps de Saga. Jurati rentre prestement :
-  Altan, je... Que faites-vous ?
- Je transfère les souvenirs de Saga en un module V comme souvenir pour Arcana. Mais les dégâts à ses processeurs optiques ont corrompu le flux de données. Il vous faut quelque chose ?
- Oui, je travaille sur la dentelle neuronale pour votre golem, mais certains dossiers sont cryptés. Bruce a toujours vanté votre art du cryptage.
- OK. Je vais voir si je peux accéder à ces dossiers. Gardez l’œil sur le taux de transcodage.
- Compris.

Jurati se penche sur le corps de Saga, rassemble son courage et arrache l’œil de l’androïde
- [Jurati, un air de dégoût sur le visage] Désolée.

La nuit est tombée, Enor, Narek, Rios et Raffi sont réunis autour d’un feu de camp installé à côté de La Sirena.
- [Elnor] Je ne comprends pas pourquoi on lui fait confiance. Sa sœur a assassiné Hugh.
- [Narek] Heureusement qu’elle n’est pas venue, alors.
- [Elnor] Je ne vous aime pas.
- [Narek] Non ? Que pensez-vous de Ganmadan ? Car si on perd encore du temps à se battre, on mourra tous. Le fait que vous m’aimiez ou pas n’importera plus.
- [Raffi, intriguée] Attendez. C’est quoi, Ganmadan ? C’est quoi, l’histoire ?
- [Elnor] C’est ça, justement... Une histoire...
- [Narek] Une histoire de la fin.
- [Raffi] De... ?
- [Narek] De tout.
- [Rios] Comme Ragnarök ou le Jour du Jugement dernier. Un mythe ancien.
- [Narek] Certains disent que c’est très antérieur à la venue de nos ancêtres sur Vulcain. L’histoire de Ganmadan commence avec deux sœurs. Des jumelles khalagu.
- [Elnor, avec un regard de haine] Des démons.
- [Narek, fixant Elnor, puis reprenant] Des jumelles démoniaques qui viennent à la fin des temps pour ouvrir les portes et libérer les ch’khalagu. De très mauvais démons. Une sœur s’appelle Seb-Natan, la prédicatrice. Elle joue du tambour, fait avec la peau des enfants. Elle le frappe avec une chaîne de crânes, si fort et si longtemps que son cœur explose sous l’effort. L’autre sœur s’appelle Seb...
- [Raffi encore plus intriguée] Seb-Cheneb ? Oui. On la connaît.
- [Narek] Vous savez qu’elle porte une corne d’une bête de l’enfer nommée Ganmadan ? Vous savez donc que lorsqu’elle soufflera dans la corne, ça libérera tous les ch’khalagu qui attendent depuis le début des temps. Vous savez que le ciel se fissurera, et qu’à travers la fissure, les ch’khalagu fonceront avec voracité. Vous savez tout sur les Mille Jours de la douleur. Vous savez que les rues luiront du gras des entrailles des corps à demi dévorés. Vous savez que les mondes brûleront. Et les ch’khalagu festoieront, nourriront leurs mioches de sang et se cureront les dents avec les os.
- [Rios] Non, on ne savait pas tout ça.
- [Raffi] Mais, croyez-vous vraiment... Croyez-vous que ce soit une prophétie ?
- [Narek, troublé] Non... Je crois que c’est l’histoire. Et ce qu’il y a de fascinant dans l’histoire, c’est... qu’elle se répète toujours...

La flotte Romulienne voyage en distorsion.
- [Oh, sur la passerelle du vaisseau amiral] Enfin, notre grand labeur est presque achevé.

Le jour se lève sur La Sirena. Rios, Narek, Elnor et Raffi sont à l’intérieur du vaisseau, autour du sac de Narek :
- [Narek] Des grenades au solvant moléculaire. Mèche courte. On appuie sur le bouton, on lance. Destiné à ces orchidées, mais à présent, l’émetteur est notre cible de choix.
- [Raffi, inquiète] D’accord. Attendez. Comment compte-t-on retourner à Synthville ?
- [Narek] On entrera par la porte principale.
- [Rios] Comment va-t-on faire ça ?
- [Narek, avec assurance] En leur amenant l’agent secret romulien qui a tué leur bien-aimée Saga.
- [Elnor] Je ne vous aime toujours pas.
- Raffi] Comment fera-t-on exploser l’émetteur ?
- [Narek] Une seule explosion concentrée. Détonation à distance.
- [Rios] Il faut un système de livraison.
- [Narek] Un drone.
- [Rios] Le solvant moléculaire, il est stable ?
- [Narek] Jusqu’à ce qu’il explose. Sauf dans du métal, le conteneur doit être en fibre de carbone, céramique. Et avec le bloc de téléportation que les Synths ont installé, on ne peut rien téléporter dans un sens ou l’autre. Il faudra un moyen de le dissimuler.

Rios réfléchit, son regard balaye la pièce et tombe sur des ballons de foot...

À l’entrée de Synthville, le groupe arrive en poussant un Narek entravé. Ils sont arrêtés par Rune et Codex qui leur barre le chemin.
- [Raffi, avec une voix complice] Regardez, les gars. Voyez qui on a trouvé rôdant par ici hier soir. On a pensé que vous voudriez le reprendre.
- [Codex] Vos armes.
- [Rios Bien sûr.
- [Codex] Vos sacs.
- [Raffi] Certainement.
- [Rios] Bien sûr. [Rios donne son sac que Rune fouille. Il le lui rend. Rios en sort un ballon de foot et le garde à la main]
- [Rune] Vous jouez ?
- [Rios] J’adore ça.
- [Raffi parlant au groupe puis remerciant les gardes] D’accord. Allons-y. Merci.

Elbor pousse Narek et le groupe rentre dans la ville.

Devant les quartiers de Picard, Jurati, anxieuse, utilise l’œil de Saga pour ouvrir la porte. Elle rentre et trouve Picard allongé sur le lit.
- Picard ? Amiral Picard. Bonjour. Êtes-vous...
- Toujours là.
- D’accord. Ils vont activer le signal lumineux. On doit se dépêcher.
- Qu’est-ce que ça veut dire ?
- Je vous aide à vous évader. Je pensais que j’étais le pire agent secret du monde, mais je commence à croire que j’ai un don.
- Où on va ?
- On retourne à La Sirena. Venez. On doit y aller pendant qu’ils ne font pas attention à nous.

Dans son laboratoire, Altan Soong met la touche finale au corps synthétique, au golem.
- TERMINÉ. Matrice synthétique terminée. Prête pour les engrammes neuraux.
- [Altan exulte] Oui.

Il est interrompu par un signal indiquant que l’extraction de la mémoire de Saga est finie. Les dernier moments vécus s’affiche sur un interface holographique translucide. On voit en caméra subjective que Narek la maintient jusqu’à ce que Sutra lui poignarde l’œil. Soong est abasourdi puis en colère.

Le groupe de La Siréna s’approche de l’émetteur
- [Narek] La tour est presque active. On doit avoir une vue directe sur le récepteur superlumineux.
- [Raffi] Comment va-t-on monter là-haut sans être vus ?
- [Soong les surprend] Excellente question.

Jurati et Picard arrive à La Sirena :
- [Jurati] Ils sont partis nous chercher ?
- [Picard] On s’inquiétera de ça plus tard. Où en sont les Romuliens ? Allez, docteur.
- L’aile d’attaque est à sept minutes d’arrivée en orbite.
- Des nouvelles de Starfleet ?
- Non, mais même si votre message est passé, ils arriveraient après les Romuliens.
- On doit trouver un moyen de les retarder. En espérant, bien sûr, que la Fédération va arriver.
- Oui, et ensuite ? Imaginons qu’on trouve un moyen de retenir les Romuliens. On sauve Soji.
- Elle et les enfants synthétiques pourront appeler les Synths supérieurs et créer un événement biocide au niveau galactique dans la vapeur et les cendres.
- C’est clair, on doit les arrêter aussi !
[Picard semble anxieux et irrité]
- Ils nous ont abandonnés, Picard. Ils sont à des générations de distance.
- [Picard, de plus en plus exalté] Dans un sens oui, mais dans l’autre, comme vous dites, ce sont des enfants. Les seuls profs qu’ils ont eus sont un ou deux ermites et la peur de l’extermination. Mais la peur est un professeur incompétent. Ils ont la vie, mais personne ne leur apprend à quoi elle sert. Être vivant est une responsabilité aussi bien qu’un droit.
- Comment peuvent-ils apprendre cette leçon en six minutes, 11 secondes ?
- Comme les enfants apprennent la plupart des choses. Par l’exemple.
[Picard s’assoit sur la chaise du capitaine] Voyons si j’ai bien observé Rios. [Picard utilise l’interface holographique de pilotage et La Sirena décolle]
- [Picard, content et serein à la fois] Pas mal.
- [Jurati, touchée par la détermination de Picard] Qu’il en soit ainsi.

Au pied de l’émetteur, les synthétiques sont rassemblés. Devant la foule, Soji et Sutra s’activent devant l’interface holographique de l’émetteur.
- [Sutra] Mes frères et sœurs, dès que le signal aura atteint sa capacité maximum, on émettra. Et quand le signal sera reçu, un portail s’ouvrira, et nos libérateurs seront là instantanément. Et on sera libres.
Soong arrive d’un pas décidé, suivi par lRaffi et Elnor. On peut lire l’irritation sur son visage. Il fend la foule et parle à Codex en montrant ceux qui le suivent.
- Surveille-les. [Il fait signe à Sutra de la suivre, ils vont s’isoler quelques mètres plus loin pendant que Soji continue d’actionner l’interface.]
- Je voulais te rendre ceci. [Il lui montre le médaillon de Saga] Tu avais raison de dire que ton peuple synthétique avait besoin de persuasion. Une secousse émotionnelle pour les pousser vers la décision que tu voulais qu’ils prennent. Construire le signal.
- Je suis heureuse que vous voyiez du bon sens dans mes actes.
- C’est le cas... mais le bon sens n’est pas tout. Comment as-tu pu aider ce Romulien à tuer ta sœur ? Je croyais t’avoir mieux éduquée que ça.
[Il appuie sur une sorte de petite télécommande cylindrique, Sutra s’effondre, comme mise hors tension] Il se trouve que... tu n’es pas meilleure que nous.

Il fait signe à Raffi qui siffle pour donner le signal. Rios et Narek arrivent par surprise sur place. Elnor met Codex et Rune hors d’état d’intervenir. Soji accélère le rythme de son travail. Rios prend son ballon de football piégé et hésite un court moment en espérant que Soji allait s’éloigner de l’interface.
- [Rios] Allez. Vas-y, hija, vas-y.

La Sirena avec Picard et Jurati à son bord se trouve en orbite, dans une trajectoire d’interception.
- [Jurati, peu à l’aise] Comment retenir 218 oiseaux de guerre jusqu’à l’arrivée de Starfleet ? Si toutefois ils arrivent. Vous ne répondez pas pour créer le suspense ou...
- Actuellement, Docteur Jurati, j’essaie de piloter un vaisseau pour la première fois depuis très longtemps sans nous faire exploser ou crasher ! Si ça ne vous fait rien.
- Non, absolument. Bien vu. Une chose impossible à la fois.
[Le vaisseau continue sa trajectoire hésitante]

Au pied de l’émetteur, Narek est maîtrisé par des synthétiques et plaqué au sol.
- [Narek] Soji, je t’en prie. Tu n’as pas besoin de faire ça. Soji, je t’en prie ! - Tu fais une erreur. [Rios ouvre le ballon et lance le drone. Soji l’intercepte et le jette au loin, où il explose sans toucher l’émetteur]
- [Narek, dépité] Soji !

À bord du cube Borg, Narissa utilise une console d’armement. Seven la surprend et la met en joue.
- [L’interface vocal de la console] Lancement détecté. Tentative de verrouillage.
- [Seven of Nine] Lâchez votre arme. Sur le bord. Écartez-vous de la console.
- Je ne suis pas armée.
- J’en doute sérieusement.
[Seven enlève les armes blanches cachées dans la ceinture de Narissa]
- Tu es assez jolie, ou du moins, tu le serais si tu n’étais pas un demi-tas de viande. [Narissa désarme Seven et engage un combat au corps à corps]

La Sirena stoppe sa course.
- [Jurati] Signatures de distorsion en vue.
- [Picard] Ce ne serait pas Starfleet, par hasard ?
[Le vaisseau Amiral Romulien sort de la distorsion, bientôt suivi de tous les autres]
- Générale, ils semblent concentrés en une colonie.
- [Oh] Stérilisez toute la planète.

Soji repère les vaisseaux Romulien sur son interface. Les vaisseaux sont même visibles à l’œil nu dans le ciel de la planète. Elle lance immédiatement les systèmes de défense.
- [Jurati, inquiète] Voici les orchidées.
- [Picard] Voyons combien de temps elles nous feront gagner. [Les vaisseaux Romuliens ouvrent le feu sur les orchidées.]

De retour sur le cube Borg :
- [Narissa] Triste reine Annika, six ans, et elle n’a reçu que l’assimilation pour son anniversaire. Pourquoi n’as-tu pas braqué un phaseur sur ta tête pour en finir ?
- Car je voulais encore vivre pour ce moment.
[D’un coup de pied, Seven projette son adversaire hors de la plate-forme. Narissa tombe dans le vide en hurlant]
- Ça... c’est pour Hugh.

La Sirena se fraye un chemin dans la bataille entre les orchidées et les Romuliens.
- [Jurati, anxieuse] C’est peut-être un bon moment pour révéler le plan secret. Une fois les orchidées achevées, il y aura encore 200 vaisseaux romuliens contre juste le nôtre. Si vous trouvez un moyen de nous sortir de là, il portera votre nom. La manœuvre Picard. [Elle sourit] Attendez. Ça existe vraiment, non ? Vous avez fait en sorte que l’Enterprise semblait être dans deux lieux à la fois.
- C’était le Stargazer et c’était il y a longtemps. Ça ne servirait à rien contre tant de vaisseaux ennemis. Il faudrait multiplier les images détectrices et trouver un moyen de les disperser, comme un ancien avion de guerre disperse des bouts de miroir pour submerger un système de radar.
- Comment diable pourrait-on faire ça ? Si seulement on avait un simple réplicateur portable avec une interface neuro-atomique. Comme ça !
[Jurati prend l’outil ayant servi à réparer La Sirena avec jubilation] [Picard ouvre un canal pour discuter avec Soji]
- [Soji] Picard, que faites-vous ?
- [Picard, respirant avec difficulté] Soji, je veux que vous réévaluiez votre action du moment et que vous éteigniez le signal.
- Vous savez que ça n’arrivera pas.
- J’ai quelque chose à vous offrir, à vous et à votre peuple, j’espère que ça vous fera changer d’avis.
- Et qu’est-ce que c’est ?
- Ma vie. Picard, terminé.
[Soji semble hésiter...]

La Sirena se place entre la planète et la flotte romulienne.
- Défenses orbitales neutralisées, Générale.
- [Oh] Tous vaisseaux, visez le nid de l’abomination.
- Prêts.

À bord de La Sirena, Jurati se tient prête à actionner l’outil, Picard effectue une manœuvre pour se rapprocher du vaisseau amiral.
- [Picard] Ils auront tous des signatures de distorsion ? [Jurati acquiesce] À mon signal.
- [Oh apercevant La Sirena] Qu’est-ce que c’est que ça ?
- [Officier Romulien] Vaisseau inconnu. Scan immédiat.
- Ignorez-le.
- Préparez le plan de stérilisation planétaire numéro cinq.
- Agnes, maintenant. Maintenant !
[Jurati utilise l’objet qui, immédiatement, crée des centaines d’images identiques à La Sirena, donnant l’impression d’un escadron menaçant]
- [Officier Romulien] Générale, il y en a des centaines.
- [Oh] Repositionnez les disrupteurs. Engagez le combat.

Les vaisseaux romuliens tirent sur les images de La Sirena. Le subterfuge fonctionne jusqu’à ce que la Sirena soit touchée, les images disparaissant immédiatement.
- [Soji apercevant La Sirena être touchée sur son interface] Non !
- [Jurati apercevant Picard au bord du malaise] Picard, tout va bien ?
- [Picard dans un râle] Non.

Sur la planète, Soji achève la construction de l’émetteur qui se met immédiatement à projeter un rayon ouvrant un portail au-dessus de la planète
- [Officier Romulien] Ils ont activé le signal.
- [Oh] Reprenez le plan de ciblage de stérilisation. À mon commandement.

Au même moment une flotte de vaisseaux de Starfleet sortent de leur voyage en distorsion. Elle fait face aux Romuliens.
- [Jurati extatique] Ils sont là. Amiral, vous avez réussi.
- [Officier Romulien] Générale, leur vaisseau amiral nous appelle.
- Capitaine Will Riker aux commandes du USS Zheng He.
- Et... ?
- J’ai le devoir de vous informer que la Fédération unie des planètes a désigné la planète Ghulion IV dans le secteur Vayt comme étant sous la protection de Starfleet, selon les termes du Traité d’Algeron.
- Trop tard.
- Notre revendication pour ce monde a la préséance.
- Écartez-vous.
- J’ai bien peur que non.
[Riker montre une vidéo de Picard où Picard déclare] J’ai une requête prioritaire pour engager des négociations diplomatiques et la protection des habitants de Ghulion IV
- [Riker, fermement] Générale ou Commandeur, quel que soit votre titre, je suis actuellement sur le pont du vaisseau le plus coriace, le plus rapide et le plus puissant de Starfleet. Et j’en ai une flotte derrière moi. Nos phaseurs sont verrouillés sur vos noyaux de distorsion. Et rien ne me rendrait plus heureux que d’avoir la chance de botter votre cul fourbe du Tal Shiar. Mais au lieu de ça, je vais vous demander une dernière fois... de vous retirer.
- [Officier Romulien] Générale, vos ordres ?
- Reciblage des systèmes d’armement. Préparez-vous à combattre.

- [Riker] Armes prêtes, déflecteurs au maximum.
[À bord de La Sirena]
- [Jurati] Picard.
- [Picard se tenant l’arrière du crâne, grimaçant] Je sais.... [Picard souffre de plus en plus, Jurati attrape et utilise un tricordeur pour l’examiner] Je dois parler avec Soji. Sur une ligne ouverte.
- Vous n’êtes pas en état.
- Donnez-moi de la poly-synéphrine, 20 cc...
- Non. Je...
- Ça accélérera juste l’inévitable.
- Faites-le.
[Jurati lui fait l’injection] Ouvrez la ligne. Maintenant.
- [Soji aperçoit Picard dans la fenêtre holographique de communication, la conversation est aussi vue par Riker et Oh. Soji semble hésiter à continuer] Picard...
- Soji. S’il vous plaît, éteignez le signal. Montrez-leur combien ils ont tort à votre sujet. Vous n’êtes pas l’ennemie. Vous n’êtes pas le Destroyer. Si ça ne les persuade pas, ils devront s’expliquer devant la Fédération.
- La même Fédération qui nous a bannis, nous a abandonnés à notre sort.
- Si nous voulions vous détruire, Soji, nous aurions uni nos forces avec les Romuliens. Nous exercerions nos phaseurs sur vous, maintenant. Nous ne le faisons pas. Ne le ferons pas. Vous savez pourquoi ? Car nous avons confiance en vous, vous ferez le bon choix. Je vous fais confiance, Soji. Je vous connais. Je crois en vous. C’est pour ça que j’ai sauvé vos vies. Pour que vous sauviez les nôtres en retour. C’est là toute l’idée. C’est pour ça qu’on est là. Pour nous sauver mutuellement.

Des tentacules de métal à l’air menaçant sortent par le portail créé par l’émetteur. Soji hésite puis coupe celui-ci d’un geste rageur. Les tentacules refluent car le portail se referme.
- [Officier Romulien] Ils ont détruit le signal. Quels sont vos ordres ?
[Après quelques instants où tout semble suspendu]
- [Officier à bord du USS Zheng He] Capitaine, il semble que les Romuliens se retirent.
- [Riker] Excellente décision. Supprimez l’alerte rouge. [S’adressant à Oh] Préparez-vous à être escortés hors de l’espace de la Fédération.
- Ce ne sera pas nécessaire.
- Ce n’est vraiment pas un problème.

[La flotte romulienne quitte l’orbite de la planète et entre en distorsion]
- [Picard] Will. Comment...
- Quand j’ai entendu que vous envoyiez un SOS, j’ai demandé une réaffectation. Le fait que je n’aie pas essayé de vous dissuader ne signifie pas que je comptais vous laisser agir seul. Je resterais dans les bois à faire des pizzas pendant que vous vous éclatez ? Amiral Picard, je laisse cette situation entre vos mains expertes.
- Merci, Will, pour ton soutien constant.
- J’ai eu un très bon modèle.
- Je prends le relais.
- À plus tard, l’ami. Riker, terminé.

La flotte de la Fédération quitte à son tour la planète. Picard a un sourire satisfait avant de s’effondrer.

Et voici comment toute l’intrigue déployée sur dix longs épisodes est "résolue", c’est-à-dire expédiée par une pirouette tenant en cinq minutes chrono.
L’arrivée invraisemblable de Riker, c’est un peu comme la venue du roi dans les pièces de Molière…
Pour mieux faire avaler la modification sournoise des "règles du jeu", lorsque les mêmes causes dans les mêmes conditions ne produisent soudain plus les mêmes effets dans le cas de la CNC Kirsten Clancy, le final en rajoute une surcouche avec en quelque sorte la "manœuvre Riker" ! En chronologie interne, il s’est à peine écoulé 24 à 48 heures depuis que Jean-Luc a quitté Nepenthe à la fin du septième épisode (étant donné la course de vitesse avec les Romuliens ayant nécessité d’emprunter un conduit de transdistorsion borg). Riker était en retraite de Starfleet depuis des années, isolé dans sa thébaïde, sur une planète rurale aux capacités de communication et de déplacement limitées. Et voilà qu’il se retrouve moins de deux jours après à tête de la plus importante flotte de Starfleet jamais mise en scène dans le STU (même par rapport à DS9), venue spécialement secourir Picard, et appuyer son action de défense idéaliste par tout le poids du bras séculier et militaire de l’UFP.
Magnifique. On pourrait presque se croire dans Star Trek… du moins si cette scène qui en jette ne contredisait pas autant ce qui été montré précédemment.
Car dans une force armée, le commandement opérationnel ne revient pas directement aux officiers de la seconde section (i.e. les réservistes), mais toujours en priorité aux officiers en activité. Qui plus est, la rapidité avec laquelle Riker a repris la main sur toute l’affaire du fond le trou où il s’était enterré depuis des années, en exauçant en un tournemain ce en faveur de quoi Picard se bat (et se débat) avec tant de difficultés depuis le début de la série, constitue un camouflet (de plus) infligé à l’héritage de Jean-Luc au sein de Starfleet (en somme le "simple" capitaine Riker a bien davantage d’autorité et de crédibilité que "l’amiral de légende" Picard). Mais auquel cas, pourquoi Picard n’a-t-il pas d’emblée (c’est-à-dire dès le pilote ou bien le second épisode) appelé à l’aide son ex-Number One sur Nepenthe au lieu de systématiquement solliciter (et en même temps manipuler) d’anciens collègues qui le méprisaient et/ou le détestaient (Kirsten Clancy puis Raffi Musiker).
Devant la rapidité avec laquelle Riker intervient, l’autorité sans limite dont il jouit (a fortiori pour un capitaine réserviste), et sa capacité à forcer légalement tous les desiderata de Jean-Luc, en particulier protéger des androïdes alors que pourtant hors-la-loi selon les lois de l’UFP (ce qui avait pourtant valu à Picard durant tous les épisodes précédents de passer aux yeux de tous pour un idéaliste déconnecté du réel et un arrogant incurable)… cette scène confère au spectateur la désagréable impression d’avoir perdu son temps et s’être fait balader durant dix épisodes. Les auteurs ont fait prendre artificiellement au héros-en-titre le chemin le plus long… alors que, plutôt que de mendier auprès des uns et de manipuler les autres, il lui aurait suffi de faire d’emblée appel à un personnage connu de tous les spectateurs pour nous épargner une série d’atermoiements, d’aléas et de vaines humiliations.
De surcroît, cette scène renforce une fois de plus la persistante impression depuis l’épisode 8 que les showrunners ont triché et arnaqué les spectateurs durant les sept premiers épisodes de la série. Par les choix de l’UFP depuis 2385, par les propos de l’intervieweuse dans le pilote et ceux de la CNC dans le second épisode, par le cynisme de Seven, par l’attitude générale de tous envers les positions idéalistes de Jean-Luc… tout concordait à établir une UFP profondément dystopique. Mais avec l’arrivée de Riker, un ton et des manières très TNG, la série tente soudain de faire accroire que finalement rien n’a changé, que Starfleet est toujours Starfleet et que l’UFP est toujours l’UFP.
Eh bien non, c’est beaucoup trop facile. Même pour qui déplore à grand cri que les idéaux roddenberriens aient été à ce point trahis au début de la série et sans explications convaincantes, la moindre des honnêtetés intellectuelles était de l’assumer ensuite, et non de truquer la diégèse en essayant de gommer subrepticement tout de qui a précédé, en espérant que l’extase des trekkers à retrouver une petite musique familière ferait oublier la malhonnêteté de toute l’opération.
Le script initial de l’épisode prévoyait à l’origine que la flotte de Starfleet soit commandée par la CNC elle-même. Cela aurait été probablement "moins pire" contextuellement, quoique déjà difficile à avaler au regard de l’incrédulité et de la mauvaise foi initiale de l’Amirale Kirsten Clancy envers Jean-Luc Picard (pas davantage pris au sérieux que le clodo du coin, en dépit de l’explosion de Dahj à quelques dizaines de mètres des archives de Starfleet). Mais le fan-service, oui toujours lui, a conduit les showrunners à faire le choix démagogique de pousser Riker, ajoutant ainsi une incohérence majeure sur une autre incohérence majeure.

Après avoir pompé dans les épisodes précédents sur Dune et sur Mass Effect, il fallait bien compléter ce triptyque avec un nouvel emprunt majeur. C’est au tour de HP Lovecraft d’être convoqué, et avec, toutes les œuvres audiovisuelles ayant mis en scène des invasions de créatures chtoniennes tentaculaires et/ou génocidaires provenant d’univers parallèles. Citons en vrac Event Horizon de Paul WS Anderson, la saga Hellraiser, la série Stranger Things, The Avengers évidemment, Babylon 5 : Thirdspace (1998), et même en quelque sorte DIS 02x07 Light And Shadows (avec les tentacules de la "Sentinel").

En termes de visuel et de tension, cette scène de confrontation spatiale constitue théoriquement le climax de la saison. Mais comme très souvent – pour ne pas dire systématiquement dans la série Picard – la grandiloquence annoncée à grands roulements de tambours accouche d’un pétard mouillé. Confondant quantité avec qualité, tape-à l’œil avec pesanteur, show off avec crédibilité… le bouquet final s’abime dans une démo de salon high tech.
L’horizon cosmique se voit littéralement bouché et saturé de vaisseaux de Starfleet… sauf que ceux-ci sont tous identiques, à la façon des échos holographiques de La Sirena générés juste avant par la "baguette magique" de Jurati. Michael Chabon a beau prétendre (dans ses habituels communiqués politiciens) qu’il y aurait en fait quatre modèles distincts, avec un si faible écart-type perceptible, le sentiment de virtualité n’en est que plus total, à la manière d’un jeu d’origami ou de caléidoscope. Un constat d’autant plus douloureux 21 ans après les épiques combats spatiaux mis en scène par DS9, où la diversité et la matérialité des vaisseaux réussissent encore aujourd’hui, à l’ère de la 4K voire de la 8K, à véhiculer incomparablement plus de vérité organique et de prégnance (en dépit de leur faible définition SD non remasterisée).
La virtualité explose littéralement sur la passerelle de l’USS Zheng He, désertique et jonchée de multi-écrans panoramiques, telle une caricature de celle de l’USS Discovery. Riker semble ainsi s’agiter sur un décor intégralement CGI, filmé sur fond vert, et renvoyant à un sentiment de low budget voire de fan film. Jamais le sentiment d’irréalité n’aura été aussi grand.
Coté romulien, ce n’est guère mieux. Tous forgés dans le même moule, les vaisseaux empruntent même curieusement leur design quasi-invariant aux vaisseaux cylons de BSG 2003
En outre, le face à face 2D entre les deux flottes est absurde dans un espace tridimensionnel. Un ridicule tactique qu’évitait justement toujours le Star Trek bermanien, compensant ses limites de moyens (tant techniques que financiers) par des astuces crédibilisantes (perspectives subjectives, frontières physiques planes…).

Alors certes, il serait toujours possible de se réjouir qu’aucun tir n’ait été échangé et qu’aucune nouvelle guerre n’ait été engagée entre UFP et Romuliens… selon la veille tradition diplomatique trekkienne du petit discours du capitaine qui met toutes les parties d’accord.
Le hic, c’est qu’il ne s’agit ici en aucune manière du triomphe de la diplomatie. Avec ses projections holographiques, La Sirena n’allait pas davantage stopper la flotte romulienne que les dix orchidées géantes dont les Romuliens ne font qu’une bouchée (au passage guère flatteur pour le Cube borg). Et ce n’est pas non plus le discours moralisant, fatigué, et décontextualisé de Jean-Luc Picard qui avait une quelconque chance d’entamer la détermination du Zhat Vash à "sauver l’univers". Il aura fallu un rapport de force brute (la flotte de Starfleet matchant en puissance celle des Romuliens) et, surtout la rétractation de Soji à maintenir le passage ouvert sur le Thirspace d’où sortaient les higher synthetic beings à tentacules lovecraftiennes… pour que la Générale Oh consente à se retirer.
Soulignant au passage le degré d’inconséquence de Soji, qui passe de la passionaria humaniste à la super-Hitler galactique avant de le laisser gentiment convaincre par Picard. Heureusement que l’épisode brandit le joker de l’immaturité infantile des androïdes de Soong… Après l’alibi du grand âge et de la maladie neurodégénérescence pour justifier tous les nawaks comportementaux, voici l’alibi du jeune âge…

Mais en amont, c’est la base même de ce "dénouement" qui enchaîne (comme toujours) les sophismes… et aussi les inconséquences envers ce que la série a posé jusqu’à présent :
- Si Picard, n’avait pas réussi contre toute attente à convaincre Soji de refermer in extremis le portail transdimensionnel, c’est bien la "méchante" flotte romulienne de Oh qui aurait constitué l’ultime rempart contre l’invasion des "Grands Anciens" de Lovecraft et le crépuscule de tous les êtres organiques de la galaxie.
- Par son positionnement, Riker et sa flotte se préoccupent seulement de la survie d’une poignée de Synthétique pourtant légalement hors la loi, mais semblent se moquer du sort des autres formes de vie de l’univers, ce qui contredit sans explication le survivalisme cynique affiché depuis le début de la série, tout en conférant involontairement le rôle le plus responsable aux fondamentalistes exterminateurs romuliens (le comble).
- Pourquoi le "portail" ouvert par Soji, et partant, l’émetteur au sol dans Synthville, n’est-il pas immédiatement pris pour cible, aussi bien par la flotte romulienne que par celle de Starfleet ? Car avant tout débat sur le droit légal des IA à exister, sur les allégeances et les souverainetés territoriales, c’est bien l’invasion des higher synthetic beings qui devait être stoppée dans l’œuf. Mais Oh semble tellement préoccupé par sa soif génocidaire des Synthétiques, Riker par sa complaisance envers les "lubies" de son ancien capitaine, et Jean-Luc par son goût de la palabre… que tous y perdent leur sens des priorités et leur pragmatisme le plus élémentaire.
- N’est-il pas anti-stratégique au possible pour Oh d’apparaître devant Picard et Riker au grand jour en grand uniforme de générale romulienne… alors que formellement, sa position à la tête de la Sécurité de Starfleet n’était pas formellement compromise ? Elle aurait peut-être pu survivre aux accusations sans preuves de Musiker…
- Mais puisque la métisse vulcaine-romulienne grille ostentatoirement quarante ans de carrière exemplaire et d’infiltration au sein de Starfleet, nul au sein de Starfleet ne semble s’émouvoir de la main mise romulienne sur les plus grand secrets et tous les protocoles de Starfleet. Le préjudice ici est pourtant bien supérieur à celui de l’ambassadrice vulcaine T’Pel alias la sub-commander romulienne Selok à la fin de TNG 04x11 Data’s Day.
- L’épisode ne prend même pas la peine de s’attarder sur le cas de Narek… alors qu’il s’est transformé en allié (a-t-il été arrêté par Starfleet ? est-il reparti avec Oh ? s’est-il établi sur Coppelius ?). Quant à Soji, Sutra, et le fils Soong, indépendamment de leur statut hors-la-loi, ils pourraient légitimement être poursuivi par l’UFP pour avoir tenté d’anéantir toute forme de vie organique, mais cette question n’effleurera l’esprit de personne…
- En aval, la flotte de Starfleet repart aussi vite qu’elle est venue, laissant du coup le champ libre au Zhat Vash pour "finir le travail"… maintenant que l’emplacement de Coppelius est connu de tous et sachant qu’une cause multi-centenaire ne saurait être abandonnée du jour au lendemain. Mais heureusement que la confiance générale règne, et que la seule parole de fanatiques zélotes romuliens suffit à Starfleet. C’est fou à quel point dans l’univers mental d’Alex Kurtzman et de Michael Chabon, on passe instantanément de la dystopie cynique à la niaiserie imbécile. Visiblement, il n’y a pas qu’une seule façon de faire injure à l’idéal roddenberrien...

Confirmation (s’il en fallait une de plus) que la série Picard ne bénéficie d’aucune supervision d’écriture cohérente à l’échelle d’une saison pourtant réputée très sérialisé : le focus sur Sutra, Soji et les androïdes soongiens aura totalement fait perdre de vue l’objectif initial, à savoir retrouver les androïdes de type A500 qui avaient attaqué Mars, et déterminer l’origine de leur noyautage. Les showrunners semblent avoir oublié que les informations du teaser de Picard 01x08 Broken Pieces (à savoir la séance de conditionnement du Conclave Of Height) n’ont été révélées qu’aux spectateurs et non aux héros de la série, et la responsabilité exacte ainsi que le modus operandi des Romuliens restent encore à déterminer, tout comme le sort exact de ces A500. Le public déplorait le traitement inique infligé par les humains au F-8 dans le teaser de Picard 01x03 The End Is The Beginning, mais désormais ses semblables semblent indifférer tout le monde.
Ignorer cet élément, pourtant à l’origine de la tragédie depuis 2385, engendre réussit à générer une confusion sur les causalités et des délimitations, notamment quant à l’interdiction par l’UFP qui s’était bel et bien étendue indifféremment à l’ensemble des Synthétiques, y compris les Sentients à matrice positronique (pour mémoire une interdiction ayant causé la mort de Thad) et pas seulement aux androïdes non-sentients. D’autant plus que l’absence de sentience des A500 reste à prouver, l’UFP ayant été de toute façon totalement indifférente au facteur sentience dans cette proscription au mépris des jurisprudences acquise durant TNG et VOY.
Car si l’interdiction par l’UFP s’était limitée aux formes de vie artificielles non sentients, ou pire, si ladite interdiction s’était décidée en raison de l’absence connue d’autres androïdes sentients depuis la mort de Data, alors par leur volonté de dissimulation, Altan Inogo Soong et Bruce Maddox porteraient l’entière responsabilité de cette catastrophe humanitaire et éthique.

Jean-Luc sort du black-out dans lequel il avait sombré.
- Picard ?
- Docteur.
- Picard ! Picard.
[Flash-back des rêves de Picard avec Data]
- [Data] Voudriez-vous la terminer, capitaine ?
- Non. Je ne veux pas que la partie se termine.

[Retour sur la passerelle de La Sirena]
- [Jurati] Picard ! Nom de Dieu !
- [Picard d’une voix faible mais apaisée] Tout va bien.
- [Soji voyant tout cela par la ligne de communication] Que se passe-t-il ? Que lui arrive-t-il ?
- [Jurati] Son anormalité cérébrale. Il flanche.
- [Soji nerveuse] Pouvez-vous l’emmener au laboratoire médical sur l’un de vos vaisseaux ?
- [Picard] Ça ne sert à rien, n’est-ce pas, Docteur ?
- [Jurati à Soji] Non.
- [Soji] J’envoie le bloc de téléportation. Je vais vous téléporter ici.
[Tout le monde se précipite autour de Picard, allongé sur le sol]
- [Raffi] Non.
- [Picard] Tout va bien. Tout va bien.
- [Soji] Non. Non. Qu’avez-vous fait ?
- [Picard] Je vous ai donné le choix. Ne pas être le Destroyer dépendait de vous. Ça a toujours dépendu de vous.
[Tous sont émus, certains pleurent]
- [Picard] Elnor. [Elnor, les yeux larmoyants, s’avance et Picard lui touche le visage en lui lançant un regard profond puis essaye de se tourner vers Raffi] Raffi ?
- Oui, JL.
- Vous aviez raison.
- À propos de quoi, JL ?

Et Picard rend son dernier souffle...

Rios observe seul le couché de soleil. Ses yeux sont rouges de chagrin. Il est rejoint par Seven of Nine, bouteille à la main. Elle avale une gorgée et s’assoit à côté de lui.
- [Rios] Vous avez entendu ?
- À l’instant. C’est ce qui passe pour de l’alcool, ici. Je ne le conseille vraiment pas.

- [Rios avale lui aussi une gorgée. Sa réaction semble montrer qu’il est d’accord avec Seven, sur ce breuvage] J’ai dit que je ne le referais jamais plus et bordel, je l’ai refait.
- Pareil pour moi.
- Referais plus jamais quoi ?
- Tant de choses. Mais par exemple, ne plus jamais... tuer quelqu’un parce que c’est ce qu’il mérite. Juste parce que ça me choque qu’il soit encore vivant. Et vous ?
- Ne plus jamais laisser un vieux capitaine de vaisseau coriace et moralisateur entrer dans mon cœur. Ne plus jamais rester impuissant à le regarder mourir.
- Auriez-vous pu faire quoi que ce soit pour empêcher ça ?
- Non, je suppose que non.
- Alors je gagne.

Raffi est seule, perdue dans ses pensées. Elnor la rejoint. Avant qu’il ait pu dire un mot, il fond en larme.
- [Raffi luttant contre les sanglot elle aussi] Ça va aller. Ça va aller. Épanchez-vous. [Elle le prend dans ses bras] Pleurez. Je suis là. [Elle se met à pleurer elle aussi]

Picard se réveille assis dans un fauteuil. Il est dans le château Picard, devant la cheminée. Un feu brûle apportant un point de lumière. Toute la pièce est baignée dans une obscurité onirique. Picard remarque que certains objets ne sont qu’une réplique grossière de ceux de cette pièce. La caméra s’attarde sur des statues signatures de Bouddha et de Ganesh. À la grande surprise de Picard, Data le rejoint et s’assoit dans le fauteuil en face du sien.
- Un autre fichu rêve.
- Non, Capitaine. C’est une simulation quantique extrêmement complexe. J’imagine cependant que de votre perspective, m’entendre dire ça, n’est pas déplacé lorsque vous rêvez de moi. S’il vous arrive de rêver de moi.
- Je rêve constamment de vous.
- Intéressant. Ce sont les vêtements que vous portiez au moment de votre mort ?
- Data... suis-je mort ?
- Oui, Capitaine. Vous souvenez-vous de votre mort ?
- Je crois. Quelque chose a disparu dans ma tête, comme le château de sable d’un enfant qui s’effondre.
- J’ai conscience d’avoir été tué en 2379, mais je n’ai aucun souvenir de ma mort. Ma conscience existe dans une immense et complexe reconstruction quantique faite d’une copie des souvenirs que j’ai téléchargés dans B-4 avant de mourir.
- Vous ne vous souvenez pas de votre mort ? Je ne peux l’oublier.
- Apparemment, j’ai fini mon existence en espérant prolonger la vôtre.
- C’est exact. Avant même que j’aie saisi la nature de notre tâche difficile, vous l’aviez conçue et exécutée. J’étais furieux !
- Mes excuses, Capitaine. Mais je ne suis pas sûr que j’aurais pu faire autrement.
- Exact. Ç’aurait pu être l’acte le plus typique de Data que vous ayez accompli. J’ai toujours regretté de ne pas avoir dit que j’étais désolé que ça n’ait pas été moi à votre place.
- Capitaine. Regrettez-vous d’avoir sacrifié votre vie pour Soji et son peuple ?
- Pas un seul instant.
- Alors pourquoi pensez-vous que je regrette d’avoir sacrifié la mienne pour vous ?
- Voulez-vous dire que tout ceci était une simulation ?
- Oui, monsieur. Et très élaborée. Mes engrammes de mémoire proviennent d’un neurone récupéré par Bruce Maddox, et ma conscience a été reconstruite par mon frère, Docteur Altan Soong.
- Je ne l’aime pas beaucoup.
- Les Soong, il faut... Je crois que l’expression est : "apprendre à les aimer."
- Quoi qu’il en soit, c’est merveilleux de vous voir, Data. De voir votre beau visage étrange. L’une des très nombreuses choses que j’ai regrettées après votre mort... c’est de ne vous avoir jamais dit...
- Que vous m’aimiez ?
[Picard hoche de la tête pour approuver. Après un temps, Data reprend] Savoir que vous m’aimiez est une petite mais assez importante partie de mes souvenirs. J’espère que cela vous réconforte, monsieur.
- Absolument. Merci, Data.
- C’est pourquoi je vais vous demander une faveur.
- Bien sûr. Tout ce que vous voudrez.
- Quand vous partirez...
- Partirez ?
- Désolé, je ne comprends pas. Je croyais que c’était une simulation.
- Oui, monsieur.
- Mais vous n’en êtes pas une.
- Avant l’arrêt de vos fonctions cérébrales, les docteurs Soong et Jurati, avec l’aide de Soji, ont pu scanner, localiser et transférer une image neurale complète des substrats de votre cerveau.
- Je dois partir ?
- Oui, Capitaine.
- Vous m’avez demandé une faveur.
- Oui, monsieur.
- Quand vous partirez, je serais très reconnaissant si vous mettiez un terme à ma conscience.
- Vous voulez mourir.
- Pas exactement, monsieur. Je veux vivre, bien que brièvement, sachant que ma vie est limitée. La mortalité donne un sens à la vie humaine, Capitaine. La paix. L’amour. L’amitié. Ils sont précieux, car on sait qu’ils ne peuvent pas durer. Un papillon qui vit éternellement... n’est pas du tout un papillon.
- Très bien. Je ferai ce que vous demandez.
- Merci, monsieur.
- Au revoir, Commandant.
- Au revoir, Capitaine.

Picard se réveille nu, dans le caisson de golem. Soon, Soji et Jurati sont penchées au-dessus de lui.
- [Jurati] Bonjour, monsieur.
- [Picard hésitant] Je suis réel ?
- [Soji] Bien sûr.

Picard, habillé, boit une tasse (de thé ?) assis à la table du laboratoire de Soong. Ce dernier, Soji et Jurati sont assis avec lui.
- [Picard] Parlez-moi de ce corps. Ce... golem.
- [Jurati] Il n’a pas d’augmentations, pas de super-pouvoirs.
- [Soong] Je savais que vous ne voudriez pas vous conformer à quelque chose de nouveau. Pas après 94 ans dans le même corps, avec le même visage.
- [Picard] Je vois.
- [Soong] Tout est nouveau, cependant. Tout fonctionne.
- [Soji] Et l’anormalité cérébrale a disparu. Pour de bon.
- [Picard joyeux] Extraordinaire. [Puis soudainement inquiet] Vous... ne m’avez pas rendu immortel ?
- [Soong] Oh, du calme, mon vieux. Tout le monde était attentif. On s’est occupés de vous.
- [Jurati] On a conçu un algorithme d’homéostasie cellulaire qui devrait vous donner, plus ou moins, le nombre d’années auquel vous vous seriez attendu sans la condition cérébrale.
- [Picard] Dix ans de plus ne m’auraient pas dérangé. Vingt ? Docteur Soong, je dois vous remercier. - Mon gain est votre perte. Mais maintenant, on a tous deux quelque chose à perdre. J’ai une promesse à honorer.

Dans la simulation, Data boit un verre et écoute la chanson Blue Skies, qu’il avait chanté au mariage de Troi et Riker et que B4 fredonnait après le transfert de mémoire, à la fin du film Nemesis. Il se lève et s’allonge sur le Sofa. En même temps, Picard retire une à une les cartes des engrammes de Data des ordinateurs. Il le fait en parlant à Soong, Jurati et Soji.
-  [Picard] Ça en dit long sur l’esprit du commandeur Data qu’en... regardant la race humaine avec sa violence, sa corruption et son ignorance intentionnelle, il pouvait encore voir la bonté, l’immense curiosité et la grandeur de l’esprit. Et il voulait, plus que tout, faire partie de tout ça... faire partie de... la famille humaine. « Nous sommes ce dont les rêves sont faits... et notre petite vie se termine... par un sommeil. » [Picard cite ainsi Shakespeare]
Dans la simulation, Data se rend compte de quelque chose mais un double du Capitaine Picard en uniforme de la série TNG apparaît et lui prend la main. Data est rassuré. Soudainement son visage se ride énormément, puis se pétrifie, mais comprenant ce qu’il se passe, Data sourit avant de fermer les yeux. Puis son corps tombe en poussière et disparaît.

La musique de Blue Skies continue pendant que défilent de spontueux paysages cosmiques. Rios, assis dans la chaise du capitaine de La Sinera, semble les contempler comme un appel à l’aventure. Il est rejoint par Jurati, qui lui donne un baiser. Picard se dirige vers la passerelle, il observe Seven et Raffi qui semblent se rapprocher intimement. Elnor le suit, comme dissimulé dans son ombre.
- [Picard à l’équipage] C’est le moment.
Tous les membres de l’équipage vont sur la passerelle, portant un combadge (peut être des Fenris Ranger) et s’installent sur un siège. Picard intercepte Soji.
- Soji... vous avez enduré tant de choses et voyagé si loin pour trouver votre foyer. À présent, vous laissez tout ça derrière vous.
- Je crois que je suis plus faite pour l’errance. Maintenant que les synthétiques ne sont plus bannis, je peux voyager.

- [Picard avec un sourire narquois] Moi aussi.
- [Rios] Prêt, Amiral ? [Tout le monde se tourne vers Picard]
- [Picard avec un sourire et plein d’assurance, la musique de TNG en renfort] Engage.

Conclusion

À défaut d’apporter des justifications et une conclusion crédible aux péripéties picaresques de la première saison de Picard, le final 01x10 Et in Arcadia Ego, Part 2 révèle sans ambages les intentions premières des auteurs, à savoir exhumer de leur retraite les personnages de TNG et offrir une coda au film Star Trek Nemesis.

Il est de notoriété publique que, dans le dernier film produit par Rick Berman, certains trekkers avaient été frustrés par la mort sacrificielle de Data – moins grandiloquente et plus définitive que celle de Spock dans ST II The Wrath Of Khan.
Alors qu’à cela ne tienne, la série Picard a composé un bis repetita, mais cette fois à rallonge, larmoyant et opératique, et tant pis si cela s’est fait sur le dos de l’utopie roddenberrienne, de la vraisemblance factuelle, de la pudeur et de la retenue trekkiennes… tant pis également s’il ne s’agit pas vraiment de Data (mais seulement d’un écho de Data) qui re-meurt, et tant pis si cette mise à mort par euthanasie est totalement gratuite (puisque la technologie à la disposition de Bruce Maddox et du fils Soong aurait permis à cet écho-de-Data d’être uploadé dans un nouveau corps synthétique à sa mesure).
Et Picard n’éprouve aucun malaise à euthanasier l’écho de Data pourtant parfaitement intègre dans sa simulation quantique (il s’agit en gros de la sauvegarde de l’esprit de Data tel qu’il était au début de ST Nemesis et non au moment de sa mort), alors qu’il aurait pu bénéficier comme lui d’un transfert de conscience dans un corps positronique d’androïde (le terme de "golem" étant en la circonstance totalement impropre). Du coup, il y a quelque chose d’obscène à philosopher sur la mort qui donne de la valeur à la vie ou sur le regret de ne s’être pas sacrifié en 2379 en lieu et place de Data... pour en faire exactement de même maintenant mais sans du tout y être contraint par les circonstances.

Pourtant, même s’il n’avait pas été forcément bien accueilli au premier visionnage, Star Trek Nemesis n’a cessé de grandir avec le temps au sein de la communauté des trekkers, car ce film véhiculait d’authentiques sujets de fond antidotes à Kelvin (notamment la prépondérance de l’acquis sur l’inné, la romanité romulienne…), il offrait à Data un accomplissement dans son parcours personnel vers l’humanité, il était poignant par son sens acéré de la tragédie tout en retenue, et malgré sa noirceur assumée, il s’achevait par une note trekkienne d’espérance et d’optimisme (notamment un rapprochement entre UFP et Empire romulien).
Mais Kelvin (avec l’intrigue anti-scientifique de la supernova Hobus qui surprend les Romuliens) puis ST Picard auront foulé aux pied l’héritage positif de Nemesis (profanation en règle aussi bien de Romulus que de l’utopique UFP), pour n’en réduire la signifiance trekkienne qu’au fétichisme de ses deux personnages vedettes (Jean-Luc et Data).

On prétend donc rejouer ici la partition en mieux. Sauf que les fausses notes plombent la ré-instrumentation : tout est bancal, artificiel, prétexte, factice, et gratuit.
Ayant offert un émouvant épilogue à TNG, ST Nemesis n’avait pas besoin d’être "racheté" par la série Picard. Mais pour que la mouche du coche se fasse passer pour indispensable, elle recourt à l’un des schémas les plus ressucés d’Hollywood : la rédemption ! Mais ici dans une version industrielle. Ce n’est pas seulement un personnage, mais carrément tous les protagonistes qui passent à cette casserole. Qu’il s’agisse de Picard lui-même of course, mais également de Musiker, de Jurati, de Rios, de Soji, de Seven, de Maddox, de Hugh, d’Elnor, de Riker, de Deanna… voire de la Federation elle-même, la série les vend comme profondément "abimés" par une dérive dystopique sortie de nulle part. Mais leur seule rencontre providentielle, ou plus exactement prédestinée, suffira à guérir instantanément mutuellement leurs blessures comme sous l’effet de la coupe du Saint Graal. Ou comment par-delà une complète improbabilité en amont, on confère ainsi une illusion de légitimité en solutionnant tant bien que mal une problématique que l’on a fabriquée toute pièce et que ST Nemesis n’appelait en aucune façon. C’est le biais cognitif de l’entérinement.
Cette première saison est donc au mieux dispensable, au pire insultante, mais ironiquement, en retour et par contraste, le dixième film en ressort grandi… comme tout le Star Trek historique (1964-2005) qui ne partage décidément ni la timeline de Kelvin, ni la timeline de Discovery-Picard.

L’histoire relaté par cette nouvelle série d’Alex Kurtzman ne possède en elle-même ni sens ni crédibilité, elle n’est qu’un alibi et un joker pour remettre en selle Jean-Luc Picard, tout en multipliant des interactions à forte charge émotionnelle pour les trekkers : rencontre entre Picard et Seven, mort de Maddox puis de Hugh, retrouvailles avec Troi et Riker, énième savant fou Soong physiquement identiques aux précédents, nouvelle mise à mort de Data (mais cette fois pompeuse et davantage tire-larmes), reconstitution de tous les gimmicks de passerelle ("make it so", "engage"…), et clins d’œil ad nauseam.
Strictement rien ne tient debout en termes de worldbuilding, de causalités internes, de régression sociétale, d’involutions personnelles… c’est au niveau de nawak et de bullshit "abyssalissime" de Discovery. Mais qu’importe… pourvu que la série offre une juxtaposition "d’instant emotions" avec les fan favorites de TNG et VOY.
Et comme pour frapper de désuétude toute préoccupation en termes d’histoire (sérialisée ou non) et de fond (dorénavant accessoires voire has been), ce porn-soap de la nostalgie-nombriliste-devenue-sa-propre-fin prétend désormais suffire à faire le bonheur (et même l’extase) des trekkers, la seconde saison promettant ainsi la double dose avec le retour de l’EMH de l’USS Voyager (Robert Picardo), de Guinan (Whoopi Goldberg), de Worf (Michael Dorn) et – les paris sont ouverts – des personnages de DS9

À l’image de la CNC Kirsten Clancy avec qui les mêmes causes dans les mêmes conditions produisent des effets aussi aléatoires qu’imprévisibles (la première fois, elle avait ri au nez de Picard, la seconde fois elle a cédé à toutes ses exigences, alors que strictement rien n’avait changé entretemps de sa perspective) ; à l’image de Soji qui bascule en quelques secondes de l’être le plus humaniste que ST ait jamais mis en scène à l’orchestratrice de la "solution finale" contre tous les organiques de l’univers ; à l’image du twist abramsien portant sur le fils caché de Noonien Soong, le Dr Altan Inogo, dont l’existence même est totalement incompatible avec TNG ; à l’image de ce retour non-sensique de Riker, passé en quelques minutes d’une retraite décennale au fond des bois au commandement d’une flotte de Starfleet plus imposante encore que lors de la Guerre du Dominion ; à l’image de la levée arbitraire de quatorze années d’interdiction de la vie synthétique par la grâce d’un happy end sorti du chapeau d’un prestidigitateur dans les cinq dernières minutes de l’épisode ; à l’image d’une UFP devenue dystopique dans les premiers épisodes de la saison sans aucune justification crédible et redevenue utopique sans la moindre explication dans le dixième épisode ; à l’image du pathos et du mélo soapesques auquel toute la narration est dédiée ; à l’image de cette collection ininterrompue de placements, de gages, et de signes de connivences (lanterns) offerts en pâture à la gourmandise des trekkers au mépris de toute vraisemblance contextuelle… Picard 01x10 Et In Arcadia Ego, Part 2 fait basculer la série dans les pires standards des… fan-productions !
Une fan-production disposant certes d’un bien plus gros budget mais de bien moins de compréhension et de respect trekkien que ST Axanar, ST Continues, et ST New Voyages (pour ne citer que celles-là).

Et sans le moindre doute, toutes les caractéristiques d’une très mauvaise fan-production sont réunies ici :
- Ce n’est pas seulement le pilote qui a été abusivement délayé sur trois épisodes, c’est la première saison entière qui – par sa pauvreté sémantique – aurait pu tenir sur 90 minutes ;
- Les ressorts narratifs et contextuels (dystopie/utopie, valorisation/ridiculisation de Picard, interdiction/autorisation des Synthétiques, changement de camp comme de chemises de Jurati/Soji/Soong/Narek…) sont à géométries variables au gré des besoins des auteurs ;
- Les caractérisations sont dans l’ensemble très médiocres, entre l’inutilité et la médiocrité (Elnor), les autoparodies cartoonesques (Narissa), les clichées ambulants (Rios et ses hologrammes), les incohérents (Jurati, Narek, Soji), les morts gratuites (Hugh, Maddox), les impossibles (Altan Inigo), et les trahisons (Seven, Picard)…
- L’écriture et la construction narrative oscillent entre l’absurde et le manipulatoire : changement des "règles du jeu" en cours de route au sujet de Starfleet et de la CNC Clancy, incurie et je-m’en-foutisme envers la mort de Maddox et le crime de Jurati, perte de vue de la problématique des Synthétiques A500, sentience des hologrammes, trous scénaristiques à répétition (à l’instar de la téléportation d’Elnor sur le Cube, de la présence de Narissa sur Coppelius, du sort final de Narek…).
- Confusion et superposition permanentes, souvent transpositionnelle et SJW, parfois même inconsciente, entre l’UFP et les USA (notamment par les postures, les idiosyncrasies, la vulgarité, les f-word, les sobriquets…), tuant à la fois l’intemporalité de l’identité trekkienne et son indépendance envers le contemporain.
- Partis pris de représentation et de mise en scène faisant passer la série pour fauchée, alors que son budget est pharaonique (bien supérieur à ceux des séries pré-2009, même en ajustant à l’inflation).
- Viols continuels de la continuité et de l’internalisme… par priorisation de l’externalisme (intentions de production bien trop voyantes), par la capitalisation sur la nostalgie à l’attention des trekkies, et d’une exécrable utilisation du lore trekkien (peu de connaissance des auteurs mais beaucoup de recours aux wikis).
- Emprunts grossiers et plagiats éhontés d’autres univers imaginaires (Mass Effect, Dune, HP Lovecraft…).
- Recours sans retenue aux dei ex machinae sortis de nulle part, qui ne devraient pas être là où ils sont, savoir ce qu’ils savent, ni avoir le pouvoir résolutif qu’ils ont.
- Sciences parodiques (e.g. la reproduction de Data et de ses souvenirs à partir d’un seul neurone positronique) et technologies tape-à-l’œil mais impraticables (les écrans translucides et les interfaces holographiques qui sont des WTF opérationnels).
- Magie prenant le pas sur la technologie pour solutionner les problèmes et sortir des impasses (la "baguette magique" laissée par Saga dont se servent Musiker et Rios pour réparer le réacteur de La Sirena puis Jurati pour projeter des images du vaisseau dans l’espace), c’est littéralement le Tesseract de Stan Lee permettant de matérialiser n’importe quel objet et même d’exaucer n’importe quel vœu par la pensée).
- Invraisemblances, incohérences, trous scénaristiques atteignant une masse critique et faisant injure à la légendaire rigueur trekkienne historique jusqu’en 2005.
- Dérives soap, pathos, et mélo sombrant dans les pleurnicheries collectives (Alnor, Raffi, Agnes) façon Michael Burnham dans Discovery et façon séries CW pour ados par les scènes gerbantes de "couples qui se forment" (y compris gay entre Seven et Raffi) à la fin du final.
- Fétichisme des postures, des gadgets, des BO historiques, des gimmicks, des formules (jusqu’au "Engage" picardien final) pour un fan-service toujours plus démonstratif afin de masquer l’incompétence d’écriture et l’incompréhension trekkienne des scénaristes.
Et ce ne sont pas les pseudo-justifications foireuses et pleine de sophismes dont Michael Chabon inonde les réseau sociaux (dans les minutes qui suivent la diffusion des épisodes) qui rédimeront quoi que ce soit. Une œuvre bien écrite et bien produite n’a pas besoin de se reposer systématiquement sur les prothèses et les béquilles d’un SAV fourni en parallèle du visionnage.
Si encore Chabon prodiguait des éclairages intellectuellement solides et recevables comme le faisait Ronald D Moore sur les chats AOL du temps béni de DS9. Mais il n’en est hélas rien ici, puisque le système de défense passe-partout de Michael Chabon repose systématiquement sur l’ellipse et l’off-screen. Ben oui quoi, toutes les informations manquantes, les incompatibilités, les incohérences, les WTF à répétition sont en fait "expliquées" hors champs, c’est-à-dire hors du scénario, hors de la série quoi. Utilisez simplement votre imagination pour remplir vous-mêmes les trous dans le script, pour colmater les fuites dans la coque, et pour vous arracher au trou noir supermassif.

C’est au fond la dynamique initiée par Alex Kurtzman et JJ Abrams sur Kelvin en 2009 qui atteint ici sa pleine maturité. Un univers gigantesque dont l’expansion a été renversée, désormais refermé sur lui-même et centripète, condamné à graviter autour de ses icones historiques les plus populaires, au point d’être continuellement remodelé et retconé à leur seul profit. Mais avec Picard, le reboot perpétuel passe au cran supérieur : il n’a même plus besoin de recast (au contraire de Kelvin et Picard), c’est avec les acteurs originels que le Trekverse bascule dans le VIP-verse !
Et de la même façon que Kelvin avait prétendu s’affranchir du "fardeau" de la continuité… pour refaire lamentablement du "Kirk versus Khan" dès le second volet, Picard se contente d’exploiter avec une obscénité décomplexée la nostalgie des trekkers et tous les clichés de la culture populaire (name dropping à gogo), tout en recyclant la thématique foireuse de la saison 2 de Discovery (Contrôle et les cyber-tentacules du futur), sans apporter une once d’idée nouvelle ni la moindre substance SF.
Car aussi bien en matière de cybernétique, de péril IA, d’invasion depuis un tiers-universe, d’ontologie, d’existentialisme, de philosophie, de sentience, de politique, de diplomatie, de droit, de géostratégie… le Star Trek-qui-fut (TOS-TNG-DS9-VOY-ENT) avait fait incomparablement mieux il y a déjà des décennies.
Quant à la concurrence passée (Odyssey 5, Battlestar Galactica 2003, Caprica, Stargate Universe, The Sarah Connor Chronicles, Person Of Interest…) et présente (The Expanse, Westworld, For All Mankind, The Man In The High Castle…) met juste ST Picard minable.

Tout en "trekkie-exploitation" du matériau existant sans aucune valeur ajoutée en propre, vampirisant à mort le VRAI Star Trek (lorsque Star Trek méritait pleinement de son label) sans être fichu de l’enrichir d’une quelconque façon, nuisant rétrospectivement (comme Discovery) à la parfaite unité et cohérence trekkiennes durant 40 ans (1964-2005), cannibalisant de façon gloutonne la concurrence au point de faire perdre à la franchise sa spécificité et son identité (i.e. tout ce qui distingue Star Trek du reste)... ST Picard n’est pas seulement une fausse fan-production friquée émanant de showrunners méprisant les trekkers et mécomprenant Star Trek, c’est tout bonnement un produit dérivé, un vulgaire goodie à ranger entre le découpe-pizza à l’effigie d’Enterprise et la station Deep Space 9 en lego.

Chose à peine pensable il y a encore quelques mois, Picard se révèle par certains côtés pire encore que Discovery ! Pas en elle-même certes, mais par son articulation avec le Trekverse.
Car cette nouvelle série condit à une constat totalement inédite dans l’empire des reboots/remakes/resets/revivals : une situation où l’absence de recast est davantage préjudiciable qu’un recast !
Parce que le recast de Discovery avait en quelque sorte le "mérite" de moins dissimuler la rupture franche avec TOS, moyennant des incompatibilités de timelines beaucoup plus nettes.
Alors que par sa volonté de davantage s’inscrire dans la continuité de TNG, sans en avoir pour autant les capacités intellectuelles et culturelles, la manipulation et la duplicité de Picard s’avèrent accrues.
Vérifiant une fois de plus la tragique "équation kurtzmanienne" : chaque fois que croyons toucher le fond de l’abîme, la déclinaison suivante réussit le tour de force de nous détromper et de s’avérer pire encore.
Ainsi, en dépit de toute son inanité, Kelvin avait "l’honnêteté intellectuelle" d’assumer en internaliste une nouvelle timeline. En somme un reboot franc et officiel.
Puis à médiocrité équivalente, Discovery a "gagné" en hypocrisie, mais sa rupture de ton, de style, et de cast ne faisait aucun mystère de son positionnement divergent envers TOS. En somme un reboot hypocrite et officieux.
Enfin, à médiocrité et à hypocrisie équivalentes, Picard a "gagné" cette fois en illusion du fait d’acteurs et d’ambiance communes avec TNG. En somme, un reboot trompeur et perfide. Les dégâts infligés sur les esprits et sur le STU n’en sont donc que plus grands.
Cette configuration évoque beaucoup les montées en dimensions sur les algèbres abstraites des nombres hypercomplexes (complexes, quaternions, octonions, sédénions). À chaque nouveau corps (ℂ, H, O, S...), une propriété (ordre, commutativité, associativité, associativité des puissances...) est perdue.
De quoi être particulièrement inquiet pour la prochaine série kurtzmanienne. Dans quels tréfonds Star Trek va-t-il cette fois sombrer ? Et cette descente aux Enfers aura-t-elle un jour une fin ?
L’excipit de ma critique du pilote de Picard se confirme malheureusement, mais pour un paradoxe tout en relativisme (et en contraposée) : pire car meilleure.

Note épisode :

Note Star Trek :

En réalité 0/5


YR

ÉPISODE

- Episode : 1.10
- Titre : Et in Arcadia Ego, Part 2
- Date de première diffusion : 26 mars 2020 (CBS All Access) - 27 mars 2020 (Prime Video)
- Réalisateur  : Akiva Goldsman
- Scénariste : Michael Chabon et Akiva Goldsman

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