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Star Trek Discovery : Review 2.03 Point of Light

Date : 04 / 02 / 2019 à 14h30
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Unification


Après un épisode qui permettait à Discovery d’embrasser enfin les héritages thématiques Trek, retour à la normale cette semaine avec un scénario qui fait la part belle aux personnages : L’Rell et Ash, Michael et Amanda sa maman adoptive et Tilly et sa copine de classe décédée.

C’est peu dire que j’avais détesté le dernier épisode de la saison 1 et particulièrement la résolution de la guerre avec les Klingons. La prise de pouvoir de L’Rell était, pour moi, synonyme de degré zéro de crédibilité, comme l’était la décision de Ash de rester avec elle sur Qo’noS. Je n’aurais donc pas versé de larmes si la production nous avait annoncé que les personnages ne revenaient pas cette saison. Hélas, la moitié de l’épisode se concentre sur les difficultés du couple.

Contestée par les autres maisons klingonnes, la situation de L’Rell n’est pas un long fleuve tranquille, fragilisé par la présence d’Ash Tyler. il a beau être l’incarnation modifiée génétiquement de Voq, les Klingons ne voient en lui qu’un humain usurpateur. Pour moi, la situation est totalement logique et donc sans aucune surprise pour le spectateur, bref un ennui total. Même la bagarre entre les protagonistes m’a fait bailler, tant celle-ci est médiocrement filmée. Seule la résolution de cette histoire m’a un tant soit peu réveillé avec l’arrivée théâtrale de Philippa Georgiou. Je laisse néanmoins à Yves le soin de hurler sur cette Section 31 si technologiquement avancée que cela en devient ridicule. Considérant, malgré les dires de la production, que la série ne peut pas (plus) être canon par rapport à TOS, j’ai désormais pris partie de ne plus m’intéresser au débat sur la continuité avec les autres séries Trek...

Bref, si j’ai aimé cet épisode, ce n’est pas avec cette partie de l’épisode. Plus intrigant est l’arrivée inopinée d’Amanda sur le Discovery. La mère de Spock débarque pour demander l’aide de sa fille adoptive Michael. Émotionnellement, leurs scènes sont beaucoup plus intéressantes. Dans la famille de Spock, Amanda est certainement le personnage qui a été le moins développé. J’ai particulièrement apprécié l’alchimie naturelle qui s’opère entre Sonequa Martin-Green et l’excellente Mia Kirshner. C’est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur l’enfance de Spock et de commencer à deviner ce qui a provoqué la cassure avec Burnham.

La troisième thématique de la semaine concerne Tilly et le mystère de sa camarade décédée. Pour revenir à notre interrogation de la semaine dernière sur le risque de changement de position de Discovery sur le statut de la religion et des phénomènes paranormaux dans Star Trek, la résolution dans cet épisode aurait tendance à me rassurer. C’est par un raisonnement scientifique que la présence de ce "fantôme" est expliquée. Reste qu’il me semble qu’on n’est pas allé au bout des motivations de ce parasite sporique...

Point of Light est pour moi un épisode de transition pas très satisfaisant, mais pas déshonorant non plus.

FM

S’être essayée le temps d’un épisode à l’exploration trekkienne – quand bien même mâtinée de mysticisme et d’angélologie – fut manifestement pour Discovery une épreuve tellement contre-nature que le rétropédalage allait fatalement être aussi violent qu’intégral. DIS 02x03 Point Of Light signe donc un retour en force vers les errements de la première saison, dans une version plus décomplexée encore. Tous les ingrédients sont au rendez-vous pour une recette aussi émétique : soap-system, twist-pout-le-twist, micro-univers de VIP, géostratégie de bac à sable, humour puéril, et incohérences à gogo.

Surprise (mais en était-ce vraiment une ?), Amanda Grayson, la maman de Spock (désormais interprétée par Mia Kirshner et déjà entraperçue une paire de fois dans la première saison) s’invite à l’improviste à bord de l’USS Discovery depuis le vaisseau diplomatique de Sarek.
Syndrome du soap dynastique, les guests sont toujours les enfants, les adelphes, ou les parents de l’un des protagonistes. Et symptôme de l’univers miniature, l’USS Discovery a beau parcourir plus de 50 000 années-lumière dans l’épisode précédent (soit presque toute l’épopée de l’USS Voyager), papa ou maman débarquent à bord tout naturellement comme s’il s’agissait du bus allant au centre-ville.
Malheureusement, aussi fascinante que soit l’actrice Mia Kirshner, elle ne pourrait rédimer un script inepte. Visiblement, sa fonction narrative est d’être le chœur antique destiné à emphatiser (bien artificiellement) la dramaturgie relationnelle déployée autour de Spock – devenant quant à lui le MacGuffin de la seconde saison. L’épisode s’empêtre ainsi dans un maelström de "révélations" qui non seulement n’apportent strictement rien d’enrichissant à la psyché du personnage le plus iconique de TOS, mais qui réussissent même à se contredire elles-mêmes sans cesse (tant par rapport aux épisodes précédents qu’à DIS 02x03 Point Of Light lui-même) tout en trivialisant comme jamais la vulcanité.
Lorsque le capitaine Diego Vela révèle que Spock s’est enfui de l’institution (où il s’était pourtant interné volontairement) après avoir assassiné ses trois médecins (!!!), Amanda conteste immédiatement (et bien naturellement) la simple possibilité de l’implication de son fils dans un assassinat (avec l’approbation de Michael et de Christopher). Mais il lui suffira de revisiter avec Burnham quelques souvenirs d’enfance de Spock pour conclure que celui qu’elle présentait comme si "doux" et si "bon" (sic) pourrait finalement bien être un psychopathe, quitte à convoquer pour cela tout le prêt-à-penser-en-kit de trente années de FBI-profiling de serial killers en séries TV. Dépossédant ainsi l’altérité vulcaine du peu qui lui restait de non-anthropomorphisme après le rouleau compresseur procuste des trois films Kelvin, il apparaîtrait qu’en prodiguant à Spock une éducation pleinement vulcaine, Sarek serait devenu un père abusif et insensible ayant progressivement transformé son fils en dangereux schizophrène, en Dexter quoi ! Ce qui au passage éclabousse Amanda, personnage historiquement exemplaire... mais qui apparaît soudain en creux comme une bien mauvaise mère : menteuse, médisante, faible, et irresponsable.
Mais que reste-t-il de l’inhérence vulcaine dans une série qui cherche à transformer la plus emblématique espèce extraterrestre du Trekverse en de vulgaires humains coincés et hypocrites n’assumant pas leurs émotions ? Que reste-t-il du superbe TAS 01x04 Yesteryear où la voie vulcaine était à la fois celle du respect et de la liberté de choix laissée à l’enfant ?
Les showrunners ne voient-ils pas non plus que DIS 02x03 Point Of Light contredit frontalement ce que la série avait affirmé juste avant ?! Si l’éducation vulcaine de Sarek avait été aussi "intégriste", alors comment se fait-il que Discovery 02x01 Brother ait révélé que l’humaine Michael avait été adoptée essentiellement dans le but d’éveiller le jeune Spock à l’empathie ? Et pourquoi prétendre maintenant que Spock se serait irréversiblement fermé à sa sœur adoptive Michael (une posture d’ailleurs bien plus irrationnelle que logique) seulement après que celle-ci l’a "tactiquement" rejeté… alors que Spock lui fut hostile dès leur première rencontre (si l’on en croit le flashback de l’épisode Brother).

Mais le paroxysme de l’inconséquence anthropomorphiste réside dans le ressort des Logic Extremists. Persévérant dans le parti pris affligeant de Discovery 01x06 Lethe, le ST kurtzmanien révèle que c’est désormais tout au long de son Histoire au sein de l’UFP que Vulcain aurait été gangréné par des mouvements terroristes endogènes directement calqués sur Al-Qaïda ou Daesh ! Quitte pour cela à accoucher d’une aporie, car autant il peut exister des obédiences divergentes quant à l’interprétation des enseignements de Surak ainsi que des influences/intrigues exogènes (ce que montrèrent si bien Enterprise et TNG 07x04+07x05 Gambit), autant la logique ne peut être – par définition – extrémiste, intolérante, et criminelle… pas plus que ne le sont le doute et le scepticisme. Car il ne s’agit pas là d’idéologies subjectives et prosélytes parmi une infinité d’autres…
Maintenant, en supposant (par apagogie) que des groupes terroristes vulcains aient dénaturé l’acception même du vocable "logique", l’adhésion à la Fédération (dont les Vulcains comptent tout de même au nombre des membres fondateurs) impliquait d’avoir entériné la disparition définitive de pareils obscurantismes (cf. la quatrième saison d’Enterprise mais également la leçon d’Histoire vulcaine dans TOS 03x15 Let That Be Your Last Battlefield). Et quand bien même de pareils groupes bassement racistes (et n’ayant de "logique" que le nom ce qui "craindrait" tout de même pour des Vulcains…) aient encore existé durant la jeunesse de Spock, quel était la "logique" de viser en priorité une humaine d’adoption et non l’épouse terrienne de l’ambassadeur Sarek et/ou leur fils métis… au point que Michael se soit senti moralement tenue de repousser Spock (un demi-humain) pour en porter ensuite seule le déshonneur à ses yeux ?!
Un cas d’école : lorsque le dogme intello-bobo de la transposition utilitariste ruine l’essence même d’une construction extraterrestre ultra-cohérente patiemment développée durant quarante ans.

Malheureusement, être retombé dans les pires ornières de la première saison ne dispense pas DIS 02x03 Point Of Light de continuer également à s’abreuver au mysticisme potentiellement anti-trekkien de la seconde.
En effet, coup de théâtre (mais en était-ce vraiment un ?) : les Anges rouges ont apparemment épaulé Spock durant toute sa vie, puisque c’est l’un deux serait apparu à Spock durant son enfance pour lui révéler l’endroit (ShiKahr) où Michael se trouvait lorsqu’elle fugua à destination de la Terre (suite aux menaces des Logic Extremists).
Dans cette seconde saison de Discovery, les angéliques présences sont donc partout. Mais aussi rétroactivement, de tous temps, aussi bien en 2053 sur Terre durant la WW3, que sur Vulcain dans les années 2240 dans l’esprit du jeune Spock… Et réservant la magnificence ataraxique de leurs Visitations à quelques "Élus" – VIP du micro-univers of course – tels Spock et Michael.

Le spectre de May Ahearn, amie d’enfance de Tilly décédée en 2252, et aux accents angéliques dans DIS 02x02 New Eden… se voit brutalement démystifié dans l’épisode. Elle était en fait un "organisme eucaryote multicellulaire" (dixit Stamets mais aussitôt interprété par tous comme synonyme de champignon alors que les humains aussi sont des eucaryotes) et un "parasite fongique multidimensionnel" (d’où sa taille façon TARDIS) et provenant de spores mycéliens natifs du Mirror Universe et qui se serait accroché au corps de Tilly en fin de saison 1 (lors de la traversée de retour inter-univers), avant d’être activée lors de la décharge énergétique de matière noire dans l’épisode précédent. Bien entendu, au sens trekkien, c’est plutôt bon signe (quoique l’improbable explication fournie et le mode d’extraction spectaculaire sonne davantage Doctor Who que Star Trek).
L’ennui, c’est que la précipitation avec laquelle les showrunners s’emploient à dégonfler la baudruche engendre une floppée d’incohérences. Difficile en effet de croire que cette entité qui avait si intelligemment (voire si subtilement) soufflé à Tilly la solution technique ayant sauvé la planète Terralysium dans l’épisode précédent puisse soudain accumuler les gaffes les plus grossières. Ainsi, non contente de prendre le risque de compromettre le marathon de son hôte au début de l’épisode, la "May Ahearn mycélienne" sabote ensuite l’exercice de passerelle de Tilly dans le cadre du Starfleet Command Training Program… au motif que le capitaine du vaisseau (Pike) n’est pas celui qu’elle croit (Stamets) ! Les auteurs semblent avoir oublié que l’entité fut présente et active sur la passerelle dans l’épisode précédent, et qu’elle n’est supposée rien ignorer de ce que Sylvia sait…
Puis voyant Tilly se comporter de façon irrationnelle et haranguer des interlocuteurs invisibles, il ne vient alors à l’esprit de personne (pas même de l’instructeur du SCTP Saru) d’envoyer Tilly à l’infirmerie ! La hantise de Tilly sur la passerelle, était-ce juste un sympathique one woman show aux yeux du capitaine Pike (dont Saru vantera peu après le sens de l’humour) ?
Par la suite, l’entité continuera à hanter de façon irrationnelle et contreproductive Tilly jusqu’à ce qu’elle celle-ci perde les pédales, compromettant ainsi davantage la possibilité de lui faire exécuter les mystérieuses tâches qu’elle attendait d’elle. En poussant à bout son hôte jusqu’à la convaincre de folie, tout en multipliant les manifestations les plus vaines de susceptibilité (comic relief ?), c’est à croire que la fausse May Ahearn fait absolument tout pour être découverte et neutralisée par les scientifiques du vaisseau… tout en hurlant à la perspective d’être extraite du corps de Tilly.
Burnham conclura immédiatement à la "possession" mentale et physique de Sylvia par quelque chose d’autre que le spectre de May Ahearn au motif que celle-ci ne sait pas ce que pleurer signifie, une forme de déduction bien péremptoire davantage en prise avec un whodonit d’Agatha Christie qu’avec une expérience métaphysique transcendante. Car une créature symbiotique pourrait aussi bien avoir pour base d’existence une parfaite absorption des connaissances et des émotions de son hôte... que se heurter à une incompréhension partielle ou totale desdites connaissances/émotions. De même, un "spectre" - ou une "force de vie" dépossédée de tout corps physique - pourrait très bien avoir perdu certaines connaissances précises de son passé incarné...
Etant exonérée de toute responsabilité pour l’abandon du test de passerelle, Tilly sera réintégrée par Saru au SCTP… mais cette mésaventure aura pourtant révélé à quel point l’irritante enseigne est inapte au commandement : à aucun moment elle ne s’est préoccupée des risques pour l’USS Discovery et son équipage, à aucun moment elle ne fut transparente ni honnête envers ses supérieurs, et une fois de plus elle n’était préoccupée que par sa petite personne et sa grande carrière.
Il en ressort évidemment une certaine constance dans l’écriture du personnage… mais est-ce vraiment volontaire et conscient de la part des scénaristes… lorsque dans le même temps cette simple histoire B accumule les absurdités comportementales aussi bien du côté de l’entité parasitaire que de l’équipage dans son ensemble ?
Sylvia Tilly ne serait-elle pas au fond un autoportrait inconscient des showrunners eux-mêmes ?

Sur un plan scientifique, comment Stamets a-t-il réussi à extraire aussi aisément (au moyen d’un engin directement sorti de Ghostbusters) puis Saru à enfermer derrière une barrière physique ou énergétique ("protocole de quarantaine alpha-oméga") une créature réputée multidimensionnelle et qui traversait sélectivement une partie significative du corps de Sylvia ?
Plus généralement, la créature a beau être présentée comme inconnue, toute l’équipe de l’ingénierie semble batifoler en terrain familier, animée par la même ironie connivente que Bill Murray, Dan Aykroyd et Harold Ramis dans SOS Fantômes... Ouais, la seconde saison de Discovery, c’est bien "fun" !
Quant à l’entité, apparaissant désormais sous sa vraie forme (tératologique) (presque aussi drôle que le fantôme glouton), et prisonnière d’un champ de force dans la salle des machines du vaisseau… il est possible qu’elle conduise les protagonistes vers le véritable Gabriel Lorca disparu (ou son contrepoint miroir supposé mort). Le jeu de piste se poursuit…

Dans son dernier acte, DIS 02x03 Point Of Light tient également lieu de plateforme de lancement pour le spin-off consacré à la Section 31. Ou plus exactement de galop d’essai… destiné à tester la réaction du public puisque ce spin-off n’a pas encore été greenlighté par CBS. Il en est donc encore à la phase de l’étude de marché qui se déroule précisément au travers de Point Of Light).

Et pour vendre ce projet, la "bande à Kurtzman" a quand même pris la peine de regarder (si, si… mais une fois n’est pas coutume) puis de pomper sans vergogne sur le plus significatif des épisodes de la franchise historique consacré à la Section 31, qui se trouve être aussi l’un des plus éminents chefs d’œuvre de tout Star Trek, à savoir : DS9 07x16 Inter Arma Enim Silent Leges (écrit par Ronald D. Moore) ! En effet, la proximité narrative entre cet indépassable modèle et l’épouvantable copie ne saurait être le seul fait de hasard (comme le disait si bien Duflot ou Duthilleul dans Le Bureau des Légendes, « il n’y a pas de hasard, juste des enc……. »).
Une lecture superficielle pourrait même réussir à faire illusion. Dans DS9, l’agent de la Section 31, Sloan, s’emploie à consolider l’alliance forcée entre l’Empire romulien et la Fédération (arrachée auparavant via des moyens peu éthiques par Sisko dans DS9 06x19 In the Pale Moonlight). À cette fin, plutôt que de favoriser la prise de pouvoir de la patriote romulienne modérée et intègre Cretak (ce que la soft diplomatie aurait privilégié), Sloan écarte cette dernière (au risque de l’exposer à une condamnation à mort pour trahison) au profit de l’extrémiste Koval, en réalité lui-même un agent de la Section 31 loyal aux intérêt de la Fédération, mais dont les positions officielles au sein de l’Empire ne pourraient être perçues - même par le plus paranoïaque des Romuliens - comme complaisantes envers la Fédération. Ainsi, la vassalisation de l’Empire romulien à l’UFP se voit verrouillée derrière un souverainisme ostentatoire, tandis que l’honorable représentante d’un courant modéré mais indépendant se voit littéralement sacrifiée. Voilà comment le Star Trek bermanien réussissait à intégrer l’idéalisme roddenberrien dans le cynisme géostratégique du monde réel, pour édifier le premier prototype d’utopie réaliste, soit une brillante résolution de l’oxymoron.

DIS 02x03 Point Of Light tente de singer l’illustre original tout en redistribuant les cartes, avec Mirror-Philippa Georgiou dans le rôle de Luther Sloan, L’Rell dans celui de Koval, et Ash Tyler dans celui de Cretak. De la même façon que cette dernière (réputée trop modérée et trop favorable à la Fédération) devait être démonstrativement sacrifiée pour convaincre les Romuliens de l’intransigeance et de l’indépendance de Koval envers l’UFP, Ash Tyler (d’apparence trop humaine aux yeux de ses compatriotes) et le bébé (possiblement métissé) de la chancelière seront ostentatoirement sacrifiés pour convaincre les Klingons de l’intransigeance et de l’indépendance de L’Rell envers l’UFP. Soit dans les deux cas une manœuvre géopolitique au bénéfice d’une alliance et de la paix avec la Fédération.
Sauf que dans Discovery (hormis pour Kol-Sah de la Maison de Kor qui - ayant découvert que Tyler communiquait en douce avec Burnham - voulait en profiter pour extorquer à la chancelière son titre), c’est essentiellement une mascarade sans coût moral réel, puisque Ash Tyler et son bébé seront évacués clandestinement puis sauvés… tandis que la Section 31 clonera leurs têtes coupées à l’usage des effets de manche durant la grande messe de subjugation devant tout de Klingon High Council où L’Rell réaffirmera son pouvoir en s’intronisant désormais "Mère" de tous les Klingons (un titre tellement ronflant de grandiloquence que s’est à se demander s’il faut en rire ou en pleurer...). De la séance de prestidigitation au théâtre de Grand-Gignol au sein d’une société klingonne dégénérée (devenue la parodie involontaire de ce qu’elle fut), cela peut néanmoins faire son petit effet. Mais pas dans un univers réaliste où toute victoire géostratégique pour le bénéfice collectif possède un prix.
Le bébé de L’Rell sera anonymement confié au monastère de Borath tandis qu’Ash Tyler rejoindra la Section 31 sous la férule de Mirror-Georgiou (dont le nouveau discours de recrutement est « bienvenue aux misfits »). Tandis que l’épisode s’achève par le sourire de satisfaction machiavélique de l’impératrice Ming en uniforme de Section 31, avec son badge de Starfleet noir comme les ténèbres, et son redoutable vaisseau occulteur de Suicide Squad. C’est aussi risible que dans un Fantômas... ou dans Satanas et Diabolo, à ceci près que dans les animes de Hanna & Barbera, le ridicule y était volontaire. Pareil chez André Hunebelle.

Le plus choquant, c’est que les scénaristes rajoutent sans complexe une épaisse couche aux invraisemblances qui avaient déjà plombé la fin de la première saison de Discovery. Comment une Fédération tant soit peu responsable peut-elle confier à la génocidaire impératrice du Terran Empire de l’univers miroir sa lame militaire la plus aiguisée, son couteau suisse technologique le plus avancé ?!!
Dans le Star Trek historique, la Section 31 représentait l’impôt qu’un idéal constructiviste (étymologiquement "de gauche") devait payer aux lois naturelles de l’univers (étymologiquement "de droite") pour survivre. Il s’agissait littéralement d’un don de soi désintéressé d’authentiques patriotes qui aimaient viscéralement – presque trop – l’idéal sociétal de l’UFP… quitte à sacrifier à la survie de celle-ci les principes qui leur étaient les plus chers. Voilà pourquoi la Section 31 – ni terroriste ni illégale – était aussi efficace, aussi invisible, et aussi compatible avec les idéaux trekkiens. Elle ne s’affichait pas au grand jour au point que son badge noir soit – comme dans Discovery – de notoriété publique dans tout le quadrant ! Elle n’était jamais le fait d’ambitieux faucons ivres de pouvoir (à la manière de l’amiral Marcus dans ST Into Darkness) et encore moins le fait de psychopathes génocidaires ambitionnant de devenir les maîtres sanglants de l’univers tout en méprisant en tout point les idéaux de l’UFP (à la façon de Mirror-Georgiou dans Discovery).

Alex Kurtzman a beau jeu de se réclamer dans ses récentes déclarations de Jack Bauer et de l’inoubliable série 24 (à laquelle ont justement participé deux des plus brillants auteurs du Star Trek historique, à savoir Brannon Braga et Manny Coto). Mais visiblement, pour un vétéran d’Alias – cette série affligeante qui n’a jamais rien compris à l’espionnage ni aux opérations noires – la Section 31 serait ni plus ni moins l’équivalent trekkien du SD-6, avec Mirror Georgiou dans le rôle d’Arvin Sloane.
La boucle est donc bouclée. Car la déchéance ayant frappé de plein fouet Star Trek en 2009 est également née d’un artefact d’Alias, à savoir la red matter de Milo Giacomo Rambaldi.
Réponse du berger à la bergère : le SD-6 et la CIA complotiste et fantasmagorique du dirty world of covert operations de Sydney Bristow prend aujourd’hui le pouvoir dans le Star Trek kurtzmanien. Et que le personnage le plus emblématique de la véritable Section 31 de DS9 se soit nommé Luther Sloan avec un simple "e" patronymique d’écart par rapport à Arvin Sloane (le barbouze en chef d’Alias dans une série lancée trois ans après), voilà qui doit représenter une providentielle légitimation de parenté aux yeux d’Alex Kurtzman.

Et que dire de l’avance technologique du vaisseau de la Section 31 de Mirror-Georgiou ? Clonage instantané de n’importe quel humanoïde, combinaisons holographiques, dispositif occulteur… Pour info, dans le Star Trek historique, la Section 31 n’était ni illégale ni terroriste (son existence était inscrite dans la charte même de Starfleet), elle n’échappait pas à tout contrôle et ne bénéficiait pas d’un développement technologique totalement séparé (ou anachronique) de Starfleet et de l’UFP.
De toute évidence, Discovery ne cherche même plus à faire semblant de respecter la chronologie trekkienne. Elle semble désormais résolue à faire passer les héros de TOS (et même ceux des séries du 24ème siècle) pour des imbéciles ou des attardés à la ramasse. Si l’on devait tenir tous ces événements de Discovery pour réels, pourquoi dix ans après, Kirk et Spock furent-ils à ce point surpris par les boucliers occulteurs dans TOS 01x08 Balance Of Terror ? Puis pourquoi Starfleet leur aura-t-il assigné une mission aussi périlleuse et illégale pour s’emparer d’un système d’occultation dans TOS 03x04 Enterprise Incident ?!
De même, lorsque le capitaine Diego Vela se gausse de Christopher Pike pour être le dernier avec son arrière-grand-mère à communiquer encore par visiophonie (sous-entendu au lieu de le faire par holographie), n’est-ce pas une façon explicite de railler les héros du Star Trek chronologiquement ultérieur qui n’ont – sauf exception – jamais communiqué autrement ? N’est-ce pas une façon de ringardiser délibérément les technologies employées dans TOS/TNG/DS9/VOY, en somme faire l’exact contraire de la série prequelle Enteprise qui s’était à l’inverse employée à crédibiliser rétroactivement TOS ? Derrière ce trait d’humour faible se dissimule une marque de mépris profond des showrunners pour 40 années de Star Trek (un label qu’ils sont pourtant supposés promouvoir), mais aussi une branchouillardise hautaine et finalement rampante dénuée de personnalité et de courage. Qui se souvient de l’audace de BSG 2003 qui avait osé la rétro-technologie au bénéfice d’un réalisme SF sans commune mesure ?
Mais cette initiative révèle surtout l’étendue de la cuistrerie des auteurs tant ils semblent confondre technologie et gadgets voire science et gadgets, en amalgamant démos de showroom avec technologies de rupture. Alex Kurtzman croit-il vraiment que ce sont les écrans translucides, les hologrammes dans chaque scène, et l’approximation des interfaces gestuelles en 3D (pour mémoire Microsoft Kinect a fait un bide) qui définissent le degré de futurisme, et qui permettent la téléportation et le voyage en FTL (sans lequel Star Trek ne serait rien) ?!
Visiblement, la nouvelle génération en charge de la franchise ST confond la SF d’anticipation avec un parc d’attraction. Peu importe que tout soit bidon, l’essentiel est que ça en jette.

Malgré tout, la mise en scène de DIS 02x03 Point Of Light est en retrait par rapport à celle de Jonathan Frakes dans DIS 02x02 New Eden. C’est particulièrement éloquent dans les duels sans honneur avec Kol-Sah (le tout premier Klingon de Discovery dont le look se rapproche vaguement de ceux du Star Trek bermanien) et ses sicaires. Des duels qui auront réussi le tour de force d’être à la fois illisibles et apathiques... lorsque les Klingons semblaient attendre les coups comme dans une mauvaise chorégraphie de péplum italien des années 60.

Loin de la société véritablement inclusive (et donc post-tokeniste) de l’utopique UFP originelle, loin également des femmes de caractère que VOY avait su mettre en valeur de la manière la plus naturelle (et longtemps avant que cela ne soit à la mode), DIS réserve artificiellement la vedette exclusive à des personnages féminins en courbant à leur profit l’univers lui-même et en aliénant les personnages masculins (réduits tout au mieux à la fonction de faire-valoir ou de sex toy) :
- Michael Burnham la super-héroïne-omnisciente-qui-a-toujours-raison mène le bal tandis que son capitaine devient progressivement son auxiliaire yes man ou sa caisse enregistreuse voire de résonnance (depuis Jeffrey Hunter, un noble parcours vers l’insignifiance…).
- Tilly s’arroge narcissiquement toute l’attention, par ses humeurs, par ses ambitions, par ses psychodrames, par ses crises d’hystérie, par ses cacas nerveux, ou par son pseudo-génie proto-crusherien.
- L’Rell s’apparente de plus en plus à une caricature californienne de la comtesse hongroise Elizabeth Bathory, une Vampirella (au visage poupin de vedette Beverly Hills) à qui le titre de Chancelier ne suffisait plus et qui s’auto-promeut "Mère" de tous les Klingons-Nosferatus. (Les auteurs ont-ils seulement conscience que dans la timeline originelle, les Klingonnes n’étaient pas même autorisées à siéger au Klingon High Council ? Cachez donc ce politiquement incorrect que la si bienpensante Discovery ne saurait voir.)
- La multi-génocidaire impératrice terran Mirror-Philippa Georgiou à qui l’irresponsable Fédération confie les rênes de la Section 31, au pouvoir et aux technologies limitless (soit la concrétisation du worst case scenario possible après la déjà absurde saison 1).
- La discrète Amanda Grayson est-elle elle aussi appelée à devenir à son tour une actioner-héroïne… dans une série qui semble chercher revendicativement à être une version féministe et tonekiste de The Dirty Dozen… tout en ressemblant de plus en plus à Gilmore Girls in space.
Faut-il y voir une réponse plus parodique que militante au test de Bechdel-Wallace ?
Toujours est-il que toutes ces "héroïnes" ont pour point commun de dévoiler l’artificialité des procédés d’écriture, avec des "problèmes" (enjeux narratifs factices) créés par une overdose (masculine ?) d’individualisme, se traduisant par un refus de communiquer – et finalement de construire – avec les collectifs afférents.

Quitte à faire dans le tokenisme militant, où sont donc les sémiotiques transgenres et LGBTQIA+ ? Car le Star Trek historique avait quant à lui eu le courage d’asséner quelques beaux uppercuts à la doxa d’alors avec des références en avance sur leur temps comme ENT 02x22 Cogenitor et TNG 05x17 The Outcast...

DIS 02x02 New Eden puis DIS 02x03 Point Of Light infligent successivement aux spectateurs une violente douche écossaise, même si en fin de saison, le pire des deux ne s’avérera pas forcément celui qu’on croit…
Lost (pour le mysticisme manipulatoire et anti-SF) et Alias (pour la géopolitique complotiste de café du commerce) sont-ils finalement appelés à être alternativement les deux seuls horizons indépassables du Star Trek by Kurtzman ? Il est permis de le craindre, surtout lorsque l’on sait qu’Alias et Lost sont bel et bien les deux mamelles putrides de l’écurie abramsienne dont est issu le fringant showrunner de Discovery.

YR

EPISODE

- Episode : 2.03
- Titres : Point of Light
- Date de première diffusion : 31/01/2019 (CBS All Access) - 01/02/2019 (Netflix)
- Réalisateur : Olatunde Osunsanmi
- Scénariste : Andrew Colville

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