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[Théâtre] La Voix humaine : La critique

Date : 12 / 03 / 2018 à 09h15
Sources :

Unification


La voix humaine est la remarquable, et originale, interprétation de la pièce en un acte éponyme écrite par Jean Cocteau en 1930.

Une femme est seule en scène, au téléphone avec un homme, alors qu’avec les échanges des mots, c’est un adieu définitif qui se dessine entre ces deux amants qu’un seul fil relie encore pour une poignée de minutes.

La mise en scène de Charles Gonzalès est brillante. Ce dernier fait prendre à son actrice une position généralement très figée, alors que cette dernière se trouve assise sur un tabouret haut, sous un micro lui servant de téléphone, un casque audio sur la tête.

Sa scénographie lumineuse est formidable, utilisant pleinement les lumières pour isoler, ou mettre en valeur son personnage et jouer avec les ruptures du réseau ponctuant cette conversation. En effet, l’histoire se passant au début du 20ème siècle, de tels soucis de communication étaient choses courantes.

Une lampe rouge en arrière-scène créée une ambiance crépusculaire, alors que le rideau du fond sert parfois d’écran de projection d’extraits d’un film mettant en scène le personnage en mouvement. Tandis que, de son côté, la comédienne est plongée dans l’introspection et la souffrance que lui cause cette séparation.

Le son est aussi très travaillé par Charles Gonzalès qui utilise pratiquement tout du long de la musique en sourdine dans laquelle s’insère de temps en temps des extraits de l’enregistrement de Berthe Bovy qui a créé le rôle sur la scène de la Comédie française en 1930.

Cet étrange écho du passé est un miroir vocal formidable de la prestation de Yannick Rocher. Cette dernière répétant parfois les mêmes mots, ou laissant la place à cette voix du passé. Ce qui créé un étrange décalage envoûtant.

Mais la pièce aurait finalement un intérêt limité sans la prestation magnifique et particulièrement intense de Yannick Rocher. La comédienne habite complètement son personnage, coupant régulièrement la respiration au spectateur devant sa douleur contenue, et diffusée d’une voix égale, mais chargée de poids.

Le texte de Jean Cocteau prend toute sa valeur, alors que ses mots ciselés font régulièrement mouche et que le spectateur est entraîné au cœur de cette histoire poignante de séparation dans laquelle fleurit régulièrement le bonheur du passé et du partage d’une vie commune, dont le souvenir ne fait pas regretter la douleur de l’instant présent.

La voix humaine est une pièce dense et captivante dont l’atmosphère est renforcée par une mise en scène inspirée et envoûtante. Avec des mots ciselés et intemporels adressés au téléphone par cette femme inconnue, et une prestation de haut niveau, cette histoire résonne longuement en nous. Un bel hommage à l’amour et à une crépusculaire liaison défunte.

Vibrant et intense.

INFORMATION

La pièce se joue tous les lundis et mardis à 19h30 au Théâtre de la Contrescarpe (5 Rue Blainville, 75005 Paris) jusqu’au 27 mars 2018.

- RÉSERVATION
- SITE OFFICIEL

SYNOPSIS

Dans cette mise en scène originale, La Voix Humaine révèle, avec subtilité et émotion, les liens secrets du texte avec la vie de Cocteau.

Une femme téléphone pour la dernière fois à son amant qui la quitte. Entre tendresse et rage, elle tente de retenir cet amour qui ne tient qu’à un fil : celui du téléphone, " arme redoutable de la vie moderne " chargée de multiples possibilités de mensonge.

Mais Charles Gonzalès, metteur en scène, propose une autre lecture de La Voix Humaine : " Ce chef d’œuvre cache une autre réalité, plus intense, plus violente et plus énigmatique que celle d’une première lecture ".

Il nous invite à traverser le miroir. Il nous guide là où " l’invisible se fait visible ".

Au prix d’un patient travail d’enquête, il a déchiffré les messages cachés du Maître. Avec lui, le texte prend une nouvelle dimension : on accède à l’âme de Cocteau.

Cette expérience théâtrale unique associe musique, vidéos, sons, à la voix de la comédienne Yannick Rocher, qui incarne le texte sur scène.

" Ce spectacle est hymne à l’être humain, dans cet endroit énigmatique et le plus sensuel du corps humain : la voix. La voix... rhizome du corps et de la pensée, racine à ciel ouvert ! Tout passe par elle et nous indique le chemin à suivre. Il s’agit ici de la nécessité absolue de paroles et de silences du personnage combattant la solitude sonore de l’Être dans sa nuit obscure ".

DISTRIBUTION

  • Mise en scène : Charles Gonzalès
  • Avec : Yannick Rocher et la participation exceptionnelle à l’image de Monique Dorsel
  • Texte : Jean Cocteau
  • Lumières : Charles Gonzalès
  • Son : Charles Gonzalès, extraits de Berthe Bovy enregistrée à la Comédie Française. (Remerciement au Comité Jean Cocteau)
  • Durée : 1h10
  • Public : tout public
TARIFS

  • Catégorie 1 : 26 euros
  • Catégorie 2 : 18 euros
  • Catégorie 1 tarif réduit : 16 euros
  • Catégorie 2 tarif réduit : 12 euros
NOTE DU METTEUR EN SCENE CHARLES GONZALÈS

" Une femme, seule dans une chambre, téléphone à son amant...

Voilà le sujet de cette pièce écrite par Jean Cocteau et créée en 1930 par la comédienne belge Berthe Bovy à la Comédie Française.

À l’intérieur de chaque chef-d’œuvre se cache une autre réalité, plus intense, plus violente et plus énigmatique que celle d’une première lecture.

Au-delà de l’anecdote il s’agit de cette nécessité absolue de paroles et de silences du personnage combattant la solitude sonore de l’Être dans sa nuit obscure...

Je partage haut et fort cette affirmation de Cocteau qui dans sa préface à la pièce écrit : L’auteur aime les expériences. Sans doute, le souvenir d’une conversation au téléphone, la singularité grave des timbres, l’éternité des silences.

On lui reproche de machiner trop ses pièces... dit-il encore.

Et il continue : Il fallait peindre une femme assise, pas une certaine femme, une femme intelligente ou bête, mais une femme anonyme, et fuir le brio, le dialogue du tac au tac, les mots d’amoureuse aussi insupportables que les mots d’enfants, bref tout ce théâtre d’après le théâtre qui s’est vénéneusement, pâteusement et sournoisement substitué au théâtre tout court, au théâtre vrai, aux algèbres vivantes de Sophocle, de Racine et de Molière.

Ce serait une faute de croire que l’auteur cherche la solution de quelque problème psychologique. Il ne s’agit que de résoudre des problèmes d’ordre théâtral.

Selon Jean Cocteau le théâtre pur serait un terme à la mode, même un pléonasme.

Pour lui : Le théâtre pur est théâtre. Il ne saurait en exister d’autres.

Du théâtre.

Ici, ma principale dominante a été le plus grand respect pour ce texte avec l’insolence de l’interrogation.

Là, une voix en fusion directe avec celui qui est ou qui n’est pas…

Nous sommes chez Cocteau !

Ici et là…traversée du miroir.

Lorsque l’invisible se fait visible, en somme notre quête du théâtre !

Ce spectacle est un hommage à l’immense artiste que fut et restera éternellement Jean Cocteau, mais aussi un hymne à l’être humain dans cet endroit énigmatique et le plus sensuel du corps humain, la voix. »

La voix…rhizome du corps et de la pensée, racine à ciel ouvert !

Tout passe par elle et nous indique le chemin à suivre.

Une représentation de cette œuvre admirable qui ne cesse de convoquer l’absence, au-delà de tout, au-delà de soi.

Le fil du téléphone n’étant alors que celui qui relie le monde du réel avec… l’Autre.

Une joie que d’associer pour l’interprétation du spectacle au Théâtre de la Contrescarpe l’actrice Yannick Rocher ainsi que la participation exceptionnelle de Monique Dorsel. "

NOTE DE MAUD MAZUR

Maud Mazur est la Directrice artistique du Théâtre de la Contrescarpe.

" À une époque où nous consommons l’amour, où nous pouvons rompre par sms, où nous cachons nos émotions derrière des écrans et détestons la souffrance... comment peut résonner, aujourd’hui, ce texte de Jean Cocteau ?

Berthe Bovy, en 1930, à la Comédie Française, interprétait une femme désespérée.

Yannick Rocher, en 2017, nous parle.

Mais, qui nous parle vraiment ? Est-ce une comédienne qui enregistre la Voix Humaine pour la radio et qui est emportée par le texte ? Est-ce un homme ? Est-ce Cocteau lui-même ?

Sans emphase, ni débordement, dans un "émotionnellement correct" si contemporain, Yannick Rocher nous entraîne dans le dédale sentimental d’une passion dévorante pour un être qui est désormais insaisissable. Un être responsable de bonheur et de souffrance... Entre dépendance totale et satisfaction absolue, cet amour rend fou lorsque l’autre nous quitte.

Yannick Rocher, en 2017, nous parle d’amour et de résilience.

Dans sa mise en scène déroutante, Charles Gonzalès entoure sa comédienne. Lumières feutrées, musiques subtiles, échos de Berthe Bovy, extrait du film avec Monique Dorsel : tout l’univers particulier de Charles Gonzalès est là et relie 1930 à 2017.

Passionné par ce texte, Charles Gonzalès en a déchiffré les messages cachés. Il nous invite à traverser le miroir et nous entraîne dans un autre monde, dans l’au-delà de Jean Cocteau avec sa difficulté à accepter la disparition brutale de Raymond Radiguet...

Cette Voix Humaine devient universelle...

Elle résonne en chacun de nous. "


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