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Altered Carbon : Review de la Saison 1

Date : 09 / 02 / 2018 à 13h45
Sources :

Unification


Mise en ligne, en grandes pompes par Netflix, le 02 février 2018, Altered Carbon est l’adaptation du premier roman éponyme du prolifique Richard Morgan publié en 2002.

La showrunneuse Laeta Kalogridis, a longtemps bataillé pour adapter au cinéma ce polar noir cyberpunk. Après une décennie, la mutation de la production télévisuelle, l’émergence de Netflix et le succès des adaptations comme Game of Thrones, convainquent Kalogridis de changer de cap. Au lieu d’en faire un long métrage, elle offre à Altered Carbon, ce qu’aurait sans doute mérité le Ghost in The Shell de Ruper Sanders : une sérialisation. En effet, Le format sériel permet à Kalogridis de développer et d’explorer l’ensemble des facettes de cette œuvre littéraire.

Ceux qui ont lu l’œuvre connaissent la qualité du matériau d’origine, récompensé par l’illustre prix Philip K. Dick en 2003. Et en tant qu’adaptation, Altered Carbon, malgré quelques défauts sensibles, est une production qui ne trahit pas sa source première. Bien au contraire, la série déborde de générosité afin de clarifier ce qui dans le roman est non-dit, implicite ou introspectif. Comme une série télévisée ne peut fonctionner avec les mêmes codes qu’un roman littéraire, des concessions, des raccourcis, des simplifications qui peuvent faire tiquer ont été effectués. Néanmoins, ici, ils ne desservent pas l’intrigue. Ils la clarifient. A ce titre, outre les astuces narratives comme les flashbacks, la série ne ménage pas ses efforts pour développer et enrichir des éléments politico-religieuses, moteurs de l’intrigue. Ces éléments sont volontairement occultés dans le roman pour ménager le suspense. En ce sens, la série, qui prend des risques, est complémentaire au roman de Morgan.

En somme, en tant qu’adaptation, Altered Carbon assure l’essentiel : retranscrire le plus fidèlement possible un roman à l’intrigue cérébral et au background cyberpunk. Et la chose est rare pour être soulignée.

Outre son statut d’adaptation, Altered Carbon est un blockbuster d’auteur très, trop référencées. D’aucuns seraient tentés d’y voir là un manque de personnalité et de singularité. C’est omettre bien vite que l’usage intelligente des codes et techniques visuels posés par les illustres ainés, enrichi considérablement le show.

D’abord, au regard de l’ambiance poisseuse et nocturne de Bay City, la source d’inspiration évidente reste Blade Runner et 2049. Et l’appropriation des codes visuels des films de Ridley Scott et Denis Villeneuve nourrit clairement l’esthétique et l’atmosphère de la série.

Tout aussi évident, la série emprunte beaucoup au style de John Woo et au Gun-Fu de John Wick afin de dynamiser les séquences d’affrontement. Et sur ce terrain, force est de constater que sur la colonie d’Harlan, Takeshi Kovacs a connu un meilleur entrainement que le Iron Fist lui-même.

A noter également les références qui facilitent l’immersion dans ce monde cyberpunk où l’âme humaine s’est perdue dans les dédales de l’évolution technologique. L’existence d’œuvres cinématographiques majeures ayant déjà traité de technologies de transfert de conscience dans une enveloppe (Ghost in the Shell) ou dans une réalité virtuelle (The Matrix), rend intelligible le background technologique du show.
Enfin, s’il ne faut retenir qu’une source d’inspiration majeure de la société dépeinte dans le show, ce serait le comicbook Transmetropolitan, en particulier son chapitre 8 : Des lendemains de glace.

Ultra-référencée, Altered Carbon dégage une impression de déjà-vu, une aura familière, qui rendent son univers plus digeste. Enrichies des références citées, les auteurs de la série peuvent focaliser toute leur attention et celui du spectateur sur l’essentiel : les personnages et le fond d’une sombre affaire de meurtre.

À vrai dire, les personnages sont eux aussi quasi-familiers, puisqu’ils sont proches, en début de saison, des archétypes rencontrés dans les intrigues de polar noir cyberpunk, à l’exception notable de Poe. Le casting de Joel Kinnaman en témoigne clairement puisque sa silhouette longiligne rappelle étrangement l’ " augmenté " Adam Jensen dans les jeux vidéos Deus Ex - Human Revolution et Mankind Divided. De plus, les personnages n’échappent pas aux poncifs kitschs, parfois nanaresque du genre cyberpunk. Plus délicat, la série n’a pas pu faire l’économie des scènes de nudités et de scènes de combats franchement inutiles à l’intrigue, mais partie intégrante du cahier des charges des grosses productions actuelles.

Néanmoins, ce qui aurait pu être des défauts rédhibitoires est neutralisé par le format sériel. L’équipe créative profite du format pour explorer la psyché, les blessures et l’histoire de ces personnages. En ce sens, la série réussit le tour de force d’offrir aux personnages une épaisseur qui manquait déjà à leur alter-égo en papier.

Sur le fond, Altered Carbon, en tant que techno-thriller, ne bouleverse pas les " lois de la narration policière " telles que posées par Jorge Luis Borges en 1933. Tel un One shot anthologique, la série retranscrit fidèlement à l’écran les étapes de l’enquête menée par Takeshi Kovacs. En ce sens, si elle est sans surprise pour les connaisseurs du livre, les néophytes profiteront d’une intrigue captivante quoiqu’un peu alambiquée, mais beaucoup moins elliptique que le roman.

Cyberpunk oblige, Altered Carbon véhicule une réflexion sur la frontière entre humain et " synthétique ", la décadence du genre humain avec l’évolution technologique et l’éternelle inégalité au sein de la société. L’intelligence de Richard Morgan est d’exclure de ces réflexions deux marqueurs fondamentaux définissant la condition humaine : le temps et la mort. A cela s’ajoute un sous-texte philosophique où convergent le transhumanisme et l’impact des passions humiennes sur le cogito cartésien.

A noter que la série utilise la topique de la séparation du corps (enveloppe) et de la conscience (Humain Digitalisé) pour évoquer des thématiques essentielles aujourd’hui, mais absentes dans l’œuvre originelle. A titre d’exemple, elle propose une approche réellement ingénieuse, quasi-pédagogique et inédite, de l’homosexualité.

En définitive, ceux qui flambent leurs temps libres devant Netflix savent que les pépites télévisuelles sont souvent mises en ligne quasi-incognito, sans bruits ni rabattages médiatiques. The OA, Casa de Papel ou End of The Fucking World constituent en ce sens des parfaits exemples. Alors, lorsque la machine marketing et les promotions tapageuses se mettent en ordre de marche pour vendre un show, la méfiance est toujours de mise. Heureusement, malgré des maladresses, Altered Carbon est un blockbuster d’exception qui vient tempérer le constat et la méfiance.

Avec un talent évident teinté de maladresse, Laeta Kalogridis a su mettre à l’écran en une saison de 10 épisodes, un monument de la littérature cyberpunk. Il ne reste qu’à espérer l’adaptation des deux runs qui composent la " trilogie Takeshi Kovacs " : Anges déchues et Furies déchainées.

En attendant, comme le disait Virginia Vidaura : " Dans les corps diplomatiques, vous prenez ce que l’on vous donne. Et parfois, il faut que ça soit suffisant ".

EPISODES

-  Nombre Episodes : 10
- Titres : La Griffe du passé (Out of the Past) – Crime passionnel (Fallen Angel) – Le violent (In a Lonely Place) – L’Enfer de la corruption (Force of Evil) – Le Faux Coupable (The Wrong Man) – Man with My Face – Chien enragé (Nora Iru) – Le démon s’éveille la nuit (Clash by Night) – La Proie du mort (Rage in Heaven) – Les Tueurs (The Killers)
- Date de première diffusion : 02/02/2018 (Netflix)
- Réalisateurs : Miguel Sapochnick (ép 1) – Nick Hurran (ép 1, ép 2) – Alex Graves (ép 3, ép 6 ) - Uta Briesewitz (ép 5, ép 8) – Andy Goddard (ép 7) – Peter Hoar (ép 9, ép 10)
- Scénaristes : Laeta Kalogridis (ép 1, ép 10) – Steve Blackman (ép 2, ép 6) – Brian Nelson (ép 3, ép 8) – Russel Friend & Garett Lerner (ép 4, ép 9) – Nevin Densham (ép 5, ép 7, ép 10) – Casey Fisher (ép 7) -

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