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Star Trek Discovery : Review 1.12 Vaulting Ambition

Date : 24 / 01 / 2018 à 14h30
Sources :

Unification


Ouh la la la la… La critique croisée by Unif étant devenue une institution, nos lecteurs attendent intuitivement un avis positif versus un avis négatif, ce qui pourrait s’apparenter à une sorte de numéro de duettiste "good cop / bad cop". Mais étant appelé à remplacer Frank, qui goûte un repos bien mérité, je ne peux malheureusement pas me résoudre à être moins sincère qu’il ne l’a toujours été.
En conscience, ma critique ne pourra donc pas être positive, sorry folks.

Attention, les loups, ça va spolier à tout va. Quel que soit l’intérêt que vous portez à ma modeste prose, la suite n’est à lire que si vous avez vu l’épisode.

Vaulting Ambition est le troisième volet d’une parenthèse dans le Mirror Universe de Star Trek. Michael Burnham (Sonequa Martin-Green, totalement sincère dans le rôle) quitte l’ISS Shenzou dans une navette, avec Lorca (impeccable Jason Isaacs), dans son rôle de prisonnier tout juste sorti d’un Agony Booth. Elle lui injecte un sérum pour palier aux futures tortures qu’il va subir, et le spectateur se demande pour Lorca n’a pas eu l’idée avant. Ce type est sûrement maso.

A bord de l’USS Discovery, Tilly (Mary Wiseman, pénible wisecrack semblant sortie de la série Friends) balance des fadaises au Kelpien Saru, un des rares personnages à garder un semblant de dignité trekienne au milieu de l’indigence générale. Elle affirme que Stamets, toujours enfermé dans sa boîte à champignon, reprend des couleurs. Une idiotie, probablement introduite pour l’occuper, son personnage n’ayant rien de plus à faire jusqu’à la fin de l’épisode. Stamets est toujours dans son état de spectre (pâle, yeux blancs).

Pam Pam Pam, Pammmmm Pa Pammm, Pammmmm Pa Pam. Vous n’avez pas reconnu ?… Allons, voyons… la Marche Impériale de Star Wars ? John Williams ? Donc : Pam Pam Pam, Pammmmm Pa Pammm, Pammmmm Pa Pam : ouvrez le ban… Burnham et Lorca s’avancent, au milieu d’une cour immense, vers l’Imperator de l’univers miroir. D’abord dos à l’assemblée pour permettre un effet de manche bon marché, celui-ci se révèle être… l’Impératrice Philippa Georgiou ! Surprise !... Surprise ? Mais non, tout le monde a vu le teaser de cet épisode à la fin du précédent ; je dis ça, je dis rien.

Après un intermède où ces personnages se repositionnent les uns par rapport aux autres à l’intention des spectateurs, bouche bée, les yeux grands ouverts rivés sur leurs écrans (en ce qui me concerne, je déconne), nous retrouvons le spectre du voyageur inter-univers Stamets… et voilà le spectateur chanceux (en ce qui me concerne, je déconne) replongé dans le maelstrom mental de l’officier face à son double miroir sur la planète Pandora (référence, copyright Yves Raducka, all rights reserved). Il rencontre son double lors d’un long face à face dans l’environnement mycélien, que n’aurait effectivement pas renié James Cameron. Et vlà t’y pas qu’ils discutent le bout de gras pendant de longues minutes, se balançant quelques vannes, et l’épisode, recordman Star Trek toute catégorie comme étant le plus court de la franchise avec 38 minutes au compteur, s’enferre dans des longueurs pas croyables, y compris quand Stamets (l’acteur Anthony Rapp, toujours impeccable) retrouve son chéri, le docteur Hugh Culber, le temps de nous faire comprendre qu’il est bien au courant de sa mort, survenue dans le précédent segment. Des longueurs dans l’épisode le plus court de la saga, il fallait le faire. Mais que cela nous apporte-t-il ? Je planche encore sur cette question.

Par ailleurs, à bord du Discovery, l’équipage ne sait pas quoi faire du Klingon Voq, inconfortablement sis dans le corps d’Ash Tyler (Shazad Latif, précédemment sympatique, mais peu charismatique) alors que le super warrior en lui devient de plus en plus violent. Pas vraiment un succès, cette infiltration klingonne (et pas un début d’explication ou de recherche d’explication concernant ce ratage de première catégorie)… Alors que Latif surjoue ses scènes de crises de folie guerrière, Saru implores L’Rell (Mary Chieffo) d’aider Voq/Tyler en pleine souffrance. Après quelques échecs, il parvient à la convaincre de séparer les deux esprits en tuant celui de Voq lors d’un ritual de mort klingon. Mais que cela nous apporte-t-il ? Je ne planche même sur la question : les deux personnages étant fort peu développés ou intéressants, on s’en fiche un peu comme de sa première chemise et on regarde tout ça avec l’indifférence conséquente.

Parallèlement, à bord du vaisseau impérial mastodonte, a lieu un jeu de chat et de la souris entre Burnham et cette garce d’Alexis jouée par Joan Collins, pardon, la très méchante Impératrice Georgiou, interprétée par Michelle Yeoh. Il nous est révélé que la seule différence entre les êtres de l’univers miroir et ceux de notre univers, c’est qu’ils sont plus sensibles à la lumière. Cette caractéristique n’ayant jamais été présente chez les personnages de l’univers miroir du Star Trek pré-2005, j’ai dû mal à imaginer comment les auteurs vont accorder leurs violons pour préserver la cohérence de la saga. Vont-ils même essayer ? (A ce stade, le suspense m’étreint.)

Alors les rouages s’activent dans le cerveau de la boudeuse Burnham (un état qu’elle traine depuis son arrestation, faisant office, pour les scénaristes, de "profondeur psychologique"). Donc, patatras, new twist, big reveal, eurêka, ta dam : Lorca, jamais trop scrupuleux ou épris de morale depuis le début, et également sensible à la lumière, est en fait un affreux du Mirror Universe qui aura finalement tout fait pour revenir au bercail. Avec pareil bouleversement, me dis-je, les auteurs ont sûrement voulu nous apporter un élément de réflexion. Relativité de l’existence, de la réalité. Non rien, le twist est vide, comme toutes les morts et autres "surprises" qui ont précédé et qui ont pu servir de cliffhanger au spectateur haletant (en ce qui me concerne, je déconne).

Alors, si d’aucuns ont compris que je me suis ennuyé devant ce Dynasty stellaire, ici poussé à son paroxysme, on pourrait m’imaginer être plus indulgent concernant les aspects techniques de la production. Certes la photographie est réussie, le mixage son professionnel, les décors superbes, mais toutes ces choses et les autres ne sont que le minimum syndical qu’offre n’importe quel spectacle hollywoodien. Le soap opera spatial qui nous occupe ne réussit même pas ses effets visuels. Oh certes, pas techniquement, encore une fois. Mais ils sont faits selon les spécifications de producteurs formés à l’école Besson, avec stage professionnel chez le pape des couleurs RVB, Michael Bay. Oh, la belle bleue, Oh, la belle verte, Oh, la belle rouge… La série a beau nous présenter assez habilement un couple homosexuel, cela justifiait-il que l’espace intersidéral se mette à flasher comme une Gay Pride ? Plongés depuis le premier épisode dans ce délire arc-en-ciel, les vaisseaux de Star Trek Discovery n’évoluent même pas dans un cosmos crédible. La série est "tendance", conforme aux archétypes narratifs à la mode aujourd’hui, mais sans pleinement maîtriser ces derniers. Alors si certains d’entre vous sont aujourd’hui amateurs, pris dans le tourbillon délicieux des modes actuelles, reparlons-en dans dix ans…

Je ne doute pas que l’exigence des fans de Star Trek soit variable selon les individus. J’aime que Star Trek, même sous la forme d’entertainment la plus débridée, traite ou du moins ouvre sur un sujet de réflexion. C’était sa qualité de science-fiction intelligente. Je revoie quelques épisodes des séries précédentes en ce moment et le contraste est frappant. Ici, rien, le vide intersidéral et sidérant, le twist pour le twist, chacun faisant figure de descente fulgurante dans un tour de grand huit, à la sortie duquel nous pouvons être grisés, mais jamais enrichis.

Enrubannée dans ses couleurs primaires de mauvais aloi, soutenue par des acteurs talentueux s’ébrouant à donner à leurs personnages un semblant de psychologie, finalement aussi épaisse que sa crédibilité scientifique, cette série, à qui j’avais laissé, c’était bien le moins, le bénéfice du doute, est ici à son nadir. Aussi boursouflé de prétention que vide dans son propos, pour lequel les retournements de situations paresseux devaient faire office de "profondeur" sans jamais parvenir à masquer le vide de l’ensemble, Vaulting Ambition laisse l’arrière-goût amer d’un désastre trekkien à l’échelle… cosmique.

Allez savoir… si ça se trouve, Tonton Yves sera le "good cop" cette fois.

ES

"Good cop" ?!
Sans forcément mériter pleinement ce qualificatif, il est néanmoins probable que je ne sois pas cette fois le bad cop de service. Car à défaut de réussir à se placer sur le créneau "Star Trek" (une cause perdue ?), Discovery parvient au moins à s’assumer en serial décomplexé depuis le début de son arc miroir.
So be it.
Auquel cas, l’expérience de visionnage peut éventuellement devenir "fun"… du moins si l’on accepte d’emblée de rester cantonné au bac à sable (ou à la sandbox dans l’acception informatique).

Perdu pour perdu et serial pour serial, dès les premières images, Discovery 01x12 Vaulting Ambition convoque le souvenir de la production kitsch, flashy, outrancière, mégalo, délirante, jouissive ou de mauvais goût (selon les sensibilités) signée Mike Hodges, à savoir Flash Gordon (1980). Avec dans le rôle de l’empereur Ming the Merciless de la planète Mongo… l’impératrice Philippa Georgiou Augustus Laponius Centarius, mère de la patrie, Souveraine de Vulcain, Dominus de Qo’noS, Regina Andor (et que le dernier ferme la porte).
Même faste de pacotille, même style astro-rococo, même teintes ocres ou sanguinolentes, même barbarie systémique (non comme marqueur évolutionniste mais comme choix idéologique), même exhibition démonstrative de cruauté gratuite, même sadisme infatué, même démesure à tous les étages du château de carte.

Et là, nous avons droit à la totale ! Le défilé giallo est particulièrement consciencieux (du moins dans le cadre d’une classification TV-MA) :
- cannibalisme institutionnalisé avec civet de Kelpian farci (l’espèce de Saru mais pas forcément Mirror-Saru lui-même) dont Burnham aura elle-même choisi (façon homard au restaurant) le sujet à abattre et à cuisiner (l’objectif étant probablement de souligner l’improbable condition naturelle de "proie ultime" des Kelpians),
- assassinat en cinq secondes chrono (un système automatisé et breveté) des sept sycophantes les plus dévoués de la cour par l’impératrice elle-même (ah le souvenir exquis du Calicula de Tinto Brass…),
- hangar entier d’agony booths réservés aux partisans de Mirror-Lorca (le septième Cercle de Dante),
- massacre sadique d’innocent (uniquement dans le but de faire parler Lorca) par une lente combustion intérieure (via l’ADN d’un Comtaxan, parasite de Tonnata VII) pour une pornographie gore no limit,
- Mirror-Lorca, père adoptif de Mirror-Burnham, devenant ensuite son amant (l’héritage des Atrides)…
- et bien sûr flash-backs en boucle des scènes mi-baise/mi-torture de Tylor/Voq (les showrunners sont probablement tellement fiers d’avoir filmé une scène de sexe klingon dénudée dans un épisode précédent qu’ils veulent s‘assurer qu’aucun spectateur ne l’oubliera).

La rigoureuse antisymétrie corrélant l’univers trekkien nominal et son evil twin appartient désormais au passé.
Les noms de planètes et de vaisseaux furent toujours communes, les technologies aussi. Mais le palais impérial de l’impératrice est en réalité un gigantesque vaisseau dont la dénomination (ISS Charon) n’a vraisemblable aucun équivalent dans l’univers initial (difficile d’imaginer qu’un vaisseau de Starfleet soit dédié au nocher des Enfers), et dont le design mytho (sorti de l’action-RPG Mass Effect) n’a jamais été rencontré à une quelconque époque de la chronologie trekkienne (la texture d’une Unimatrix borg de VOY mais avec en son centre une singularité ou un soleil artificiel). Bah ! À partir du moment où le budget le permet et que ça fait son petit effet visuel en mode show off, y a pas de raison de se priver.
Et puisque l’univers énantiomorphe n’est apparemment plus qu’une timeline divergente, dont le syndrome corollaire du micro-univers (réservé à ses seuls VIP ne cessant de se rencontrer quelles que soient les redistributions de cartes) est poétiquement rebaptisé ici "destin" (suggérant la volonté déterministe d’un univers personnifié), les protagonistes peuvent désormais considérer leurs alter-ego miroirs comme semblables en essence par-delà les variantes de causalité.

Ainsi, pour sceller son entente avec Michael (les informations sur le spore drive en échange des informations sur l’USS Defiant), l’impératrice Georgiou la convaincra qu’elle serait en fait aussi fiable et loyale que feue sa capitaine Georgiou (ah la force de l’identification maternelle !), tandis que Gabriel Lorca (finalement encore jamais apparu dans la série) serait aussi duplice que Mirror-Lorca. Il suffisait en fait de peu pour convaincre Michael de ces invariances, considérant déjà qu’elle et son alter-ego avaient l’une et l’autre trahi leur "mère adoptive" Philippa dans les deux univers. Rencontrer l’impératrice était même vécu par Burnham comme une forme de justice immanente ! Ben oui, désobéir à un ordre pour éviter une guerre avec les Klingons est aussi abject moralement et condamnable légalement que comploter pour renverser et assassiner l’autorité dirigeante, ces deux crimes méritant l’un comme l’autre un châtiment exemplaire, condamnation à perpétuité d’un côté, à mort sans douleur de l’autre. Vu comme ça, le Terran Empire est-il finalement plus dystopique dans le fond que la "Fédération discoverienne" ?
Si ça se trouve, le Star Trek historique aurait induit les spectateurs en erreur avec des préjugés ontologiques : les individus et les civilisations du Miroir n’y seraient pas plus mauvaises en nature que dans l’univers nominal de Star Trek, ils ont simplement fait quelque choix politiques malheureux (ça arrive)… outre de souffrir (les humains du moins) d’une photophobie accrue (probablement l’origine sémiotique du "malentendu"...). Sauf que curieusement, les huit épisodes miroir pré-2009 avaient mis en scène de nombreux Mirror-humains, mais sans la moindre hypersensibilité à la lumière. Et si celle-ci avait existé, bien des événements se seraient déroulés différemment (en particulier dans DS9).
C’est d’ailleurs en grane partie grâce à ce postulat d’invariance ontologique entre les deux Gabriel Lorca que les seuls propos de l’impératrice conduisent Michael Burnham à soudain donner un sens rétrospectivement différent aux événements vécus depuis le troisième épisode (un petit effet Usuel Effect toujours saisissant). Eh oui, c’est désormais évident pour elle, Lorca était depuis le début Mirror-Lorca, et il aurait honteusement profité de la condamnation par Starfleet de Michael pour l’affecter à l’USS Discovery… dans le but de regagner avec elle l’univers miroir afin d’atteindre l’impératrice (car il semblerait que ce fût impossible sans être accompagnée de Mirror-Michael). Ça tombe bien, les faits à l’écran lui donnent au même moment raison (beau timing).
On croyait que Lorca – torturé dans un agony booth par le capitaine Mirror-Maddox – ne pouvait citer le prénom de sa sœur faute de la connaître. Mais en fait, il la connaissait ("preuve" qu’il s’agirait donc de Mirror-Lorca et non de Lorca). Et s’il ne l’a pas d’emblée nommée (ce qui aurait épargné à son fidèle partisan Mirror-Barlow une mort affreuse), ben c’était juste pour attendre que de son côté Michael comprenne la vérité le concernant (fallait respecter la synchro du montage). Mais on dira officiellement que Mirror-Lorca a préféré laisser mourir Mirror-Barlow sans parler, afin que Mirror-Maddox le torture davantage, et que grâce à l’antalgique qui lui avait été préalablement injecté par Burnham, il feigne l’évanouissement puis réussisse à se libérer… pour investir l’ISS Charon.

Avec ce coup de théâtre pas du tout surprise, le trekker pourrait donc croire que tout devient enfin cohérent et logique dans petit univers de Discovery.
Oui… mais non ! Car les divergences contextuelles et internalistes subsistent intactes (elles sont têtues !), et les quelques incohérences rétroactivement résolues (la moralité douteuse de Lorca, son intérêt pour le spore drive et son savoir sur les multivers…) cèdent la place à... de nouvelles incohérences, telles des mauvaises herbes qui ne demandent qu’à proliférer… ou une toile qui se déchire davantage chaque fois que l’on tente de la rapiécer.
En effet, Gabriel Lorca – venu du Miroir ou pas – était loin d’être le personnage le moins trekkien de Discovery. Les personnages les moins trekkiens sont carrément la Fédération et Starfleet, tant par leur impréparation (et leur manque d’exo-psychologie) envers la menace klingonne que par la façon kafkaïenne dont ils ont condamné Michael Burnham (pour avoir eu raison). Et si Gabriel Lorca fut plutôt raccord avec la "dystopie discoverienne" au sujet de l’amirale Cornwell, il fut paradoxalement bien plus trekkien que Starfleet dans sa façon (à la fois équitable et lucide) de traiter Burnham.

Seulement, en faisant de Lorca un transfuge du Miroir, Discovery fait sienne la grammaire narrative très improbable des séries Alias et Lost (de la même écurie scénaristique), remplies de personnages interlopes planifiant sur de longues périodes (et en dépit d’une multitudes de paramètres très aléatoires) des manipulations insondables à la probabilité de réussite très faibles, dissimulant le plus souvent - telles des poupées gigognes - d’autres complots particulièrement capillotractés.
Ainsi, comment est-il possible de prendre au sérieux une opération consistant à être le tout premier humain à pénétrer dans un autre univers au système socio-politique radicalement différent, pour se fondre durablement dans une société théoriquement beaucoup plus civilisée, et y débaucher sur le temps long un officier intègre pour lui faire jouer à son insu un rôle convaincant dans un empire criminel ? Les scénaristes se souviennent-ils seulement de cette réplique de Spock qui concluait TOS 02x10 Mirror, Mirror : « Il est bien plus facile pour des hommes civilisés de se comporter en barbares que pour des barbares de se comporter en hommes civilisés ». De surcroît, l’ensemble des événements qui ont finalement conduit l’USS Discovery dans l’univers miroir furent largement aléatoires et imprévisibles, tout comme les chances de survie de Burnham dans le Miroir avant d’être conduite devant l’impératrice, but apparent de toute l’opération.
Comme on dit communément en anglais, que voilà un "very long shot" ! Tellement long en fait que cette stratégie est bien moins crédible encore que la présence dans Starfleet d’un officier moralement ambivalent (après tout, la Section 31 existe bien depuis ENT). Bien moins crédible également que n’importe quelle autre stratégie endogène à l’univers miroir pour être conduit devant l’impératrice, étant donné que celle-ci avoue dans l’épisode vouloir conserver Mirror-Lorca vivant pour le torturer, et que Mirror-Lorca n’a pas vraiment eu besoin de Burnham pour s’évader de l’agony booth à l’intérieur de l’ISS Charon.
En outre, si Mirror-Lorca dispose déjà d’un moyen personnel et fonctionnel pour voyager entre les deux univers (comme le suggère son haut degré d’infiltration dans Starfleet), pourquoi avoir autant misé sur l’expérience aléatoire du spore drive ? Et comment se fait-il qu’il ne soit pas retourné dans son univers miroir dès sa rencontre avec Burnham (c’est-à-dire dès le troisième épisode de la série) pour lui faire jouer (sous la contrainte ou le chantage si nécessaire) le rôle qu’il attendait d’elle ? Au lieu de ça, il a préféré s’embourber dans une guerre qui n’était pas la sienne contre les Klingons (au risque d’y laisser sa vie cent fois). Les seules recherches de Stamets sur le mycelial network demeurent un argument faible, surtout lorsque l’on sait que celles de Mirror Stamets sont virtuellement au moins aussi avancées. Tout comme demeure un argument faible la prise de possession de l’USS Discovery, tant celui-ci est insignifiant face aux forces impériales (et notamment au gigantesque ISS Charon).

Déjà sous l’influence de Mirror-Georgiou avec laquelle elle partage une relation mère/fille (soap-soap) par procuration, Burnham ne peut curieusement envisager d’autre hypothèse quant à Gabriel Lorca que celle – hautement manipulatoire et paranoïaque – insufflée par l’impératrice, et lourdement teintée de projection (i.e. pouvoir seulement imaginer chez l’autre ce que l’on est soi-même). Pourtant, il en existe une autre, bien moins invraisemblable que celle vendue par l’épisode : à savoir que Mirror-Lorca soit seulement un réfugié sorti miraculeusement du Miroir, n’ayant jamais eu le moindre désir de revenir dans cet enfer, et ayant pris fait et cause pour l’UFP.

Les données classifiées remises physiquement (à la fin de l’épisode précédent) à Saru par Michael (via Ash) ont été décryptées sur l’USS Discovery… et transmises à Burnham… mais cette fois de façon dématérialisée ! Visiblement, le script de 01x11 The Wolf Inside avait posé comme impossible la transmission des données cryptée de vaisseau à vaisseau (alors que les communications holographiques privées et confidentielles ne posent quant à elles aucun problème), et cela dans le seul but de faire durer artificiellement le séjour de Michael sur l’ISS Shenzhou (à des fins d’introspection forcée et surtout pour qu’elle se retrouve nez à nez avec l’impératrice). Eh bien, comme si ces inconséquences ne suffisaient pas, 01x12 Vaulting Ambition ne se donne même pas la peine d’assumer les contraintes établies par son prédécesseur immédiat (qui plus est concaténé à lui par voie de sérialisation), à croire que ce qui n’était pas possible lorsque Burnham commandait confortablement l’ISS Shenzhou le serait devenu comme par enchantement depuis l’arrivée fracassante et la convocation autoritaire de Mirror-Georgiou !
Toujours est-il que, choux blanc, en dépit du décryptage, l’essentiel des informations utiles (notamment sur l’interphasic space et sa localisation) ont été effacées à la source (au passage, Michael continue où qu’elle soit à communiquer librement avec l’USS Discovery, commode !). Ce qui pourrait donc en apparence se raccrocher à la fin de ST ENT 04x18+04x19 In A Mirror, Darkly, si ce n’est que ce diptyque avait tout de même établi que toutes les données sur la provenance de l‘USS Defiant et l’existence de l’univers trekkien seraient irrémédiablement supprimées (respect de la chronologie oblige). Dès lors, la mention même de l’espace interphasique aurait dû disparaitre des dossiers, et l’impératrice Georgiou aurait logiquement dû ne rien savoir de la Fédération ni des différences physiologiques entres les humains des deux univers. Sauf qu’au contraire, celle-ci en sait long sur l’univers de provenance de Michael, elle en connait par cœur les valeurs (« Equality – Freedom - Cooperation »), et elle parle de Starfleet avec un mélange de mépris et d’estime, mais surtout avec la familiarité de l’on accorde à un vieil ennemi intime. Voilà bien un autre stigmate de ces "grands méchants" récurrents dans la culture des serials.
En tout état de cause, cette carence de données exploitables est supposée offrir une seconde raison de rencontrer l’impératrice. Procédé narratif plutôt voyant, et finalement redondant.

Sans même considérer le degré d’intégrité (et la valeur de la parole) de l’impératrice Georgiou (dont semble se rapprocher Michael à la vitesse de la lumière durant la fin de l’épisode), leur arrangement s’apparente à un marché de dupe. Autant échapper instinctivement à la mort (alors que l’impératrice s’apprêtait à exécuter Burnham pour la trahison de son alter-ego miroir et sa complicité de sédition avec Mirror-Lorca) en révélant à Mirror-Georgiou sa véritable provenance (quoique valant à sept courtisans d’être assassinés pour préserver le secret), cela se défendait (surtout au regard des enjeux). Autant accepter de céder à l’impératrice de bilan des recherches de l’USS Discovery sur le mycelial network, voilà qui est beaucoup plus contestable, car se faisant, Michael ne fait rien de moins que vendre son univers à la prédation impérialiste du Terran Empire. Et tout ça finalement pour obtenir en contrepartie des informations a priori inexploitables, puisque Burnham n’ignore pas – et ce depuis le dixième épisode – le décalage temporel attaché à cette voie de passage entre les deux univers, à quoi l’impératrice ajoute désormais que l’interphasic space ne peut être traversé par un équipage sans le frapper de folie et en provoquer la mort (ce qui est largement exact).
Mais dès lors que la chronologie est devenue accessoire, gageons que les héros de Discovery réussiront les doigts dans le nez ce dont les héros de TOS (ou du moins leurs contemporains) ont été incapables (ou au minimum ce dont ils étaient supposés être les pionniers). De la même manière, l’USS Defiant sera probablement laissé à son sort funeste en dépit du fait que son destin tragique est désormais connu de pas mal d’officiers de Starfleet avec plus de dix ans d’avance…

À la fin de Discovery 01x11 The Wolf Inside, le cas de Voq alias Ash Tyler semblait plié. Mais 01x12 Vaulting Ambition tente d’étirer ce fil rouge en lui apportant moins de la complexité que de la confusion.
Certes, par ses scrupules envers le cas Ash Voq (guérir plutôt que punir), par sa patience, son empathie, et sa psychologie envers L’Rell (qu’il réussit à progressivement impliquer dans l’affaire en la convainquant notamment de l’inanité des projets d’infiltration du successeur choisi de T’Kuvma depuis que l’USS Discovery a changé d’univers), en tant que commandant en second, Saru vérifie en tout point le manuel de l’officier humanisme de Starfleet. Un gage que l’épisode s’efforce désespérément d’offrir aux trekkers (mécontents ou orphelins) pour les convaincre de la non-usurpation du label en dépit des apparences. Malheureusement, il peut aussi être perçu comme un alibi factice au regard des priorité thématiques et sémantiques de la série, ainsi que des précédents de Saru dans les neuf premiers épisodes.
Mais c’est lorsque L’Rell se risque dans une explication détaillée de ses petites expériences de Dr. Mengele que le cas de Tyler/Voq devient nébuleux. Ash Tyler était un authentique officier humain de Starfleet capturé lors la Battle At The Binary Star dont les Klingons aurait prélevé l’ADN et reconstruit la conscience pour l’implanter dans l’esprit de Voq dont le corps a été modifié pour le faire ressembler à Tyler. L’emploi de la formule symbolique « Human versus Klingon in one body » n’éclaire en rien le sens exact de cette opération : est-ce le transfert de la conscience réelle de Tyler (ou une simple copie approximative de celle-ci) sur le corps klingon de Voq transformé en humain par un acte de boucherie ? Est-ce le transfert de la conscience de Voq (et d’une partie de ses composants physiques) dans le corps de Tyler ? Est-ce une tentative de fusion physique et mentale entre un humain et un Klingon à la façon d’une version Frankenstein et gore de VOY 02x20 Tuvix ? La première hypothèse est la plus probable d’après les lignes de dialogues, mais pas la plus crédible si l’objectif est de créer un agent double mentalement fiable et dont les profondes altérations physique ne seront pas détectées par les puissants scans moléculaire inhérents à toute société pratiquant la téléportation.
Toujours est-il que L’Rell consent à venir en aide à cet être écartelé... pour lequel elle laisse transparaître des sentiments profonds. Saru souhaitait qu’Ash Tyler soit séparé de Voq... Mais pratiquant une espèce de "fusion mentale" klingonne (encore un nouveau WTF), contre tout attente, L’Rell s’emploie à tuer mentalement la personnalité de Voq, pourtant propriétaire initial de ce corps transformé, et héros de guerre klingon. Faut-il y voir l’expression d’une euthanasie de charité, d’un mercy kill klingon ?
Dans tous les cas, cette scène sera ponctuée du traditionnel cri rituel (mis souvent en scène dans TNG et DS9) supposé annoncer l’arrivée au Sto’Vo’Kor d’un guerrier klingon tombé au champ d’honneur. Une petite touche internaliste appréciable, mais ne rédimant hélas en rien l’épouvantable déformation klingonne que nous inflige DIS depuis le début.

À bord de l’USS Discovery, Tilly a donc ramené à la vie l’astromycologue selon un procédé tout à fait astucieux, pour mémoire : « en faisant entrer le réseau (du plan mycélien) car il était déjà dans le réseau (du plan mycélien) » !
Et donc, pendant que le corps de Stamets est à bord du Discovery, son esprit vagabonde dans le réseau mycélien et il y rencontre celui de son alter ego miroir pour un échange au sommet… où il est révélé que ce sont les expériences personnelles de Mirror-Stamets dans le laboratoire de l’ISS Charon qui l’on conduit à entrer en contact mentalement avec son homologue de l’USS Discovery, et notamment projeter en lui des images du Miroir avant même que son équipage ne s’y échoue. Dès lors, il n’y a qu’un pas à franchir pour envisager la responsabilité (intentionnelle ou non) de Mirror-Stamets dans la situation des protagonistes de la série.
Plus important peut-être, Mirror Stamets dévoile également qu’il y a quelque chose de pourri dans le mycelial network : il perd de sa stabilité, il est en train de s’effondrer, et c’est une réaction en chaîne qui s’accélère ! Est-ce alors par cette astuce que les showrunners prévoient de recoller la chronologie de Discovery avec celles TOS/TNG/DS9/VOY ? Soyons honnête, ce n’est pas la pire option. Hormis bien entendu la timeline distincte du Star Trek historique (de loin la solution la moins incohérente), la disparition pure et simple du réseau mycélien (et donc de la possibilité du spore drive serait bien plus respectueuse de la chronologie existante que les autres options scénaristiques envisageables (classification et interdiction), car ces dernières ne sauraient expliquer qu’une telle révolution copernicienne n’ait jamais été considérée ni même simplement évoquée en situation de crise (par exemple lorsque l’USS Voyager était perdu dans la quadrant delta ou encore durant la plus meurtrière des guerres contre le Dominion).
Pour autant, il n’est pas certain que les showrunners aient le courage scénaristique du laisser mourir ce qui est présenté à longueur d’épisode avec béatitude comme « la tapisserie qui relie toute vie à travers le cosmos ». Une partie du public, sensible à la "poésie New Age", pourrait d’ailleurs s’en formaliser (pourquoi créer quelque chose de si prétendument "magnifique" pour le tuer aussitôt après ?). De surcroit, Dr. Hugh Culber a quant à lui laissé entendre que l’effondrement du mycelial network ferait disparaître toute vie partout. Auquel cas, cette option scénaristique de "raccordement internaliste" ne serait plus sur la table.

Feu Dr. Hugh Culber ? Effectivement. Quoique assassiné dans le pénultième épisode, DIS 01x10 Despite Yourself, son esprit s’invite lui aussi dans le réseau mycélien… pour ce qui se veut très fort (trop fort ?) comme un touchant (larmoyant ?) adieu entre les deux compagnons, Stamets & Culber… sur fond, non de violons longs, mais de chœurs d’opéra (plus précisément une aria de kasseelien opera).
Qu’elle soit émotionnellement belle ou artificielle, cette scène représente mine de rien une possible trahison épistémologique de Star Trek ! Chose que les 736 opus historiques (y compris TOS 02x22 Return To Tomorrow et ST III The Search For Spock avec le katra) ont savamment su éviter, et que même les films Kelvin (pourtant bien peu respectueux) auront épargné à la franchise. En effet, s’il s’agit bien dans Discovery 01x12 Vaulting Ambition de l’esprit ou de l’âme de Culber rendant visite après sa mort à Stamets (et non d’une fabrication de son inconscient ou d’un entité émanant du mycelial network prenant l’apparence de Culber), et que ce "fantôme" de Culber est venu révéler – dans état d’omniscience post-mortem – des informations sur l’au-delà (en déclarant notamment qu’il n’y a ni "adieux" ni "à jamais" mais de rassurants "au revoir" et "à bientôt"), alors cela signifierait que Discovery a franchi une ligne rouge critique (et restée inviolée depuis 1964), celle qui sépare la SF de la fantasy (ou de la religion) !
Car à partir du moment où sont Révélées sur le terrain objectif (i.e. en tant que Vérité et non à la façon de croyances personnelles parmi d’autres) la possibilité (ou non) de la vie après la mort, l’existence et la survivance (ou non) des âmes, l’existence (ou non) de Dieu… alors l’univers imaginaire afférent y perd définitivement sa neutralité agnostique et axiologique, tant il se retrouve à jamais assujetti à une cosmogonie métaphysique transcendante, donc à une forme de totalitarisme absolutiste. Ce qui peut sembler séduisant (et rassurant) de prime abord représente en réalité l’imposition d’une Vérité se substituant à une infinité d’hypothèses, en somme une porte qui se ferme définitivement quant à la nature de l’existence et/ou de l’univers. Et dès lors, à bas bruit, la SF cesse philosophiquement d’en être une...
L’hypothèse selon laquelle le "fantôme" de Culber serait une création du subconscient de Stamets (durant un état psychédélique ou du fait d’un environnement tel le Nexus de Star Trek Generations) demeure peu probable, dans la mesure où cette visitation lui apporte des informations cruciales qu’il ne détenait normalement pas en lui (notamment la responsabilité directe de Mirror-Stamets dans l’effondrement du mycelial network). En outre, ce sont les conseils (dissimulant à peine un ordre de mission salvateur) prodigué par le "fantôme" de Hugh… qui guérit instantanément les deux astromycologues, en faisant sortir leur esprit du dédale mycélien, en restaurant leur fonction cérébrale, et en leur permettant de réinvestir le plan physique… mais moyennant toutefois une possible permutation esprit/corps entre Stamets et Mirror-Stamets (nouveau vecteur de suspens).
De même, l’hypothèse d’un mycelial network qui conserverait automatiquement une empreinte de l’esprit de Culber (comme le Nexus pour Guinan) n’est guère recevable. Car cette propriété résultait logiquement du caractère a-temporel du Nexus (Guinan l’avait quittée mais y était encore puisque le temps ne compte pas), tandis que Culber n’est jamais entré dans le "réseau astromycologique" de son vivant. Mais surtout, Hugh Culber vient apporter après sa mort des infos qu’il ne connaissait pas de son vivant, ce qui implique donc une "progression" post-mortem.
En revanche, il demeure tout à fait envisageable que cette visitation émane d’une entité du mycelial network ayant personnifié le défunt Hugh pour motiver Paul à sauver ce réseau de "veines et muscles galactiques", une hypothèse qui aurait quant à elle l’insigne mérite d’éviter à Discovery de se perdre irréversiblement dans la fantasy... et donc de trahir l’essence même de Star Trek à un niveau de trahison encore jamais atteint depuis 2009 !
Le réseau mycélien, s’il ressemble graphiquement à Pandora, pourrait – à l’échelle du Trekverse existant – évoquer le Nexus de Star Trek : Generations. Nul doute que des théories onanistes de fans imagineront sous peu des connexions... Sauf que si le mycelial network accueille bel et bien les âmes des défunts, alors tout parallèle avec le Nexus deviendrait conceptuellement impropre (et même insultant), tant les différences relèveraient de la nature et non du degré. En effet, jamais le Nexus n’a véhiculé une quelconque forme de Révélation sotériologique objective puisqu’il s’agissait tout au plus d’un autre plan d’existence atemporel (tel le wormhole de DS9), sans relation d’aucune sorte avec l’éventuelle after life des âmes, et formaté – telle une auberge espagnole mentale – par les fantasmes et les pensées de ceux qui s’y échouaient physiquement (et non spirituellement).
Faut-il désormais appréhender que Discovery se soumette (comme tant d’autres franchises) aux doctrines démagogiques des films Always (1989) et Ghost (1990) ?

Mais que seraient les bons vieux serials d’antan - tel Fu Manchu - sans un twist-de-la-mort-qui-tue à chaque épisode ? Pas de soucis de ce côté-là, la petite boutique de Discovery déborde d’articles de théâtre, pour les petits et les grands coups, avec en bonus leurs roulements de tambour (pour rire).
Ainsi, après l’encalminage (rituel) dans l’univers miroir (annoncée graphiquement dès le cinquième épisode), la révélation (prévue également depuis le cinquième épisode) de l’identité klingonne d’Ash Tyler, l’impératrice Georgiou (déduite à partir du dixième épisode)… Vaulting Ambition nous révèle - enfin nous confirme - l’origine miroir de Gabriel Lorca (envisagée dès le troisième épisode).
Est-ce à dire que Discovery - construite sur des études de marché comme les trois films Kelvin le furent avant elle - pourra se targuer d’être la seule série à ce jour à avoir donné systématiquement raison à toutes les théories de fans ? Voilà bien du fan-service pourvue d’une conscience professionnelle de service public.
Mais attention tout de même : que le jeu soit prévisible ou pas, capitaliser une série entière sur les retournements/renversements de situations revient à sacrifier le long terme à la jouissance de l’instant. Parce que le rebondissement factice, ça ne marche vraiment qu’une fois, lors du premier visionnage. Et lorsque sur le fond, il n’y a rien d’autre que des coups de théâtre comme fins en soi, du twist pour le seul effet du twist... le plaisir et/ou l’intérêt s’éventent en temps réel, et tout revisionnage devient vain. L’œuvre se voit alors affligée d’une date de péremption, tel un produit de consommation courante à usage unique.

À la façon des intrigues de palais que cultive avec délectation Game Of Thrones et selon les recettes dark soapy éprouvées de tous les Dynasty interchangeables d’hier et d’aujourd’hui, Discovery 01x12 Vaulting Ambition est narrativement construit sur un jeu d’antagonismes deux à deux placé sous le perpétuel signe de la dualité voire d’un dualisme de permutations. Ainsi, l’épisode zappe de façon continuelle et finalement tourbillonnante entre une multitude de tandems péri-conflictuels ou attracto-répulsifs : Burnham/Lorca, Burnham/Mirror-Georgiou, Mirror-Lorca/Mirror-Maddox, Saru/L’Rell, Saru/Ash Voq, Ash Tyler/Voq, Voq/L’Rell, Ash Tyler/L’Rell, Saru/Tilly, Tilly/Stamets, Stamets/Mirror-Stamets, Stamets/Culber.
Cette construction peut sembler riche et ambitieuse. Et les amateurs de character driven seront probablement comblés. Néanmoins, par-delà sa structure narrative serial générant une dynamique d’appel (l’art de donner envier de voir la suite…), en réduisant son fond (ou ce qui en tient lieu) à des interactions inter-personnelles n’existant que pour et par leur seule interactivité, l’épisode fait plus que jamais figure d’Ouroboros stérile - les personnages créés de toute pièce par la série n’ayant d’autre finalité qu’eux-mêmes et l’évolution de leurs relations mutuelles.
Derrière son titre une nouvelle fois prétentieux (tiré de Macbeth « I have no spur to prick the sides of my intent but only vaulting ambition, which o’erleaps itself and falls on the other. »), DIS se spécialise de plus en plus ouvertement dans le soap circulaire où tous les personnages se découvrent des liens de familles (symboliques, affectifs, ou de sang). Et devant une telle densité ad nauseam de réseautage social et antisocial, intersocial et métasocial, difficile de ne pas songer fugacement à l’aphorisme d’Eleanor Roosevelt : « Great minds discuss ideas ; average minds discuss events ; small minds discuss people. »
Dans tous les cas, pour avoir une chance de fonctionner vraiment, cette recette postule un attachement affectif et/ou une identification profonde des spectateurs aux personnages. Or c’est là que le bât blesse, dans la mesure où la série n’a pas fait grand-chose jusqu’à maintenant pour faire grandir ses protagonistes dans le cœur des trekkers. Qui plus est, forte de seulement une dizaine d’épisodes, Discovery prétend déjà les éprouver (et éprouver la fidélité des spectateurs) via l’épreuve déviante et anti-trekkienne de l’univers miroir. Un parti pris qui pourrait être prématuré, a fortiori s’il devait trop se prolonger…

Alors si l’on veut dresser un bilan, que reste-t-il vraiment Discovery 01x12 Vaulting Ambition ? Eh bien finalement des questions, un maelstrom ininterrompu de questions dynamiques qui s’engendrent et se répliquent par mitose :
- Qu’arrive-t-il au mycelial network ? Va-t-il être sauvé ou réparé ?
- Est-ce vraiment le spectre de Culber qui a rendu visite à Stamets ou est-ce une entité immatérielle changeling du réseau ?
- Est-ce que Mirror Culber remplacera Culber ?
- Les deux Stamets ont-ils été mentalement/spirituellement intervertis ?
- Est-ce Mirror-Stamets ou Mirror-Lorca qui a provoqué l’arrivée de l’USS Discovery à ce moment-là dans le Miroir ?
- Que va faire Mirror-Lorca maintenant qu’il est libre à bord de l’ISS Charon ?
- Qu’est devenu le Lorca non Mirror ? Est-il mort avec son équipage avec l’USS Buran ?
- À force d’avoir vécu la vie de son alter ego "positif", Mirror-Lorca n’est-il pas davantage attaché à l’UFP qu’au Terran Empire ? Et s’il n’était qu’un réfugié et non un manipulateur ?
- Burnham va-t-elle vraiment s’allier à l’impératrice contre Mirror-Lorca (qui l’avait pourtant sortie d’une prison à perpétuité) ?
- Est-ce que l’impératrice va devenir une alliée ou va-t-elle tenter d’envahir la Fédération ?
- Mirror-Georgiou a-t-elle un lien avec Mirror-Sato ?
- Quelle est cette technologie mégalo de l’ISS Charon déployé autour d’une singularité ?
- Pourquoi L’Rell a accepté de collaborer avec Saru ?
- Est-ce que la personnalité d’Ash Tyler va être pleinement restaurée pour que la romance ado avec Burnham puisse continuer ?
- Qu’est devenu le vrai Tyler (et/ou le vrai Voq) ?
- Qu’est devenu (et à quoi ressemble aujourd’hui) l’USS Defiant ?
- Que fait l’ISS Discovery en ce moment dans l’univers nominal ?
- Où en est la guerre entre UFP et Empire Klingon ?
- Les rebelles de l’Alliance rencontrés par Burnham ont-ils été tous exterminés ?
- Est-ce que Mirror-Burnham va surgir à son tour ?
- Comment l’USS Discovery va-t-elle revenir dans son univers ? Qui restera et qui repartira ?
- Mirror-Lorca possède-t-il une technique secrète pour basculer entre les univers comme Olivia Dunham dans Fringe ?
- La continuité avec TOS sera-t-elle restaurée et comment ?

Dans le vocabulaire démotique des serials, ce catalogue d’interrogations se veut bandant ! À tel point qu’il réussit à former l’illusion d’un contenu en creux, selon le modèle très contemporain de l’économie du crédit.
Or crédit renvoie étymologiquement (en latin) à credere, c’est-à-dire à un acte de foi. Du coup, lorsque l’ancrage est si improbable ou approximatif, il peut légitimement en résulter autant d’attente voire d’excitation... que d’indifférence voire d’indignation.

YR

EPISODE

- Episode : 1.12
- Titre  : Vaulting Ambition
- Date de première diffusion : 21/01/2018 (CBS All Access) - 22/01/2018 (Netflix)
- Réalisateur : Hanelle M. Culpepper
- Scénaristes : Jordon Nardino

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