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Star Trek Discovery : Review 1.08 Si Vis Pacem, Para Bellum

Date : 07 / 11 / 2017 à 14h30
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Unification


Si vis pacem para bellum, tel est le titre du dernier épisode de Star Trek : Discovery. « Si tu veux la paix prépare la guerre » en latin. Si cette désignation a du panache, le produit final ne se hisse pas à sa hauteur mais elle a du moins un avantage : elle indique qu’il est apparemment la première partie d’un épisode double qui ne dit pas son nom ; cette possibilité est aussi très fortement suggérée par le teaser du neuvième segment accolé à celui-ci. On pourrait avancer que c’est le syndrome des premières parties avec cliffhanger d’être frustrantes, mais désolé, Star Trek est passé par là : Le Meilleur des deux mondes de La Nouvelle génération montre que l’on peut réussir sa première partie au point de dépasser son explosive conclusion.

Attention spoilers… Après une bataille expéditive qui voit le Discovery voler au secours de l’USS Gagarine et échouer, malgré un héroïsme attendu, à sauver ce vaisseau et son équipage, nous retrouvons Michael Burnham, Saru et Tyler sur Planète Canada, pardon, la planète Pahvo, habité par les Pah-viens… ce qui est à se demander si le scénariste n’est pas un francophile à l’humour tordu. En fait, il n’y pas de forme de vie animale sur Pahvo, mais c’est le corps céleste entier qui semble manifester une forme d’intelligence. Le but de la mission est de trouver le moyen de circonvenir au bouclier d’invisibilité Klingon. Pendant ce temps, Stamets semble subir des effets secondaires de la propulsion sporique et de l’ADN tardigrade et ça complote sec dans House of Kol, i.e. sur le vaisseau sarcophage klingon.

Cet épisode de Star Trek : Discovery est ennuyeux. Seule la planète « consciente » peut susciter l’intérêt du spectateur un brin exigeant. Impossible de ne pas être fasciné par l’idée d’une planète si en harmonie avec elle-même qu’elle manifeste des réactions… pacifistes… Mais ce potentiel est caviardé entre deux tentatives de développement des personnages… sans grand intérêt par ailleurs. Il est triste d’évidence que ce concept de science-fiction n’est qu’un simple alibi destiné à rapprocher les personnages de Burnham et Tyler, et que cela amène tout cet aspect narratif à n’apparaître que comme du mambo jumbo new age. C’est un gâchis et ce n’est pas la perspective d’un conflit stellaire entre Klingons et Fédération dans le prochain opus autour de cette planète à l’enjeu vaguement défini et qui va supprimer cette frustration. Le fait que l’affaire soit expédiée n’est même pas une surprise tant la méthodologie des scénaristes est devenue elle-même un cliché : n’allez pas chercher plus loin que l’épisode précédent, moins ennuyeux mais à la mécanique dramaturgique tout aussi évidente et prétexte à des rapprochements de personnages amenés à la truelle.

Quant aux personnages, si Sonequa Martin-Green manifeste toujours une belle présence et sauve son personnage que l’écriture fait à peine évoluer au point de sembler subir perpétuellement les événements autour d’elle, il est difficile de s’intéresser à son association avec Tyler tant, au-delà des problèmes de scénarisation, l’acteur Shazad Latif fait montre d’une expressivité "contenue" et d’un charisme limité. Ce rapprochement est si préparé et si pachydermique qu’une théorie les concernant récemment apparue sur la toile devient de plus en plus probable…

Une précision : le fan service qui consiste à faire un clin d’œil à tout bon amateur de Star Trek est tout à fait bienvenu. En revanche, le spectateur-de-base-attendant-qu’on-lui-raconte-une-bonne-histoire peut être gêné quand ce fan service sert d’excuse pour camoufler l’éloignement visuel et technologique de cet univers pourtant situé vers l’époque de The Cage (oui, oui, on entend bien de temps en temps les bip bip de la passerelle de La Série originale sur celle de Discovery). On peut également être gêné quand ces références nous tirent hors d’une scène à haute valeur dramaturgique (du moins selon l’intention du scénariste). La mention des « besoins du plus grand nombre » (Star Trek II et toute une cohorte de suiveurs) entre Tyler et Burnham tombe comme un cheveu sur la soupe. Au moins celle « du cadre commun de références » par Saru (Star Trek IV, Spock et McCoy se comprenant difficilement) est du moins plus subtile et donc moins intrusive.

Même la bataille d’introduction se regarde sans passion puisqu’on n’a pas le temps de regretter l’équipage de l’USS Gagarine. La mise en scène des scènes spatiales, plutôt confuse comme dans la bataille de l’étoile binaire, n’arrange pas les choses. Le simplisme de l’antagonisme intra-Klingons est toujours aussi passionnant et ne laisse pas entrevoir un apport futur au propos général de l’arc de cette saison. C’est du niveau de Dynasty dans l’espace avec des acteurs chez qui l’orthodontiste aurait oublié d’enlever la pâte à moulage dentaire. Le souci de Stamets qui réagit parfois étrangement suite aux sauts spatiaux successifs fait une apparition tellement fugace dans deux scènes si minuscules qu’elles font office de constat, mais n’apportent pas le germe d’un futur développement (même s’il y en aura un, probablement) pour susciter un quelconque intérêt chez le spectateur. Les scénaristes ont un vrai problème dans leur gestion du format feuilletonnant à la mode depuis quelques temps et dont Star Trek : Discovery a fait sien, dans ce souci (apparu avec les films de JJ Abrams, il faut le dire) d’être plus en vogue. Plus en vogue que cohérent d’ailleurs. Décidément ennui poli et désintérêt latent sont les deux effets provoqués par ce Si vis pacem para bellum qui est loin de se hisser au niveau de son titre flamboyant.

ES

À la première lecture, Discovery 01x08 Si Vis Pacem, Para Bellum paraîtra bien plus trekkien que les sept épisodes précédents.
Pour la première fois, la série propose l’exploration d’un "nouveau monde étrange" (en l’occurrence la planète Pahvo), assortie d’un premier contact avec une forme de vie non humanoïde (les Pahvans en anglais ou Pahviens en français). Mieux encore, les protagonistes évoquent le General Order 1 (dénomination officielle de la Prime Directive), discutent de son implication, puis tentent d’établir une communication, d’abord au moyen des traducteurs universels (sans succès), puis par voie de patience. Enfin, un concept SF nouveau semble voir le jour : toute vie sur Pahvo est interconnectée, résonne d’une même harmonie musicale, et désire propager cette "paix" dans l’univers au moyen d’une gigantesque tour de cristaux transmetteurs émétant divers types de signaux vers l’espace infini…
Ce festival poétique est alors troublé par les efforts de guerre de Starfleet dont l’objectif est de détourner la symphonie musicale de Pahvo… pour contrer les boucliers occulteurs des vaisseaux klingons qui font des ravages sur la flotte (au point d’annuler l’avantage tactique du spore drive de l’USS Discovery). Mais comme dans un bon vieux TOS des familles (en particulier TOS 01x27 Errand Of Mercy), les officiers de Starfleet n’obtiennent pas exactement ce qu’ils étaient venus chercher : les aliens non humanoïdes renvoient dos à dos les belligérants (UFP et Empire klingon) (du moins d’après ce que laisse deviner l’épisode suivant DIS 01x09 Into the Forest I Go), tout en dévoilant certaines vérités enfouis sur les personnages (les sentiments entre Michael et Ash, et surtout la profonde fragilité de Saru).
C’est beau non ? Esprit de Star Trek, es-tu là ? Es-tu revenu d’outre-tombe ?

Alors après la douche froide des sept premiers épisodes, sommes-nous finalement sur la bonne voie avec Discovery 01x08 Si Vis Pacem, Para Bellum ? Eh bien, en fait, pas du tout… Car l’authenticité de ce pitch séduisant ne survit guère à une observation plus attentive…

Loin de constituer une quelconque innovation dans Discovery, le concept de l’unité et du "chant" planétaire avait déjà été traité (et fort bien qui plus est) dans le très contemplatif Stargate SG-1 02x19 One False Step en 1999. Quant aux Pahvians, difficile de ne pas songer aux étranges rencontres dans les remarquables épisodes Stargate Universe 01x03 Air 3 et 01x06 Water
Et qui se souvient de la planète Solaris de Stanislaw Lem, aussi bien dans l’adaptation russe d’Andrei Tarkovsky (1972) que dans l’adaptation étatsunienne de Steven Soderbergh (2002) ? Ou encore de la planète Mogo de Green Lantern d’Alan Moore et Dave Gibbons ?
Bah ! Quitte à recycler la culture populaire, autant choisir ce qu’il y a de plus trendy… et de plus cliché. Or justement, Pahvo, c’est ni plus ni moins la Pandora de l’Avatar de James Cameron (2009), avec simplement moins de fric et moins de créativité… mais davantage d’idéologie. Toute la sémiotique du film de James Cameron est ripée par Discovery 01x08 Si Vis Pacem, Para Bellum (et probablement par l’épisode suivant). Partageant la même fluorescence bleutée surréaliste, Pahvo est également animée par le même panthéisme hyper-écologiste que Pandora (toutes les formes de vie sont connectées entre elles), et ses Pahviens (constitués d’un nuage de particules bleues) sont directement décalqués des woodsprites du Tree of Souls d’Avatar. Mais Si Vis Pacem, Para Bellum va plus loin en terme de doctrine New Age… lorsque les Pahvians transforment leur planète en "phare pacificateur" émettant un signal pour convoquer messianiquement les Klingons. Si Avatar ne cherchait en aucun cas à aseptiser les lois naturelles (l’harmonie de l’ensemble ne réduisant en rien les prédations individuelles), Discovery transforme les Pahviens en apôtres irénistes de paix et en objecteurs de conscience universels… mais sans pour autant avoir les moyens de leur politique au contraire des Organians de TOS 01x27 Errand Of Mercy (ce qui est plutôt inconséquent pour des formes de vie prétendument aussi évoluées)… à moins bien sûr de réserver une "surprise organienne" dans l’épisode suivant (auquel cas, outre de représenter un nouveau plagiat créatif, cela ajouterait un viol chronologique supplémentaire par rapport à TOS).
Contrairement aux apparences, Discovery 01x08 Si Vis Pacem, Para Bellum ne témoigne d’aucune volonté d’exploration ou de réflexion. Pahvo et les Pahvians sont réduit à la fonction d’habillage SF, bricolé sur le PGCD (plus petit commun diviseur) de la culture populaire, et instrumentalisé au seul profit de la vocation foncièrement soapy de la série. En somme, exactement comme la boucle temporelle de DIS 01x07 Magic To Make The Sanest Man Go Mad.
Les scénaristes sont d’ailleurs tellement pressés de faire convoler Michael et Ash (pour ménager un pseudo-twist façon Dallas lorsqu’Ash révélera par la suite son identité klingonne ?) qu’ils en perdent de vue que le vécu de la romance entre Michael et Ash avait été entièrement effacé par l’ultime reset temporel à la fin de l’épisode précédent (et l’évocation d’une romance par Stamets ne saurait se substituer à son souvenir). La seule poésie naturaliste de Pahvo doit probablement suffire à expliquer ce curieux déterminisme romantique…

Mais c’est sur Saru que le climat de Pahvo aura l’impact le plus profond. En tant que Kelpien, défini par la série comme une super-proie (!!!), les sens surdéveloppés de Saru le faisaient souffrir atrocement de la "musique" continuelle émise par la planète (inaudible par les humains). L’établissement d’une base de communication sans traducteurs universels avec les Pahvians (malgré tout expédiée en quelques heures lorsqu’il faudra – avec bien plus de réalisme - des semaines ou des mois à l’expert Riva dans ST TNG 02x05 Loud As A Whisper), puis une forme de fusion mentale avec eux… conduira le Kelpien à trouver la sérénité et à connaître même - pour la première fois de sa vie - une quiétude intérieure… n’ayant connu rien d’autre que la peur continuelle comme tous ses semblables.
Bien entendu, le souvenir de ST TOS 01x26 This Side Of Paradise se rappelle alors à la mémoire du spectateur. La situation est pourtant radicalement différente. Car même si les spores d’Omicron Ceti III préservaient les souvenirs individuels et permettaient de survivre aux Berthold rays, elles prenaient littéralement possession des humanoïdes, leur imposant une volonté qui n’était pas la leur. Dès lors, Spock avait toutes les excuses ne pas se comporter en Vulcain durant l’épisode.
Mais sur Pahvo, la volition de Saru ne fut à aucun moment altérée, seul l’état de peur perpétuelle – apparemment inhérente à sa condition Kelpienne de super-proie – fut "guérie"… ou du moins masquée du fait de l’absence de prédateurs sur la planète. À aucun moment, Saru ne fut téléguidé ou contrôlé par les Pahvians, comme le confirme sans ambiguïté la scène finale où les autochtones l’empêchent de tuer Michael.
Bien entendu, il serait alors tentant de s’embarquer dans une gnose psychanalytique à l’endroit de Saru, sur le contrecoup mental provoqué par la découverte brutale d’un état - quand bien même naturel - qu’il n’aurait jamais connu auparavant. L’ennui, c’est qu’avec cette gnose, viennent de nombreuses inconséquences contextuelles qui révèlent toute la médiocrité scénaristique des showrunners. Quelle que soit sa provenance et les caractéristiques de son espèce, comment un profil psychologique comme celui de Saru a-t-il pu être accepté à Starfleet Academy ? Depuis le début de la série, ce personnage ne s’exprime que par la rancœur et le ressentiment ; mais comme si cela ne suffisait pas, il s’avère être perpétuellement hanté par la peur panique et la paranoïa, soit l’ultime vecteur d’irrationalité ! Seule une société irresponsable peut laisser porter l’uniforme et confier des commandements de vaisseaux spatiaux (avec leur puissance de destruction massive) à des individus ayant un profil psychologique aussi instable. À fortiori en temps de guerre et sur le vaisseau le plus vital de la flotte. Il a en effet suffi que Saru gagne un bénéficie psychologique personnel à la surface de Pahvo pour trahir tous ses engagements, sa parole et son uniforme, jusqu’à se moquer du devenir des peuples de l’UFP... pourvu que son petit confort personnel et égotiste soit satisfait. Une caractéristique qui évoque étrangement l’inclination autocentrée de l’humanité du reboot Kelvin de 2009… ne différant en rien de celle d’aujourd’hui : le perpétuel culte du Moi, et merde aux autres et à la société.
Bien entendu, dystopie oblige, Starfleet n’ira pas sanctionner Saru pour son comportement indigne sur Pahvo… tandis que Discovery 01x08 Si Vis Pacem, Para Bellum confirme une nouvelle fois la condamnation à vie (pour avoir eu raison) de Michael Burnham, dont il est entendu qu’elle retournera en prison si la guerre avec les Klingons prend fin ! Donc loin d’une forme de réhabilitation (comme il était permis de l’espérer dans les épisodes précédents), cette situation ne fait que davantage passer Lorca pour une ordure et l’institution faussement trekkienne de DIS pour une société négrière.
En amont, il est difficile de ne pas s’interroger sur la cohérence de définition de l’espèce Kelpienne, aussi bien dans le rapport à l’évolutionnisme (aucune chaîne alimentaire sur leur planète originelle, mais juste une binarité prédateurs/proies !!!) que dans son intégration à la société trekkienne. Saru est authentique superman, il broie à la seule force de sa main des communicateurs de Starfleet, l’intégralité de ses capacités sensorielles (voire hyper-sensorielles ?) sont hyperdéveloppées, il surclasse en force brute et en capacité de combat n’importe quel humanoïde (il pourrait écraser plusieurs Klingons voire plusieurs Augments en même temps)… bref, il a moins à craindre que quiconque sur les vaisseaux de Starfleet et dans les mondes de l’UFP… car il est tout simplement au sommet de la chaine alimentaire ! Et pourtant il avance perpétuellement la peur au ventre. Soit il s’agit d’une profonde inconséquence systémique envers les hypothèses de départ, soit c’est un cas clinique (un cas par exemple de lâcheté ou de trauma personnel non résolu) qui aurait logiquement dû bloquer tout recrutement de Saru dans Starfleet.
Ironiquement, Saru figure un condensé des pires idées reçues sur les femmes (réputées instables, lunatiques, irrationnelles, rancunières, peu fiables, et vivre dans la crainte perpétuelle des prédateurs...).
Dans tous les cas, il y a un sérieux problème de caractérisation, mais qui tente probablement de se faire passer pour intelligent sous couvert de paradoxes... alors qu’il s’agit en réalité de contradictions grossières.

Enfin, sur le terrain tactique et stratégique, l’ambition d’exploiter le signal musical de Pahvo à la façon d’un sonar de détection sous-marin pour repérer les vaisseaux klingons occultés ne fait guère de sens dans la mesure où cela impliquerait de devoir les combattre à portée électromagnétique de la planète (moins d’une année-lumière), alors que les vaisseaux Klingons demeurent libres d’attaquer Starfleet dans tout le quadrant.

Sur le front klingon, l’intrigue reprend à peu près là où elle avait été laissée au terme de DIS 01x06 Lethe.
L’amirale Katrina Cornwell est toujours au secret dans les geôles klingonnes, Starfleet étant bien trop débordé par la guerre pour avoir ordonné à l’USS Discovery - sa pierre angulaire - de programmer une opération de sauvetage (comme l’avait parfaitement prévu le capitaine Gabriel Lorca).
Après avoir établi (dans DIS 01x07 Magic To Make The Sanest Man Go Mad) que l’USS Discovery avait renversé à lui tout seul le cours de la guerre (comme si les guerres ne pouvaient se gagner que par la technologie !), l’atout stratégique du spore drive est soudain balayé par le système occulteur du Sarcophagus (le vaisseau des morts klingon), dont le général Kol (de la House of Kor) reproduit la technologie sur d’autres vaisseaux pour asseoir l’allégeance des autres Maisons klingonnes (avec des ambitions avouées de suprématie et non d’unité contrairement à T’Kuvma). Trois vaisseaux de Starfleet (l’USS Hoover, l’USS Muroc, et finalement l’USS Gagarine) en font les frais en étant anéantis par six vaisseaux occultés (en dépit de l’intervention de l’USS Discovery), dans le cadre d’un combat spatial éclair (en début d’épisode) où les forces klingonnes semblent incomparablement plus puissantes que celles de Starfleet (un siècle avant, l’écart était bien moins impressionnant avec le NX-01 qui ne représentait pourtant que la seule humanité et non les forces combinées de l’UFP).
Quoique défigurée par Lorca à la fin de DIS 01x05 Choose Your Pain, L’Rell réapparaît et tente de faire allégeance non sans mal à Kol, en proposant ses services comme interrogatrice-bourreau. Ce qui la conduit à rencontrer l’amirale Cornwell. Mais plutôt que de la torturer, contre toute attente, elle lui propose de la laisser s’évader à condition de l’accompagner et de se constituer prisonnière de guerre (non sans s’être assurée au préalable des bons traitements de l’UFP !), estimant qu’elle n’a plus d’avenir chez les Klingons et que Kol a trahi les idéaux de T’Kuvma.
Finalement surprise en cours d’évasion, afin que sa loyauté ne soit pas mise en doute, L’Rell assome et électrocute ostentatoirement Cornwell, puis dépose son cadavre aux côtés de ceux des victimes klingonnes de Kol (appartenant probablement à la maison de T’Kuvma). Finalement, Kol acceptera l’allégeance de L’Rell mais sans être dupe de son double jeu… Quant à Katrina, même s’il n’est pas encore 100% certain qu’elle soit morte, le "destin" s’emploie commodément à éliminer tous les ennemis personnels du capitaine Lorca.
Bref, vous l’aurez compris, nous sommes dans une vulgaire intrigue de palais… comme il en existe tant et tant dans les séries pseudo-historiques en vogue, mais sans bénéficier pour autant d’une bonne qualité d’écriture ni d’interprétation, plombée de toute façon en amont par une VO klingonne aussi poussive qu’inepte. C’est le Game Of Thrones du pauvre, du très pauvre, en version The Asylum. Et rien, absolument rien de tous ces comportements (à commencer par celui de L’Rell) ne sonnent culturellement ou sociologiquement klingons, quel que soit le millésime trekkien pris pour référence (22ème, 23ème, ou 24ème siècles). De toute façon, comment croire qu’une bande de pithécanthropes aussi primitifs puissent mettre à ce point en péril l’UFP – quand bien même désormais dystopique.

En bonus, un rab d’incohérences, hélas lourdes :
- Durant l’échange où L’Rell annonce son projet de défection, Katrina Cornwell lui donne des gages sur l’humanisme de la Fédération. Elle assure alors que la peine de mort n’existe plus. Ce qui contredit frontalement TOS 01x16+01x17 The Menagerie qui avait établi que la peine de mort existait encore entre 2254 et 2266 (la période durant laquelle se déroule justement Discovery 01x08 Si Vis Pacem, Para Bellum), au minimum pour le viol du General Order 7 (l’entrée dans le système stellaire de Talos), mais aussi au sein de sociétés membres de l’UFP (comme Ardana dans TOS 03x19 Cloud Minders). Cette divergence pourrait constituer la preuve matérielle d’une autre timeline ou d’un autre univers dans les cas de Discovery, du moins s’il n’était pas possible de l’interpréter comme un mensonge tactique de la part de l’amirale pour embellir l’image de la Fédération aux yeux de L’Rell (à croire que de tels arguments humanistes pourraient séduire de vrais Klingons…).
- L’échange entre Ash Tyler et Michael Burnham à la surface de Pavho prétend synthétiser en quelques répliques légères - tenant littéralement sur un ticket de métro - les messages profonds mais antinomiques des films ST II The Wrath Of Khan et ST III The Search For Spock (« - The needs of the many - Are worth fighting for. - Are worth dying for. - But so are the needs of the few. - Or the one ? »). Non contente d’essayer d’éventer, de vider de leur substance - avec presque 30 ans d’avance en chronologie interne - deux films emblématiques de Star Trek, cette tentative de "synthèse" s’appuie sur une vraie faute épistémologique. Car il n’est pas possible de prétendre faire cohabiter ainsi - avec une prétention d’évidence - une contraposée et une apagogie.
- Après avoir plané dans DIS 01x07 Magic To Make The Sanest Man Go Mad, voilà que Paul Stamets est en pleine phase d’abattement junkie. Mais il affirme à Sylvia Tilly ne pouvoir prendre le risque de révéler ses "troubles dissociatifs" post-black alert au Dr Hugh Culber, car soit le premier finirait alors comme un rat de laboratoire, soit le second verrait sa carrière brisée ! Outre de confirmer une fois de plus le caractère profondément fascisant de cette UFP alternative – où les citoyens n’auraient ni garantie constitutionnelle ni droits individuels, où ils en seraient réduits à sacrifier les êtres chers sur l’autel d’un totalitarisme kafkaïen – l’assertion est pour le moins inconséquente. D’une part, parce que Starfleet est déjà au courant des expériences de Stamets avec le spore drive (c’était même l’objet de la visite à bord de Katrina Cornwell dans DIS 01x06 Lethe), et c’est d’ailleurs grâce auxdites expériences que Starfleet tient tête aux Klingons. D’autre part, parce que Hugh a déjà personnellement supervisé médicalement toutes ces opérations à la limite de la légalité, notamment en implantant dans les bras de son ami Paul des implants pour faciliter la connexion au spore drive (en terme de rapport ou de non-rapport à Starfleet Command, en quoi les bad trips seraient pires que les opérations transhumanistes déjà réalisées ?).
- À la fin de l’épisode, lorsqu’il apparaît que les Pahvians envoient deux messages subspatiaux d’appel, l’un à Starfleet, l’autre aux Klingons, peut-être pour inviter tous les belligérants à venir s’affronter à armes égales (sans boucliers occulteurs fonctionnels) en orbite de Pahvo, le premier réflexe du capitaine Gabriel Lorca est d’accuser Burnham, et elle seule ! Alors que le responsable du détachement au sol était Saru, et comme celui-ci a trahi la mission, c’est Ash Tyler qui prit le commandement et assura alors la "persuasion" des Pahvians, au mépris si nécessaire des protocoles de Premier contact (que Michael Burnham s’efforçait au contraire de respecter scrupuleusement). Visiblement, la série s’obstine à sacrifier une société entière à la gloire de l’unique héroïne, ou au pathos qu’elle véhicule. Plus que jamais, Michael Burnham apparaît comme le seul personnage à peu près trekkien de la série, et subséquemment la victime sacrificielle d’une communauté et d’une société qui n’en partage ni les idéaux ni les valeurs.

DIS 01x08 Si Vis Pacem, Para Bellum engrange un record de mèmes trekkiens et SF. Malheureusement, iceux ne sont guère vecteurs de sens et servent mal l’histoire relatée - à nouveau hautement bancale. Ce sont essentiellement des alibis utilitaristes, cumulant valeur cosmétique, fonction soapy, capital de synesthésie, et finalité de placement. Le titre latinisant de l’épisode ne fait d’ailleurs que renforcer l’insolente prétention de Discovery au regard de son indigence intellectuelle, de ses incohérences logiques, et – même pire – de ses contresens sémantiques. De quoi faire passer en contraste le reboot Kelvin de 2009 pour un divertissement presque sympathiquepresque – car sans réelle cuistrerie ni prétention intellectuelle quand bien même tout aussi anti-trekkien.
Encore une fois, des personnages contemporains à peine transposés dans le futur (avec leurs agendas et leurs traumas), une société dystopique, des intrigues de palais, des romances d’ados, des clichés New Age, et beaucoup de doxa... ne font pas du Star Trek. Ni même, à dire vrai, de la bonne SF.

Reste l’attrait de forme... Or cette fois-ci, le visuel assez extra-terrestre (de la planète Pahvo) est davantage en phase avec le capiteux budget de la série.

YR

EPISODE

- Episode : 1.08
- Titre  : Si Vis Pacem, Para Bellum
- Date de première diffusion : 5/11/2017 (CBS All Access) - 6/11/2017 (Netflix)
- Réalisateur : John S. Scott
- Scénaristes : Kirsten Beyer

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