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[EXCLU UNIF] À la recherche des femmes chefs : La rencontre avec Vérane Frédiani

Date : 05 / 07 / 2017 à 09h30
Sources :

Unification


Dans le cadre de la promotion de son documentaire À la recherche des femmes chefs, Unification a pu rencontrer sa réalisatrice Vérane Frédiani qui a répondu à nos questions.

Je tiens à remercier cette dernière des propos passionnant que nous avons échangé et de ses grandes qualités humaines.

À la recherche des femmes chefs est un documentaire formidable, tant sur la gastronomie mondiale que sur la condition de la femme. Vous pouvez en retrouver la critique ICI.

À quel moment, cette idée de partir à la recherche des femmes chefs vous est venue ?

J’ai toujours voulu faire un documentaire sur la situation de la femme dans notre société. Il me fallait trouver un axe d’approche qui ne ferait pas peur et empêcherait les personnes de venir voir le film.

Il y a une évolution, mais on reste campé sur un problème qui ne bouge pas. C’est frustrant.

Je me demandais, « quelle histoire raconter ? » Puis j’ai pensé à la gastronomie, et au problème des femmes dans la gastronomie. Chez les bouchers, les fromageres, il y a aussi peu de femmes. J’avais l’idée de parler des femmes via la gastronomie. Je pensais que c’était une bonne approche, car on est tous concernés.

C’est un sujet intéressant le plus grand nombre de personnes. C’est aussi une problématique, femme / homme. Et les femmes devraient être en première ligne, car c’est généralement elles qui cuisinent chez elles, et ce n’est pas le cas. On n’en parle pas.

J’avais aussi l’idée de partir sur la mode, mais les marques investissent tellement d’argent dans la publicité que c’était difficile. On m’aurait fermé les portes et les femmes ne m’auraient pas parlé. Mais c’était aussi un sujet qui me plaisait.

Au début du documentaire, vous annonciez penser avoir du mal à trouver des femmes chefs avant de vous rendre compte qu’elles étaient plus nombreuses que les hommes. Est-ce que cette constatation a changé la manière dont vous avez réalisé votre documentaire, notamment son montage ?

Je me suis dit : « Je vais faire quelques chefs » et la liste s’est vite allongée. Les femmes sont dans des situations différentes. Nadia Sammut fait de la cuisine dans le sud de la France. Il s’agit de haute gastronomie sans allergènes. J’ai dû couper des femmes, car mon premier montage durait 5 heures. Il y a aussi les femmes que l’on voit au cocktail que j’ai coupé.

Les bouchères et fromagères rencontrent les mêmes problèmes que les chefs. J’ai un peu gardé le vin.

La condition de ces femmes est parfois dramatique. Je ne pouvais pas savoir cela à l’avance. Il manque de la communication autour de ces femmes. Dans les congrès, elles sont rarement invitées. Il faudrait que quand une seule femme l’est, elle impose de venir avec une autre femme invitée.

Ces constations ont joué sur le montage. Je ne voulais pas faire un sujet bateau comme comment elles s’occupent de leurs enfants, ni parler du harcèlement en cuisine par les chefs et les cuisiniers de la brigade.

Les femmes sont la problématique, pas leurs vies personnelles. Je voulais parler de la gestion de leurs carrières, de ce qui ne passe pas pour qu’elles soient reconnues.

C’est le thème du film d’ailleurs, car je ne voulais pas m’attarder sur leur capacité à gérer leurs familles.

J’ai mis dans mon montage Kamilla Seidler qui forme des jeunes gens, hommes et femmes. C’est une chose concrète qui va permettre de bouger la façon dont on perçoit les femmes dans les cuisines. Je l’ai mise en avant en priorité.

Comment avez-vous trouvé toutes ces femmes différentes ?

En commençant par en rencontrer certaines qui m’ont parlé d’autres. Il existe un réseau de femmes chefs, dont beaucoup m’ont parlé. Les noms sont venus au cours des discussions.

J’ai aussi lu la presse étrangère. La situation de la gastronomie aux USA, au Canada et en Angleterre n’est pas la même qu’en France. On parle plus des femmes chefs, même s’il y a d’autres problèmes sociaux, comme le fait qu’il n’y ait pas de congé maternité.

Vous avez dû goûter de nombreux plats faits par ces chefs. Lequel, ou lesquels, vous ont le plus marqué(s) ?

J’ai fait un long passage chez Anne-Sophie Pic. Je suis tombée sous le charme de sa cuisine, de son mélange de textures et des goûts de sa cuisine. C’est un véritable génie !

J’ai aussi adoré Kamilla Seidler qui est épatante, et a dû réapprendre à cuisiner, car elle utilise des produits locaux à très haute altitude. Il faut vraiment aller chercher son restaurant, mais on n’est pas déçu du voyage.

Dans le passage concernant les sommelières, j’ai tout d’abord pensé que ce que racontaient les grands pontes du milieu était une mauvaise blague avant de me rendre compte qu’ils étaient sérieux. Vous n’avez pas eu de problème à intégrer leurs propos dans le film ?

J’ai pris mes risques, mais ils sont au courant d’avoir été filmés et de quel film je tournais. J’ai passé plusieurs jours avec eux. C’est l’avantage et la difficulté d’un documentaire. Il faut prendre des risques.

Mon but dans le film, ce n’était pas de les assassiner, mais de montrer ce à quoi on est soumise tous les jours. Ce sont des petites choses qui font mal dès l’école. Cela les fait rire, et ils ne voient pas le mal qu’ils font alors que nous, on doit le supporter au quotidien. Ce qui explique pourquoi, parfois, on s’irrite vraiment et on leur répond à contre-courant quand la coupe est pleine.

Avez-vous eu des retours négatifs sur votre film ou des pressions dessus ?

Oui. Nous avons eu des problèmes sur la distribution du film en France. Car les gens voulaient des portraits de femmes qui cuisinent. Ils voulaient des portraits gentils de 4-5 femmes emblématiques de la gastronomie.

Je distribue le film avec ma société de production. J’ai dû montrer le film sans montage, car la gastronomie n’est pas le vrai sujet.

Ce choix m’a empêché d’avoir des places en festival ou un distributeur qui se serait occupé de lui. C’est à l’image du documentaire, la promotion de la femme n’est pas leur priorité.

Par contre, il se vend bien à l’étranger. On était à Cannes et on l’a vendu dans plusieurs pays étrangers.

Kamilla a créé une mouvance dans le documentaire. Elle met les femmes responsables sur place en avant.

Avez-vous vu le très bon documentaire Noma au Japon ?

Le documentaire sur le Noma a eu des moyens que je n’avais pas. C’est un restaurant superbe pratiquant une cuisine inaccessible pour beaucoup. Le document porte sur l’esthétique. Le mien est un film social.

Avez-vous une anecdote à raconter sur le tournage ?

J’étais souvent seule avec mon sac à dos et à pieds. Je me retrouvais parfois avec mon mari. Une amie actrice m’a aidé à New York à tenir la caméra. Au Chili, je me suis retrouvée une fois seule, sans plus de batterie, avec plus de carte. Et je ne parle pas vraiment espagnol, car j’ai appris l’Allemand à l’école. C’était téméraire et drôle.

Ma première interview en Chine était floue et je n’avais pas de son, donc on ne la voit pas dans le documentaire. Je ne me souviens même plus de qui c’était…

Vous parcourez les quatre coins du monde, mais n’allez pas au Japon. Est-ce un manque de budget, ou le milieu était trop fermé ?

J’aurais pu, mais j’ai tourné sur un an et demi et je me suis arrêtée, car j’avais déjà trop de choses.

J’ai rencontré une chef japonaise à Paris. Les sushis n’ont pas le droit d’être faits par des femmes. Je pourrais faire un autre documentaire sur le Japon.

Au Japon, le seul restaurant qui utilise des femmes pour faire des sushis prend des gamines qui sont plus là plus pour l’ambiance que la qualité de la restauration…

J’ai montré le problème en Chine, mais je n’ai pas traité le Japon. J’aurais aussi aimé aller plus en Afrique.

Ces derniers temps, se revendiquer féministe est très mal vu. Il paraît même qu’aux États-Unis, le F world veut maintenant dire féminisme. Votre film est très féministe. Est-ce un engagement de votre part, ou une tendance naturelle au vu de la façon dont les femmes chefs sont traitées ?

Être féministe, c’est vouloir l’égalité entre les hommes et les femmes. Si les êtres humains naissent libres et égaux en droit, tout le monde devrait être féministe.

Il y a un véritable esclavage des femmes. Quand on voit les publicités, on voit l’exploitation de ces dernières dans les messages envoyés. Les femmes sont des bonniches non payées. On est tous contre la maltraitance des animaux, des enfants. On devrait aussi l’être contre la maltraitance des femmes.

Si une femme défend une autre femme, on entend « Alala, c’est une femme, ce n’est pas dramatique ! ».

Vous vous plongez dans l’histoire culinaire française pour montrer que les femmes chefs décorées étaient plus nombreuses il y a quelques décennies qu’aujourd’hui. Vous ajoutez que n’apparaissant quasiment pas sur Internet, c’est comme si elles n’avaient pas existé. Comment faire pour que le milieu de la gastronomie de haut niveau s’ouvre de nouveau aux femmes ?

J’espère que cela va arriver grâce au nouveau Musée de la Gastronomie qui va ouvrir à Lyon. Lors de la conférence de presse, on a présenté chaque pièce qui portait un grand nom de la gastronomie, et il n’y en avait aucune qui avait un nom de femme, pas même celui des mères lyonnaises, dont la mère Brazier qui a eu 3 étoiles au Guide Michelin en 1933 ! Ce sont des femmes journalistes qui ont signalé ce problème.

Ils sont en pleine méditation, et j’espère qu’ils vont prendre de grandes décisions pour réécrire la gastronomie française correctement. La moitié des plats de Paul Bocuse viennent des mères lyonnaises qui l’ont formé. Il faut réécrire l’histoire, faire des films sur ces femmes et trouver des choses sur Internet dessus.

Comment voyez-vous le statut de la femme chef dans les années à venir ?

Mieux, parce qu’on prend conscience de leur valeur. Il faut que les femmes chefs, sortent de leurs cuisines, se montrent, se battent pour être reconnue, se créent leur propre marketing.

Il y a des initiatives comme le Parabere Forum qui est un réseau international de femmes chef et qui programme une réunion tous les ans.

Il y a l’entraide entre les chefs. Il y a aussi l’arrivée de journalistes, parfois des femmes, qui parleront de ces femmes chefs.

Il pourrait aussi y avoir une couverture d’Elle qui pourrait mettre à l’honneur plusieurs d’entre elles, mais habillées !

Au cours de la même cérémonie pour les 50 Best San Pellegrino dévoilé le 5 avril dernier à Melbourne, Ana Ros a été élue meilleure femme chef du monde, mais ne figure pas dans le top 50 des meilleurs chefs du monde puisqu’elle finit 69ème. Comment cela est-il possible ? Finalement qui attribue ces prix ?

La question se pose si elle devrait prendre son prix ou pas ? Il y a un gros débat actuellement dessus entre les femmes chefs.

Est-ce qu’avoir créé un prix spécial pour les femmes chefs, ce ne serait pas une bonne excuse pour ne pas en mettre dans le top 50 des meilleurs chefs du monde ? Il y a une vraie polémique. C’est des journalistes, des cuisiniers, des gens importants dans le monde de la gastronomie et des gastronomes qui votent.

Pour le prix sur les 100 meilleurs chefs, ce sont les chefs qui votent pour les chefs et ils sont majoritairement masculins.

De plus, les hommes et les femmes ne donnent pas de prix aux femmes.

Est-ce que vous comptez écrire un livre sur votre sujet et / ou faire un deuxième documentaire qui continuerait dans cette direction ?

J’aimerais beaucoup faire un nouveau documentaire sur la place de la femme et me focaliser sur un coin du monde : le Japon, l’Afrique ? J’aimerais bien aller avec la femme chef Victoire Gouloubi au Congo.

Je viens d’écrire une fiction portant sur le milieu de la cuisine dans les années 70 en France.

Vous pouvez en retrouver la critique ICI.

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