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Quelques minutes après minuit : La rencontre avec Juan Antonio Bayona

Date : 04 / 01 / 2017 à 10h00
Sources :

Unification


À l’issue de la projection du film Quelques minutes avant minuit, le réalisateur Juan Antonio Bayona est venu faire une masterclass.

Voici la retranscription de la master class. Vous pouvez aussi en visualiser la vidéo en fin d’article.

Attention, les échanges dévoilent quelques spoilers sur le film !

Comment s’est fait la genèse du film ?

On m’a parlé du livre et en le lisant, j’ai trouvé beaucoup de points communs avec les films que j’avais réalisés.
C’était un livre très intéressant et imbibé de fantastique présentant l’univers de l’enfance d’une façon très sérieuse.
Pour un réalisateur, il s’agit d’une quête de vérité afin de raconter une histoire et c’est la thématique du livre.

Vous avez un regard très particulier sur l’enfance. Pouvez-vous nous en parler ?

Toutes mes histoires ont un point commun avec l’enfance. C’est après coup que je me rends compte qu’elles ont un lien entre elles.
C’est des histoires qui m’attirent. J’ai toujours aimé les films racontant l’histoire du point de vue du regard d’un enfant.

Et certains films, par le fait d’être racontés à travers la vue d’un enfant, m’ont profondément marqué. Il s’agit de films comme La peau douce de François Truffaut ou E.T. de Steven Spielberg.
Quand on est enfant, on ne comprend pas tout ce qui se passe dans les films, mais cela nous impacte profondément.

J’aime quand on change de rôle et quand l’enfant se comporte en adulte et les adultes en enfants.
C’est l’exemple de la mère qui ne raconte pas la vérité à son fils pour essayer de le préserver. Mais cela ne lui fait que plus de mal, et l’enfant n’arrive pas à se décharger de ce poids pour pouvoir dire au revoir à sa mère.

Comment s’est passé le passage des séquences réelles à l’animation ? Êtes-vous le réalisateur de ces séquences ?

Le livre de Patrick Ness est illustré et quand on lit un livre avec des images, il est difficile de s’en affranchir, car elles sont aussi importantes que le texte.

En fait, le processus de création d’un film, c’est d’avoir beaucoup d’idées et de trouver le fil conducteur pour en faire un récit.
Je ne voulais pas qu’il y ait des acteurs qui interprètent une histoire au cœur d’une histoire et j’ai eu l’idée d’utiliser l’animation.
Cela s’explique par le fait que Connor dessine, ce qui n’est pas le cas dans le livre.
Quand on lit un livre, le lecteur a la part belle pour l’interprétation et dans un film, c’est le réalisateur qui interprète pour le spectateur.

Par le biais de l’illustration, les personnages sans visages invitent le spectateur à l’imagination.
C’est aussi pour cela qu’au début du film, il y a un écran noir avec une voix of qui dit « Que vois-tu ? » Et j’y ai ajouté de la lumière, de l’eau, de l’aquarelle, des figures, des personnages…
Et ces peintures rappellent les illustrations de Jim Kay qui a fait celles du livre de Patrick Ness.

Comment vous avez trouvé le jeune acteur qui est très bon ?

On a vu des centaines d’enfants et Lewis MacDougall s’est très vite détaché des autres et a été très différent.
Dans les essais, on leur faisait jouer une scène très dramatique et tous les enfants pleuraient et Lewis était plutôt dans une réaction de rage et de négation de ce qui lui arrivait. Et cela collait tout à fait au personnage que je voulais conduire à la colère et à une incapacité d’exprimer ses émotions.

Comment on tourne avec un enfant qui a un âge à qui il peut arriver cet événement ?

J’adore travailler avec les enfants. Ils sont toujours ouverts à l’expérimentation. Ils sont curieux.
Et j’aime jouer avec les comédiens à essayer que les choses prennent forme devant la caméra.
Quand Lewis rentre dans la dernière scène, dans la chambre de sa mère, il n’est pas au courant du contenu de cette page du scénario

J’ai un peu joué avec lui, car il n’est pas au courant de ce qui se passe dedans.
En fait, j’avais arraché la page du scénario que je lui aie donné et j’ai dit à toute l’équipe de ne rien lui dire pour garder la surprise.
On a tourné cette scène le dernier jour de tournage et la caméra était déjà installée quand il est rentré dans la chambre.
J’aime arracher des moments très organiques comme cela.
Du reste, c’est un excellent acteur et il a déjà tourné deux autres films. C’est certain qu’il deviendra comédien, car il est très doué.

Est-ce que la direction d’acteurs est différente entre les enfants et les adultes ?

J’ai le même traitement envers les enfants que les adultes, mais avec les enfants, c’est un peu plus long. Ils doivent assimiler ce qu’est un film et appréhender leurs personnages.
Je suis très attaché aux relations qui se tissent entre les personnages et je voulais que Lewis passe du temps avec Felicity Jones, l’actrice qui joue sa mère
On s’est vu 3 semaines avant de tourner. On a fait les plus grandes montagnes russes d’Angleterre et ils ont tissé un lien très fort.
Ils ont créé un espace entre eux en allant ensemble au restaurant, à la piscine, au cinéma.
Il était important que la caméra puisse capter cet espace entre eux qui était déjà créé.

Et c’était tout le contraire avec le personnage du père que je ne voulais pas qu’il voie avant. Et ils se sont pratiquement rencontrés le jour de tournage pour la scène où ils se retrouvent au restaurant.
C’est ma méthode pour créer ces espaces de travail entre chaque personnage.

Ce film est plutôt sombre. Qu’est-ce que vous pouvez dire aux parents pour les faire venir voir ce film avec leurs enfants ?

Je pense qu’il n’y a rien dans le film qu’un enfant ne se soit pas déjà imaginé tout seul. Le film évoque des sentiments comme la solitude, la colère, la culpabilité. Il ne raconte rien de nouveau, car un enfant de cet âge a toujours la crainte de perdre ses parents.
C’est même le contraire, car les enfants savent déjà tout cela, mais peu de parents abordent cela dans leur famille.

Celle qui est à l’origine de l’histoire, Siobhan Dowd, a voulu écrire cette histoire pour accompagner et aider les enfants dans le deuil.

Et c’est parce qu’elle était malade elle-même, qu’elle avait un cancer, qu’elle a voulu aider les enfants dans cette épreuve.
Si elle ne l’a pas écrit, c’est parce qu’elle est décédée et c’est Patrick Ness qui a récupéré l’histoire et a pensé à utiliser le fantastique qui est très parlant pour les enfants.
Ce film permet aux enfants de comprendre les émotions intenses qu’ils vivent au quotidien et il s’adresse à eux.

Comment étaient vos relations avec le scénariste, Patrick Ness, notamment par rapport aux changements vis-à-vis de l’œuvre originale ?

Cela n’a pas été facile de forcer son protectionnisme, car c’est à la fois l’auteur du livre et celui du scénario, et il fallait que j’insiste sur les nouveautés que je voulais apporter à l’histoire.
De nos débats naissaient des idées encore meilleures.
J’étais obsédé par l’idée qu’il fallait trouver la lumière à la fin du film alors que le livre se finit dans la chambre d’hôpital.

Moi, j’avais besoin que le chemin de Connor se déroule vers la lumière et Patrick a beaucoup aimé l’idée de l’héritage des dessins dans sa nouvelle chambre.

J’ai aussi proposé que Connor dessine. Moi-même, je dessinais beaucoup quand j’étais enfant.
Dans mon film, j’avais l’idée d’un crayon qui bougeait tout seul et appelait le monstre. Et ces crayons sont les outils qu’il acquiert à la fin de l’histoire pour affronter son avenir.
Dans cette chambre en haut de l’escalier, Connor trouve sa place dans le monde et il retrouve sa mère, ainsi que tous les personnages des contes qu’il a vécus et le monstre.

Pourquoi avoir pris Liam Neeson pour la voix off ?

Le monstre est inspiré d’une légende celtique qui est celle de l’homme vert. On a cherché parmi les acteurs irlandais et on est tombé sur Liam Neeson. Et ce qui nous a surpris, c’est qu’il accepte immédiatement le rôle.
Il n’avait jamais fait de motion capture et moi non plus. On a mis deux jours à s’habituer au pyjama qu’il devait porter pour qu’on capture ses mouvements. Ce n’est pas glamour du tout.
Cette collaboration a été très fructueuse, mais elle était curieuse.
Il n’y avait pas de décors, de costumes, d’accessoires. C’était comme si on était sur le tournage de Dogville, mais c’était très intéressant.

Comment s’est fait le choix des autres acteurs ?

On cherchait une jeune grand-mère qui avait de la carrure, une vraie prestance et une sacrée carapace et Sigourney Weaver pouvait la faire sans problème.
Même si elle incarne une sorcière pour Connor, c’est aussi la mère de Felicity Jones, et on sent en elle de la vulnérabilité.
Elle est américaine, mais sa mère était anglaise et elle aussi se sentait capable de refléter ce côté anglais à avoir dans l’histoire.

Sur votre prochain film, est-ce qu’on aura la chance d’avoir votre univers dans Jurassic World 2 ?

Je ne peux pas trop en dire sur Jurassic World 2 car on ne m’y autorise pas. C’est extrêmement maintenu secret. Je ne peux même pas partir de mon bureau avec le scénario.
Quand on vous propose de faire Jurassic World 2 et que c’est Steven Spielberg qui vous le demande, c’est extrêmement difficile de dire non, et je ne lui ai pas dit non.

Mais quand on travaille pour Jurassic World, on en est bien conscient quand même. On ne perd pas le nord. Ce n’est pas notre créature. C’est le bébé de Spielberg. Je ne vais pas lui enlever son enfant, je vais le lui laisser. Je ne vais pas l’adopter, mais vais en prendre soin, et de la meilleure façon possible.

En fait Steven Spielberg était assez fan de mon deuxième film, The Impossible, et l’autre producteur délégué du film, Colin Trevorrow, est assez fan de mon premier long métrage, L’orphelinat. Donc à eux deux, ils se sont dits que je pourrais peut-être apporter une patte un peu plus sombre. Et ils voulaient une patte un peu plus sombre, car c’est ce qu’ils recherchent.

On va essayer de faire un peu plus le pari de l’horreur, comme dans le premier Jurassic Park et je suis absolument ravi que cela puisse être un petit peu plus sombre.

Quelques minutes après minuit est un très beau film fort bien réalisé et dont les contes merveilleusement animés le parsemant servent de véritables leçons de vie. Vous pouvez en retrouver la critique ICI.

- SITE OFFICIEL

VIDÉOS

Rencontre avec Juan Antonio Bayona :


Bande annonce :


GALERIE PHOTOS

Quelques minutes après minuit : masterclass de Juan Antonio Bayona



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