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Festival d’Angoulême : Conférence de presse de Katsuhiro Otomo

Date : 26 / 01 / 2016 à 08h10

A l’occasion de la venue de Katsuhiro Otomo, auteur du célèbre manga d’Akira, au 43e Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême, une conférence a été organisée lundi 25 janvier dans l’auditorium du musée du Louvre. Unification était présent lors de cette rencontre :

Pour l’époque Akira était un regard angoissé sur le monde et le futur. Est-ce que votre regard a changé ?

L’être humain est une créature non parfaite et en ce sens ma vision du monde n’a pas tellement changé.

Nous sommes en 2016, et 2030 arrive bientôt. Etes-vous curieux de voir la différence entre la réalité et celle que vous avez dépeinte dans Akira  ?

Comme pour toute personne qui travaille dans le domaine de la science fiction, il est très difficile de savoir comment va évoluer le monde. Pour exemple, on ne savait pas que les téléphones portables allaient avoir un tel impact dans notre quotidien. Donc oui il y aura forcément des différences.

Avec du recul quels changements apporteriez-vous sur le manga Akira ?

Je ne referai jamais Akira aujourd’hui. A l’époque, j’ai tout donné dans la création du manga. Durant la publication d’Akira, il y a eu le début de la production du film d’animation. Comme je ne pouvais pas mettre toutes les idées que j’avais en tête dans le film, je les ai incluses dans la fin du manga.

Akira peut être vu comme une réussite mais également un enfermement en tant qu’auteur. N’avez-vous pas une certaine lassitude à ce que l’on vous cloisonne avec cette œuvre ?

J’ai réalisé de nombreuses œuvres qui m’appartiennent. Je n’ai pas à me plaindre.

Le manga Akira a été adapté en film d’animation. Peut-on espérer une adaptation en série ?

J’ai beaucoup de mal à répondre à cette question. Il y a des projets, mais je ne peux hélas pas en parler.

Aimeriez-vous voir une version d’Akira avec de vrais comédiens ?

J’imagine que vous faites allusion au projet live de la Warner. Pour l’instant il n’y a pas eu de retour de scénario ni même d’informations en général. Pour être honnête entre le manga et la version animé, je me suis énormément investi dans cette œuvre et donc s’il y a une version live je m’y pencherait comme un simple spectateur.

Le public occidental a principalement connu le manga Akira avec la version colorisée. Avez-vous un avis sur cette version ?

C’est Marvel qui en premier est venu me contacter pour réaliser une version couleur d’Akira. Le coloriste voulait la faire à l’ordinateur ce qui était une première pour Marvel et pour moi.
Et pour l’époque c’est un travail plutôt bien fait.

Pour de nombreux mangakas, l’inspiration vient du quotidien. Est-ce le cas pour vous ?

En effet la vie quotidienne m’inspire, mais cela vient aussi de mangas, de romans de mon enfance qui reviennent avec le temps, un temps nécessaire pour la maturation.

En dehors d’Akira vous avez réalisés des films à sketchs dont Robot Carnival, Memories, souhaitez-vous en faire de nouveau ?

Oui j’aimerai beaucoup refaire cette expérience. Dans un format de court métrage, il n’y a pas à se préoccuper de l’aspect commercial et c’est un format propice à l’expérimentation.

Avez-vous des projets actuels, sachant qu’un manga sur l’époque Edo, un autre sur le musée du Louvre ont été évoqués ainsi que des films d’animation ?

Il y a des projets de film qui sont dans les tuyaux, mais reste le problème du financement. En fait j’ai de nombreux projets, mais c’est difficile de tout planifier.

Au Japon, nombreux mangakas travaillent avec un Tanto (responsable éditorial), est-ce que cela a été votre cas et quelle relation aviez-vous avec lui ?

Quand on créé un manga, on le fait avec le Tanto. Il y a beaucoup de discussion et la place du Tanto s’est accentuée avec le temps. A l’époque où je dessinais, les mangakas étaient plus libres sur les dialogues, le storyboards, etc… Mon travail n’est donc pas représentatif du mangaka japonais classique.

Quel est votre avis sur le marché actuel du manga avec des œuvres comme Naruto, One Piece, etc ?

J’espère que mes mangas se vendent aussi bien que ceux-ci (rire)

Vous avez touché au manga, à l’animation, avez-vous le souhait de travailler dans le jeu vidéo ?

J’aime beaucoup les jeux vidéo, j’y joue mais il ne faut pas en abuser. C’est un monde qui a beaucoup changé et dont la qualité visuelle s’est accrue avec le temps. Il est donc difficile de rentrer dans ce milieu.
J’ai un ami qui travaille chez Bandai Namco, et il se plaint beaucoup car réaliser un projet devient de plus en plus cher.

La technologie de l’animation a fortement évolué, est-ce que cela a eu un impact sur votre manière d’écrire ?

Une intrigue n’est en rien à voir avec la technologie, mais le progrès dans le domaine de l’animation me permet de montrer des séquences que je ne pouvais faire avant.

Qu’aimez-vous le plus, le travail de mangaka seul ou le fait de travailler sur un film à plusieurs ?

Quand je dessine, j’ai envie de travailler en collectif et inversement quand je fais un film, je veux travailler en solitaire.

Naoki Urasawa disait il y a peu que Fireball était la nouvelle "Ile au Trésor" (œuvre de Robert Louis Stevenson librement adaptée en manga par Osamu Tezuka). Comment avez-vous pris cette comparaison ?

Je suis touché quand on fait référence à mon œuvre, mais j’essaie d’être fidèle à la création.

Avez-vous des "protégés", des mangakas dont vous souhaiteriez mentionner ?

L’année dernière, j’ai participé à un recueil avec plusieurs jeunes auteurs. Cette expérience a été enrichissante et j’espère la recommencer.

Si vous aviez la possibilité de rentrer dans l’esprit d’un autre auteur, lequel choisiriez-vous et pourquoi ?

Je ne suis pas préoccupé par les autres, mais plus par mon devoir et mon travail. Les autres ne m’intéressent pas tellement.

Avez-vous des auteurs de bd franco-belges que vous appréciez ?

J’aime Moebius. Nous avions d’ailleurs un projet commun d’animation. J’aime également Bilal et d’autres auteurs.
Il faut savoir que dans les années 70 et 80 de nombreux mangakas venaient tous les deux ans en France pour découvrir le travail des auteurs français.

Pour vous, que représente le festival d’Angoulême ?

C’est la chance de voir des livres qui ont eu des prix prestigieux. C’est aussi la chance de faire une affiche pour le festival. C’est aussi profiter du séjour en France.

Qu’aimez-vous faire en France ?

Il est un devoir de boire du vin et manger du fromage.

Vous avez donc travaillé sur l’affiche du festival d’Angoulême. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai eu la volonté de faire une affiche surprenante. Je me suis fortement inspiré de la culture traditionnelle japonaise et chinoise. C’est pour cela que j’ai utilisé de l’encre de Chine. Après je l’ai finalisée en retard.

Vous êtes un auteur qui s’exprime à travers ses oeuvres. Pourquoi aujourd’hui cette rencontre avec le public ?

Je devais le faire suite à la reconnaissance du festival d’Angoulême sur ma carrière. Ensuite c’est une manière de remercier le public français qui m’a toujours soutenu et je voulais faire un effort pour l’occasion. Je ne suis d’ailleurs pas sûr de réussir car je ne suis pas habitué à parler devant un public.

Une exposition va avoir lieu au Festival d’Angoulême et viendra ensuite à Paris. L’avez-vous vue ?

Pour le moment je ne l’ai pas encore vue. Au départ j’ai refusé l’idée, mais on ne peut pas stopper l’hommage des gens.

Suite à la polémique sur l’absence d’auteur féminin nominée au festival d’Angoulême, pouvez-vous nous donner votre avis ?

Je ne connais pas la liste des dessinateurs sélectionnés, mais il faut avoir du talent. Mes propos vont peut être paraître froid, mais voici mon avis. Le critère de sexe ou de couleur de peau n’a nullement d’importance dans la création. Il faut qu’avant tout, l’œuvre soit intéressante.


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