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Une équipe de rêve : Rencontre avec Jaiyah Saelua

Date : 10 / 06 / 2015 à 09h32
Sources :

Unification


A l’occasion de la promotion en France du documentaire Une équipe de rêve, Johnny « Jaiyah » Saeluah, défenseur central, et premier joueur transgenre ayant participé à des compétitions officielles de football, de l’équipe des Samoa Américaines à répondu aux questions du public à l’issue de la projection du film.

Il n’y a pas de problème concernant les personnes transgenres aux Samoa Américaines ?

Une équipe de rêve est un documentaire. Il montre la vérité sur l’équipe mais aussi le pays. Chez nous, nous avons trois genres : masculin, féminin et fa’afafine. Nous avons donc un profond respect des personnes transgenres. Mais on parle plutôt de fa’afafine que de transgenre qui est un terme plus stéréotypé et négatif utilisé dans les pays occidentaux. Chez nous, historiquement, le fa’afafine est plutôt positif sans connotation négative. Ce sont des personnes qui donnent des conseils et font preuve de sagesse et qu’on vient consulter car ils sont à la fois homme et femme.

Le poste de défenseur central est presque le plus physique du football, comment réussissez-vous à occuper ce poste ?

J’ai commencé à jouer à 11 ans. A cet âge, dans la ligue de football du pays, il n’y a pas de problème pour que les garçons et les filles jouent ensemble. J’étais attaquante, puis au lycée, je suis passée avant-centre et enfin je me suis retrouvée au poste que j’occupe actuellement, défenseur central. En fait j’ai reculé pendant toutes ces années.
J’étais dans une école privée qui faisait partie de la ligue de football. Le championnat national fait parti du développement du foot sur notre île. Les garçons et filles jouent ensemble de la même manière et doivent être tout aussi persévérants.
La première année du championnat, mon équipe à gagné et j’ai été nommé meilleur joueur. C’est à ce moment-là que je me suis dit « pourquoi ne pas continuer ? ».

Y a-t-il eu un problème avec la Fifa pour accepter un joueur transgenre dans la sélection ?

Les Jeux Olympiques sont un problème pour les sportifs transgenres qui veulent y participer. La Fifa se moquait d’un joueur transgenre car il s’agit de l’équipe des Samoa Américaines. De plus j’ai toujours joué dans la réserve depuis mes 14 ans. En fait c’est le nouvel entraîneur, Thomas Rongen, qui m’a nommé titulaire. C’est après les matchs que la Fifa a su qu’il y avait un joueur transgenre qui avait participé aux matchs qualificatifs pour la coupe du monde. En plus la Fifa n’a pas son mot à dire sur les sélections nationales. Quand il a su cela, Sepp Blatter (l’ancien président de la Fifa) m’a envoyé une lettre personnalisée pour me féliciter d’être le premier joueur transgenre à avoir fait un match officiel dans le cadre des qualifications pour la coupe de monde du football, et sur l’impact de cela pour un changement de perception dans le milieu du football. Il félicitait aussi l’équipe de ses efforts et d’avoir réussi à marquer des buts.

Est-ce que vous jouez toujours avec la sélection de votre pays ?

Oui, je joue toujours dans l’équipe nationale. En juin, on va recommencer l’entrainement. A partri de septembre, il y a les qualifications qui commencent. Si on gagne, on pourrait aller à la coupe du monde de football en 2018 en Russie.

Vous faite quoi au quotidien en dehors de jouer au football ?

J’ai une vie quotidienne ennuyeuse, presque celle d’un looser… Chez moi je lis des livres, joue aux jeux vidéos et fait du sport.
Mais depuis le documentaire, je voyage dans le monde pour le promouvoir. Je me suis retrouvé à Los Angeles avec Thomas Rongen notre entraîneur et Nicky Salapu notre goal. J’attendais avec impatience un email m’annonçant que j’irais en France !

Quelle est la tenue que vous portez ?

Un bébé [traduction phonétique car je n’ai pas identifié la véritable orthographe de ce genre de tenue, ndr]. C’est plus abordable que du Dolce & Gabbana. Je porte ce genre de tenue depuis le festival de Tribeca à New York.

Avez-vous rencontré d’autres footballeurs transgenres ? Ce n’est pas trop difficile d’être « le joueur transgenre » ?

Non, je n’ai pas rencontré d’autres joueurs transgenres. Mais j’ai reçu beaucoup de messages de personnes transgenres à travers la fédération de football. Les gens m’apprécient. Ils me remercient de les encourager à poursuivre leurs passions. Cela a été une surprise pour moi de découvrir que dans le monde, il n’y a pas les mêmes droits pour les personnes transgenres.
Ce rôle ne m’a pas été donné, mais j’aime ce que je fais. Il faut comprendre que tous les pays ne sont pas comme les Samoa Américaines et sont souvent moins tolérants. (concernant ce sujet, je vous conseille de voir le film récent très intéressant et réussi Une femme iranienne, ndr)
Vivre sa passion est une bataille de tous les jours. Mais j’ai un peu triché car je n’ai pas eu à me battre beaucoup pour suivre ma passion.

Le tournage du documentaire a-t-il été un plus pour vous aider à marquer un but ?

Non, nous avions vraiment envie de marquer des buts. Les réalisateurs ont demandé la permission de tourner un documentaire sur notre équipe. Au début l’association qui gère notre équipe était sceptique car elle avait peur qu’il s’agisse d’un documentaire pour se moquer de la « plus mauvaise équipe du monde ». Mais leur but était de faire ressentir la passion et l’amour du sport. Ceux qui ont filmé ont accepté les règles de l’association et sont restés hors du chemin. Ce qui a été fait la plupart du temps sauf dans le cadre des interviews. De plus, l’entraîneur les a effrayé donc l’équipe de tournage est restée hors stade et a fait des zooms.
En fait, on ne savait pas ce que donnait le documentaire. Ils se sont concentrés sur l’entraîneur et se sont attachés à montrer l’importance de l’évolution de l’équipe et des individus.

Quelle est votre opinion sur le football masculin et féminin et la coupe du monde de football ?

Je préfère voir les matchs des femmes car il y a plus de talent. Mais j’aime bien regarder les matchs des hommes car il y a de jolis garçons qui sont parfois très mignons.
C’est fascinant de voir les femmes jouer car elles ont souvent plus de talent et sont plus techniques que certains des joueurs des Samoa Américaines. Les femmes font un bon jeu et du football de qualité.

Avez-vous vu des matchs lors de la promotion du documentaire dans le monde ?

J’ai vu des matchs, notamment celui à Valencienne des espoirs entre la France et l’Estonie. La France a gagné par 6 à 0 car c’était un match facile pour eux. Mais j’aurais préféré que ça fasse 32 à 0 pour établir un nouveau record et qu’on arrête de parler de mon équipe.
J’ai aussi vu un match amical au Japon.
Je me souviens d’un match Tottenham, West Ham et j’avais l’écharpe d’une équipe car je la trouvais jolie. J’ai dû m’expliquer avec les supporters de l’autre équipe dans le cadre d’une interview que j’ai faite pour une association de football anglais.
Le stade de Wembley est très impressionnant. On peut y mettre tous les habitants de mon pays et il reste encore 30 000 places (il fait 90 000 places et les Samoa Américaines onr un peu plus de 55 000 habitants, ndlr).
Mes joueurs préférés sont la brésilienne Marta Vieira da Silva et l’américaine Abby Wambach (toutes deux ont été nommées meilleurs joueuses du monde par la Fifa : 5 fois et 5 fois finaliste pour la première et 1 fois et 3 fois finaliste pour la seconde, ndr).
J’aime aussi Tim Howard, un gardien de but américain. Et bien sur Cristiano Ronaldo qui est très beau à voir.

Comment s’organise la nouvelle sélection de joueur pour votre équipe ?

L’entrainement concerne les jeunes enfants, mais peu vont continuer à le faire professionnellement plus tard. On a du mal à trouver des joueurs pour les qualifications de la coupe du monde des moins de 20 ans. C’est difficile car le football chez nous ne rapporte pas d’argent et que les joueurs doivent avoir un travail pour pouvoir vivre.
Maintenant l’intérêt du foot a augmenté et plus de gens s’y intéressent.
En plus il y a des qualifications seulement tous les 4 ans, donc les personnes ne s’engagent pas car il n’y a pas d’argent pour vivre. J’espère que malgré tout la passion du football va encore augmenter.

Votre vie semble plus simple que chez nous. Comment vivez-vous aux Samoa Américaines ?

Nous avons une culture tranquille, plus calme. Les jeunes vont à l’université ou s’engagent dans l’armée pour pouvoir quitter le pays qu’ils trouvent ennuyeux.
Chez nous, il n’y a pas de distinction de classes. On est tous au même niveau. Notre gouvernement fonctionne grâce à de l’argent octroyé par le gouvernement américain. En échange, beaucoup de jeunes hommes et femmes s’engagent dans l’armée américaine.
Il n’y a pas d’impôts chez nous. Chaque famille possède de la terre et en fait ce qu’elle veut.
C’est un bon endroit pour finir ses jours.
Les Samoa Américaines sont une partie indépendante des Samoa. Mais dans les Samoa les fa’afafine n’ont pas le droit d’aller travailler habillées en femmes. Comme beaucoup de personnes viennent des Samoa s’installer chez nous, j’espère que ça n’aura pas une influence négative sur notre façon de traiter les fa’afafine.

Un équipe de rêve est vraiment un documentaire formidable plein d’humour, de joie et de tension. Ne ratez pas ce film qui pourrait bien vous faire aimer le football et en tout cas montre toutes les vertus du sport.

Vous pouvez en retrouver la critique ICI.

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