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City Hall : Interview de Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre

Date : 29 / 03 / 2015 à 11h00

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Guillaume Lapeyre (GL) : Je ne suis pas Rémi Guérin, le scénariste de City Hall

Rémi Guérin (RG) : Et moi je ne suis pas Guillaume Lapeyre, le dessinateur de City Hall. Cela ne fait pas 10 ans que je fais de la bande dessinée, City Hall n’est pas mon premier manga et je ne me lance pas dans mon premier comic.

Avant City Hall, vous avez eu tous deux de nombreuses collaborations. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

RG : Nous n’avons pas commencé ensemble. Moi j’ai commencé avec Les Véritables Légendes Urbaines chez Dargaud. Je coscénarisais avec Eric Corbeyran. C’était un collectif avec de nombreux auteurs qui participaient sur ce thriller. Ensuite j’ai attaqué Explorers chez Soleil avec Guillaume et depuis que l’on a démarré cette série ensemble, même si j’ai par ailleurs j’en ai fait d’autres avec d’autres auteurs, je n’ai jamais cessé de travaillé avec lui.

GL : Moi j’ai commencé avec Nicolas Jarry au scénario chez Delcourt avec la série Les Chroniques de Magon, BD franco-belge, 46 pages cartonnées, couleur de Elsa Brants, mon épouse, auteur aussi de manga chez Kana : Save me Pythie ; je fais un placement de produit. Ensuite j’ai fait une série de SF ; Éther ; qui n’a pas marché du tout avec encore Nicolas Jarry et Elsa Brants. J’ai rencontré Rémi un soir de festival entre des huîtres et un plat de frites.

RG : C’est vrai.

D’ailleurs cela amène à la question suivante. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Y-a-t-il eu coup de foudre ou simplement une attirance à sens unique ?

GL : J’ai consulté sa fiche sur Meetic. Cela m’a plu tout de suite.

RG : Adopte un scénariste.com

GL : On a fait un ou deux dates et ça c’est bien passé.

RG : Blague à part. Guillaume est venu me voir, il n’avait plus de scénariste, il était habillé comme, un clodo. Je crois qu’il n’avait plus de quoi se payer un savon et il m’a dit qu’il avait besoin d’un scénar. Là je sors des Légendes Urbaines, je suis encore vainqueur et je lui dis que cela tombe bien j’ai encore pleins d’idées dans les cartons. Il me dit génial, demain présente moi un truc. Et là je me dis mince il faut que je trouve vite un truc à proposer, véridique. Et du coup je lui ai pondu un concept en trois jours. Et il m’a dit que c’était de la merde et que je devais faire mieux. J’ai fait mieux et on a démarré.

Comment est venue l’idée de City Hall et cette volonté de faire du global manga plutôt que du franco belge chose que vous faisiez avant ?

RG : Alors je vais répondre à la moitié de la question et Guillaume à l’autre car c’est une volonté commune, mais pour des raisons différentes. Et on s’est rejoint sur le sujet. Ensuite Ankama, seul éditeur à accepter le projet, nous a mis d’accord. Moi j’avais besoin d’un peu plus de place, c’est Guillaume qui me l’a fait remarquer, pour raconter mes histoires. Je voulais faire City Hall car j’avais envie de faire ma propre Ligue des Gentlemen Extraordinaires. J’étais fan du comic et pour moi si demain je devais en créer une, elle serait composée de personnages réels et non fictifs comme dans la ligue d’origine d’Alan Moore. Et du coup qui mettre dedans ? J’ai mis Jules Verne et ensuite cela s’est rempli tout seul avec les personnages que l’on retrouve aujourd’hui.

Guillaume Lapeyre : J’ai commencé dans la BD franco-belge parce qu’il n’y avait pas le choix plus ou moins. J’ai grandi avec le manga, j’ai découvert le manga avec Akira, Dragon Ball, Nicky Larson et le Club Dorothée. C’est en devenant pro que je me suis intéressé à la BD franco-belge et aux comics pour élargir ma vision, mais je suis lecteur de manga avant tout et j’avais déjà ce style hybride dès le début sans avoir le format car les éditeurs n’étaient pas prêts, le public n’était pas prêt, même s’il y avait Dreamland chez Pika qui était le précurseur du mouvement. Et là quand j’ai reçu le scénario de Rémi pour City Hall, c’était à la fin d’Explorers ; Soleil avait arrêté la série ; il fallait retrouver du taf. Il avait monté 5 projets dans 5 univers différents et quand j’ai lu le concept de City Hall, je me suis dit que c’était l’occasion de tenter l’expérience manga. Ce n’était pas gagné, mais le format manga était le moyen d’aller au fond des choses, du concept.

RG : Ce n’était pas gagné pour deux raisons, d’une parce que le format n’était pas reconnu par les éditeurs, même s’il y avait eu Dreamland, c’était peu accepté et de deux parce que je ne suis pas du tout un lecteur de manga. Guillaume a du d’abord me convaincre que le format était bon.

GL : Dreamland c’est un coup de chance. La série est bonne, mais j’ai l’impression, peut être que je me trompe, c’est une analyse d’auteur, mais pour les éditeurs c’était un coup et donc on ne va pas capitaliser sur un coup. Et depuis Dreamland chez Pika, City Hall, Radiant chez Ankama, Save me Pythie chez Kana et on connaît plein d’autres copains qui ont signé des formats manga. Cela fait super plaisir de voir que les éditeurs ont enfin décidé de se lancer dans ce concept.

Pourquoi le Global manga ?

RG : Parce qu’il n’y a pas d’historique. Les éditeurs étaient frileux même si ce ne serait pas juste pour Ankama et Kana qui ont été à l’origine de ça. Ce qui était fait auparavant avait marchouillé voire pas du tout. Donc on ne se lance pas trop dans ce qui ne marche pas, la peur de l’inconnu. Et de temps en temps, il y a un éditeur qui prend le risque et là en l’occurrence c’est Ankama et on en est très content. Et tant mieux pour nous. C’est bien parce qu’il y a de très très bons auteurs qui vont pouvoir s’exprimer, que ce soit au niveau du scénario ou du dessin en manga qui n’avaient pas la place de le faire dans le format franco belge, qui est très contraignant en fait en terme de pagination et mise en page. Et aujourd’hui on voit des auteurs qui explosent, qui font un travail absolument génial, je pense à Tony Valente ou Elsa Brants. Je suis heureux qu’ils aient cette place pour le faire, car avant cela n’aurait pas été possible.

Avec le concept des papercuts, on pense rapidement à Death Note mais aussi dans une certainement mesure aux stand dans Jojo’s Bizarre Adventures. Est-ce que ce fut des sources d’inspirations ?

GL : Jojo non.

RG : Moi je ne sais même pas ce que c’est. Death Note oui clairement. Pour être franc je ne lis pas de manga, ou très très peu. Ceux que j’ai lus c’est Guillaume qui me les a faits lire, Death Note en fait partie. C’est pour cette raison qu’on voulait une série courte pour City Hall. J’ai découvert que l’on pouvait faire un manga un peu intellectuel et bavard. En lisant Death Note, je me suis dit que l’on pouvait faire ça. Donc ok je fais City Hall il n’y a pas de problème. Et du coup cela m’a libéré.

City Hall joue sur une ambiance retrofuturiste et très steampunk, était-ce un univers qui vous intéresse. Vous êtes vous rapproché de communautés vaporistes afin d’avoir des sources d’inspirations ou de compréhension de ce milieu ?

GL : Personnellement, c’est l’innocence totale. C’était une justification du scénario, avec Jules Verne en tant que personnage principal et Londres en 1902, on était obligé de faire du steampunk, cela coulait de source.

RG : C’était logique pour nous

GL : Après c’est Ankama qui nous a mis en contact avec la communauté steam, mais le bouquin était déjà fait. Et en fait c’est la mode. On a découvert cet univers de steamer. C’est absolument génial, le do it yourself.

RG : Je pense que l’esthétique nous plaisait, l’époque nous plaisait et puis parce que le premier personnage qui m’est venu à l’esprit pour City Hall c’est Jules Verne. Et d’une manière ou d’une autre il est considéré comme le père du Steampunk. C’est parti comme étant un hommage à Jules Verne. Après le hasard, la chance, le destin, appelle ça comme tu veux à fait les choses. Par la suite on a pu rencontrer des steamers, de la steamrocket ou de steampunk.fr. Après cela nous a aidé à développer le reste de l’univers.

Pourquoi avez-vous choisi Jules Verne et Conan Doyle comme personnages principaux ?

RG : Ce sont deux auteurs parmi mes préférés. Je n’ai pas tout lu d’eux malheureusement et j’espère qu’un jour je dirais j’ai lu tout Jules Verne, et tout Conan Doyle. J’ai lu tous les Sherlock Holmes, mais il a fait d’autres œuvres aussi. Bref ce choix c’est juste pour le plaisir.

GL : Pour Jules Verne, il lui fallait un sidekick comme Batman et Robin.

RG : Et je voulais que le sidekick soit un enquêteur. Sherlock Holmes était virtuel et je m’étais imposé comme règle que des personnes réelles. Je me suis dit qui pouvait être meilleur que lui ou aussi bon. Cela ne pouvait être que son auteur.

Pensez-vous faire apparaître d’autres personnages célèbres ?

GL : Dans le cinquième volume il y a 12 personnages, 12 écrivains qui rallient les rangs.

RG : Parmi eux il y a Maupassant, Edgar Allan Poe, Clive Staples Lewis ; le créateur de l’univers de Narnia, Maurice Leblanc, Agatha Christie, JRR Tolkien.

Ce sont tous des personnages secondaires. Vont-ils prendre une place plus importante dans l’histoire ?

RG : Pas beaucoup plus. Il est intéressant de les avoir en personnage secondaire et de profiter de leur expérience dans l’univers de City Hall, mais ils sont malgré tout - ce qui peut paraître paradoxal - trop gros et risqueraient d’écraser les personnages principaux.

GL : Jules a un truc à faire dans le second cycle et il ne doit pas être détourné de sa route.

RG : On en profite, on se fait plaisir, et puis c’est aussi des hommages.

Pensez-vous faire peut être faire d’autres duos dans l’univers de City Hall ?

GL : On y réfléchit. La fin du second cycle va arriver avec le septième tome. Et on pourrait faire des spins off derrière. Il y a des choses à faire.

RG : Oui on en parle. C’est quelque chose d’envisagé effectivement. Alors est-ce que ce serait Guillaume qui dessinerait, est-ce qu’il les co scénariserait avec moi, on verra. Mais ce sont des choses que l’on envisage parce que l’univers nous plait. On y est très attaché.

Dans City Hall, le numérique est le format standard de publication. Pensez-vous que ce soit l’avenir de la lecture ou bien que le papier gardera toujours une importance ? Pensez-vous également faire une œuvre entièrement pour le numérique d’ailleurs ?

GL : On a une position très claire au niveau du numérique. Ce n’est pas l’un à la place de l’autre. Pour nous il y aura une coexistence.

RG : Il faut que cela coexiste et il faut que cela continue ainsi.

GL : Après on n’est pas au poste de décision, mais on a notre version numérique de City Hall sur comixology, bientôt sur izneo. On n’a pas la main dessus car ce sont les éditeurs qui l’ont. Nous le principe du numérique c’est bien, simplement lire le pdf d’un bouquin au prix où il est vendu en numérique, moi je trouve que c’est abusé.

RG : Je partage cet avis aussi.

GL : Il faut qu’il y ait un "plus" produit, cela peut être un carnet de croquis de recherches, des vidéos comme dans les bonus DVD, etc.

RG : Pour moi un livre numérique, en tout cas en BD, n’a pas d’intérêt s’il n’a pas d’interactivité justement. Si tu ne rajoutes pas une dose d’interactivité à travers une musique d’ambiance qui va te donner un rythme, des effets sonores, quelque chose auquel tu vas pouvoir agir, l’intérêt est perdu On s’en est rendu compte avec Exporers édité chez Soleil, ce fut la première bd éditée en numérique. Ouais c’est génial on va toucher des expatriés qui sont aux Etats-Unis, au Canada et qui n’ont pas forcément les moyens de mettre 20€ dans un bouquin, mais ce n’est pas suffisant. En tout cas moi je ne peux pas concevoir un bouquin qui sera pour le format numérique si demain il n’y a pas quelqu’un derrière qui me dit ce sera interactif on fera un truc génial et on va impliquer les gens.

GL : Quand on voit les coûts de fabrication, de production, cela coûte cher.

RG : Il n’y a pas les coûts du papier de l’impression, de distribution, de diffusion. Aujourd’hui pour moi on marche sur un terrain encore inconnu.

C’est aussi une opportunité à des auteurs de se faire connaître.

RG : Oui bien sûr. C’est pour cela que l’on ne crache pas dessus et que l’on a accepté d’aller sur comixology. C’est un bon moyen de faire connaître la série. Mais faire du numérique si c’est juste ça, je continuerai à faire des bouquins. Et la mise en numérique je ne m’y opposerai pas, ni Guillaume d’ailleurs. Mais maintenant je dois penser un bouquin qui sera au format numérique il y aura quelque chose de plus dedans.

Est-ce que ce fut simple de démarcher les éditeurs avec le concept de City Hall et comment avez-vous su convaincre ?

GL : Je suis monté avec les 5 dossiers à Angoulême, il y a 3 ans. C’est l’occasion de voir tout le monde au même endroit au même moment. Les éditeurs n’étaient pas prêts et on m’a répondu systématiquement la même réponse. Le dessin est bien, l’histoire est pas mal avec un concept original, mais le format manga ça va être la gaufre. Faites nous le en bd franco belge. Et moi je disais non. On ne pouvait pas le refaire en bd franco belge pour s’arrêter au deuxième tome. Et Ankama par l’intermédiaire d’Olivier Jalabert venant d’arriver à l’édition, que je connaissais depuis Soleil, a dit pourquoi pas. Il s’est suivi trois mois sans réponse. J’étais, sans faire dans le miséreux, inquiet et j’avais pris ma carte à Pole Emploi car c’était ma dernière chance, c’était mon Final Fantasy à moi. Et trois mois plus tard, Ankama revient, et accepte de faire City Hall en version manga. Depuis tous les autres éditeurs nous veulent. Il y a un changement de mentalité. Comme quoi il faut savoir prendre des risques et le résultat est probant.

Votre éditeur Ankama vous laisse-t-il une liberté d’expression ? Quelle relation avez-vous avec ?

RG : Pour ce qui est de la série, oui on a une grosse liberté d’expression. On a eu la chance de travailler avec Elsa Sztulcman qui était notre éditrice sur les quatre premiers tomes et même le début du cinquième aussi. On a eu le sentiment très très agréable d’avoir un vrai éditeur au sens japonais, celui qui va lire chaque case, qui va faire un retour sur le dessin, les textes et qui va t’alerter intelligemment sur ce que vous avez voulu dire, si c’est cohérent, si ça a du sens et qui va t’aider à te remettre en question. Pour moi ce fut une super expérience. Avant Ankama, je n’avais jamais vécu ça chez un autre éditeur.

GL : Avant, on faisait des albums en roue libre. On recevait des mails types : c’est bien. Avec Elsa, elle a transformé la série plus d’une fois, et très intelligemment.

RG : On lui doit beaucoup. Grâce à elle, on a évité certaines facilités.

Pourquoi le sens de lecture français, alors que vous avez fait un global manga ?

GL : Moi j’ai demandé le sens direct japonais.

RG : Moi je n’avais pas d’avis sur la question car je ne lis pas de manga, même si je sais lire dans le sens de lecture japonais. Et la réponse d’Ankama fut : "faites comme vous voulez, mais posez-vous cette question" : Vous voulez toucher le plus grand nombre, est ce que vous pensez que les lecteurs de manga qui ont l’habitude de lire à l’envers ne liront pas le bouquin car il est dans le sens français. La réponse est non. Et est ce que vous pensez que les gens qui n’ont pas l’habitude de lire à l’envers, qui ne savent pas le faire, vont lire le bouquin s’il est à l’envers. La réponse est non également. Notre but était de faire un bouquin qui touche le plus grand nombre et aujourd’hui on est récompensé car on a beaucoup de familles qui viennent nous voir. City Hall c’est à la fois le bouquin des enfants et des parents. On a la certitude pour avoir posé la question. Les parents n’auraient pas lu le bouquin s’il avait été dans le sens japonais. Cela aurait été dommage. C’est mon point de vue.

GL : Là on n’est pas d’accord sur le sens de lecture. Je suis plus raciste sur ce coup là. Je suis raciste du sens de lecture. Tu peux le mettre en catch phrase. (rire)

City Hall est un succès commercial pour un manga à la française. Vous attendiez-vous à ce phénomène que ce soit la critique des média et du public ?

GL : Bien sûr ; enfin on espérait que cela se passe comme ça. C’est la plus belle expérience éditoriale en 12 ans de carrière. On a finit à 900 exemplaires sur le bouquin avant City Hall.

RG : Jamais. Quand on sort City Hall, on a quasiment chacun entre 6 et 10 albums derrière nous. On s’est fait crucifier comme tous les auteurs au moins sur la moitié des critiques sur chacun de ces albums. On a eu plus ou moins des succès. On fait City Hall car on y croit, on s’éclate car on y met tout ce que l’on aime dedans. On se lance à fond. Tu ne peux pas imaginer que la presse s’empare de la bd en disant c’est génial, on adhère on accroche, les lecteurs aussi. On se dit mince qu’est ce qu’il s’est passé, qu’est ce qu’on a fait de différent ? On n’a rien fait de différent. Peut être que c’est le format qui a plu, car il y a de la place, peut être que l’on avait l’expérience qu’il fallait, peut être c’était le bon projet au bon moment. On ne sait pas. Peut être que Guillaume avait le format idéal pour s’exprimer avec son style hybride. L’alchimie s’est faite et on est super heureux.

GL : Je passe encore un coup de beurre chez Ankama. Derrière City Hall, on est une équipe de gens soudés. C’est comme les sportifs, derrière il y a les coaching et tout. Des gens qui croient en toi et des gens qui se démènent tous les jours pour te trouver des bons plans. Il y a Nazir Menaa, qui se démène pour que l’on puisse avoir des interviews. C’est le succès d’une équipe entière.

RG : Quand tu arrives chez un éditeur et que l’on te dit : on croit tellement en ce projet que l’on va vous créer une communauté, chercher des gens, les rassembler, les fédérer autour de ce bouquin et que tu vois l’énergie qu’ils ont mis pour le faire. Et on voit le résultat. Il y a aussi la part de chance, et je ne la boude pas. Et on est très heureux de rencontrer les lecteurs que l’on a pu toucher.

Quel impact a eu ce succès sur la bd City Hall ? Vous avez déjà prolongé d’un seconde cycle et un troisième est en préparation. Mais avez vous changé des éléments de l’histoire, des personnages ou vous aviez déjà tout cela en tête depuis le début ?

GL : Rémi a écrit la fin dès le premier volume. Comme c’était quand même l’inconnu, Ankama nous a dit de prévoir deux fins au bout du troisième. Fin fermée, cela ne marche pas qui sera finalement la fin du 7ème, soit une fin ouverte si jamais cela fonctionne. Du coup on a eu cette seconde situation. Par contre on arrêtera au 7. Moi fan de manga, j’achète toujours One Piece, Naruto, Bleach, mais je ne voudrais pas de devoir appeler Rémi et de lui dire ou de m’entendre dire : on aurait du arrêter il y a trois volumes. La seconde partie de Death Note, je ne veux pas en arriver là.

RG : On s’était dit 3 ou 7 car on avait de la matière pour faire 7. Certes on peut tirer en longueur mais réellement l’enquête sera bouclée, toutes les fausses pistes fermées, toutes les réponses trouvées au bout du 7ème. Faire un spin off pour développer les personnages c’est super intéressant et ça nous botte bien, mais aller plus loin juste pour aller plus loin, ce ne serait pas respectueux envers nous même déjà, et aussi envers nos lecteurs. Et puis nous on a encore plein d’autres histoires à raconter qui ne sont pas City Hall et qui pourront toucher les gens.

Après City Hall, avez-vous idée de la prochaine série que vous allez développer ?

GL : C’est chaud comme question car cela fait deux ans que ça marche et qui sait la prochaine série on va se pendre une gaufre intersidérale.

RG : Ce sera certainement à cause du dessin mais c’est possible.

Comment fonctionne votre tandem ? Travaillez-vous ensemble le scénario, le storyboard ou bien les fonctions sont clairement réparties ?

GL : C’est très clair. Je propose plein d’idées et Rémi me dit que c’est de la merde. De temps en temps j’ai un petit peu la fierté de voir que quelques unes il les a gardées. Cela me fait plaisir quand je le relis, j’ai encadré les pages chez moi. Non, en vrai on discute beaucoup avant.

RG : En gros j’ai les idées qui me viennent et parfois j’ai du mal à faire le tri à voir celles qui percutent bien. Le ping-pong que je fais avec Guillaume est toujours l’occasion de faire cette sélection parce qu’on se complète très très bien et de rajouter justement des petites idées que je n’ai pas vues et qu’il peut avoir etc. Après je fais ma sauce avec. Au moment de l’écriture même je suis vraiment tout seul. Quand je l’appelle, pour lui lire le chapitre que j’écris, avant de lui envoyer parce que je veux voir, entendre en direct ses réactions. Il est toujours surpris car il sait globalement où je vais mais il ne sait pas comment. Là il y a un petit jeu qui se joue, qui m’oblige parfois à faire des corrections et c’est tant mieux car c’est mon tout premier lecteur, c’est mon meilleur critique aussi. On n’hésite pas à se dire les choses. Et inversement ensuite il m’envoie le storyboard.

GL : Je ne discute pas trop les grandes idées, tout ce qu’il se passe dans l’intrigue car c’est lui qui les décide tout seul. Là où je le fais un peu plus « chier » c’est dans le timing ou la façon de distiller d’amener les évènements. On change souvent la formule. Le fond reste.

RG : Je l’ai souvent entendu me dire pour City Hall et parfois ce n’est pas agréable, et dur à entendre, C’est bien mais tu peux faire mieux. Et quand tu raccroches en ayant entendu ceci, je me dis qu’est que je peux faire avec ça et pourtant il a raison. Et après quand je trouve une autre option qui percute mieux, je me dis que j’ai de la chance de l’avoir sur le projet.

GL : Sur trois volumes, je n’ai pas eu une seule critique sur le dessin.

RG : Je ne comprends pas ce qu’il fait sur le storyboard, donc je n’ose pas lui dire. Je vois des messieurs patates, j’ai l’impression de lire une histoire de Toy Story.

Vous allez sortir l’Intrépide, personnage créé par Marcus. Comment s’est fait votre rencontre ? Comment est venu l’idée d’adapter cet incroyable personnage en bd ?

GL : Pareil en deux temps. La première, Japan Expo il y a trois ans, la première de ma vie. Un stand City Hall magnifique, c’est extraordinaire. Et dans une allée je vois Marcus, l’animateur de Game One avec une valise. Je le souligne à Rémi, qui me demande qui c’est. Je lui explique qui il est et que je suis super fan. Je veux lui offrir un tome 1 de City Hall. Ma femme Elsa qui n’est pas encore auteur, se fait passer pour mon attachée de presse. Elle va dans la file de Marcus alors qu’il y a 300 personnes qui attendent pour faire une photo avec lui. Elle commence à me présenter à Marcus, on squeeze tout le monde. On lui donne le premier tome de City Hall dédicacé, j’essaie de bafouiller un truc.

RG : Et là Marcus nous dit cette phrase extraordinaire : Vous savez les gars, moi le manga à part Akira, j’aime pas. Je vois Guillaume se décomposer. Moi je souris en me disant, je ne le connais pas, c’est pas très grave.

GL : Oui mais il a dit qu’il ferait un effort, qu’il lirait le premier tome. Et plus tard petit message sur sa page Facebook : Finalement, il y a deux mangas au monde que j’aime Akira et City Hall. Et le contact réel avec Marcus s’est fait à ce moment.

RG : Il a lu et aimé notre travail alors qu’il avait un a priori sur le format, mais il a eu l’intelligence et la gentillesse de faire l’effort de le lire. Et on a été content de le toucher.

GL : Ensuite, il a publié ses pages de l’Intrépide sur Internet, qu’il avait dessiné à 12 ans : 8 pages de l’Intrépide contre le Voleur Vert. Il a fini ses planches en plein suspense, alors que l’Intrépide est prisonnier des griffes d’un robot géant. Suite à ça, sur Facebook, il a reçu un dessin, puis deux, puis dix. Il y en a eu des centaines, un dessin animé, des figurines, des legos, de tout. Je vois ça, cela me rappelle mes 12 ans, quand je refaisais le début d’Indiana Jones en bd. Et je dessine un Intrépide pour Marcus en lui disant que s’il veut bien avec Rémi on est dispo. Marcus fut très enthousiaste.

RG : Il s’est passé quand même un an. Tout le monde était occupé. On en a parlé avec Ankama, qui nous ont dit que sur le principe c’est intéressant, mais ça manque d’une histoire. Moi j’ai proposé un concept à Guillaume qui lui a plu. Pour Marcus, il a fallu le convaincre. Ce n’était pas du tout ce qu’il avait imaginé. Il a eu encore une fois la gentillesse de nous écouter et l’intelligence de nous dire c’est pas mal.

GL : Il a pas l’air comme ça mais il est très intelligent.

RG : Il est très intelligent. Je m’abstiendrai sur le « il a pas l’air ». Tu assumes tout seul. Je te jure Marcus ce n’est pas moi. C’était chouette car Marcus a adhéré au projet très vite et il a proposé du coup beaucoup de nouvelles idées. Et Ankama nous a dit qu’il y avait un concept derrière, ils étaient preneur. Et l’Intrépide arrive fin août format comic.

D’autres tomes vont suivre ?

RG : Oui on espère, c’est en discussion. Il y a déjà des idées pour un volume 2. On attend le feu vert d’Ankama.

Finalement avec vos expériences antérieures, City Hall et l’Intrépide, vous aurez tous deux travaillé sur de la bd franco belge, du manga et même du comic. Quel format préférez-vous et pourquoi ? Et inversement quel est celui qui vous déplait le plus ou que vous aimez le moins ? Et pourquoi ?

RG et GL : Pour des raisons évidentes de place, le manga.

RG : En terme de narration, même avec 160 pages, je suis enfermé dedans mais je suis content de les avoir. En terme de liberté scénaristique, d’écriture, de développement des personnages, d’intrigue, de rythme ; je conçois un chapitre comme un épisode de série TV, et c’est définitivement le manga que j’apprécie.

GL : Le franco belge c’est bien pour des one shot. Rémi ne sait pas trop le faire, il a besoin de s’étendre. Après que ce soit comic ou manga, au final ce sont des épisodes de 20 pages, cela ne me dérange pas. J’aime bien.

Quelle sont vos sources d’inspiation en général, sachant que nommer au moins Star Trek, cela ferait super bien lors d’une interview pour Unification France ?

RG et LG en chœur : Star Trek

LG : Pour le côté dialogue

RG : Star Trek pour le côté où tout ce qu’il y a dans Star Trek on ne peut pas le mettre dans City Hall.

GL : Si Gene Roddenberry avait fait une bd, il aurait fait City Hall, mais avec des vaisseaux spatiaux façon Spielberg.

RG : En ce qui me concerne, Sherlock, la série TV, le comic de la Ligue des Gentlemen extraordinaires ; s’il y avait eu un film il aurait pu être bien c’est dommage. J’adore le style d’écriture de Joe Hill qui a fait Locke & Keys et The Cape.

GL : Moi c’est Takeshi Obata ; dessinateur de Death Note, et la dernière chose que j’ai lu de lui c’est All You Need Is Kill et c’est super bien. Après je suis très pop corn, tous les trucs un peu intello, je passe volontiers. J’aime bien Yûsuke Murata dessinateur de Eye Shield 21 ou de One-Punch Man actuellement en ligne uniquement. Il y a Akira, pour les décors. C’est Otomo qui m’a donné le goût pour les décors, jusqu’à ce que j’apprenne que c’est le rôle des assistants, mais ce n’est pas grave cela n’a pas brisé le mythe. Je ne suis pas sectaire. Il y a Marini qui m’impressionne beaucoup. Dans les comics je suis plutôt Image : Capullo, Todd Mc Farlane. Je ne suis pas friand de DC, un peu de Marvel. Et puis il y a les films.

Enfin, peut-on avoir une petite info sur ce qu’il va se produire dans la suite de City Hall ?

GL : On sait que Jules Verne a une mission en temps limité. En gros il faut qu’il récupère la feuille où est inscrite la description de Black Fowl, car il a pris l’apparence de son père. La Reine devant l’opinion publique a décidé d’éliminer les deux dans le doute. Donc le seul moyen de Jules Verne de sauver son père c’est d’avoir cette description et d’intervenir devant l’échafaud ; ce sera à la seconde près sinon ce ne serait pas rigolo.

RG : Cette feuille se trouve dans un endroit complètement inaccessible et le vrai enjeu dans le sixième c’est comment faire pour entrer dans cet endroit et est-ce que les choses sont toujours aussi simples, rien n’est moins sur.

Un grand Merci A Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre pour cette interview sympathique.

Le tome 7 de City Hall sort le 19 juin 2015
Le jeu de rôle City Hall pour poursuivre dans l’univers des papercuts est disponible depuis le 12 septembre 2014
L’Intrépide tome 1 est disponible depuis le 29 août 2014


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