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‘71 : La rencontre avec Yann Demange

Date : 28 / 10 / 2014 à 13h00
Sources :

Unification


A l’issue de la projection de ‘71, nous avons pu rencontrer le réalisateur Yann Demange qui nous a parlé de son film et a répondu aux questions du public. Vous pouvez retrouver et retranscription de la rencontre ci-dessous.
Attention les échanges ci-dessous contiennent quelques spoilers concernant le film.

Dans votre film, pourquoi avoir choisi cette période et cette situation ?
Le scénario m’a été envoyé. Ce n’est pas quelque chose que j’ai développé moi-même. Quand je l’ai reçu, j’étais en train d’écrire un scénario mais je cherchais un film à faire. Le scénario envoyé parlait de l’Irlande. Quand je l’ai lu je me suis rendu compte qu’il décrivait une situation universelle et qui transcendait ce qui s’était passé en Irlande. Il parle de la guerre et on peut parfaitement mettre d’autres conflits à la place comme la Palestine.
Le thème m’a touché. En plus on suit un jeune homme qui recherche une famille dans l’armée mais est finalement trahi.

Avez-vous modifié le scénario ?
J’y ai ajouté le petit frère du personnage principal. Mais au final j’ai coupé les scènes les plus explicites de leur relation pour pouvoir aller en Irlande au plus vite. Le protagoniste principal est très passif jusqu’à ce qu’il rencontre le gamin. A ce moment il se rend compte de sa responsabilité et décide de ne plus survivre que pour lui-même.
Mon film est un film de genre qui vire au thriller. Je ne veux pas que raconter ce qu’il est arrivé à l’Irlande. J’ai besoin d’y mettre de l’honnêteté et du respect pour les personnages et d’être fidèle aux circonstances historiques. C’est un travail tout en nuance de gris et pas seulement en noir et blanc.

Pourquoi le tournage a-t-il eu lieu à Sheffield et Leeds ?
Nous aurions voulu tourner à Belfast mais nous n’avons pas trouvé les localisations dont nous avions besoin.
Nous avons été en repérage pour trouver la grande cité du film. A l’époque l’armée n’a jamais pu entrer dedans car c’était une forteresse. Ils n’ont pu en prendre qu’un bloc. Mais le lieu a été rasé. Nous avons trouvé la cité que vous pouvez voir en Angleterre.
Mais les comédiens formidables viennent d’Irlande.

Pourquoi parlez-vous de votre film comme un thriller ?
Vous pouvez trouver différents degrés de film de genre dans l’histoire qui en entraîne une lecture différente. Les objectifs du film sont complexes, l’un d’entre eux étant de donner un message. C’est une histoire humaine avec des questions politiques.

Pourquoi faire souffrir ce pauvre acteur Jack O’Connell qui est bien maltraité par les réalisateurs ?
Quand j’ai fait le film, il tournait en même temps Les poings contre les murs. Le tournage a demandé une certaine organisation entre les deux films. Mais c’est un grand acteur très professionnel.

Lors de la scène choc du soin de la blessure, était-il nécessaire de montrer ces images et de faire durer la scène ?
Non je suis content de la scène telle qu’elle est. Je la vois comme une scène de naissance. Lorsqu’il le soigne, l’infirmier lui dit quelque chose de vrai.

Pourquoi le film n’est pas toujours clair ?
Le film est comme un Haïku (poème traditionnel japonais en 17 syllabes). On ne doit pas tout savoir. Il y a des troubles, mais on ne parle pas de guerre. Il s’agit d’une opération de maintien de l’ordre. Pendant toute la durée de l’évènement on n’a jamais parlé de guerre.

Le film est très politique et permet de nous replonger dans l’histoire. Il est aussi très actuel. Qui est responsable d’avoir donné au film une dimension transcendant ce conflit ?
D’autre film avant le mien ont déjà ouvert la voie de ce chemin.

Pourquoi vous avoir proposé ce film alors que vous n’êtes pas anglais mais un étranger ?
Cela leur faisait plaisir. C’est une idée du producteur et du scénariste. Ils auraient aussi pu prendre un écossais pour le réaliser.

Comment le film est ressenti en Irlande ?
Le film est sorti vendredi 17 à Dublin et samedi 18 octobre à Belfast. Pour l’instant les critiques sont très bonnes et le film est très bien reçu. Nous allons aussi présenter le film aux personnes qui nous ont aidés, notamment à faire des recherches sur les événements de l’époque.

Y a-t’il vraiment eu sur le terrain une connivence entre les anglais et les irlandais ?
En 1969 les irlandais ont accueilli les anglais à bras ouvert. La sœur d’un grand ponte de l’IRA a même épousé un soldat. Mais en 70-71 il y a eu du changement. Les catholiques pensaient que les anglais allaient les aider mais ça ne s’est pas passé comme ça.
Il y a aussi eu des soldats oubliés comme un qui s’est caché dans un placard.
Un autre soldat de 17 ans a été protégé par une femme mais il a finalement été exécuté dans la rue.

Il y a des éléments qui viennent d’autres histoires que celle d’Irlande. Quels sont vos influences ?
Les recherches montrent que ces événements sont parallèles avec d’autres conflits car ils sont liés avec la nature humaine. On a des schémas qui se répètent.
Il y a aussi l’histoire d’une journaliste qui a pris un enfant qui a perdu un bras en photo. On a fait venir ce dernier en Angleterre et on lui a mis une prothèse. Je voulais aussi m’inspirer de cette histoire dans mon film.

Comment s’est fait le choix de la musique du film ?
J’ai travaillé précédemment avec David Holmes lors du tournage de publicités.
Il avait 7 ans quand on a mis une bombe dans sa maison car sa famille était catholique parce que les voisins voulaient qu’ils partent.
Il a écrit la musique avant le tournage. Il connaissait les dialogues et les notes historiques.
Elle m’a servi de métronome car nous avons débuté le tournage par la scène finale dans la cité.

Pendant le tournage, comment s’est passé les interactions avec les acteurs ?
Le tournage était dur. Le chef opérateur, le monteur sont des gens formidables. Il régnait un véritable esprit de famille car tout le monde croyait au projet.
Nous avons tourné 40 soirs et 30 nuits avec des journées de 12-13h00. Les journées étaient plus longues qu’en France car nous n’avons pas de syndicat.
Le tournage a duré 48 jours et a été mené comme une opération militaire.

Avez-vous utilisé de la pellicule ?
Nous avons utilisé du 16 mm pendant les journées et du digital pour les scènes nocturnes.

Pourquoi avoir utilisé un mélange de technique lors du tournage ?
C’était un test et puis nous n’avions pas d’argent.
Cela permettait aussi de retrouver la lumière de l’époque. En effet le 16 mm se rapproche des images d’archives. Cela fait aussi ressortir la brique et les couleurs.
Nous avons ajouté les lampadaires dans les rues qu’on a filmées et remplacé les ampoules par des ampoules anciennes pour avoir un éclairage au sodium.
Nous avons aussi mouillé par terre pour avoir de la réverbération.

‘71 est un très beau film sur un sujet grave très bien traité. Cela vaut vraiment la peine de découvrir le premier long métrage du réalisateur, entre autre, de Dead Set.
Vous pouvez en retrouver la critique sur notre site.

- SITE OFFICIEL



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