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Yves Saint Laurent : Les dessous du film

Date : 08 / 01 / 2014 à 14h15
Sources :

Unification


Après la projection du film Yves Saint Laurent, le réalisateur Jalil Lespert (JL) et l’acteur principal Pierre Niney (PN) sont venus répondre à des questions concernant le film. Voici les échanges qui ont eu lieu.

Qu’en est-il de la réception du scénario et du rôle en or du personnage principal ?
PN  : j’ai fait beaucoup de recherches sur la mode et sur le dessin. Pendant 5 mois j’ai fait des recherches bibliographiques, étudié les photographies et vu des documentaires. J’ai aussi rencontré Pierre Bergé. Il n’a eu aucun tabou sur sa relation avec Yves Saint Laurent et il a raconté plusieurs anecdotes. Cela n’a pas de prix pour la préparation d’un rôle pareil.
J’ai pris des cours auprès d’un coach de dessin qui a dessiné pour Yves Saint Laurent et connaît son style. Notamment les traits par rapport aux proportions des silhouettes de mannequins dessinés. J’ai aussi eu un coach de stylisme qui m’a permis entre autre de reconnaître les différents tissus et matières ainsi que la terminologie technique.
Ce qui était pratique car parfois on changeait tout sur le tournage de la scène dès le matin.
Je n’ai pas rencontré Yves Saint Laurent et je n’ai jamais assisté à un de ses défilés. En ce qui concerne les défilés du film je me suis inspiré des back-stages des vrais défilés de Yves Saint Laurent dont le premier qui a eu lieu en 1962.
JL  : Il y a aussi eu un travail énorme fourni par les deux comédiens. Pierre s’est enfermé pendant des mois pour préparer son rôle et travailler sa voix. Il avait aussi un coach physique pour son corps. En effet à la fin du film, quand 20 ans ont passé, il a fait des exercices physiques pour élargir ses épaules et montrer le changement de maturité du personnage. Mais dès le début du film il avait déjà la voix de son rôle.
Je me suis aussi inspiré du documentaire de Pierre Thoretton : L’amour fou.
J’habite Paris et c’est la capitale de la mode. J’avais envie de raconter une histoire d’amour mais aussi une success story. Ce documentaire a été une révélation sur l’histoire que je cherchais.
J’ai été voir Pierre Bergé et lui ai parlé de ce scénario qui portait sur 50 ans d’amour et sur l’envie du film que je voulais faire. Je lui ai aussi parlé du livre Martin Eden de Jack London qui porte sur une histoire d’amour. Il m’a dit oui en environ 20 minutes.
Mais comment filmer ? Ca a été possible grâce à la fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent. En effet cette fondation a gardé toutes les créations de Yves Saint Laurent depuis les années 1957-58, ceci incluant les dessins et les robes. L’aide de la fondation nous a donc donné un accès aux robes d’origine des défilés. La remise en lumière des robes a été possible grâce à Pierre Bergé.
La fondation nous prêtait ses robes avec pour seules consignes de ne pas les abîmer. Lors du tournage des défilés, il y avait 4-5 personnes de la fondation en blouses blanches pour s’occuper des robes et vérifier que tout se passait bien.
Lors du tournage des ballets russes, le dernier défilé du film, Pierre Bergé (85 ans) était sur le plateau de tournage et il était en larmes quand il a vu son amant, interprété par Pierre Niney, apparaître. Il a été ému par ce cinéma atelier et son néo-réalisme. A la fin du défilé, tout le monde était en larmes. Il y avait beaucoup d’émotion.
PN  : Pierre Bergé a lu la première version du scénario, mais nous avons tourné la 12ème version. Par contre l’histoire d’amour est restée à l’identique. Il n’y a pas de tabou sur la vie extraordinaire de Yves Saint Laurent. Et les gens étaient plus libres que maintenant. En effet l’histoire d’amour était à un autre niveau que les histoires de sexe.
En ce qui concerne Pierre Bergé, il se moque du traitement de l’histoire car il fait confiance aux artistes. Il a donné sa parole et il la tient et nous a laissé pleine liberté de tourner.
C’est des anciens mannequins de Yves Saint Laurent qui ont fait répéter les filles mannequins qui ont défilé dans le film. Pour les reconstitutions des défilés, il a fallu tenir compte des périodes et de l’évolution des façons de défiler dans la mode.
Pierre Bergé est très intelligent, il sait traiter les artistes car il les a aimés. C’est lui-même un mélange de businessman et d’artiste. Il a aussi la culture de l’élégance. Pour le film il n’a pas donné de conseil lors de la préparation mais il a raconté des anecdotes, ce qui a orienté certaines scènes du film.

Yves Saint Laurent était-il extralucide ?
PN  : j’ai été touché par l’homme. J’aime tout chez lui y compris ses défauts. Son idée de la famille était extralucide. Il traverse la vie, mais a une vision tellement accrue de la vie que ça lui en devient douloureux de vivre.
C’est comme pour Benoît Poelvoorde, qui est un grand acteur que j’admire. Quand il tourne une scène dans un de ses films, il est complètement dedans. Mais en dehors il lutte avec le bonheur.
Yves Saint Laurent transforme la douleur en création. Il a dévoué sa vie à la création de la mode féminine. Il créé la lumière à partir de l’ombre.

Quelle est la place de Pierre Bergé et sa place dans la fiction de l’histoire ?
JL  : il y a eu un travail à ce sujet avec le scénariste surtout concernant là où je voulais aller. Le film est comme la découverte d’un site archéologique. Il s’agit de la reconstitution d’un puzzle par rapport à des archives. Le biopic est finalement un prétexte qui permet la création et la mise en valeur de personnage qui ne sont pas des vedettes. Le film s’étend sur 20 ans avec comme levier une histoire d’amour à travers le regard de Pierre Bergé. C’est une fiction entre les rapports de Yves Saint Laurent et Pierre Bergé. On découvre aussi Victoire qui a été une maitresse d’Yves Saint Laurent.
Au final il s’agit d’une histoire d’amour à laquelle on peut s’identifier car le cœur du film c’est cette histoire d’amour.
PN  : il fallait faire rentrer la fiction à un moment sur ces personnages.
JL  : le film a eu un tournage rapide car on a eu peu de temps et il fallait souvent foncer. En effet un film sur Yves Saint Laurent et le milieu de la mode coûte très cher. Mais j’avais deux très bons acteurs principaux. Quand on a un bon casting on gagne beaucoup de temps. Il y a en effet le travail sur le plateau mais aussi le gros travail en amont qui a été fait par les acteurs. Du coup le tournage s’est bien déroulé.

Le rapport pouvoir/femme fait parti du mythe Yves Saint Laurent qui a libéré les bourgeoises. Comment est-il possible de donner du pouvoir aux femmes à travers les habits ?
PN  : avant je trouvais que la mode ce n’était pas intéressant. On met du tissu sur des gens. Mais après avoir découvert le travail sur les habits, et toutes les personnes qui travaillent autour des créations, j’ai ressenti des émotions devant les robes et les ai vues comme des œuvres d’art.
Tous le monde s’accorde à dire que quand on voit les dessins de Yves Saint Laurent on voit la robe qui en ressort, ce qui est très rare dans la mode. Dès son dessin il savait ce qui était faisable, ainsi que le rendu et le tissu prévu.
C’est un rebelle dans la libération de la femme. On peut voir l’image de sa mère au début du film. Une femme engoncée dans ses habits. Il a habillé ses mannequins de smoking pour homme et en a fait des égales des hommes. D’ailleurs les femmes n’ont toujours pas le droit de porter des pantalons car la loi le leur interdit sauf lors de l’utilisation de vélos (en fait le 31 janvier 2013, il y a eu une modification de cette ordonnance du 07 novembre 1799 : note de la rédactrice).
JL  : Yves Saint Laurent a utilisé des valeurs symboliques, ce qui est mieux que rien. Par exemple le caban sur l’épaule des femmes est révolutionnaire car ce n’était jamais utilisé pour les tenues de femmes. En fait il ne voulait pas forcément faire de la mode. A l’origine il rêvait d’être costumier de théâtre. Mais il était incapable de ne pas créer. Ca donne une valeur héroïque et romantique de ce génie de la mode. Il représente la France et la mode.

Qu’en est-il du compositeur ?
JL  : j’étais sous la douche et j’écoutais mon iPod sur lequel passaient les compositions d’Ibrahim Maalouf qui mêlent jazz et modernité. J’ai trouvé qu’elles avaient la sensibilité que je voulais pour la musique du film. Il a fait pour le film une musique avec une couleur moderne mais en respectant le classicisme.

Pourquoi cette période de 20 ans ?
JL  : je voulais raconter une histoire d’amour avec un climax qui correspond au moment ou Yves Saint Laurent est au sommet avec son ballet russe, qui est souvent considéré comme sa plus belle collection, et au plus mal dans son couple et dans son psychisme. De plus sa maladie gagne du terrain et il va commencer à aller de plus en plus mal par la suite. Mais le couple qu’il forme avec Pierre Bergé va durer encore des années.
Bergé aide à la création et Saint Laurent a besoin de créer. Le défilé de 1976 était très beau. Après les difficultés ont augmenté pour Yves Saint Laurent. Il a commencé à décrocher et était parfois très absent, notamment à cause de ses problèmes d’addiction aux médicaments et à l’alcool.

Pierre Niney, êtes-vous un fumeur ?
PN  : non, je me suis mis à fumer pour la préparation du film et j’ai arrêté dès la fin du tournage. Le secret est que j’ai fumé des cigarettes de cinéma sans tabac et à l’eucalyptus. J’ai enfumé tout le plateau car Yves Saint Laurent était un gros fumeur et fumait parfois deux cigarettes en même temps.

Voici la fin de l’interview du réalisateur Jalil Lespert et de l’acteur Pierre Niney. Si vous aimez la mode, les histoires d’amour ou Yves Saint Laurent, n’hésitez pas à voir le film car il en vaut vraiment la peine.
Vous pouvez retrouver la critique du film sur notre site Unification en cliquant ici.


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