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Comic Con Paris 2013 : Elric, du roman à la BD avec Michael Moorcock

Date : 19 / 07 / 2013 à 19h40
Sources :

Source : unification



Avec Michael Moorcock, Julien Blondel, Didier Poli et Robin Recht
Animé par Ghislain Morel

Ghislain Morel : Comment est né l’adaptation en bande dessinée française d’Elric ?

Michael Moorcock : Benoît Cousin, le Directeur éditorial BD de Glénat est venu me voir avec l’envie de faire une adaptation française par des français de mon personnage d’Elric. Les choses se sont faites assez facilement, il m’a montré les artistiques qu’il avait l’intention de mettre sur le projet. J’ai trouvé les artistes fort intéressants et le projet a démarré de suite de manière très simple.

L’adaptation d’un personnage légendaire tel Elric fut compliquée ?. Quelle différence y a-t-il entre cette version française et les autres adaptations comics ?

Julien Blondel : C’est compliqué car c’est un personnage qui ne nous appartient pas. C’est un personnage mythique qui nous a touché, impressionné en tant que lecteurs adolescents, joueurs de jeu de rôle, qui a un univers, une saga… Il est nécessaire de relire pour comprendre afin de l’adapter de la meilleure façon possible sur un support différent, un support de bande dessinée, qui passe par une création, une vision graphique, des décors, par des couleurs, par des designs, et qui passe par des choix sur l’histoire car on ne peut pas raconter les nouvelles et les romans de la même façon qu’en bande dessinée. Le support n’est plus le même et donc le rythme n’est plus le même. Donc il a fallu mettre en avant ce que l’on jugeait le plus important c’est-à-dire : La destinée, le personnage d’Elric lui-même, beaucoup plus que ses "aventures" et retrouver le côté tragédie grecque, le côté dynastique des Melnibonéens.

Et pour répondre à la deuxième partie de la question, c’est le cas dans le scénarios ainsi que pour la partie graphique, nous n’avons pas cherché à nous différencier des autres adaptations, ni même de s’en rapprocher mais essayer le plus honnêtement possible de donner une vision cohérente, une vision nouvelle et peu importe qu’elle soit plus proche ou non de ce qui a été fait en comics, en BD, etc. Ce n’est pas le but premier. Ici c’était d’arriver avec quelque chose qui nous paraissait intéressant, pertinent, pour faire découvrir Elric à des gens qui n’avaient pas encore lu les romans

Quelle est la différence entre cette adaptation moderne et l’ancienne adaptation faite par Philippe Druillet sous le nom d’Yragael qui n’est pas une version officielle ?


Michael Moorcock : En fait je connaissais Druillet depuis 1964 et on était devenu ami. Il avait l’intention de travailler sur le personnage d’Elric, mais il ne parlait pas du tout l’anglais et il n’avait pas lu les textes non plus, il connaissait un peu le mythe. Je lui ai raconté ce qu’il y avait dans les histoires d’Elric et sur la base de ses souvenirs et ce que Druillet en avait retenus, il a fait cette fameuse bande dessinée d’Elric qui fut sa première adaptation en BD, qui était quelque chose de complètement non officielle. Puis elle fut ensuite publiée sous la forme d’un porte-folio puis traduite sans autorisation de Druillet en Angleterre car un éditeur l’avait repérée. Au final c’est une chaîne de non autorisation car l’Editeur anglais a popularisé l’œuvre de Druillet sans autorisation qui lui-même avait popularisé Elric sans autorisation officielle. Tout cela est résolu et bien entendu entre les différentes parties. Et j’apprécie beaucoup l’œuvre de Druillet.

Est-ce que cela a été compliqué d’adapter cet univers ? Comment êtes vous arrivé à cette vision que vous avez distillée dans la bande dessinée ?

Didier Poli : C’est toujours compliqué d’adapter un roman où les gens se sont fait leur propre image du personnage lors de leur lecture. L’idée c’était de proposer notre vision avec Robin Recht et Jean Bastide. Cette vision apporte ce que nous avions ressenti quand nous avions lu adolescent les romans et qui nous avait donné envie quelque part de faire ce métier là, de découvrir le dessein de s’exprimer par le dessin. Là l’idée c’était d’y aller au feeling, reprendre des codes que les gens attendent. On ne pouvait pas tout casser, Julien l’a fait sur le scénario pour ne pas moderniser ; car le terme est un peu violent ; mais d’apporter en toute humilité une autre vision en prenant des références à droite et à gauche comme Michael Moorcock l’a fait lors de l’écriture de ses romans en piochant dans le gothique, le côté très minéral pour la description de Melniboné, etc…. L’utilisation d’un immense cristal de rubis pour faire le trône est venue assez naturellement. Chacun a apporté sa vision, c’est vraiment un travail d’équipe. Je pense que cela ne plaira pas à tout le monde mais en tout cas on l’a fait le plus honnêtement possible pour que chaque personne qui a lu les romans se retrouve ou lui évoque des souvenirs de lecture.

Vous avez vu beaucoup d’adaptation de l’incarnation du champion éternel, quelle est la plus intéressante pour vous, même si la question est difficile car ce sont vos créations.

Michael Moorcock : En fait de toutes les adaptation des incarnations du champion éternel qui ont existé, c’est définitivement Elric et ce sera toujours Elric, quoique il y a eu une très belle adaptation du personnage de Corum par Mike Mignola dans les années 70. En ce qui concerne la bande dessinée américaine, c’est une très belle réussite. Il est dommage que Mignola n’est pas dessiné Elric lui-même.
Pour en revenir à Elric, c’est difficile de choisir car il y a eu bon nombre d’adaptations intéressantes, mais j’ai une préférence particulière pour le Elric des années 70 dessiné par Craig Russell, car quand il l’a fait, Craig Russell était très malheureux et son mal être imprégnait sa bande dessinée ce qui était totalement approprié pour le personnage d’Elric à tel point même qu’il a continué l’adaptation d’Elric avec Stormbringer des années plus tard et pour le coup il était beaucoup plus heureux dans sa vie et cela a donné un dernier épisode beaucoup moins intéressant. Le travail de Craig Russell reste très marquant plus pour la première partie que pour la fin.


Un premier tome et la suite qu’est ce que cela va être ? Quel est le développement qui a été choisi et verra-t-on d’autres champions éternels plus tard ?

Julien Blondel : Juste sur Elric. Quand on connaît le nombre de nouvelles, d’aventures on s’imagine bien que pour tout adapter correctement il nous faudrait 10, 15, 20 albums de BD et on n’a pas envie de s’embarquer sur une série à la Thorgal avec une aventure par tome car on estime que cela ne correspond pas à Elric qui reste une saga avec des grands chapitres d’histoire. On a tenté d’identifier un premier arc centré sur Melniboné et qui revient sur les nouvelles originelles. Avec Elric des Dragons et la cité qui rêve. Quatre tomes sont prévus et le premier cycle s’attache à la naissance d’Elric en tant que héros, la découverte de Stormbringer qui est un des grands moments du tome 2 ; qui arrivera dans les prochains mois. On a certains évènements marquant pour le tome 3 et le 4 et aussi des petites nouveautés tant côté dessin que scénario. Sur la suite on verra. On a rien de fixé, sauf l’envie de continuer dans cet univers d’Elric. On verra si on fera d’autres cycles pour adapter la fin d’Elric. Après tout est une question d’envie et de temps. On a déjà beaucoup de travail avec ce premier cycle. On verra plus tard.

Le personnage d’Elric a été utilisé dans de nombreux médias entre autre le jeu de rôle. Il y a quelques années il y a eu des déboires sur les différentes adaptations de l’univers d’Elric entre différentes compagnies. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Michael Moorcock : A l’origine Gary Gygax était le créateur du jeu de rôle Donjons et Dragons et il était venu me demander s’il pouvait reprendre certains de mes personnages, chose que j’acceptai. Entre temps une autre compagnie de jeu de rôle, Chaosium, est venue pour savoir s’ils pouvaient aussi utiliser l’univers d’Elric, ce que j’acceptai également à titre gracieux. Et à l’arrivée les deux compagnies en sont arrivées à se poursuivre l’une l’autre en justice en argumentant du fait que l’une avait la priorité sur l’univers d’Elric et pas l’autre. Il fallut trouver un accord. La compagnie de Gygax a finalement abandonné et c’est Chaosium qui a remporté la licence d’une certaine façon et ça a été pour le pire puisque c’était une compagnie qui n’a pas très bien exploité l’univers, qui n’a jamais payé car cela s’était contractualisé avec des sommes d’argent à la clef. Au final Chaosium a été le plus mauvais choix possible en terme financier. Et actuellement il y a une nouvelle compagnie qui se nomme Mongoose qui gère l’univers d’Elric sous forme de jeu de rôle et c’est une compagnie de qualité et qui a des produits comme il faut.

Dans un futur proche, voyez-vous d’autres adaptations sur d’autres médias de certains de vos personnages comme des jeux vidéo, des jeux de rôle, des bandes dessinées voire des films ?

Michael Moorcock : Dans l’immédiat, il devrait y avoir chez un éditeur anglais Titan Books une édition complète de toutes les adaptations en bande dessinée d’Elric qui commence avec les adaptations de James Cawthorn qui a été le tout premier aux États-Unis à le faire, incluant aussi Druillet, puis les autres adaptations et également celle que l’on vous présente aujourd’hui en version anglaise. Il est possible aussi que j’écrive de nouvelles histoires inédites pour un éditeur américain qui s’appelle Boom ! Et on est au tout tout tout début des discussions d’envisager éventuellement une série tv autour d’Elric aux Etats-Unis pour la télévision câblée. Ce ne sont que les prémisses. Voilà ce qu’il y a comme projets dans un futur proche.


Parlons Rock ’n’ Roll. Vous avez fait de nombreuses collaborations avec différents groupes en écrivant quelques chansons comme pour le groupe Hawkwind. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Michael Moorcock : Beaucoup de mes amis sont musiciens et la musique me vient aussi tout naturellement. Je suis en train de préparer un nouvel album actuellement, c’est avec un groupe français en l’occurrence. Il faut que l’on trouve le moyen de se rassembler tous pour pouvoir composer. Une fois que l’on aura des chansons, une maison de disque américaine est prête à sortir le disque. Il pourrait sortir l’année prochaine. Donc oui, je suis toujours quelqu’un de Rock ’n’ Roll et la musique est toujours importante dans mes activités.

Question Quelles ont été les plus grosses difficultés pour l’adaptation ? Vous avez dit que le personnage était emblématique, donc difficile de s’en emparer mais y a-t-il eu d’autres choses, d’autres détails peut-être que ce soit sur le plan du scénario ou du dessin ?

Didier Poli : La vraie difficulté c’est de mettre des images sur du texte. Chacun se fait son image à la lecture mais quand on le met sur papier il y a des images qui soit sont très dures, des images qui passent assez facilement en texte. On a essayé de trouver le bon compromis pour que la BD puisse être lue par tout le monde. Certaines images datent des années 60, des descriptions qui sont d’une autre période qui passeraient beaucoup moins maintenant. Il y a aussi beaucoup d’éléments très ésotériques dans les romans donc très difficile à mettre en image. Nous avons fait un vrai travail avec mes camarades sur le rendu graphique. Là on va faire un gros travail sur Stormbringer par exemple qui j’espère arrivera à surprendre. Nous cherchons à éviter le travers du fanbook, du bouquin que tout le monde attend et où l’on met uniquement les choses que les gens attendent qui du coup aurait été un peu fade. On a essayé de faire des vrais choix graphiques qui étaient des fois en contradiction peut être avec un certain codex propre au bouquin. Cela passe ou pas. D’ailleurs Michael Moorcock a été vraiment super là-dessus car il nous a laissé carte blanche. On a pu travailler comme on le voulait. Après l’univers est tellement décrit déjà, il laisse la place à l’imagination et à la possibilité de s’exprimer. Il n’y a pas de vraie difficulté graphique à part toutes les descriptions très abstraites et ésotériques. Justement sur certains romans, la Forteresse de la Perle par exemple qui est très métaphysique, graphiquement cela va être un réel challenge.

Julien Blondel : Il est vrai que l’on a eu ces mêmes questionnements sur plein d’éléments : sur Melniboné, la caverne des Dragons, le rendu et le comportement et la place de Stormbringer, le deuxième personnage majeur de la saga d’Elric, etc. Pour le scénario et l’adaptation les principaux défis ont été ce que l’on conserve, ce que l’on respecte et ce qu’on critique pour pour être raccord avec l’adaptation que l’on est en train de réaliser. On fera quelques changements sur Stormbringer : sur son origine, sa façon d’apparaître. On s’est permis quelques changement sur le personnage de Cymoril qui est intéressante dès les premières nouvelles et que l’on a tentée de mettre plus en avant pour accompagner Elric. Si on reprend cette adaptation tous les personnages, tous les lieux ont soulevé des questions de comment on les traite. Il a fallu aussi que l’on se débarrasse des souvenirs que l’on avait des romans pour gratter pierre par pierre dans le but de retricoter quelque chose de différent mais qui soit quand même Elric, le personnage de Michael Moorcock.

Michael Moorcock, existerait-il un champion éternel que vous auriez travaillé mais que l’on aurait pas encore découvert ou l’idée d’une prochaine incarnation ?


Michael Moorcock : Je n’ai pas de nouveau personnage de champion éternel en tête pour l’instant, mais j’ai tout un ensemble de personnages que je connais car quand j’ai une idée où d’histoire, je sais quels personnages y vont avec. En fait dans ce réservoir de personnages j’en utilise à la fois qui sont d’un ressort fantastique et d’autres plus neutres pour des histoires de genre. En fait je suis contre toute forme de barrière et pour le fait de mixer l’ensemble de tout ça. Mais je n’ai toujours pas d’idée de personnage de champion éternel pour l’instant.

Quelles sont vos influences et vos sources d’inspiration ? D’où viennent tous vos personnages incroyables en sachant que vous avez dit que Corum est d’inspiration celtique, que Elric est une pure création et que vous avez écrit le tout premier roman steampunk avant que l’on nomme ce style ainsi.

Michael Moorcock : En fait c’est un processus très difficile, très intangible. Ça commence quand même d’habitude par de la musique ; un son, un rythme, une cadence. C’est quelque chose qui me porte beaucoup. Par exemple pour la création d’une trilogie qui n’est pas encore publiée en France ; la trilogie du Second Ether, l’origine est particulière. J’étais au Texas dans un parc à thème, j’attendais pour aller dans une attraction et devant moi il y avait un groupe de personnes qui étaient en train de parler. La langue qu’ils utilisaient était un mélange bizarroïde de français, de patois, de texan ; plus marqué que l’américain standard ; mélangé avec de l’espagnol et tout ça crée une sonorité particulière. Et c’est de là qu’est partie la création de l’univers du Second Ether Donc à la source il y a la musque, le rythme. De là on aboutit à une image qui surgit et se forme alors un personnage.

Vous travaillez avec des musiciens français, vous faites une BD avec une équipe française, vous aimeriez un directeur français sur un film Elric. A vos yeux qu’est ce qui vous intéresse dans la touche française ?

Michael Moorcock : En fait mon histoire d’amour avec la France existe depuis toujours. Je viens en France depuis que j’ai 16 ans. Je suis passionné par la culture française en général. J’ai toujours été très en phase avec cette culture. J’ai beaucoup de mes amis en France, j’ai de très bons contacts avec mes lecteurs français, les traducteurs de mes œuvres en France sont devenus petit à petit mes amis proches. Ma connexion avec la France est très forte. Il se trouve aussi que je vis à Paris de nombreux mois de l’année. Si j’aime autant la France aujourd’hui, ce qui n’excuse en rien mon très mauvais français, c’est que beaucoup de mes amis qui étaient anciennement à Londres se sont installés en France.

Pour revenir à la question du cinéma, il est vrai que je caresse l’idée qu’un jour un réalisateur français puisse s’attaquer à la saga d’Elric, car il y a une touche spéciale française qui irait particulièrement bien dans l’adaptation du personnage au cinéma. Il y a à peu près trois ans, un réalisateur anglais était rentré en contact avec moi pour faire Elric. C’est Michael Bassett, le réalisateur de Solomon Kane qui a aussi fait quelques films d’horreur auparavant. Nous avons réfléchi ensemble à ce que pourrait donner une adaptation d’Elric. C’était intéressant parce qu’il travaillait principalement avec un producteur français et le fait d’avoir de l’argent français pour financer le film me garantissait cette touche française que je recherche pour une adaptation cinématographique. Aujourd’hui malheureusement les cinéastes français qui ont envie de s’attaquer à un film de genre sont un peu condamnés à aller chercher de l’argent à Hollywood et donc on se retrouve dans ce cercle un petit peu vicieux. Donc pourquoi pas un jour espérer qu’un réalisateur français qui ait suffisamment de poids pour trouver l’argent nécessaire à Hollywood voire en Inde et pourquoi pas faire un Elric avec des fonds indiens, des acteurs indiens, cela pourrait être complètement génial. Donc espérons.


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